La Petite Dernière : le film lesbien d'Hafsia Herzi primé à Cannes

Une jeune femme de banlieue, croyante et amoureuse d’une autre fille, qui refuse de choisir entre sa foi et son désir : c’est tout le nœud de La Petite Dernière, le film d’Hafsia Herzi adapté du roman de Fatima Daas. Porté par Nadia Melliti, repérée dans la rue puis sacrée à Cannes, il a aussi décroché la Queer Palm. Voici ce que raconte ce portrait, qui le signe, et comment le voir.
📅 Sortie en salles (France) : 22 octobre 2025
🎬 Réalisation : Hafsia Herzi
👥 Avec : Nadia Melliti, Park Ji-min, Amina Ben Mohamed
📚 D’après : le roman La Petite Dernière de Fatima Daas (2020)
🔥 Distinctions : prix d’interprétation féminine et Queer Palm, Festival de Cannes
🌍 Production : France-Allemagne, 106 minutes, distribution Ad Vitam
❓ La Petite Dernière, de quoi parle le film ?
Le film suit Fatima, 17 ans, benjamine d’une famille musulmane de banlieue parisienne. Quand elle intègre une fac de philosophie à Paris, elle découvre son attirance pour les femmes et tente de l’accorder avec sa foi et sa place dans sa famille. Un récit d’émancipation intime.
Sommaire
- La Petite Dernière, de quoi parle le film ?
- Une adaptation du roman de Fatima Daas
- Nadia Melliti, la révélation du film
- Hafsia Herzi derrière la caméra
- Cannes : prix d'interprétation et Queer Palm
- Foi, désir et famille : ce que le film raconte vraiment
- Un nouveau visage du cinéma saphique francophone
- Fatima Daas, l'autrice à l'origine du film
- Un tournage entre Paris et le Grand Est
- Un film salué par la critique
- La bande annonce
- Où voir La Petite Dernière
- À qui s'adresse le film
- Questions fréquentes sur La Petite Dernière
- Sources
La Petite Dernière, de quoi parle le film ?
La Petite Dernière raconte l’éveil de Fatima, dix-sept ans, la plus jeune d’une fratrie de filles dans une famille aimante de la banlieue parisienne. Bonne élève, elle quitte son quartier pour une licence de philosophie à Paris. Loin du cocon familial, elle rencontre d’autres façons de vivre, croise le désir, et comprend qu’elle aime les femmes. Le film tient dans cette tension : comment rester fidèle à sa foi musulmane et à ses parents tout en s’autorisant à être qui elle est.
Hafsia Herzi filme cette traversée sans pathos ni leçon. Pas de grand drame familial spectaculaire, pas de coming out théâtral : plutôt une suite de petits gestes, de silences, de mensonges minuscules et de premières fois. Le récit avance au rythme de Fatima, hésitant, parfois maladroit, toujours sincère.
Une adaptation du roman de Fatima Daas
Le film s’appuie sur le premier roman de Fatima Daas, La Petite Dernière, paru en 2020. Ce texte largement autobiographique avait marqué par sa forme litanique, ses phrases qui reviennent comme des prières, et son portrait d’une jeune femme qui se définit par accumulation : française, algérienne, musulmane pratiquante, lesbienne, asthmatique, née à Saint-Germain-en-Laye et élevée à Clichy-sous-Bois.
Hafsia Herzi garde l’essentiel de cette voix tout en l’incarnant. Là où le livre tenait par sa langue, le film passe par les corps, les regards, la lumière des appartements et des amphis. L’adaptation déplace donc le centre de gravité : moins de confession écrite, davantage de présence physique. Fatima cesse d’être une narratrice pour devenir une silhouette qu’on suit, dont on guette les réactions.
💡 Le saviez-vous ? Le titre du roman comme du film désigne la place de Fatima dans la fratrie, la dernière-née. Dans le récit de Fatima Daas, cette position de benjamine devient une métaphore : celle d’une fille qui arrive après les autres et doit se faire une place dans un cadre déjà écrit.
Nadia Melliti, la révélation du film
Tout le film repose sur les épaules de son actrice principale, et le pari est gagné. Nadia Melliti, qui n’avait jamais tourné, a été repérée lors d’un casting sauvage dans Paris, du côté de Châtelet. Étudiante en STAPS et ancienne footballeuse, elle apporte à Fatima une présence rentrée, une façon de garder beaucoup pour elle, qui colle exactement au personnage.
Son jeu refuse la démonstration. Fatima ne pleure pas à tout-va, ne prononce pas de tirade. Elle observe, encaisse, sourit à demi, se rétracte. Cette retenue donne au récit sa justesse et explique en grande partie l’accueil critique du film. Pour une première apparition à l’écran, la performance impressionne par sa maîtrise.
Hafsia Herzi derrière la caméra
Connue d’abord comme comédienne, révélée au public dans le cinéma d’Abdellatif Kechiche puis vue dans de nombreux films français, Hafsia Herzi poursuit avec La Petite Dernière son travail de réalisatrice. Elle y prolonge des thèmes qui traversent son cinéma : les familles populaires, les femmes qui cherchent leur autonomie, les milieux qu’on filme rarement avec autant de tendresse et de précision.
Son regard évite deux pièges fréquents sur ce type de sujet. Elle ne fait pas de la religion un simple obstacle à la liberté, ni de la famille un bloc hostile. La mère, le père, les sœurs existent comme des personnes, avec leur amour et leurs angles morts. Cette nuance est sans doute ce qui distingue le film d’un récit d’émancipation plus convenu.
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Cannes : prix d'interprétation et Queer Palm
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, La Petite Dernière en est reparti avec deux récompenses qui comptent. Nadia Melliti a reçu le prix d’interprétation féminine, distinction du jury officiel qui couronne la meilleure actrice de la sélection. Le film a aussi obtenu la Queer Palm, prix décerné aux œuvres qui traitent des thématiques LGBTQ+.
Cette double reconnaissance a une portée concrète. Le prix d’interprétation a propulsé une débutante au premier plan du cinéma français. La Queer Palm, elle, ancre le film dans une histoire : celle des récits saphiques que le festival distingue depuis plusieurs années, aux côtés de titres comme Portrait de la jeune fille en feu ou Carol.
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Foi, désir et famille : ce que le film raconte vraiment
Le sujet pourrait se résumer vite : une jeune lesbienne musulmane prise entre deux mondes. Le film refuse ce raccourci. Fatima ne renie pas sa foi en découvrant son désir. Elle prie, elle doute, elle aime, parfois dans le même mouvement. Cette coexistence, rare au cinéma, est le vrai cœur du récit.
La sexualité y est filmée avec pudeur et franchise à la fois. Les premières rencontres amoureuses de Fatima ne servent ni de provocation ni d’illustration : elles font partie de son apprentissage, au même titre que ses cours de philosophie ou ses retours dans le quartier. Le film parle d’une jeunesse qui se construit en réconciliant des appartenances qu’on lui présente comme incompatibles.
C’est aussi un récit sur la double vie, ce quotidien fait de demi-vérités que connaissent beaucoup de personnes queer issues de milieux traditionnels. Fatima ment par omission, protège sa famille autant qu’elle se protège, et cherche un espace où ne pas avoir à se justifier. Sans surligner sa portée, le film donne à voir cette charge invisible.
Un nouveau visage du cinéma saphique francophone
Le film arrive dans un paysage où les histoires d’amour entre femmes ont gagné en place sur les écrans français. Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, La Belle saison de Catherine Corsini ou encore La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche ont, chacun à leur manière, installé ces récits dans le cinéma d’auteur hexagonal. La Petite Dernière prolonge cette lignée tout en la déplaçant.
Sa singularité tient à son héroïne. Filmer une jeune femme à la fois musulmane pratiquante et lesbienne, sans opposer mécaniquement ces deux dimensions, reste rare. Le film ne fait pas de Fatima un symbole ni un cas d’école : il la traite comme un personnage, avec sa drôlerie, ses contradictions et ses zones d’ombre. Cette approche élargit le champ de ce que le cinéma saphique francophone donne à voir, en y intégrant des trajectoires longtemps tenues en marge.
L’écho rencontré par le film, du tapis rouge cannois aux salles, suggère qu’un public attendait ce type de récit. Les histoires d’émancipation queer issues de milieux populaires ou religieux trouvent ici une incarnation qui ne sacrifie ni la complexité des personnages ni la tendresse du regard.
Fatima Daas, l'autrice à l'origine du film
Derrière le film, il y a une voix littéraire. Fatima Daas a publié La Petite Dernière en 2020, lors d’une rentrée littéraire où le livre s’est distingué par sa forme. Construit en courts paragraphes qui reprennent inlassablement la formule « Je m’appelle Fatima », le texte avance comme une litanie, mêlant prière, confession et autoportrait. Cette structure répétitive disait quelque chose de l’identité morcelée de la narratrice, faite de loyautés multiples.
L’autrice y explorait sa double appartenance, sa foi vécue sans concession et son désir pour les femmes, refusant de les présenter comme irréconciliables. C’est précisément ce refus que le film reprend à son compte. En portant ce texte à l’écran, Hafsia Herzi traduit une langue très personnelle en cinéma, et fait connaître un récit qui avait déjà touché de nombreuses lectrices à sa parution.
Un tournage entre Paris et le Grand Est
Si le récit se déroule entre la banlieue parisienne et les amphis de la capitale, le tournage a aussi mobilisé d’autres régions françaises. Une partie des prises de vues s’est déroulée du côté de Nancy, dans le Grand Est, ce qui a valu au film d’être salué localement après son passage à Cannes. Ce choix de décors participe à l’ancrage réaliste que recherche Hafsia Herzi, attentive aux lieux du quotidien.
La méthode de fabrication compte autant que les décors. Le casting sauvage qui a permis de trouver Nadia Melliti relève d’une démarche assumée : aller chercher des visages neufs, hors des circuits habituels, pour donner au film une vérité que des comédiens trop identifiables auraient pu brouiller. Cette exigence se retrouve dans la direction d’acteurs, tout en retenue, qui laisse respirer les scènes.
Un film salué par la critique
L’accueil critique a accompagné les récompenses cannoises. La presse a souligné la finesse du regard porté sur une jeunesse rarement filmée avec autant de soin, et la maturité d’une mise en scène qui refuse les effets. La performance de Nadia Melliti a concentré les éloges, au point de faire de cette débutante l’une des révélations marquantes du cinéma français de la saison.
Au-delà du film lui-même, sa reconnaissance a une valeur de signal. Couronner à Cannes un portrait d’émancipation lesbienne issu d’un milieu populaire et croyant, c’est rappeler que ces récits ont toute leur place dans le grand cinéma. Pour les spectatrices concernées, voir leur expérience portée à cette hauteur n’a rien d’anodin.
La bande annonce
La bande-annonce officielle, diffusée par le distributeur Ad Vitam, donne le ton du film : intime, lumineux, attentif aux visages.
Où voir La Petite Dernière
Après son passage en salles, La Petite Dernière est accessible en vidéo à la demande. Le film est proposé en VOD sur les plateformes françaises, notamment Canal VOD et UniversCiné, à l’achat ou à la location selon les offres.
Voir La Petite Dernière en VOD
⭐ L’avis de la rédaction : ★★★★☆
Un portrait d’émancipation d’une rare délicatesse, qui tient sa promesse grâce à une mise en scène sobre et à une actrice impressionnante de justesse. Le film évite les pièges du sujet et donne enfin à voir une héroïne lesbienne qui n’a pas à renier d’où elle vient. Une réussite du cinéma saphique francophone.
À qui s'adresse le film
La Petite Dernière parlera évidemment aux spectatrices qui se reconnaissent dans le parcours de Fatima : les jeunes femmes qui cherchent à concilier des appartenances que la société présente comme opposées, la foi et le désir, la famille et la liberté. Le film leur tend un miroir rare, dénué de jugement.
Mais il dépasse ce premier cercle. Quiconque s’intéresse au cinéma d’auteur français, aux récits d’apprentissage ou aux portraits de jeunesse y trouvera une œuvre exigeante et accessible. Le film n’exige aucune connaissance préalable du roman ni du contexte religieux : il se suit comme une histoire universelle d’émancipation, celle d’une fille qui apprend à s’appartenir. C’est aussi un bon point d’entrée pour découvrir le travail de réalisatrice d’Hafsia Herzi.
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Questions fréquentes sur La Petite Dernière
La Petite Dernière est-il tiré d'une histoire vraie ?
Le film adapte un roman largement autobiographique de Fatima Daas, qui s’est inspirée de son propre parcours de jeune femme française, musulmane et lesbienne. Il ne s’agit pas d’un documentaire, mais d’une fiction nourrie d’expérience vécue, transposée à l’écran par Hafsia Herzi.
Quel prix La Petite Dernière a-t-il remporté à Cannes ?
Le film a reçu deux distinctions au Festival de Cannes : le prix d’interprétation féminine pour Nadia Melliti, remis par le jury officiel, et la Queer Palm, qui récompense une œuvre traitant de thématiques LGBTQ+. Il était présenté en compétition officielle.
Qui joue Fatima dans La Petite Dernière ?
Fatima est incarnée par Nadia Melliti, une actrice débutante repérée lors d’un casting sauvage à Paris. Étudiante en STAPS et ancienne footballeuse, elle signe ici sa première apparition au cinéma, saluée par le prix d’interprétation féminine à Cannes.
La Petite Dernière est-il adapté d'un livre ?
Oui. Le film reprend le premier roman de Fatima Daas, La Petite Dernière, publié en 2020. Ce texte au style proche de la litanie avait marqué la rentrée littéraire par son portrait d’une jeune femme qui cumule des identités présentées comme contradictoires.
Où voir La Petite Dernière en streaming ?
Le film est disponible en vidéo à la demande sur des plateformes françaises, parmi lesquelles Canal VOD et UniversCiné, à la location ou à l’achat. Les offres évoluent dans le temps : il est utile de vérifier la disponibilité au moment du visionnage.
La Petite Dernière est-il un film lesbien ?
C’est un film dont l’héroïne découvre son homosexualité et vit ses premières histoires avec des femmes. Il appartient pleinement au cinéma lesbien, tout en racontant aussi la foi, la famille et le passage à l’âge adulte. La Queer Palm reçue à Cannes confirme cet ancrage.
Y a-t-il une suite à La Petite Dernière ?
Aucune suite n’a été annoncée. Le film forme un récit complet et le roman de Fatima Daas dont il s’inspire est autonome. Rien n’indique pour l’instant un second volet : il s’agit d’une œuvre qui se suffit à elle-même.
📌 À retenir
La Petite Dernière est le film d’Hafsia Herzi adapté du roman de Fatima Daas. Il suit Fatima, jeune femme musulmane de banlieue, qui découvre son homosexualité en arrivant à la fac de philosophie. Porté par Nadia Melliti, débutante repérée dans la rue, il a reçu le prix d’interprétation féminine et la Queer Palm à Cannes. Sorti en salles, il est désormais visible en VOD. Un portrait d’émancipation qui réconcilie foi, désir et famille sans en faire des ennemis.
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