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Mon ami, mon amant, mon amour - David Cooper

Résumé : Evan Monroe est agent fédéral au Bureau d'Analyse Comportementale de Quantico. Son ami et collègue, Corey James, surnommé CJ, se tourne vers lui il décide de quitter sa compagne. Evan accepte de l'accueillir chez lui avec son fils Hugo. Mais CJ va doucement comprendre que leur relation amicale et si particulière va devenir de plus en plus ambiguë.

 

Extrait N°1 

L’agent Corey James avait vérifié tous les vols commerciaux en partance pour Arlington, mais chacun d’eux était annulé suite aux violentes tornades qui sévissaient dans la région depuis plusieurs jours. Ces mêmes tornades les avaient amenés à enquêter sur des meurtres masqués par les dégâts causés lors des intempéries. L’homme qu’il recherchait avec ses collègues fédéraux s’attaquait à des jeunes adolescentes âgés de 15 à 17 ans. Seules, elles vivaient dans des foyers ou dans la rue. Trois victimes avaient été retrouvées, démembrées de leurs jambes, de leurs bras ou de leur tête. Le profil élaboré depuis la veille, l’agent Hanson, superviseur de l’unité d’analyse comportementale du FBI, avait autorisé Corey James, surnommé « CJ », à rejoindre sa famille à Arlington en Virginie, mais comment le pourrait-il avec de telles conditions météorologiques ? Conduire jusqu’à Arlington lui prendrait des jours. Accoudé au rebord du bureau face à un ordinateur du commissariat, il repoussa ses cheveux blonds d’un air fatigué. Son fils Hugo était malade. Lucy, sa conjointe, s’occupait de lui, mais CJ savait que son rôle, en tant que père, était d’être auprès de son fils. Une dispute avait éclaté entre son amante et lui à ce sujet. Lucy Valentine n’acceptait pas sa réintégration au sein du BSU (Bureau d’Analyse Comportementale). Mais Corey James aimait son travail et il lui était impossible de faire un choix entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Il vit son collègue, Evan Monroe venir vers lui :

— Tu n’es pas encore parti ?

L’agent James se leva, la mine fatiguée :

— Tous les vols pour Washington sont annulés. Ils prévoient de violentes tornades dans les prochaines heures.

Evan acquiesça d’un signe de tête, désolé. Il voyait Corey désarmé, impuissant alors que son fils était malade. Il n’aimait pas le voir ainsi.

— Hanson m’a demandé d’aller jeter un œil du côté d’Asbury. Notre suspect pourrait s’y trouver.

Corey récupéra sa veste et répondit :

— Je viens avec toi…

— Tu n'es pas obligé, répondit Evan.

— Je ne vais pas rester là à attendre que la tempête se calme, ça ne servirait à rien.

— Comme tu veux, concéda son collègue.

Il suivit Evan à travers les couloirs du commissariat qu’ils avaient investi le temps de l’enquête. Dehors, des bourrasques de vent soufflaient, soulevaient poussière, détritus, journaux et faisaient rouler quelques mégots de cigarettes. Evan s’installa derrière le volant et Corey monta à côté de lui, peu rassuré par les intempéries annoncées à la radio.

— J’espère qu’on ne croisera pas le chemin d'un de ces monstres climatiques, lança-t-il.

Evan démarra sans attendre et prit la direction d’Asbury au Nord de Lawton.

— J’ai une carte du comté. On a deux portables avec nous. Avec un peu de chance, on saura les éviter.

D'après le profil dressé, leur suspect se déplaçait en continu. Des corps avaient été retrouvés à différents endroits autour de Lawton et le tueur devait utiliser un camping-car pour parcourir autant de kilomètres entre ses meurtres.

La route fut difficile jusqu’à Asbury, un petit village niché en plein cœur du Kansas. Dans cet État peuplé de champs de céréales, d’espaces inhabités à perte de vue, les tornades étaient fréquentes. La nuit tombée, la vision se réduisait au fil des minutes et Evan devait redoubler de vigilance pour ne pas s’écarter de la voie. La voiture se faisait secouer par la force des vents, des éclairs illuminaient parfois le ciel gris et sombre.

Evan jeta un coup d'œil sur Corey qu'il voyait concentré sur leur enquête, mais perturbé par l’état de son fils. Il tourna son regard vers lui. Sur la route il aperçut un tube nuageux se former à quelques kilomètres de leur position. Il freina aussitôt et stoppa le véhicule.

— Bon sang !  Manquait plus que ça !

Une tornade leur coupait la route et avançait droit dans leur direction. Il jeta un regard dans le rétroviseur et fit une violente marche arrière pour faire demi-tour.

— On ne va pas y arriver avec ce temps, ajouta-t-il, excédé par la météo.

Il fit demi-tour tandis que Corey tentait de comprendre les déplacements atmosphériques transmis par l’appareil satellite mis à leur disposition. Il releva ses yeux pour les observer, constata combien le ciel était bas, gris et orageux. Au loin, au-dessus des champs, des éclairs craquelèrent le ciel puis le tonnerre déchira le silence et la pluie se mit à tomber. Les bourrasques se firent plus violentes autour du véhicule.

— Désolé, mais je ne sais pas lire une carte météo, dit Corey qui tentait d’analyser l’écran posé sur ses cuisses. Si je m’en tiens à toutes ces masses rouges qui se déplacent autour de nous, on ferait mieux de se mettre à l’abri Ev'.

Evan jeta un œil sur l’appareil que Corey tenait devant lui. En effet, plusieurs grosses taches rouges occupaient la moitié de l’écran et indiquaient l’arrivée de puissantes tornades. Contrairement à lui, il savait lire une carte satellite et comprenait à quel point CJ avait raison. Mais au milieu des champs du Kansas, au milieu de nulle part, où pourraient-ils trouver un abri ? Il fouilla les alentours des yeux, réfléchit rapidement et bifurqua sur une petite route de terre qui traversait un énième champ. Selon la carte satellite, ils étaient au beau milieu du secteur le plus dangereux. Il se rappelait avoir passé un pont quelques minutes plus tôt. Si ses souvenirs étaient exacts, ils n’en étaient plus qu’à une centaine de mètres. Le pont apparut enfin au prochain virage et Evan s’y réfugia dessous

— Tu restes là, fit-il à Corey.

— On n'a pas le temps ! Refusa ce dernier, on doit trouver un abri !

— Je sais ce que je fais, rétorqua Evan.

Il sortit de la voiture avec difficulté, les bourrasques violentes le plaquaient contre la carrosserie et l’empêchaient d’avancer. Luttant contre les éléments, il s’approcha enfin du pont pour vérifier un détail.  Sans aucune explication, il revint dans le quatre-quatre et redémarra. Le pont franchi, il quitta la route et se retrouva dans le champ qui la bordait. À cet instant, une tornade se forma devant eux, à deux ou trois kilomètres de leur position. L’immense tube nuageux devait être  de forte amplitude  et ne les épargnerait pas s'il les atteignait. Evan accéléra bien que CJ n'eut pas la moindre idée de ce qu'il faisait. L’instant d’après la voiture piqua du nez tandis qu’Evan les avait conduit jusqu’à un large fossé. La tornade  les rattrapait. Ils l’observaient, et sentaient toute sa puissance à travers le véhicule qui tremblait.

— Fais-moi confiance, dit-il CJ…

Il donna un coup de volant, s’engouffra dans un gros tunnel d’évacuation d’eau qui passait sous le champ et  roula sur plusieurs mètres avant de stopper le véhicule. Bloqués dans cet abri de fortune, ils allaient pouvoir juger de son efficacité.

CJ n'en revenait pas de l'audace d'Evan, mais espérait que son idée les sauve. Il ôta sa ceinture de sécurité, se tourna et passa sur la banquette arrière du quatre-quatre pour  observer ce qui se passait derrière eux. Evan le rejoignit, malgré tout incertain. Il pouvait entendre les mugissements du vent, les grondements du tonnerre depuis l'extérieur de la cavité. Le ciel continuait de s’obscurcir, les éclairs se multipliaient et déchiraient le ciel. Depuis leur emplacement, ils voyaient des branches d’arbres rouler, d’autres voler par-dessus le fossé et la tornade n’était pas encore sur eux. En réalisant ce qui arrivait, CJ récupéra son téléphone et tenta de numéroter :

— Je vais prévenir les autres, leur dire où nous sommes !

Mais la communication s’interrompit et CJ comprit qu’il n’y avait pas de réseau.

— Je ne capte pas.

L’écran météorologique ne retransmettait plus les signaux satellites ce qui signifiait qu'ils étaient désormais seuls, coupés du monde tant que la tornade ne  faiblirait pas. Evan vérifia également l’écran de son portable, mais aucun signal ne perçait leur abri de fortune.

— L’antenne réceptrice a dû s’envoler elle aussi.

Autour d'eux, ils sentaient les tremblements provoqués par l’approche du monstre, entendaient un grondement grave, impressionnant résonner à travers le tuyau. Evan reposa son téléphone et tourna les yeux vers l’arrière où le paysage continuait de s'assombrir dangereusement. Le quatre-quatre se mit à vibrer sur lui-même comme si toute sa mécanique ressentait l’intensité de la tornade extérieure. Evan jeta un autre regard rapide vers l’arrière et dans un réflexe, poussa CJ à baisser la tête vers l’avant. Il fit de même afin de se protéger d’éventuels bris de glace si le pare-brise arrière venait à éclater. Il ne pouvait mesurer l’impact que la tornade aurait sur leur abri et préférait ne prendre aucun risque. Avant même qu’ils n’eurent le temps de se redresser, un projectile lourd atteignit  la vitre qui explosa dans leur dos. La poussière et le froid s’engouffrèrent dans le quatre-quatre, mais CJ continua de se protéger le visage. Les vrombissements se poursuivirent quelques secondes et le calme retomba aussi brutalement. Prudents, ils se redressèrent pour regarder derrière eux. Plusieurs branches étaient entrées dans le tunnel et si les vents s’apaisaient ils étaient suffisamment puissants pour que leurs tourbillons charrient des débris de toutes sortes à la vitesse de missiles. Ils n’osaient imaginer ce qui se passait dehors, et ce qui serait arrivé s'ils avaient été à l’extérieur de ce tunnel. Ce spectacle était à la fois terrifiant et hypnotisant, mais c’était un spectacle de désolation.  Il  tourna son regard vers Evan :

— Ça va ? Tu n’as rien ?

— Non, je n’ai rien.

Il détailla CJ près de lui et retourna la question :

— Et toi ?

CJ acquiesça, encore secoué par ce qui se passait :

— Ouais, ça va… Enfin… Je crois.

Il regarda derrière eux, déglutit avec difficulté et demanda à Evan :

— Tu crois que c’est terminé ?

Evan détailla CJ un instant de plus afin de s’assurer qu'il ne soit pas blessé et jeta un œil à l’arrière.

— Pour cette tornade, oui, mais je ne te garantis rien pour le reste de la soirée…

Evan se recula de son siège qu'il tira vers lui pour le replier. Il se mit à moitié debout dans la voiture et tendit le bras vers l’intérieur du coffre. La branche coincée dans le pare-brise l’empêchait d’ouvrir le coffre. Il attrapa son sac et remit le siège à sa place.

— Le principal pour l’instant, c’est nous…

Il trouva un pull et le tendit à CJ.

— Enfile ça, ça te protègera du froid le temps qu’on sorte de là.

CJ le prit, touché de voir qu’Evan s’occupait de lui comme Greer, Deven ou Marshall l’auraient fait.

— Mais toi ? demanda-t-il.

Evan ne pensait pas à lui pour l’instant, mais à la situation dans laquelle ils se trouvaient tous les deux.. Le vent s’engouffrait dans le véhicule, la pluie humidifiait l’air et faisait chuter la température. La nuit n’arrangeait rien et serait sans doute plus longue que prévue.

— Ne t’en fais pas pour moi…

Après tout, il avait connu des situations bien pires au service de la CIA… Il enjamba les sièges et alluma les phares avant et arrière du véhicule. Il récupéra son bonnet dans le vide-poche de sa portière et le vissa sur sa tête avant d’expliquer :

— Tu as une bouteille d’eau et une barre de chocolat dans le sac… Au cas où on resterait ici plus longtemps que prévu.

Il ouvrit la portière et sortit du quatre-quatre pour évaluer son état. Il soupira lorsqu'il posa ses yeux sur le pneu crevé à l’arrière et s’approcha de la longue branche qui avait perforé leur pare-brise. Avant de vouloir partir de cet endroit confiné, il devrait dégager ce morceau de bois projeté sur le sol. Il se posta sur le côté et lui donna un franc coup de pied. Le bois  craqua sous l’impact et il s’en débarrassa.

CJ maintint la portière ouverte tandis que le vent semblait souffler à nouveau. Peut-être une autre tornade approchait dans leur direction. Il interpella Evan :

— Ne reste pas dehors, c’est trop dangereux… On ferait mieux d’attendre que ça se calme.

Evan hésita, mais finit par revenir dans le véhicule. Où il ferma la portière. CJ expliqua :

— On doit empêcher l’air de rentrer, surtout si on doit passer la nuit ici.

— C’est ce que je pense aussi, lui répondit Evan en revenant à l’arrière du véhicule. Tu veux bien m’aider ?

Avec CJ, ils repoussèrent la branche vers l’extérieur jusqu’à la sortir complètement. Une fois la plage arrière dégagée, Evan la dégonda et la releva contre le pare-brise pour faire obstacle à l’air froid. Il se tourna vers CJ et annonça :

— On va devoir attendre ici…

Evan était désolé pour CJ qui devait s’inquiéter pour son fils,  espérer le retrouver au plus tôt. Au lieu de cela, il restait coincé dans un tuyau d’évacuation d’eau, menacé par les tornades du Kansas. Evan rejoignit son siège et alluma le moteur.

— On va réchauffer l’habitacle quelques minutes.

Tous les deux commençaient à avoir froid. CJ ôta sa veste et enfila le pull qu’Evan lui avait prêté. Le vent se remettait à souffler, moins fort que précédemment, mais menaçant. Tous les deux étaient  assis l’un à côté de l’autre et heureusement, le moteur de la voiture enclenché permettait de réchauffer l’intérieur du véhicule.

— Une barre chocolatée et un peu d’eau en guise de repas ? répéta CJ.

Il tenta un léger sourire malgré tout et taquina Evan afin de dédramatiser la situation :

— J’aurais espéré un peu mieux pour notre premier rendez-vous.

Evan eut un instant d’hésitation sur la remarque de CJ. Venait-il bien de parler de rendez-vous ? Après toutes ces années durant lesquelles Evan lui avait fait nombre de sous-entendus sur son orientation sexuelle, ses préférences en matière d'homme, CJ le taquinait-il ou entrait-il à son tour dans ce petit jeu de provocation ? Son cœur s’était affolé à cette idée, mais le moment était mal choisi pour se perdre dans des réflexions intensives. Son sourire fut à la fois nerveux et amusé avant qu'il ne réponde :

— Et je me trouve particulièrement doué pour le coup de la panne… 

CJ ne put s’empêcher de rire sur cette réponse. Il appréciait l’humour d’Evan d'autant que la situation ne se prêtait pas aux plaisanteries qu'ils s’échangeaient. Le vent continuait de souffler, le quatre-quatre était parfois secoué par les rafales venant de l’extérieur qui s’engouffraient dans leur abri de fortune. CJ savait qu'ils ne craignaient rien ici, la première tornade passée ne les avait pas touchés, mais si d’autres croisaient leur chemin, la nuit serait longue. Il récupéra la barre chocolatée du sac qu’Evan avait ouvert et commenta :

— Remarque, ça aurait pu être pire.

Il lui tendit l'autre moitié.

— J’aurais pu me retrouver bloqué dans cette voiture avec une parfaite inconnue qui m’aurait lourdement draguée.

Evan gardait son sourire amusé aux lèvres. Une nouvelle fois, il se savait tomber sous le charme irrésistible de CJ. Après toutes ces années à travailler avec lui, à le savoir en couple avec une femme et un enfant, il s'était fait une raison, en avait pris son parti, même si un peu d’espoir restait permis. Il refusa la moitié de la barre :

— Garde-la, j’ai pas faim pour l’instant…

Il se redressa vers les sièges avant et tendit le bras jusqu’à la clef de contact pour la tourner et éteindre le moteur. Ils auraient besoin d’essence pour retourner au commissariat de Lawton. Il se rassit sur le siège, s’y enfonça confortablement afin d’user de ses coussins pour se réchauffer un maximum. Il tourna des yeux malicieux sur CJ avant de poursuivre sur sa dernière réplique au sujet de l’inconnue :

— Et qui te dit qu’elle t’aurait lourdement draguée ? Ça, c’est ton côté tombeur qui ressort… Penelope n’a pas tort quand elle te surnomme comme ça.

Bras croisés, CJ mangea lentement la barre de chocolat dont il détaillait la texture à chaque bouchée.

— Quoi ? Tu ne t’es jamais fait draguer pendant les enquêtes ? Je sais qu'Hanson nous envoie rarement sur le terrain ensemble, mais on sait tous les deux que certains et certaines trouvent ça excitant le côté fédéral, agent secret et menottes.

Il réfléchit un instant et ajouta en regardant Evan :

— Et ce n’est pas pour rien que Penelope te surnomme aussi « beau brun ténébreux » ! Je serais une femme, j’imagine que je te draguerais.

Evan roula sa tête contre le siège pour tourner ses yeux vers CJ. Cette dernière phrase n’arrangeait pas les sensations que son corps subissait. L’agent James avait toujours eu ce pouvoir sur lui. Quelques mots, quelques regards, quelques sourires suffisaient à allumer un feu difficile à éteindre. Il ricana néanmoins sur cette dernière supposition et répondit :

— J’ai un peu de mal à t’imaginer en femme.

Il détourna le regard dans le vide en réfléchissant à leur discussion tout à fait hors propos en ces circonstances.

— Mais c’est vrai que le mélange menottes, agent secret et flingue attire quelques filles en manque de sensations fortes…

Il croisa les bras pour enfouir ses mains sous ses aisselles et reprit sans avoir oublié les paroles de CJ :

— Cela dit, je serais curieux de savoir comment tu t’y prendrais… Pour me draguer.

CJ garda son léger sourire en terminant sa part de « repas ». Il rangea l’autre moitié dans le compartiment de rangement situé entre les deux sièges et ramena ses mains jointes entre ses cuisses afin de les réchauffer. Il devait faire aux alentours de 10 ou 15 degrés dehors et le froid commençait à peser. Cette discussion avait le mérite de leur changer un peu les idées puisque le vent ne cessait de souffler à l’extérieur.

— Comment je m’y prendrais ? répéta-t-il en réfléchissant tout haut. J’imagine que je serais un du genre plutôt romantique sans être non plus tout mielleux si tu vois ce que je veux dire.

Il posa sa tête en arrière en continuant de réfléchir et la tourna vers Evan :

— Je t’inviterais chez moi et je te cuisinerais un bon repas français agrémenté d’un vin rouge…

Evan se mit à rire sur cette description qu'il avait sincèrement tentée d’imaginer. Transformer CJ en femme lui était impossible et il ne le voulait pas non plus.

— Et je te soupçonnerais d’être gay, commenta-t-il, taquin.

Il tourna ses yeux sur CJ et poursuivit sans quitter son sourire :

— Tu sais quoi ? Je préfèrerais encore que tu restes comme tous les mecs hétéros et que tu me laisses faire le repas.

CJ ricana une nouvelle fois, amusé par les remarques d’Evan. Tous les deux se connaissaient depuis six ans et il avait fallu qu'ils se retrouvent bloqués dans ce quatre-quatre, arrêtés dans une évacuation d’eau et piégés par des tornades, pour prendre réellement le temps de parler et plaisanter comme CJ le faisait souvent avec Penelope. Il resta dans cette position, la tête reposée en arrière sur le haut de leur siège et le regard sur le plafond de la voiture. Son sourire s’effaça doucement et il ajouta d’un air plus sérieux :

— On devrait prendre le temps de se voir en dehors du Bureau.

Evan avait entendu le ton plus sérieux de CJ à travers ces dernières paroles. Les mains toujours dissimulées sous ses bras croisés, son regard demeurait dans le vide. Le froid de la nuit envahissait peu à peu le véhicule. Derrière eux, le vent soufflait, sifflait à l'extérieur, tel un serpent vicieux décidé à s'introduire dans leur abri. Il vérifia le signal sur son portable sans en trouver et répondit:

— On a tous été plutôt occupés ces derniers temps...

Il ne désapprouvait pas la suggestion de CJ, mais leur métier, leur vie pour chacun différente, leur prenait à tous beaucoup de temps. Il rangea son téléphone dans sa poche et reprit :

— Hanson a perdu sa femme et se retrouve seul avec Jack, Dave essaie de recoller des morceaux de son passé, Penelope a Marvin, Deven se contente de ses nombreuses groupies et toi tu as Hugo et Lucy… Sans compter nos petits séjours réguliers d’un bout à l’autre du pays.

CJ le regarda et rectifia :

— Quand je dis qu'on devrait se voir plus souvent, je ne parlais pas des autres, mais de toi et moi…

Evan tourna les yeux vers lui et esquissa un léger sourire.

— Tu as quand même Hugo et Lucy et ça ne nous empêche pas de savoir qu’on est là si l’un ou l’autre a besoin de discuter.

CJ ne répondit pas sur l’instant. Evan avait raison, il avait Lucy et son fils. Lucy avec qui les choses se compliquaient au fil des jours. Lucy avec qui il ne cessait de se disputer dès le moindre désaccord. Il détourna le regard vers le plafond et sentit le besoin de se confier :

— Je crois que ça ne va pas durer entre Lucy et moi.

Evan fronça aussitôt les sourcils sur cette remarque qu'il n’avait pas attendue. Il se redressa sur son siège et reporta son regard sur CJ. Celui-ci avait semblé si attaché à l’ancienne détective de La Nouvelle-Orléans avec qui il avait eu son fils Hugo. Il tenta de lire l’expression de CJ, de comprendre ou de traduire ses émotions derrière ses mots.

— Comment ça ?

CJ hésita en regardant Evan. Le seul fait d’avoir prononcé ces quelques mots semblait le libérer d’un poids qu'il avait porté seul jusqu’à maintenant. Même Penelope n’était pas au courant de sa relation houleuse avec sa conjointe. Il se redressa, glissa sa main dans cheveux dorés dont quelques mèches tombaient sur son front :

— On se dispute depuis que j'ai intégré le Bureau. Elle m’accuse d’avoir accepté cette promotion et ne supporte plus de me voir partir pendant des jours. Elle aurait préféré que je garde mon poste au Pentagone.

Evan gardait une mine aussi confuse que compatissante. Pourtant, Dieu savait à quel point, il regrettait encore d’avoir poussé CJ vers Lucy lors d'une enquête en Floride où Lucy et lui s'étaient rencontrés. Mais en tant qu’ami, il ne pouvait se réjouir d’un événement aussi triste et angoissant qu’une éventuelle rupture. Il savait Lucy insistante vis-à-vis du métier de CJ. Elle le voulait à la maison, avec elle et leur fils, mais elle n’avait jamais compris quelle importance le Bureau avait aux yeux de Corey. Il n’osait imaginer les ressentiments de CJ en ce moment où Hugo était malade près de sa mère, à des centaines de kilomètres de cette voiture.

— Je suis désolé, fit-il sincèrement. Si tu en parlais avec Hanson, je suis sûre qu’il te laisserait un peu de temps pour régler ça…

— Je verrai, dit-il.

Mais CJ songeait qu'il ne ponctionnerait pas sur son temps de travail le temps nécessaire pour régler ses problèmes conjugaux. Hanson et les autres avaient besoin de lui au quotidien. De ses mains, il frotta ses bras, ses cuisses, pris par le froid qui envahissait la voiture et davantage en restant ainsi immobiles comme ils l’étaient. CJ sortit son téléphone, vérifia le réseau dans leur secteur, toujours inexistant. Dehors, les rafales de vent ne baissaient pas en intensité.

— J’espère que les autres sont à l’abri, remarqua CJ en pensant à leurs collègues. Ils doivent être inquiets de ne pas pouvoir nous contacter et on va finir par geler si on reste là.

Evan avait compris que le sujet « Lucy » restait délicat après cette brève réponse de la part de CJ. Au moins, celui-ci avait pu se confier à lui, extérioriser ses appréhensions. Il s’approcha et tendit le bras vers la banquette arrière afin de récupérer une couverture.

— Ok, on va se réchauffer… fit-il d'un léger sourire... On va se serrer un peu... Sans aucune arrière- pensée, je précise !

CJ esquissa un léger sourire et le laissa faire. Evan avait raison et il le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne profitait pas de la situation. Il n’y avait pas de secret pour se réchauffer. À cet instant précis, ils devaient se serrer et profiter de la chaleur de leur corps respectif sous une couverture. Il se blottit contre Evan, bien plus grand et costaud que lui, et laissa son bras l’enlacer. Le silence les enveloppait, mais à l’extérieur du quatre-quatre les rafales de vent venaient rompre cette quiétude.

Malgré lui, Evan ne pouvait réfréner quelques frissons au contact de la peau de son ami. CJ dégageait des parfums sucrés bien à lui qu'il aurait pu discerner entre mille. Cette situation devenait moins terrible tout à coup… Evan préférait savoir CJ à l’abri du froid, des conditions difficiles et ne songeait pas à son propre confort. Après tout, il ne s’agissait que de tornades et ils se trouvaient à l’abri pour l’instant… En cherchant bien, il avait connu pire par le passé. À présent, blotti contre celui pour qui il avait un léger faible, il ne pouvait pas se plaindre. Mais il songeait à l'aveu de Corey, à sa situation délicate avec Lucy, à Hugo que toute l’équipe chérissait. CJ avait eu raison de dire qu'ils n’avaient jamais pris le temps de discuter tous les deux. Peut-être les choses semblaient parfois bien trop sensibles. Ils n’avaient jamais eu une relation comparable à celle que CJ entretenait avec les autres membres de l'équipe. Une distance raisonnable semblait s’être installée entre eux, vigilante, comme si, trop proches l'un de l'autre, une chose irréversible risquait de se déclencher. Pourtant, Evan avait raison d’affirmer que quoiqu’il arrive, tous les deux étaient présents l’un pour l’autre… CJ l’avait prouvé lors de plusieurs enquêtes. Evan se demanda alors à quel moment il avait lui aussi eu l'occasion de démontrer sa loyauté à Corey ? La prouvait-il en cet instant ? Il ressortit son téléphone de sa poche et y jeta un œil. Aucun signal n’apparaissait et une nouvelle tornade approchait à en juger par les vibrations de la voiture. Il laissa un soupir silencieux s’échapper de sa gorge. Le reste de l’équipe devait déjà les rechercher, mais, réfugiés dans l’abri où ils se trouvaient, ils n’auraient aucune chance de les localiser. Il tendit le bras pour attraper la bouteille d’eau et en but une gorgée. 

 

Extrait N°2

Evan ne mesurait pas combien sa présence était un profond réconfort pour lui. Sans vraiment savoir pourquoi, il osa glisser sa main sur celle d’Evan et ses yeux s’y attardèrent un instant. Les ongles d’Evan étaient rongés, seule marque de sa nervosité qui ne transparaissait jamais quelles que soient les situations.

— C’est ça qui m’a manqué quand tu as quitté les bureaux pour l'enquête sur Doyle Regans.

Il releva ses yeux bleus dans les siens :

— Tes conseils… Ta présence et tes attentions.

Evan venait de frissonner sous les doigts de CJ. Son regard bleu azur, à peine assombri par l’obscurité de la pièce le captivait autant que ses mots. Il avala péniblement tant sa gorge s’asséchait en présence de Corey. Tous ses sens s’éveillaient lorsqu'il était près de lui. Ses paroles lui réchauffaient le cœur parce qu'il les savait sincères. Son réconfort était de se rappeler combien il était important dans la vie de CJ… Mais toujours la même question le taraudait : qu’adviendrait-il plus tard ? CJ et Hugo devraient refaire leur vie, la reconstruire…

— Tout ce que je t’ai dit, tu le sais déjà, il suffit juste de te le répéter…

CJ se pinça les lèvres, réconfortée par la voix plus suave d’Evan. Son regard brun était si profond, si pétillant quand il se posait sur lui et se rivait dans le sien. Cet instant était l’un de ceux que CJ savait sans équivoques. Evan et lui échangeaient des regards intenses, suspendus dans le temps, laissant les doutes renforcer toute l’ambigüité de leur relation. Peut-être était-il temps de ne plus se laisser influencer par ses préjugés, se disait CJ. Peut-être qu’un seul pas vers Evan ne condamnerait pas leur amitié si précieuse ? 

 

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Julie Panchot Payet posted a comment in Loving Clarke - L'histoire d'une lesbienne et autiste asperger
Livre vraiment génial une histoire très bien écrite avec une profondeur des personnages que nous ...
Bonsoir :) je n'arrive pas à accéder à la fanfic "the one", est-ce qu'il y a un problème? Merci ...
Trop top !!! Pitié une suite ?????