Mademoiselle (The Handmaiden) : le thriller lesbien de Park Chan-wook

Une domestique, une héritière, un escroc déguisé en comte : sur le papier, Mademoiselle ressemble à une arnaque. C’est en réalité une grande histoire d’amour entre deux femmes qui retournent le piège contre les hommes qui croyaient les manipuler. Réalisé par Park Chan-wook et connu à l’international sous le titre The Handmaiden, le film transpose un roman britannique dans la Corée des années 1930. Voici son intrigue, son casting, ses récompenses, où le voir en France et sa bande-annonce.
🎬 Réalisation : Park Chan-wook
✍️ Scénario : Park Chan-wook et Jeong Seo-kyeong, d’après Du bout des doigts (Fingersmith) de Sarah Waters
👥 Avec : Kim Min-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong
📅 Sortie : présenté à Cannes en mai 2016, sortie coréenne le 1ᵉʳ juin 2016
⏱️ Durée : 2 h 25 (version cinéma)
🔥 Genre : thriller érotique et romantique lesbien, drame historique
❓ De quoi parle Mademoiselle (The Handmaiden) ?
Dans la Corée occupée par le Japon, Sook-hee est engagée comme servante d’une riche héritière japonaise, Hideko. Elle est en réalité la complice d’un escroc qui veut épouser puis dépouiller la jeune femme. Mais Sook-hee tombe amoureuse de sa maîtresse, et les deux femmes renversent le complot.
Sommaire
- Mademoiselle, une arnaque qui tourne à l’histoire d’amour
- Kim Min-hee et Kim Tae-ri, le duo au cœur du film
- De Sarah Waters à la Corée des années 1930
- Cannes, BAFTA : un film primé et acclamé
- Pourquoi Mademoiselle compte dans le cinéma lesbien
- La Corée sous occupation japonaise, un décor qui pèse
- La structure en trois parties, clé du film
- Park Chan-wook, un cinéaste de la cruauté élégante
- Érotisme, pouvoir et émancipation
- Kim Tae-ri, une révélation devenue star
- Une réception entre éloges et débats
- Où voir Mademoiselle (The Handmaiden) en France ?
- La bande annonce
- Foire aux questions sur le film Mademoiselle
Mademoiselle, une arnaque qui tourne à l’histoire d’amour
L’action se déroule dans les années 1930, en Corée sous occupation japonaise. Sook-hee (Kim Tae-ri), jeune pickpocket élevée parmi les faussaires, est recrutée par un escroc qui se fait passer pour le comte Fujiwara (Ha Jung-woo). Le plan : la placer comme servante auprès de Hideko (Kim Min-hee), une héritière recluse, pour aider le faux comte à la séduire, l’épouser, puis la faire interner et s’emparer de sa fortune.
Mais la mécanique se grippe quand Sook-hee s’attache à Hideko, et que l’attirance devient réciproque. Park Chan-wook construit son film en trois parties qui rejouent les mêmes événements sous des angles différents, dévoilant à chaque fois une nouvelle couche de mensonge. Ce dispositif transforme le récit en jeu de dupes où la spectatrice croit savoir, avant de comprendre qu’elle a été menée par le bout du nez, exactement comme les hommes du film.
Kim Min-hee et Kim Tae-ri, le duo au cœur du film
Le film repose sur le face-à-face de Kim Min-hee, déjà actrice confirmée, et de Kim Tae-ri, alors révélation pour son premier grand rôle. L’une joue l’héritière fragile sous surveillance, l’autre la servante rusée ; et tout l’enjeu de la mise en scène est de faire basculer ce rapport de domination en complicité, puis en amour.
Face à elles, Ha Jung-woo campe un faux comte aussi séduisant que retors, et Cho Jin-woong incarne l’oncle Kouzuki, collectionneur de livres et figure de la perversion patriarcale. Le scénario réserve aux deux héroïnes la meilleure part : ce sont elles qui mènent la danse une fois leur alliance scellée.
💡 Le saviez-vous ? Mademoiselle adapte Fingersmith (2002) de la romancière galloise Sarah Waters, dont l’intrigue se situait à l’origine dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-wook a déplacé l’histoire dans la Corée colonisée des années 1930, conservant le triple récit et le couple de femmes, mais réinventant tout le contexte politique et culturel.
De Sarah Waters à la Corée des années 1930
Le déplacement géographique n’est pas un simple décor. En situant l’histoire pendant l’occupation japonaise, Park Chan-wook ajoute une couche de domination coloniale à la domination de classe et de genre déjà présentes chez Sarah Waters. Hideko, élevée pour réciter des textes érotiques devant un cercle d’hommes, incarne une femme réduite à un objet ; sa libération passe par l’alliance avec une autre femme et par la destruction des livres qui la tenaient prisonnière.
La forme épouse ce propos. La directrice artistique Ryu Seong-hie a conçu un manoir hybride, mi-japonais mi-victorien, qui matérialise l’entre-deux culturel du récit. La photographie de Chung Chung-hoon et la partition de Jo Yeong-wook enveloppent l’ensemble d’une élégance vénéneuse, marque de fabrique du cinéaste d’Old Boy.
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Cannes, BAFTA : un film primé et acclamé
Présenté en compétition au Festival de Cannes en mai 2016, Mademoiselle y reçoit un accueil enthousiaste de la critique internationale. Le film sort en Corée du Sud le 1ᵉʳ juin de la même année et s’exporte ensuite dans le monde entier, porté par le prestige de son réalisateur.
La reconnaissance se prolonge avec le BAFTA du meilleur film en langue étrangère, remis en 2018. Au box-office mondial, Mademoiselle dépasse 38 millions de dollars, un score notable pour un film coréen aussi singulier. Cette double consécration, critique et publique, a installé le film parmi les œuvres saphiques les plus citées de la décennie.
Pourquoi Mademoiselle compte dans le cinéma lesbien
Si le film a marqué, c’est parce qu’il place le désir entre femmes au centre de son intrigue, et non en marge. Là où beaucoup de récits réduisent l’amour saphique à un sous-texte, Park Chan-wook en fait le moteur du renversement : ce sont l’alliance et le plaisir partagé de Sook-hee et Hideko qui font s’effondrer le complot masculin.
Le film a néanmoins suscité des débats, notamment sur la place du regard masculin dans ses scènes intimes, certaines spectatrices saluant une histoire d’émancipation, d’autres questionnant sa mise en images. Cette discussion, loin de l’affaiblir, témoigne de son importance : Mademoiselle est devenu un objet d’analyse autant qu’un film, signe des œuvres qui comptent vraiment.
La Corée sous occupation japonaise, un décor qui pèse
Le film se déroule dans les années 1930, à une époque où la Corée est colonie de l’Empire du Japon, une domination qui a duré de 1910 à 1945. Ce contexte n’est pas un simple arrière-plan exotique : il structure les rapports de pouvoir entre les personnages. Hideko, héritière élevée dans la culture japonaise dominante, et Sook-hee, jeune Coréenne des classes populaires, n’appartiennent pas au même monde, et leur rapprochement traverse cette frontière coloniale autant que celle des classes.
Park Chan-wook tire de cette situation une bonne part de la tension du film. Les langues japonaise et coréenne s’y mêlent, les costumes et l’architecture juxtaposent les deux traditions, et l’oncle Kouzuki incarne un colonisé qui singe le colonisateur jusqu’à l’obsession. En faisant de deux femmes les héroïnes d’un récit d’émancipation au cœur de ce système de dominations imbriquées, le réalisateur donne à l’histoire d’amour une charge politique qui dépasse le simple jeu de l’escroquerie.
La structure en trois parties, clé du film
La grande idée de Mademoiselle est sa construction. Le film se découpe en trois mouvements qui reviennent sur les mêmes scènes pour en changer le sens. La première partie épouse le regard de Sook-hee, persuadée de mener une escroquerie. La deuxième rejoue l’histoire du point de vue de Hideko et révèle que l’héritière n’est pas la proie naïve qu’on imaginait. La troisième dénoue le double jeu et offre aux deux femmes leur revanche.
Ce procédé n’est pas un simple exercice de style. En obligeant la spectatrice à revoir ce qu’elle croyait acquis, Park Chan-wook fait du montage un outil politique : il montre comment les femmes du récit ont appris à jouer un rôle pour survivre, et comment elles s’en libèrent. Les détails anodins de la première partie deviennent, à la lumière des suivantes, autant de signes que l’on avait mal lus. Le film récompense ainsi la seconde vision, ce qui explique en partie sa réputation d’œuvre que l’on revoit.
Park Chan-wook, un cinéaste de la cruauté élégante
Avant Mademoiselle, Park Chan-wook s’était fait connaître avec sa trilogie de la vengeance, dont Old Boy reste le titre le plus célèbre. On retrouve ici sa signature : une violence stylisée, un goût pour les retournements et une mise en scène d’une précision d’horloger. Mais le réalisateur déplace son thème de prédilection, la vengeance, vers un terrain plus tendre, celui de l’amour comme moyen d’émancipation.
Le soin apporté aux décors et aux objets participe de cette cruauté raffinée. La bibliothèque de l’oncle Kouzuki, lieu de la domination masculine, devient le théâtre de sa défaite. Les jardins, les portes coulissantes, les costumes mêlant traditions japonaise et occidentale composent un écrin somptueux qui n’est jamais gratuit : chaque élément dit quelque chose de l’enfermement des personnages et de leur désir de s’en affranchir.
Il existe d’ailleurs deux versions du film. La copie présentée en salles dure environ 2 h 25, tandis qu’une version longue, plus proche de 2 h 48, développe certaines scènes et précise des points de l’intrigue. Cette seconde monture, diffusée notamment en vidéo, confirme que Mademoiselle est un film pensé pour être revu, où chaque détail compte. Pour qui découvre l’œuvre, la version cinéma suffit amplement à saisir la beauté et la mécanique implacable du récit ; les passionnées pourront ensuite prolonger l’expérience avec le montage allongé.
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Érotisme, pouvoir et émancipation
Le film assume une dimension érotique forte, mais elle n’est jamais gratuite. Les scènes intimes entre Sook-hee et Hideko marquent le moment où les deux femmes cessent d’être des instruments au service des hommes pour devenir actrices de leur propre désir. Le plaisir partagé devient l’acte qui scelle leur alliance et rend possible le renversement du complot. Dans la logique du film, s’aimer, c’est déjà désobéir.
Cette articulation entre désir et pouvoir traverse toute l’œuvre. Les hommes, eux, réduisent la sexualité à un instrument de domination : l’oncle qui force Hideko à lire des textes licencieux, le faux comte qui veut épouser pour spolier. À l’inverse, le couple de femmes invente une intimité qui leur appartient. C’est cette opposition, entre une sexualité subie et une sexualité choisie, qui donne au film sa charge subversive et explique qu’il soit lu, par beaucoup, comme un récit d’émancipation féminine autant que comme un thriller.
Kim Tae-ri, une révélation devenue star
Le rôle de Sook-hee a lancé la carrière de Kim Tae-ri, choisie parmi un très grand nombre de candidates pour son premier grand projet. Son jeu, qui passe de la rouerie à l’émotion sans jamais forcer le trait, a frappé la critique et le public. Dans les années qui ont suivi, l’actrice est devenue l’une des figures les plus en vue du cinéma et des séries en Corée du Sud, et Mademoiselle reste le film qui l’a fait connaître à l’international.
Face à elle, Kim Min-hee apporte à Hideko une ambiguïté constante. L’héritière paraît tour à tour victime et manipulatrice, fragile et déterminée, et c’est cette incertitude qui tient la spectatrice en haleine. Le duo fonctionne précisément parce que les deux actrices refusent de réduire leurs personnages à un seul registre : elles incarnent des femmes complexes, jamais de simples pions dans le complot des hommes.
Une réception entre éloges et débats
À sa sortie, Mademoiselle a recueilli des critiques majoritairement très favorables, saluant sa beauté formelle, son humour noir et l’audace de son récit. Le film a vite rejoint le rang des œuvres de référence pour qui s’intéresse au cinéma queer asiatique, et il figure dans de nombreuses sélections des meilleurs films de la décennie.
Le film a aussi nourri des discussions, en particulier autour de la représentation de l’intimité entre les deux femmes et de la question du regard. Certaines spectatrices y voient une histoire d’émancipation racontée du point de vue des héroïnes ; d’autres interrogent la mise en scène de la sexualité par un réalisateur homme. Ce débat, toujours vivace, accompagne le film sans en diminuer la portée : il témoigne au contraire de la place qu’occupe Mademoiselle dans les conversations sur le cinéma lesbien.
Le succès du film a par ailleurs accompagné la reconnaissance mondiale du cinéma sud-coréen, quelques années avant le triomphe de Parasite aux Oscars. Mademoiselle a fait découvrir à un large public l’audace formelle et la liberté de ton de cette industrie, et il a installé Park Chan-wook parmi les réalisateurs dont chaque nouveau projet est attendu à l’international. Pour beaucoup de spectatrices, il a aussi servi de porte d’entrée vers d’autres récits asiatiques mettant en scène des amours entre femmes, longtemps invisibles dans les circuits de distribution occidentaux.
Où voir Mademoiselle (The Handmaiden) en France ?
En France, Mademoiselle est disponible en location et à l’achat sur les principales plateformes de vidéo à la demande, parmi lesquelles Canal VOD, UniverCiné, Apple TV, Prime Video et Rakuten, ainsi qu’en streaming par abonnement sur certains services spécialisés selon les périodes. La disponibilité évolue régulièrement : vérifiez l’offre du moment sur la plateforme de votre choix.
▶ Voir Mademoiselle sur Prime Video
La bande annonce
Voici la bande-annonce officielle de The Handmaiden, diffusée par Magnolia Pictures.
⭐ L’avis de la rédaction : ★★★★★
Un thriller d’une beauté plastique stupéfiante, qui transforme une histoire d’escroquerie en récit d’émancipation. Park Chan-wook offre à ses deux héroïnes une revanche jubilatoire sur les hommes qui les croyaient à leur merci. Vénéneux, élégant, inoubliable au sens propre : on n’oublie pas Mademoiselle.
Foire aux questions sur le film Mademoiselle
Mademoiselle et The Handmaiden, est-ce le même film ?
Oui. Mademoiselle est le titre français du film coréen Agassi, distribué à l’international sous le titre The Handmaiden. Il s’agit d’une seule et même œuvre réalisée par Park Chan-wook.
Mademoiselle est-il adapté d’un livre ?
Oui. Le film adapte le roman Fingersmith (2002) de la romancière galloise Sarah Waters. Park Chan-wook a déplacé l’intrigue de l’Angleterre victorienne vers la Corée des années 1930.
Qui joue dans Mademoiselle ?
Kim Min-hee interprète l’héritière Hideko et Kim Tae-ri incarne la servante Sook-hee. Ha Jung-woo joue le faux comte Fujiwara et Cho Jin-woong l’oncle Kouzuki.
Mademoiselle a-t-il reçu des prix ?
Le film a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2016 et a remporté le BAFTA du meilleur film en langue étrangère en 2018. Il a dépassé 38 millions de dollars au box-office mondial.
Le film Mademoiselle finit-il bien pour les deux femmes ?
Sans tout révéler, le récit donne le dernier mot à Sook-hee et Hideko, qui renversent le complot ourdi contre elles. Cette issue, où le couple de femmes l’emporte, explique en partie le statut du film.
Où regarder Mademoiselle en streaming en France ?
Le film est proposé en location et à l’achat sur Canal VOD, UniverCiné, Apple TV, Prime Video et Rakuten, et en streaming sur certains services spécialisés selon les périodes. L’offre évolue régulièrement.
Mademoiselle est-il disponible sur Netflix en France ?
La présence du film sur les plateformes par abonnement varie selon les périodes et les pays. En France, il se trouve surtout en location et à l’achat en VOD, ainsi que sur certains services de streaming spécialisés. Le mieux reste de vérifier l’offre du moment.
Mademoiselle est-il un film difficile à regarder ?
Le film comporte des scènes intimes explicites et des passages de cruauté psychologique. C’est une œuvre pour public adulte, à la fois sensuelle et tendue, qui assume son classement réservé aux spectateurs avertis.
📌 À retenir
Mademoiselle (The Handmaiden) est un thriller érotique et romantique lesbien de Park Chan-wook, adapté du roman Fingersmith de Sarah Waters et transposé dans la Corée des années 1930. Porté par Kim Min-hee et Kim Tae-ri, primé à Cannes et récompensé d’un BAFTA, il raconte comment deux femmes retournent un complot masculin à leur avantage. En France, il se voit en VOD sur les principales plateformes.
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