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Carol : le film lesbien culte avec Cate Blanchett et Rooney Mara

| Kyrian Malone | Films Lesbiens

Carol, film lesbien de Todd Haynes avec Cate Blanchett et Rooney Mara

Un regard qui s’attarde une seconde de trop au comptoir d’un grand magasin, et tout bascule. Carol, réalisé par Todd Haynes et porté par Cate Blanchett et Rooney Mara, raconte la rencontre de deux femmes dans le New York corseté des années 1950. Adapté d’un roman que Patricia Highsmith n’osa d’abord pas signer de son nom, le film est devenu une référence du cinéma saphique. Voici son histoire, son casting, ses récompenses, où le voir en France et sa bande-annonce.

🎬 Réalisation : Todd Haynes
✍️ Scénario : Phyllis Nagy, d’après Les Eaux dérobées (The Price of Salt) de Patricia Highsmith
👥 Avec : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson, Jake Lacy
📅 Sortie : présenté à Cannes en mai 2015, sortie française en janvier 2016
⏱️ Durée : 1 h 58
🔥 Genre : drame romantique lesbien, reconstitution des années 1950

❓ De quoi parle le film Carol ?
Carol suit Therese Belivet, jeune vendeuse new-yorkaise, et Carol Aird, une femme mariée plus âgée engagée dans un divorce difficile. Leur attirance se transforme en histoire d’amour alors que Carol risque de perdre la garde de sa fille à cause de sa relation. Le film adapte le roman de Patricia Highsmith.

Sommaire

Carol, l’histoire d’un amour empêché dans le New York des années 1950

À l’approche de Noël, Therese Belivet (Rooney Mara) travaille au rayon jouets d’un grand magasin de Manhattan quand elle croise Carol Aird (Cate Blanchett), une cliente élégante venue acheter un cadeau pour sa fille. Un gant oublié sur le comptoir sert de prétexte à un premier contact, puis à un déjeuner, puis à un voyage vers l’ouest. Entre les deux femmes naît un sentiment que la société de l’époque condamne sans appel.

Carol traverse un divorce conflictuel avec Harge (Kyle Chandler), qui menace d’utiliser sa relation avec une femme pour obtenir la garde exclusive de leur enfant. Le film tient sa tension de cet étau : aimer librement ou protéger sa fille. Therese, elle, découvre son désir en même temps qu’elle apprend à exister par elle-même, appareil photo en main. La photographe Abby (Sarah Paulson), ancienne amante et amie fidèle de Carol, complète ce trio d’adultes qui refusent les rôles assignés.

Un casting porté par Cate Blanchett et Rooney Mara

Cate Blanchett incarne Carol avec une retenue qui dit tout sans rien souligner : un sourire en coin, une main posée sur une épaule, une cigarette tenue comme une arme. Rooney Mara lui répond en Therese, d’abord timide puis affirmée, dont le visage capte la lumière comme une plaque sensible. Le face-à-face des deux actrices est la colonne vertébrale du film.

Autour d’elles, Kyle Chandler campe un mari ni monstre ni victime, simplement dépassé par ce qu’il ne comprend pas. Sarah Paulson apporte à Abby une tendresse lucide, et Jake Lacy joue Richard, le prétendant de Therese qui s’accroche à un avenir conventionnel. Cette galerie de personnages secondaires donne au récit son épaisseur sociale.

La partition de Carter Burwell, compositeur fidèle des frères Coen, joue aussi un rôle de premier plan. Son thème principal, lancinant et répétitif, suit le mouvement du désir entre les deux femmes, montant à mesure qu’elles se rapprochent. Saluée par une nomination à l’Oscar, cette musique ne commente jamais l’action de façon appuyée : elle l’enveloppe, comme une émotion qui ne dit pas son nom. Associée à la photographie de grain ancien, elle achève de donner au film sa texture si reconnaissable, entre rêve et souvenir.

💡 Le saviez-vous ? Patricia Highsmith publia The Price of Salt en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan. L’autrice de L’Inconnu du Nord-Express craignait d’être cataloguée comme « écrivaine de livres lesbiens ». Le roman fut l’un des premiers à offrir aux amantes une fin ouverte plutôt qu’une punition, ce qui en fit un texte de référence.

De Patricia Highsmith à l’écran : une adaptation patiente

La scénariste Phyllis Nagy, qui avait connu Highsmith, a porté le projet pendant des années avant que Todd Haynes ne s’en empare. Le réalisateur de Loin du paradis retrouve son terrain de prédilection : le mélodrame des années 1950, ses couleurs sourdes et ses corsets sociaux. La directrice de la photographie Edward Lachman tourne en Super 16 mm pour un grain qui évoque les magazines et les films de l’époque, tandis que la partition de Carter Burwell installe une mélancolie feutrée.

Le titre français du roman, Les Eaux dérobées, dit bien ce que filme Haynes : un désir qui circule sous la surface, dans les regards et les silences, plus que dans les mots. Cette discrétion formelle est aussi un parti pris politique, celui de prendre au sérieux une histoire d’amour entre femmes sans la réduire à un fait divers.

🎞️ Dans le même registre du film d’époque saphique : découvrez notre fiche sur Aimée & Jaguar, l’amour interdit de deux femmes à Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale, et notre sélection de films lesbiens à voir.

Cannes, Oscars : la consécration critique de Carol

Présenté en compétition au Festival de Cannes en mai 2015, Carol y vaut à Rooney Mara le Prix d’interprétation féminine, qu’elle partage avec Emmanuelle Bercot. Le film repart de la Croisette auréolé de critiques élogieuses et s’impose comme l’un des plus remarqués de l’année.

La saison des récompenses confirme l’élan : Carol décroche six nominations aux Oscars, dont meilleure actrice pour Cate Blanchett, meilleure actrice dans un second rôle pour Rooney Mara, meilleur scénario adapté, meilleure photographie, meilleurs costumes et meilleure musique. Le film ne remporte aucune statuette, une absence au palmarès souvent citée comme l’une des plus discutées de la décennie. Avec environ 42 millions de dollars de recettes pour un budget de 11 millions, il s’affirme aussi comme un succès au regard de son échelle de production.

Pourquoi Carol est devenu un classique du cinéma lesbien

Au-delà des prix, Carol a marqué parce qu’il refuse le registre du drame punitif. Là où des décennies de cinéma avaient condamné les personnages lesbiens à la solitude ou à la mort, le film de Haynes laisse à ses héroïnes la possibilité d’un avenir. La dernière scène, un simple échange de regards à travers une salle de restaurant, est devenue un plan emblématique, commenté et cité bien au-delà des cercles cinéphiles.

Le film a aussi nourri une véritable culture en ligne, des analyses universitaires aux mèmes, qui ont fait de Carol Aird une icône. Cette circulation explique sa longévité : sorti il y a une dizaine d’années, Carol continue d’être découvert par de nouvelles spectatrices, souvent à la période de Noël qui sert de décor au récit.

La reconstitution méticuleuse des années 1950

Une grande partie de la puissance du film tient à son décor. Todd Haynes et son équipe ont recréé un New York hivernal de carte postale jaunie, loin des clichés colorés de l’époque. Les costumes de Sandy Powell habillent Carol de manteaux et de gants qui font d’elle une apparition autant qu’une femme, tandis que Therese reste d’abord en tenues plus modestes, à l’image de sa condition.

Le choix du Super 16 mm n’est pas anodin. Le grain de la pellicule donne aux images une texture de souvenir, comme si l’on regardait des photographies retrouvées. Cette esthétique sert le récit : Carol est aussi un film sur le regard, sur ce que l’on voit et ce que l’on cache, et l’appareil photo de Therese devient le symbole de sa façon de saisir le monde et la femme qu’elle aime. La caméra épouse souvent son point de vue, à travers une vitre de voiture ou un reflet, pour dire le désir sans le nommer.

Therese et Carol, deux façons de désobéir

Le film raconte moins une transgression qu’un apprentissage. Carol, plus âgée, a déjà connu et perdu : elle sait ce qu’il en coûte d’aimer une femme dans une société qui l’interdit, et elle accepte malgré tout de risquer la garde de sa fille. Son arc est celui d’un choix assumé, jusqu’à une scène de confrontation avec les avocats où elle refuse de se renier.

Therese, elle, part de presque rien : un fiancé qu’elle n’aime pas vraiment, un métier alimentaire, une vie en pointillés. Sa rencontre avec Carol agit comme un révélateur, au sens photographique du terme. À la fin du récit, ce n’est plus une jeune fille passive mais une femme qui décide. Cette double trajectoire, l’une qui assume et l’autre qui s’éveille, donne au film son équilibre et explique qu’il parle encore à des spectatrices très différentes.

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📚 Envie de prolonger en lecture ? Si l’amour empêché et les liaisons interdites vous touchent à l’écran, notre catalogue de romans lesbiens explore les mêmes émotions, du slow burn historique à la romance contemporaine.

Le poids d’une époque hostile

Si la tension de Carol paraît si concrète, c’est parce qu’elle s’ancre dans une réalité historique. Dans l’Amérique des années 1950, l’homosexualité est non seulement réprouvée socialement, mais peut entraîner des conséquences juridiques et familiales lourdes. La menace qui pèse sur Carol, perdre la garde de sa fille au motif de sa relation avec une femme, n’a rien d’un ressort dramatique inventé : elle reflète des pratiques bien réelles de l’époque, où une mère lesbienne pouvait être jugée inapte.

Le film montre cette violence sans la souligner par des discours. Elle passe par des détails : un détective engagé pour récolter des preuves, un dictaphone caché, le vocabulaire clinique des avocats. En refusant le pathos, Todd Haynes rend la pression d’autant plus palpable. Le geste de Carol, qui choisit de ne pas se renier face au tribunal, prend alors une dimension presque politique. Sous le mélodrame se cache un constat sur ce qu’il en coûtait, et ce qu’il en coûte parfois encore, d’aimer librement.

Un film de Noël pas comme les autres

Le hasard du calendrier a fait de Carol un rendez-vous d’hiver. L’intrigue se déroule pendant les fêtes de fin d’année : la première rencontre a lieu au rayon jouets à l’approche de Noël, et une partie du récit se déploie au fil d’un road trip hivernal. Cette toile de fond, faite de vitrines illuminées et de neige sur les trottoirs, contraste avec la solitude des personnages et donne au film une mélancolie particulière.

Au fil des années, de nombreuses spectatrices ont pris l’habitude de revoir Carol en décembre, au point d’en faire un classique alternatif de la saison, loin des comédies romantiques convenues. Là où le cinéma de Noël célèbre d’ordinaire la famille traditionnelle, le film de Todd Haynes raconte deux femmes qui inventent, dans le froid, une autre manière d’être ensemble. Ce détournement du genre festif participe pleinement de son statut culte.

Le roman de Patricia Highsmith, une œuvre pionnière

Comprendre Carol suppose de revenir à sa source. Patricia Highsmith, connue pour ses romans à suspense, a écrit The Price of Salt en s’inspirant en partie d’une rencontre réelle, alors qu’elle travaillait elle aussi dans un grand magasin new-yorkais. Publié en 1952, le livre a circulé sous le manteau et s’est vendu à un grand nombre d’exemplaires, notamment en édition de poche, parce qu’il proposait une chose presque inédite à l’époque : deux femmes qui s’aiment et ne sont pas châtiées pour cela à la dernière page.

Le film reprend cette fidélité au matériau d’origine. En conservant la fin ouverte du roman, Phyllis Nagy et Todd Haynes prolongent le geste de Highsmith : refuser le tragique imposé aux personnages homosexuels pendant des décennies. Cette filiation littéraire fait de Carol autant l’adaptation d’un livre qu’un hommage à une autrice qui osa, sous pseudonyme, écrire une histoire d’amour heureuse entre femmes. Pour les lectrices, c’est aussi une invitation à découvrir un texte fondateur.

Un point de bascule pour le cinéma lesbien des années 2010

La sortie de Carol coïncide avec une décennie où les histoires d’amour entre femmes gagnent en visibilité au cinéma, de La Vie d’Adèle à Portrait de la jeune fille en feu. Dans ce paysage, le film de Haynes occupe une place particulière : il prouve qu’un récit saphique peut être porté par deux stars, défendu par un grand studio et reconnu dans les plus grands festivals, sans jamais édulcorer son sujet.

Cet impact se mesure aussi à la postérité du film auprès des spectatrices. Carol est régulièrement cité dans les listes des meilleurs films lesbiens, étudié pour sa mise en scène du désir et redécouvert chaque hiver pour son atmosphère de Noël. Sa réussite a contribué à ouvrir la voie à d’autres productions ambitieuses, en montrant qu’il existait un public, large et fidèle, pour ces histoires longtemps reléguées aux marges.

Son influence dépasse même le cercle du film. L’esthétique soignée de Todd Haynes, ses cadrages à travers les vitres et son sens du non-dit ont nourri toute une génération de cinéastes attachés à raconter le désir féminin avec pudeur et précision. Régulièrement convoqué dans les classements critiques de référence, Carol n’est plus seulement un film aimé du public queer : il s’est imposé comme un jalon de l’histoire du cinéma, dont on cite la dernière scène comme un modèle de mise en scène de l’émotion.

Où voir Carol en streaming en France ?

En France, Carol est disponible en location et à l’achat sur les principales plateformes de vidéo à la demande, parmi lesquelles Canal VOD, UniverCiné, Apple TV, Prime Video et Rakuten. Selon les périodes, le film figure aussi dans des offres gratuites avec publicité sur France.tv. La disponibilité évolue d’un mois à l’autre : mieux vaut vérifier l’offre du moment sur la plateforme de votre choix.

▶ Voir Carol sur Prime Video

La bande annonce

Voici la bande-annonce officielle de Carol, diffusée par The Weinstein Company.

⭐ L’avis de la rédaction : ★★★★★
Une mise en scène d’une élégance rare au service d’une histoire d’amour qui prend son temps. Carol réussit le pari du mélodrame intelligent : tout passe par le regard, le geste retenu, la lumière. Un sommet du cinéma lesbien, à (re)voir sans modération.

Foire aux questions sur le film Carol

Carol est-il adapté d’un livre ?
Oui. Carol adapte le roman The Price of Salt (1952) de Patricia Highsmith, publié à l’origine sous le pseudonyme de Claire Morgan et réédité plus tard sous le titre Carol. Le scénario est signé Phyllis Nagy.

Qui joue dans le film Carol ?
Cate Blanchett interprète Carol Aird et Rooney Mara incarne Therese Belivet. Le casting réunit aussi Kyle Chandler, Sarah Paulson et Jake Lacy. La réalisation est de Todd Haynes.

Carol a-t-il gagné des prix ?
Rooney Mara a reçu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2015, partagé avec Emmanuelle Bercot. Le film a obtenu six nominations aux Oscars, sans toutefois remporter de statuette.

Le film Carol se termine-t-il bien ?
Sans tout dévoiler, Carol se distingue des drames lesbiens plus anciens en laissant à ses héroïnes une fin ouverte et porteuse d’espoir. Cette issue, rare pour l’époque représentée, a beaucoup contribué à son statut de film culte.

Où regarder Carol en streaming en France ?
Le film est proposé en location et à l’achat sur Canal VOD, UniverCiné, Apple TV, Prime Video et Rakuten, et parfois en gratuit avec publicité sur France.tv. L’offre varie selon les périodes.

De quand date le film Carol ?
Carol a été présenté au Festival de Cannes en mai 2015 et est sorti dans les salles françaises en janvier 2016. Il dure 1 h 58.

Carol est-il une histoire vraie ?
Non, mais le roman dont il est tiré s’inspire en partie d’un souvenir réel de Patricia Highsmith, qui travailla brièvement dans un grand magasin et y croisa une cliente élégante. Les personnages et l’intrigue, eux, sont fictifs.

Quel roman lire après avoir vu Carol ?
Au-delà du roman de Highsmith, les amatrices d’histoires d’amour entre femmes peuvent prolonger l’émotion avec les romances et thrillers du catalogue de ST Éditions, du slow burn historique à la fiction contemporaine.

📌 À retenir
Carol est un drame romantique lesbien de Todd Haynes, adapté de Patricia Highsmith, avec Cate Blanchett et Rooney Mara. Présenté à Cannes en 2015 (Prix d’interprétation pour Mara) et six fois nommé aux Oscars, il s’est imposé comme un classique du genre grâce à sa mise en scène raffinée et à sa fin porteuse d’espoir. En France, il se voit en VOD sur les principales plateformes.

Sources


Kyrian Malone autrice de romances lesbiennes
À propos de l'autrice
Kyrian Malone
Kyrian Malone écrit des romances lesbiennes depuis 2006. Elle a d'abord créé le site Slayers' Time, puis ST Editions, fondé fin 2008. Son univers se destingue par ses héroïnes complexes et les zones grises de la psychologie humaine.
Du thriller au post-apo, du drame historique à la rom-com cynique, son catalogue traverse les genres sans se détourner de la même obsession : la psychologie des liens entre femmes. Parmi ses cycles les plus lus, "The Underworld Chronicles", "Loving Clarke" - récit semi-biographique sur l'autisme au féminin - et la saga des "Madame Queen". 
Depuis 2008 Romances lesbiennes Multivers assumés Slow burn et zones grises Édition LGBTQ+
Plus de 100 romans WLW publiés au cœur de la fiction lesbienne francophone.
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