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images/stories/virtuemart/product/pour-lSynopsis : Jordan Queen revient à Eastern Rock au Texas 15 ans après son départ pour New York... 15 années se sont écoulées et Jordan n'est plus le jeune adolescent complexé par son poids dont la plupart des élèves de son lycée se moquaient. Personne ne le reconnait, pas même Keith Marshall, 29 ans, dont il était éperdument amoureux quand il n'avait que 16 ans. Leurs retrouvailles ravivent des émotions et des sentiments jamais éteints. Mais Jordan est-il prêt à révéler à Keith sa véritable identité et à assumer son ancienne vie ?

Un livre adapté du roman de Kyrian Maloen & Jamie Leigh "A toi pour toujours".

 

*  *  *

 

Située en bord de mer au sud du Texas, Eastern Rock accueillait chaque été les festivités des Sables. La petite ville se dressait entre le désert et la mer. La seule végétation consistait en des forêts de palmiers ou de cocotiers plantés autour de la ville et sur les plages s'étendant à perte de vue.

Quinze ans plus tôt, Jordan Queen était parti après la fin du lycée pour poursuivre ses études à Houston, une ville à une centaine de kilomètres au Nord-est. Après une année d'Histoire de l'Art, de fêtes, de changements personnels et de rencontres en tout genre, il avait rejoint New York pour travailler.

Revenir à Eastern Rock après tout ce temps ravivait des souvenirs lointains. La ville n'avait pas beaucoup changé. Les routes, les maisons, la station-service, le supermarché ou encore le Fresh Snack, où autrefois il s'empiffrait de glaces, étaient toujours à leur place. Tout comme la maison de sa mère, restée à Eastern Rock depuis son installation peu de temps avant sa naissance.

Jordan arrêta sa Mercedes noire devant les haies parfaitement taillées et quitta sa voiture. L'instant suivant, il frappait à la porte de son ancien chez lui où sa mère ne tarda pas à lui ouvrir.

— Mon chéri !

Il s'empressa de prendre sa mère sans ses bras.

— Tu as encore trouvé le moyen de t'embellir depuis la dernière fois que je t'ai vu, ajouta-t-elle.

— Bonjour maman, répondit Jordan en se reculant.

Molly ouvrit plus grand et accueillit son fils dans leur demeure. On savait de qui Jordan tenait ses grands yeux bruns et ses cheveux noirs quand on les voyait côte à côte. Molly avait 62 ans mais ne les faisait pas. Elle était de loin l'une des femmes les plus actives dans la petite ville d'Eastern Rock, avait d'ailleurs un don pour vendre ou louer des maisons aux nouveaux arrivants.

Jordan parcourut son ancienne maison du regard...

— Tout est à sa place, commenta-t-il. Rien n'a changé ici non plus.

— Tu sais que je ne suis pas souvent là alors je n'ai pas le temps de refaire la décoration.

Jordan fit quelques pas dans le salon, suivi de sa mère qui reprit d'un sourire enjoué :

— ça me fait tellement plaisir que tu viennes me rendre visite. Alors raconte, comment se passe ton travail à New York ?

Jordan se tourna vers sa mère. Bien entendu, sa réponse était toute faite, comme à chaque fois que Molly l'interrogeait sur son travail.

— Tout se passe bien maman, je vais avoir une promotion quand je rentrerai de vacances.

Car pour Molly, son fils travaillait dans une agence de pub à New York, un travail respectable et sécurisant où il pouvait envisager une carrière et un avenir. Elle fit cependant un constat et demanda :

— Et tes affaires ? Tu n'as pas de sac de voyage ?

— Non, je me suis dit que j'achèterais tout sur place, surtout pour la fête des Sables...

Jordan ne comptait pas ses dépenses, là était un des nombreux avantages de son travail : l'argent. Il aimait en avoir, aimait en dépenser et dépensait sans compter ! Et il ajouta :

— Puis si jamais j'ai besoin, je pourrais emprunter quelques vêtements que Robby laisse toujours dans la chambre d'ami.

Là était un luxe que Jordan n'aurait pu s'offrir auparavant, piocher dans l'armoire de son cousin, qui venait rendre visite à sa tante de temps à autre et qui faisait aujourd'hui la même taille que lui. Il se dirigea vers le couloir et demanda :

— Ma chambre est toujours là ?

Molly le suivit et répondit :

— Je n'ai touché à rien !

Le constat fut troublant quand Jordan pénétra dans l'ancienne chambre. Il n'avait pas foulé le sol de cette pièce depuis quinze longues années. Le faire aujourd'hui le renvoya aussitôt dans un passé lointain, troublé, juste à la fin de ses études. Ses livres scolaires demeuraient rangés sur son bureau. De vieux posters décoraient les murs ainsi que plusieurs photos de lui et de certains de ses amis... Un soupçon de nostalgie le saisit avant que quelqu'un ne sonne à l'entrée et ne l'arrache à ses pensées.

— Je vais ouvrir, ça doit être Lisa, comprit sa mère.

Jordan ouvrit grand les yeux :

— Lisa ? Tu as invité Lisa ? Maman ! Tu n'as pas fait ça !

Il la suivit à travers le couloir tandis que Molly se dirigeait vers la porte.

— Je t'ai dit que je ne voulais pas la voir, ajouta-t-il plus bas.

— C'est ta meilleure amie, mon chéri. Elle était si heureuse quand je lui ai dit que tu venais !

Sans rien ajouter de plus, Molly ouvrit la porte, laissant Jordan sur le fait accompli. Lisa se trouvait effectivement sur le palier et n'avait plus rien de la jeune femme qu'il avait connue au lycée. Elle aussi avait changé mais contrairement à lui, Jordan avait eu les détails de ses changements par sa mère.

— Lisa ! fit-il d'un sourire sincère... Bon sang ! ça fait tellement longtemps !

La concernée avait levé les sourcils en regardant son ancien camarade de classe et meilleur ami d'enfance.

— ça alors ! Tu es devenu...

Elle en perdait ses mots...

— Plus mince, termina Jordan en constatant sa mine stupéfaite. Je sais...

— J'allais dire... Waouh, mais oui, en effet, tu n'as pas fait semblant.

— Toi non plus, répondit Jordan.

Car tout comme lui, Lisa avait souffert de quelques problèmes de surpoids quand ils étaient au lycée, leur valant à tous les deux de passer de mauvais moments au regard des autres élèves. Lisa vint spontanément l'enlacer et Jordan l'imita avant de se reculer :

— Je suis content de te voir, dit-il enfin...

— Tu aurais pu me le dire, l'accusa-t-elle. Toutes ces fois où on s'est écrit, après tous nos mails, tu aurais pu me dire que tu étais devenu un vrai beau gosse.

Jordan pinça un léger sourire et Molly l'invita :

— Entre, ne reste pas sur le palier. Je vais nous servir à boire...

L'instant suivant, tous trois étaient installés sur le canapé, Molly se faisant une joie de répéter à Lisa combien Jordan réussissait sa carrière de directeur de rédaction à New York, et Lisa acquiesçant aux informations que Jordan lui avait fournies au fil des années. Même s'ils ne s'étaient pas écrit chaque jour, Jordan avait su les grandes lignes de sa vie et de ceux qu'ils avaient connus au lycée. Un sujet, un seul, n'avait jamais été abordé, par refus de Jordan et pourtant, il ne put s'empêcher quand Molly fut éloignée :

— Comment va Keith ?

Lisa sourit sur cette question et répondit simplement :

— Il va bien... Il a repris le Ranch et je suis sûre qu'il sera content de te revoir !

Jordan se tendit, les sourcils froncés et réagit aussitôt d'un ton vif :

— Il ne doit pas savoir que je suis là !

— Pourquoi ça ? interrogea Lisa sans comprendre... Tu n'es plus le même, Jordan, ça va lui faire un choc quand il va voir comme tu as changé.

— Je suis le même, se défendit-il. Le même Jordan qu'avant et je t'interdis de lui dire que je suis revenu.

— Il finira par le savoir.

— Non, pas si tu tiens ta langue et maman tiendra la sienne.

Lisa fronça les sourcils, incertaine. Elle avait été la meilleure amie de Jordan et de ce fait, sa confidente. Elle avait su l'attirance de Jordan pour son frère quand ils étaient plus jeunes. Une attirance qui n'avait pas été réciproque à l'époque du lycée en raison de leurs âges respectifs et de leurs centres d'intérêt plus que divergents. Jordan hésita, faisant mine de ne pas s'intéresser à Keith mais demanda :

— Est-ce que... Est-ce qu'il a rencontré quelqu'un ?

Cette question fit naître un sourire taquin sur les lèvres de Lisa qui répondit :

— Non...

Et cette réponse ne put que soulager Jordan qui, bien sûr, avait prié secrètement au fond de lui à ce sujet.

— Ce qui te laisse toutes tes chances, surtout dans ce corps d'Apollon, reprit Lisa... Si je n'étais pas ta meilleure amie, que je ne t'avais pas vu t'enfiler un plat entier d'ailes de poulet à la sauce barbecue, je pourrais être attirée...

Jordan rit sur ce rappel. Lisa et lui avaient pratiqué des jeux quelque peu douteux ou concours stupides consistant à avaler des plats en un temps record. Il reprit malgré tout son sérieux :

— Je ne veux pas qu'il sache, Lisa, je ne plaisante pas. ce serait trop...

Il chercha ses mots un instant :

— Trop injuste. Pour l'ancien moi, je veux dire !

— Je ne vois pas d'injustice quand je te regarde. Tu pourras parler d'injustice quand tu verras Rebecca que Pete Moore a plaqué après son accouchement. La pauvre n'a pas perdu les vingt ou trente kilos qu'elle a pris. Elle est devenue dépressive et boulimique...

Rebecca était l'ancienne  reine du lycée et malgré tout, ce genre d'annonce faisait de la peine à Jordan. Il était conscient que Lisa ne lui annonçait pas cette nouvelle pour le réjouir ou pour se moquer de Rebecca. Eux, mieux que personne d'autre, savaient ce qu'étaient les regards moqueurs et méchants. Il recentra la discussion :

— Ne change pas de sujet. Je t'interdis de lui dire qui je suis.

— Comme tu veux, dit-elle finalement. Mais tu te débrouilleras seul avec tes mensonges.

Jordan pensa qu'avec le temps, il avait pris l'habitude de mentir. Grâce au ciel, il avait également une excellente mémoire et ses mensonges se résumaient toujours aux mêmes depuis plusieurs années déjà. Il n'aurait donc pas à beaucoup mentir, si ce n'était peut-être pour s'inventer une nouvelle identité et une vie qui irait avec...

 

*  *  *

 

A suivre dans la version intégrale...

 

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Roses From The Death BackRésumé : Le soleil se lève à peine sur Manhattan. On est le 11 septembre 2001. Adam Queen s'apprête à débuter sa journée au siège du FBI, l'esprit déjà plongé dans ses dossiers d'enquête. A quelques centaines de kilomètres de là, Dean Marshall, Capitaine et pilote dans l'US Air Force, se trouve à bord de son F15 et vole au-dessus de l'Atlantique quand il repère des navires non identifiés voguer en direction de New-York. Moins d'une heure plus tard, deux avions de ligne percutent les tours du World Trade Center. Pour tout le monde, et plus particulièrement Adam et Dean, ce jour marquera le début d'une terrible et fascinante aventure, le commencement d'une autre vie... 310 pages

 

11 septembre 2001 - New York, Manhattan, 7:05 a.m.

Un bruit parasite résonna dans un appartement spacieux du centre de Manhattan. Les premiers rayons du soleil perçaient à travers les rideaux, illuminaient une grande chambre aux murs orange clair. Son propriétaire, Adam Queen, se réveillait, torse nu sous une couverture écrue. Il ouvrit péniblement les yeux et tendit la main pour attraper son téléphone qui sonnait depuis quelques secondes. Il l'amena à l'oreille :

— Oui ? marmonna-t-il  d'une voix encore endormie.

# bonjour, Adam, mauvaise nouvelle, j’ai un colloque à Los Angeles aujourd’hui, je n'arriverai à New York que demain.

Adam se redressa et jeta un coup d'œil sur le réveil posé sur la commode. Il s'assit au bord du lit et répondit à sa meilleure amie :

— Salut Claudia. T'es encore à Boston ?

# oui... Je suis sur la route, mon avion décolle à huit heures. Mais il y a de sacrés embouteillages, comme d’habitude.

Toujours le téléphone à la main, Adam se leva et se dirigea vers la salle de bains.

— Appelle-moi quand tu atterris. J’ai un dossier à t’envoyer. Je te laisse, je vais me doucher.

# OK, bonne douche, à tout à l’heure.

Adam raccrocha, reposa le combiné et se déshabilla pour se glisser dans la cabine de douche. Une nouvelle journée commençait à New York et Adam pensait déjà à la masse de travail qui l’attendait.

 

*  *  *

 

Espace aérien de Washington DC, 7 : 12 a.m.

# Base à Eagle 1, est-ce que vous me recevez ?

Installé dans le cockpit d'un avion de chasse, Dean Marshall répondit sans attendre :

— Eagle 1, je vous reçois cinq sur cinq. À vous.

# quelle est votre position ?

— Je suis à 70, 40 au nord de Washington. Je me dirige vers l’océan. Que se passe-t-il?

# des navires non identifiés sont apparus sur nos écrans de contrôle à cinq degrés nord de votre position, nous attendons une confirmation visuelle Eagle 1 ?

— Je vous dis ça dans un instant...

Dean Marshall fouilla l’horizon des yeux et abaissa le manche qu'il tenait entre ses mains pour diriger l’avion dans la direction indiquée. Quelques secondes plus tard, des points distincts confirmaient la présence de navires inconnus. Soucieux, Dean vérifia ses écrans devant lui. Il ramena son masque devant sa bouche pour reprendre la communication radio :

— Affirmatif. Je confirme la présence de...

Il hésita le visage crispé et inquiet . Jamais il n'avait vu une telle flotte de navires entrer sur les eaux américaines.

— Attendez, je n’arrive même pas à les compter sur mon radar ! Nous sommes en approche. Je les garde en visuel. Je vous donne plus de détails dès que possible.

Dean appuya sur quelques touches du tableau de bord, tandis que ses coéquipiers le suivaient dans leurs avions respectifs. Aucun bâtiment n'était autorisé à pénétrer dans les eaux américaines sans s'être identifié au préalable. Il était donc question d'une intrusion évidente. La procédure indiquait de les prévenir avant toute action. Or, il ne s'agissait pas que d'un malheureux navire, mais d'une véritable flotte...

— Armée des États-Unis, veuillez vous identifier, vous êtes sur les eaux américaines.

Il répéta l’appel sans réponse et s'adressa à ses deux coéquipiers.

— Ice, Thunder ? Vous me recevez ?

# Fort et clair, Capitaine.

# affirmatif, Capitaine.

Il prit soin de fixer son masque devant lui et ajouta :

— Mettez-vous en position Alpha Delta. Ceci n’est pas un exercice. Je répète, ceci n’est pas un exercice.

Les deux pilotes obéirent et les deux avions dépassèrent celui de Dean, déviant sur chacune des ailes pour piquer vers les navires. Dean crut devenir fou lorsqu’il aperçut un missile se diriger droit sur lui. Il eut juste le temps et  le réflexe d’écarter son appareil de sa trajectoire initiale. Pourquoi une telle attaque ? Jamais, il ne se serait attendu à cela. D'où provenaient ces navires ? Et comment la NSA, la CIA ou l'Armée n'avaient-elles pas anticipé cette éventualité  ? Soudain une explosion l’arracha à ses pensées. Ce qu’il vit lui sembla irréel :  à sa droite, l’avion de son coéquipier venait d’exploser.

— Eagle 1 à la base... Eagle 1 à la base, répéta-t-il, nous sommes attaqués, je répète, nous sommes attaqués. Un avion est touché. Nous ne sommes plus que deux. Nous ne pouvons pas leur faire face. Ils sont trop nombreux...

Une alarme retentit dans le cockpit,  les missiles ennemis venaient d’allumer leurs radars. Il  fallait leurrer les ondes radars au plus vite. Un autre missile fonçait dans sa direction, laissant une traînée blanche dans les airs derrière lui. Il devait l’esquiver, couper sa trajectoire en virant du côté d’où venait le missile.  Alors il tira brusquement le manche  et se retrouva perpendiculaire à l'engin. Mais à en juger son écran radar, le missile prenait son F15 en chasse.

— Putain ! Mais c’est quoi ce délire ?!

Il s'adressa aussitôt à son coéquipier :

— Thunder ! Demi-tour, vous m'entendez ? J’ai dit demi-tour. On a des missiles aux basques.

L'appareil de son subordonné voulut décrocher pour obéir aux ordres, mais un missile le percuta dans une explosion qui le transforma en boule de feu. Il n’eut pas le temps de larguer ses leurres. Dean entendait son cœur s’affoler dans sa poitrine. Son coéquipier venait de perdre la vie sous ses yeux et il tentait d’échapper aux autres attaques. Il jeta un regard sur son radar. Pour l'instant, il devait détruire le missile à tête chercheuse qui le poursuivait. Il actionna sa manette, largua les deux tubes qui se trouvaient de chaque côté de son appareil, ce qui eut pour effet de créer un nuage de paillettes qui attira le missile. Celui-ci explosa.

Tout cela avait été si soudain, que son coéquipier n’avait pas eu le temps de réagir. Heureux d’être encore en vie, il s’éloigna rapidement de cette flotte ennemie et prit la direction de la base. Que se passait-il ? Qui osait les attaquer ?

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, World Trade Center, tour sud, 8:10 a.m.

Une femme blonde, la trentaine, pénétra dans l’immeuble et se dirigea vers les portes d’ascenseurs comme des dizaines d’autres personnes qui venaient travailler ce matin. Dans la cabine, elle sourit à son jeune collègue, Josh Stewart, seulement âgé d’une vingtaine d’années. Ce dernier avait rejoint leur équipe de traders six mois plus tôt et ses chiffres étaient déjà excellents.

— Salut Kelli... Alors cette soirée hier, c'était comment ?

— Très mondaine, répondit Kelli, comme d’habitude. Mais très enrichissante. J’espère qu’on obtiendra les contrats. Et toi ? C’était pas hier soir ton rendez-vous avec Danielle ?

— M'en parle pas... Elle a attendu que je paye l’addition pour me dire qu’elle avait quelqu’un !

Kelli s’en amusa et sortit de la cabine avec lui.

— Quelle idée de l’amener sur la cinquième pour un premier rendez-vous !

Josh ne répondit pas pour la simple et bonne raison que Danielle arrivait en face d'eux, sa tasse de café dans les mains.

— Salut, Josh, salua-t-elle avant de regarder Kelli. Je peux te voir quand t’as un moment pour le dossier Kingstone ?

Kelli ne ferait aucune allusion quant à ce rendez-vous dont Josh lui avait parlé la semaine passée, du moins, pas devant lui. Parce qu'en plus d'être maladroit dans ses rendez-vous, Josh avait choisi d'inviter Danielle, une collègue à tous les deux. Une belle femme, certes, mais une collègue qu'ils côtoyaient toute la journée...

— Je te rejoins dans quelques minutes, lui répondit-elle.

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, 26 Federal Plaza, siège du FBI

Il était huit heures trente quand Adam Queen entra dans son bureau. Il posa sa tasse de café noir près de l’écran d'ordinateur et s'installa dans son fauteuil avant de récupérer plusieurs dossiers. Un de ses collègues approcha et lui tendit un document.

— Bonjour Adam !  Bonne nouvelle, notre équipe détachée à Boston a retrouvé Charles Ewitt. La petite fille est en vie, elle est déjà en route pour retrouver ses parents à Providence. L'équipe scientifique passe son appartement au peigne fin, nous aurons les résultats d'analyse d'ici demain.

— Excellente nouvelle, répondit Adam satisfait. Merci, Evan, je préviendrai Claudia dès qu'elle aura atterri à JFK.

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, World Trade Center, tour sud, 8:45 a.m.

Comme convenu, Kelli rejoignit Danielle dans son bureau et s'installa en face d’elle.

— Josh m'a dit pour hier soir, lui confia Kelli. C'est pas très sympa de lui avoir dit que tu avais quelqu'un.

— Tu me connais. J’aime bien voir la tête qu’ils font juste au dernier moment.

— Je sais, mais ne fais pas ça à Josh. C’est un bon copain, un gentil garçon et il en a déjà bavé avec les filles.

— Je ne dis pas le contraire. Mais contrairement à toi, je ne le connais pas plus que ça et je ne me voyais pas lui dire que j’avais déjà quelqu’un avant qu'on passe à table.

— Tu aurais dû, insista Kelli. Il n'aurait rien regretté !

Des tremblements soudains les arrachèrent à leur conversation, des vibrations violentes qu'elles pouvaient sentir sous leurs pieds et qui semblaient faire bouger le bâtiment tout entier. Un bruit assourdissant accompagna les secousses et Danielle se leva, apeurée.

— C’était quoi ça ? 

Elle ouvrit brusquement la porte pour voir ce qu’il se passait :

— Qu’est-ce qu’ils font dans le couloir ?!

Kelli la suivit pour trouver la source de tous ces tremblements. Mais aucun employé de maintenance ne faisait des travaux. D’autres personnes, comme elles étaient sorties des bureaux avoisinants, et chacune se posait la même question et s'inquiétait quant à l’origine de ce vacarme. Elles s’approchèrent des vitres, mais ne distinguaient rien. Alors elles  tentèrent de regarder en bas du building à plus d’une centaine de mètres en dessous. La seule chose qu'elles parvinrent à discerner fut une foule agglutinée au pied de la tour.

— Mais qu’est-ce qui se passe ? demanda Danielle, confuse.

Mais personne n'avait de réponses et tout le monde affichait une mine confuse et inquiète. Ce genre de chose ne s'était jamais produite auparavant et aucune notice de travaux n'avait circulé. Danielle et Kelli échangèrent un regard inquiet.

— Il n'y a jamais eu de tremblements de terre à New York ? demanda Kelli.

— Seulement dans les films, répondit Danielle.

Josh arriva en courant :

— Hey ! Vous avez entendu ? Il paraît qu’un étage de l’autre tour a explosé.

Cette information fut captée par d'autres personnes. Tous les regards se figèrent avant qu'un brouhaha de commentaires ne vienne rompre la stupeur de l’instant. Comment un étage de la tour nord aurait-il pu exploser ? Et surtout, quelle en était la cause ?

 

*  *  *

 

Base aérienne de Langley, Virginie, 8:55 a.m.

De retour à la base, Dean Marshall entra dans le bureau du général Peters.

— Général Peters, fit-il en le saluant.

Ce dernier l’interrompit d’un geste de la main, lui faisant signe d’écouter la radio. Ses traits reflétaient une appréhension évidente.

# nous l'ignorons Général. Le Président n’est pas encore au courant, nous ne pouvons rien affirmer. Nous n’avons aucune confirmation, mis à part un message radio envoyé d’un homme à bord d'un avion.

— Où en est la flotte ennemie ? interrogea le général Peters.

# deux de nos F16 viennent de décoller de la base.

Dean se permit d’intervenir :

— Ils vont se faire massacrer, Général. Ils sont beaucoup trop nombreux !

— Rappelez-les ! ordonna le haut gradé à son subordonné.

# à vos ordres.

Le général Peters coupa la communication et s'adressa au capitaine Marshall.

— La tour nord du World Trade Center est en flammes.

Dean eut un peu de mal à réaliser ces dernières paroles et prit un instant pour les assimiler. Son cœur s’affola lorsqu’il pensa à sa sœur dans la tour sud.

— Comment ça, en flammes ? demanda-t-il, déboussolé.

— Nous n’en savons pas plus. Le commandant Berneim vient de m’appeler pour me dire qu’une explosion avait eu lieu à 8 : 48.

Dean tentait de réfléchir sans y parvenir tant son inquiétude le paralysait. Le téléphone du général sonna et ce dernier décrocha :

— Oui ? 

# Général ! Le Norad vient de nous prévenir qu’un appel avait été effectué du Boeing 767 d'American Airlines, le vol 11. Celui-ci a décollé de l'aéroport international Logan de Boston et devait voler à destination de Los Angeles. Il n’apparaît plus sur nos écrans radars. La communication venant d’un des passagers parlait de détournement.

La mine du général s'assombrit en comprenant la signification de ces mots. Il craignait ses propres conclusions...

— Rappelez-moi dès que vous avez d’autres informations.

Il raccrocha et regarda le capitaine Marshall.

— Je dois aller à Washington. Il ne s’agit pas d’une explosion, mais d’un attentat. Un de nos avions civils a été détourné. Restez en alerte jusqu’à nouvel ordre.

— Bien, Général.

Le général quitta son bureau et Dean saisit son portable sans tarder. Les mains fébriles, il numérota.

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, World Trade Center, tour sud, 9:00 a.m.

Kelli restait dans le couloir avec les autres employés des bureaux. D'autres rumeurs circulaient et l'inquiétude s'amplifiait.

— Ça doit être un de leurs exercices pour nous faire bouger, reprit Danielle. Ils ont simulé des tremblements pour voir nos réactions.

— J’aimerais que tu aies raison, répondit Kelli.

Elle décrocha en entendant son portable sonner. Le numéro de son frère Dean s'affichait à l'écran.

— Oui ?

# Kelli. Tu vas m’écouter très attentivement et ne pas m'interrompre. Tu prends tes affaires, tes amis et tu sors de cette tour en vitesse et sur-le-champ !

Kelli fut surprise du ton que son frère employait sans même l'avoir saluée.

— Dean… Tu sais que tu me fais peur ?

# Kelli, s'il te plaît... Ce que je vais te dire, tu ne dois pas le répéter. Surtout, ne fais rien qui puisse affoler les gens autour de toi. La tour nord du Trade a été attaquée par un avion civil. Un Boeing. Ce que je te dis est encore top secret. Mais nous supposons d’autres attaques.

Kelli sentit son cœur s’affoler sur les paroles de son frère tandis que Danielle et Josh ne la quittaient plus des yeux, attentifs.

— OK. Je… Je vais descendre… Et...

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que le sol trembla violemment. Un bruit épouvantable, plus effrayant encore que le premier, fit vaciller tout le bâtiment. Des meubles et des objets tombèrent et des cris de panique s’élevèrent dans les bureaux. À l'extérieur, des débris enflammés tombaient et s'écrasaient sur le sol. Une véritable cohue s'empara de l'étage, des bureaux. Les gens couraient dans tous les sens, affolés.

— Dean. Je... Je crois que... qu’on est touché.

# Ok... Alors, tu prends l’escalier de secours, Kelli ! Les escaliers et pas les ascenseurs, tu m'entends ?!

Kelli saisit la main de Danielle et l'entraîna vers la sortie de secours la plus proche en faisant signe aux autres de la suivre.

— Il faut partir, leur dit-elle sans hésiter.

# Kelli ! Ne regarde pas derrière toi et barre-toi de cette putain de tour !

Derrière elle, Danielle paniquait aussi, comme les autres, comme Josh à ses côtés.

— Mais qu’est-ce qui se passe Kelli ? l'interrogea-t-elle.

— Je t’expliquerai après.

Tous les trois prirent les escaliers, suivant les directives de Dean qui demeurait à l'autre bout de la ligne.

— Vous savez qu’on va se faire virer si on se barre ? rappela Josh, incertain.

— Je crois que le problème ne se posera pas si tu veux mon avis, répondit Kelli.

# surtout tu t’arrêtes pas, rappela Dean. Même si des gens te posent des questions. Ne t’arrête pas !

— Oui… J’ai compris… On descend Dean. Je te rappelle une fois en bas.

Kelli raccrocha, se hâta de descendre avec ses amis tandis que d’autres bruits, d’autres craquements, d’autres cris, résonnaient. Des gens montaient, d’autres descendaient, tous aussi paniqués les uns que les autres. En dehors de Kelli, personne ne savait exactement ce qu'il se passait. Dean ne lui avait donné que de vagues détails, suffisants pour lui faire comprendre que leurs vies étaient en danger. À présent, elle devait se frayer un chemin à travers les escaliers en sachant qu'il leur restait encore une dizaine d'étages à descendre.

A suivre....

 

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Résumé : Damon Ryan, 20 ans, quitte Boston et déménage à Northfolk avec sa grand-mère Rebecca Ryan. Malgré un lourd dossier scolaire et un passif agité, il intègre le lycée Emery. Un cours, un regard sur son professeur et Damon succombe aux charmes de ce dernier. Il fera tout pour attirer son attention et se rapprocher de lui mais comment Monsieur Queen parviendra-t-il à gérer leur relation et ses sentiments naissants pour son jeune élève ? 

359 pages

Dans sa voiture, en route pour la soirée chez Garrett, Damon songeait encore à Monsieur Queen. Alors qu'il passait devant sa villa où la lumière apparaissait à travers les fenêtres, il eut une idée et se gara le long du trottoir. Il jeta un œil aux alentours. La rue semblait silencieuse et calme. En week-end, les habitants en avaient sûrement profité pour sortir, manger en famille ou regarder le match de football entre les Redskins de Washington et les Cow-Boys de Dallas. Il descendit du véhicule, un vieux pick-up Ford qui avait appartenu à sa mère, et se dirigea vers l'entrée. Sans bruit, il franchit le petit portail en fer forgé et, plutôt que de s'avancer vers la porte, il contourna la demeure. Monsieur Queen n'avait cessé d'occuper ses pensées durant toute la journée. Après ses rêves érotiques de la nuit précédente, des images lui étaient restées en tête, imprimées dans chaque neurone de son cerveau. Avec discrétion, il longea le mur bordé de grands chênes et, par chance, trouva la fenêtre de la chambre du professeur. À peine dissimulé par des rideaux couleur crème, Damon put jeter un œil par l'interstice laissé entre les deux. La lumière créée par les deux lampes posées sur les tables de chevet révéla la présence de Monsieur Queen. Vêtu d'un pantalon et d'une chemise, pieds nus, celui-ci allait et venait entre la chambre et son dressing. Concentré dans son observation, Damon le suivit des yeux, le vit se positionner devant un miroir sur pied. Il retint son souffle lorsque Monsieur Queen ôta sa chemise et révéla un dos en V et des muscles saillants à travers le miroir face à lui. Le regard de Damon ne quittait plus des yeux le buste de cet homme qui n'avait plus rien d'un professeur désormais et qui prenait toutes les dimensions offertes par ses rêves. Ses pectoraux entretenus, ses abdominaux, tout attirait ses yeux aimantés. Puis les mains soignées de Monsieur Queen descendirent son pantalon qu'il jeta sur le dossier d'une chaise. Les lèvres de Damon s'entrouvrirent dans un réflexe. Ses poumons avaient sûrement besoin d'air à présent. La température grimpait malgré l'approche de l'hiver. À ce spectacle étourdissant se confondaient les images de sa nuit mouvementée, des séquelles de ses rêves torrides. De profil devant son miroir, Monsieur Queen lui offrait le plus bouillant des strip-teases et tous ces types dans les clubs pouvaient désormais se rhabiller. Son corps dans son boxer lui semblait parfait, ses fesses bien musclées et fermes. Ses yeux étaient happés par tant de beauté. Monsieur Queen possédait tous les atouts dont un homme mûr puisse rêver et incarnait le partenaire parfait. Au fil de son observation, les battements du cœur de Damon s'accéléraient, pompaient un sang brûlant dans ses veines. Il s'affolait à force de subir tant d'émotions, de fantasmes. À trop regarder, Damon imaginait une foule de scènes possibles. Ses mains remplaçaient les siennes, esclaves volontaires des désirs cachés de cet homme de l'autre côté de la vitre. Et comment ne pas succomber aux tentations ? La chaleur fut à son comble quand Monsieur Queen ôta son boxer, libéra son sexe qu'il ne discerna qu'à moitié. Mais son professeur ne resta pas assez longtemps dans la chambre pour lui permettre de rêver davantage et disparut dans la salle de bains. Damon lâcha un soupir et reprit un peu d'air. Il s'était raréfié durant les dernières minutes. Il se recula de la fenêtre, passa une main dans ses cheveux et jeta un œil aux alentours, réalisant qu'il venait de jouer les voyeurs. On enfermait des tas d'individus pour ce genre de choses, pensa-t-il... Mais ce moment volé au hasard était une belle récompense, un signe que Damon ne pouvait nier. Enhardi par le spectacle, il rebroussa chemin et se dirigea, cette fois, vers la porte d'entrée. Une profonde inspiration plus tard, il choisit de frapper. Quelques secondes suffirent avant de faire face à Monsieur Queen. Et plus rien ne les séparait désormais. Les parfums de son professeur l'envahirent, portés par le courant d'air provoqué par l'ouverture de la porte. Damon lutta pour ne pas poser ses yeux sur la silhouette suggérée qu'il avait à peine entraperçue, maintenant couverte par un débardeur blanc et un pantalon de toile.

— Bonsoir, Monsieur Queen...

Il se racla la gorge. Sa voix s'était éraillée sur ses premiers mots.

— Désolé de vous déranger, reprit-il. Mais...

Mais quoi ? Et là était tout le talent de Damon qui avait appris à mentir ou à transformer des vérités en quelques secondes. La capacité d'adaptation n'était-elle pas une formidable compétence ?

— Mais j'ai des questions sur votre cours que j'ai raté... Parce que j'ai vu aucune référence sur l'impérialisme colonial. Et je me rappelle un peu des cours de l'an passé où le prof en avait parlé. Il avait même insisté là-dessus, alors comme vous demandez qu'on rédige une sorte de synthèse sur les facteurs qui ont poussé à la révolution, je voulais avoir votre point de vue...

Christopher Queen avait d'abord été surpris de voir son élève sur le pas de sa porte. Mais de l'entendre formuler cette requête le stupéfia. Damon Ryan séchait ses cours et décidait de venir chez lui un samedi soir.

— Damon ! Savez-vous quel jour nous sommes ?

— Samedi, répondit Damon avec évidence.

Christopher n'en revenait pas.

— En effet, reprit-il. Ce qui signifie que je suis en week-end et il est pratiquement huit heures du soir.

Damon leva les sourcils sur cet argument qui devait expliquer l'agacement de son professeur.

— Vous dormiez ?

Troublé par cette question sortie de nulle part, Christopher répondit :

— Non, non...

— Vous êtes avec des amis alors ?

Christopher plissa les yeux un instant sur cet interrogatoire inattendu. Une fois encore, Damon Ryan le regardait avec intensité et ne le quittait pas des yeux. Christopher en était un peu troublé, mais répondit :

— Je ne suis pas non plus avec des amis. Et pour ce qui est de votre question, l'impérialisme colonial sera traité dans un prochain chapitre qui est d'ailleurs dans votre livre.

— Je n'ai pas le livre, dit Damon. Vous en auriez pas un en double par hasard ?

Christopher dut prendre une pause, réfléchissant à la fois à la question de son élève, mais aussi à sa façon d'insister. Il cligna des paupières.

— Un instant, je reviens.

Damon le vit s'éloigner, mais ne se contenta pas de patienter sur le seuil. Il entra dans la demeure de son professeur, conscient qu'il était seul et que Lea passerait probablement la soirée et la nuit chez Garrett. En d'autres termes, il avait tout le loisir de rester ici tant qu'il s'arrangeait pour alimenter la discussion. Il referma la porte, en profita pour gorger ses poumons des fragrances de Monsieur Queen. Son esprit vagabond lui suggérait déjà quelques fantasmes nés de ses rêveries...

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Broken Dreams Back 265x315Résumé : Pour fêter l'arrivée prochaine de leur bébé tant attendu, Théo Ryan et Lucas Leary sortent dîner avec leurs amis . En couple depuis quelques années déjà, ils vont enfin fonder une famille, leur famille. Mais la vie réserve toujours des surprises et peut basculer d'une seconde à l'autre. Et ce soir-là, Théo Ryan ne retrouvera plus la chaleur de son foyer, lâchement assassiné par un voyou pour de l'argent. La mort est-elle réellement la fin de tout ? L'amour ne peut-il pas transcender chaque chose, même la réalité telle qu'on la connaît ? L'esprit, l'essence de sentiments aussi forts subsistent au-delà de la chair. Théo trouvera le moyen de reconquérir son amant, de récupérer son coeur et de prendre sa place de père.

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Prologue

 

Tout le monde meurt un jour. Personne ne peut rien y faire si ce n’est repousser l’échéance. Tout le monde doit mourir, c’est un fait. Vous, moi, nos proches, rien ni personne n’y échappe.

Nous vivons avec la mort, mais quelle importance lui donnons-nous ? On regarde les actualités : une femme a tué ses trois enfants ; un 747 a explosé au-dessus de l’Atlantique ; des touristes pris en otage ont été fusillés. Ces annonces sont quotidiennes et plus ou moins étayées selon les intérêts politiques du moment. Qui réagit à cela ? Personne. Hormis se sentir compatissants, peinés, choqués l’espace de quelques minutes, ces gens qui meurent font partie du décor… Triste constat, mais réaliste. Comment pourrions-nous vivre si nous n’étions pas insensibles à ces tragédies ?

Quoi qu’il en soit, à 26 ans, on pense à tout, sauf à mourir. On se croit invincible, intouchable. On songe à son avenir, on termine ses études, on commence une carrière, on s’engage, on comprend le sens du mot « aimer », on projette d’avoir un premier enfant…

À 26 ans, le monde nous appartient, du moins, c’est ce que je pensais.

Chapitre 1

A jamais

 

J’étais content de voir Lucas si heureux, le sourire aux lèvres et riant à la moindre plaisanterie. Nous avions passé la soirée avec nos amis d’enfance. Danielle et Samuel s’étaient mariés trois ans plus tôt. Tous les quatre, nous étions rencontrés au collège sans jamais nous perdre de vue. Ce soir-là, Lucas et moi fêtions nos huit ans de vie commune.

Pour l’occasion, nous avions réservé une table dans un petit restaurant situé dans la banlieue de New York : le Grafton. Un endroit chaleureux, tenu par une famille d’Irlandais qui avait immigré au siècle dernier. Les discussions avaient tourné autour de notre passé commun, de nos années lycée à Northfolk en Californie. Danielle et Lucas avaient étudié à UCLA, Samuel avait obtenu une bourse pour Yale, quant à moi j'avais quitté les bancs de l'école après le secondaire. À cette époque, je n’étais guère intéressé par les études et j'avais préféré passer tout mon temps près de Lucas. Mon diplôme de secondaire en poche, j’avais enchaîné les petits boulots pour payer les factures de notre premier appartement. En ce temps là, je me fichais des projets de carrière, de l’ambition professionnelle. Tout ce qui m'importait était de profiter de la vie avec Lucas, et l'avenir me donna raison.

Nous quittâmes le Grafton aux alentours de onze heures. La rue était déserte. Seuls, quelques fracas de bouteilles de bière triées à l’arrière des bars rompaient le silence. Il me tardait de rentrer chez nous, de rejoindre notre nouvel appartement où nous habitions depuis six mois. Je l'avais entièrement repeint et aussi aménagé la chambre du bébé… quant à Lucas, il s'était occupé de la décoration. Nous avions trouvé une mère porteuse. Le bébé avait été fécondé à partir du sperme de Lucas. J'étais le futur père ! incroyable ! je n’en revenais pas… Nous avions rejoint Vancouver l’année précédente pour entreprendre les démarches. Notre rêve de fonder une famille se réaliserait bientôt et je me surprenais à compter les jours, ou plutôt les neuf semaines qui nous séparaient de l'accouchement.

Lucas glissa sa main dans la poche arrière de mon jeans et nous marchâmes tranquillement en profitant de l’air frais.

— Je n’ai pas du tout aimé les regards que le serveur te lançait ! confia-t-il sans détour.

Je souris, amusé. Lucas était d’une jalousie maladive. Là où Samuel et Danielle se disputaient régulièrement, je me rassurais des remarques de mon compagnon. Je considérais la jalousie comme un sentiment normal lié à l’amour. Je souffrais  quand un homme ou même une femme posaient son regard sur Lucas.

— Quel serveur ? lui répondis-je d'un ton léger.

Lucas afficha une mine exaspérée par ma mauvaise foi évidente.

— Te fiche pas de moi, t’as bien vu qu’il était aux petits soins pour toi toute la soirée.

Je préférai couper court pour le rassurer plutôt que poursuivre sur le ton de la plaisanterie.

— Je n’ai rien remarqué.

Ainsi, le sujet serait clos jusqu’aux prochains regards de beaux garçons qui se poseraient sur moi par inadvertance. Nous arrivâmes à la voiture. Lucas me prit la main et m'attira contre lui.

— Tu sais de quoi j’aurais envie là tout de suite ?

Mon esprit mal placé formula des conclusions hâtives que je dus chasser au plus vite. Je répondis d’un air coquin, témoin de mes songes libertins.

— D’un gros câlin agrémenté de framboises et de chantilly ?

Le regard de Lucas brillait. Il comprenait mon sous-entendu, recevait le message à la perfection.

— Non… De chocolat.

— Tu sais qu’on sort de table ?

— Tu sais que je suis insatiable ?

Comment pouvais-je résister à pareil argument ? Je lui souris et me reculai afin d’ouvrir sa portière.

— Je vois… On t'en trouvera sur la route.

— T’es un ange.

Lucas installé dans la voiture, je refermai la portière côté passager et contournai le véhicule. Mais je n’eus pas le temps de poser ma main sur la poignée, un homme nettement plus costaud et robuste que moi me saisit le bras et me plaqua contre la voiture. Mon cœur s’affola. Je rivai mes yeux sur mon agresseur, mais une cagoule dissimulait son visage. Son regard, je ne l’oublierai jamais… Noir, agressif, empli de haine… Un vent de panique me saisit quand je sentis le métal froid de son arme se poser contre mon front.

— Tu vas me filer ton fric et les clefs de ta caisse !

Lucas se trouvait dans la voiture et je redoutai qu’il sorte. En aucun cas, il ne devait se montrer, intervenir et risquer d'attiser la folie de mon agresseur.

— Ok… Attends, lui répondis-je spontanément.

Mes mains tremblaient, mes jambes flageolaient. L’homme pressa le canon contre ma peau et haussa le ton, déterminé et sûrement aussi affolé que moi.

— Grouille ou je te descends !

Je n’eus pas le temps de fouiller dans ma poche pour sortir mon portefeuille. Ce que je redoutais arriva : derrière moi, Lucas ouvrit la portière et interpella mon assaillant.

— Je vous en prie, baissez votre arme, on vous donnera tout ce que vous voulez…

De plus en plus nerveux, l'homme cagoulé braqua son arme en direction de Lucas.

— Bouge-pas toi ou je te descends aussi !

Mon sang ne fit qu'un tour  à l'idée de voir Lucas se faire tuer devant moi. Pris de panique, je saisis le poignet de l'agresseur pour détourner son arme et maintenir le canon vers le sol. Peu m’importait que cet homme soit plus fort que moi ou qu’il me tire dessus,  pourvu qu’il ne blessât pas Lucas. Dans la lutte, un coup de feu retentit et l’homme s’enfuit en courant. Je restai figé en le regardant s’éloigner puis disparaître au carrefour d’une rue. La peur demeurait, je ne cessais de trembler. Je me tournai aussitôt vers Lucas et m’assurai de son état.

— Ça va… Il est parti, c’est fini bébé.

Je devais me calmer pour ne pas l’inquiéter. Il s’approcha de moi sans m'accorder la moindre attention et je suivis son regard tourné vers le sol. Un corps gisait sur le trottoir. Mon corps... Le temps sembla s’arrêter à cette seconde précise.

Mon cadavre gisait aux pieds de Lucas, le sang s’écoulait de ma belle chemise blanche et se répandait sur le bitume. Je niais l’évidence et relevai mes yeux sur Lucas.

— Non… Non…

J’étais en plein cauchemar, je devais me réveiller.

— Je suis là !

Lucas s’agenouilla, tremblant, près de ce corps qui était le mien. Il posa sa main sur ma blessure tandis qu'il appelait le 911, affolé.

— Allô…

Le ton cassé de sa voix m’anéantit davantage.

— J’ai besoin d’une ambulance. Mon… Mon compagnon… On lui a tiré dessus. Je suis... Je suis sur Grafton Street.

Mon sang s’écoulait entre les doigts de Lucas. Cela ne pouvait être qu’un cauchemar. J’allais me réveiller ! Je refusais la réalité, relevais mon regard vers celui imbibé de larmes de Lucas. J’étais figé, incapable de parler, de croire à l'impossible.

— Je suis là…criait- t-il désespéré. Tient bon bébé ! Je t’en supplie, me laisse pas tout seul.

Comment cela était-il possible ? Il regarda autour de nous. Je l’imitai. Que faisaient les secours ? Ils devaient arriver pour me sauver, mais aucune sirène ne résonnait.

— À l’aide, criai-je… AIDEZ-NOUS !

Personne n'entendait mon appel. Je m’accroupis près de Lucas, voulus poser ma main sur la sienne dans un réflexe, mais passai au travers. Je paniquais, mesurais que Lucas ne me voyait pas, ne m’entendait pas…j'étais invisible.

J’étais mort.

Enzo MxM SiteRésumé : Seul, avec pour seul bagage un sac de sport et sa passion pour le Mixed Martial Arts, un sport de combat réputé aux Etats-Unis, Enzo Cortese rejoint Las Vegas avec une seule idée en tête : entrer dans la cage pour se battre. A son arrivée, il pousse la porte d'une salle d'entraînement modeste et familiale où il découvrira bien vite que la cage où se rencontrent les combattants n'est plus le seul objectif de sa vie. Entre exercices intenses, efforts démesurés et redoutables face à face, Enzo devra tester ses propres limites, affronter des passions enfouies qui n'ont pas leur place dans un sport masculin et viril pour répondre à son attirance pour Chris, le fils de son entraîneur.

 

Extrait N°1 

Le bâtiment se dressait telle une barricade avant l’immensité du désert sablonneux, à la limite de la ville plantée au beau milieu de nulle part dans le Nevada. Placardées sur la taule, au-dessus d’une porte d’entrée aussi accueillante que celle d’une prison, de grandes lettres salies par le climat et le temps appelaient les personnes en manque d’exercice et disaient : « BOXING, MMA, GYM ». Le vent chaud soufflait quelques bourrasques de sable, amenant les bruits incessants du centre-ville à quelques pâtés de maisons de là.

Las Vegas, la ville du péché par excellence, où tous les vices se retrouvaient confinés dans un seul périmètre de 340 km carrés seulement. Enzo Cortese ne s’y trouvait pas pour les casinos, l’appât du gain ou les boîtes de strip-tease, mais parce qu'il n’avait nul autre endroit où poser son unique sac. Las Vegas l’avait attiré comme une bouteille de whisky placée devant les yeux d’un alcoolique. Poser le pied sur le territoire américain et ne pas rejoindre Las Vegas lui avait été inenvisageable. Ses poches vides ne devaient contenir que trois ou quatre billets de dix pas plus et ils étaient tout ce qu'il lui restait pour vivre. Le ticket de bus qui l’avait amené de New York jusqu’ici avait eu raison de ses maigres économies, mais il se trouvait là, devant la porte du bâtiment et c’était tout ce qui comptait pour l’instant. Les yeux plissés sous le vent chaud vicié de sable, il inspecta le quartier autour de lui, moins attrayant que le Strip, oppressé par la température torride du désert environnant. En quelques pas, il rejoignit la porte et la poussa sans plus hésiter une seconde. Un souffle frais, climatisé, lui fouetta le visage avant de respirer un air alourdi par des odeurs de transpiration, de poussière et de plastique humidifié par les efforts. Des senteurs familières qui le renvoyèrent à des milliers de kilomètres de là. La porte se referma d'elle-même après son passage, repoussant la lumière intense du soleil du Nevada. À l’intérieur de la grande salle, la pénombre gardait la fraîcheur avec elle, blottie entre ses murs et ses poutrelles de taule. En son centre, un ring se dressait, délimité par trois cordes, sur lequel se battaient deux hommes. Autour, des machines de musculations, des tapis, des sacs, des poires, des bancs occupaient les trois quarts des lieux. D’autres hommes s’y entraînaient, concentrés dans leurs exercices. Il croisa très vite leurs regards curieux, intrigués par le fait de voir un inconnu chez eux. Son sac de sport pendu à l’épaule, il fit quelques pas en direction de ce qui semblait être un bureau d’accueil ou d’inscription. Un vieux store aux lames plastifiées tombait devant une vitre opaque, rendue floue par la poussière des lieux. Arrivé sur le seuil de la porte ouverte, il frappa malgré tout et posa les yeux sur un jeune homme aux cheveux blonds qui n’avait pas loin de vingt-cinq ou vingt-six ans, à peine plus jeune que lui. Il fut surpris par sa silhouette mince et élancée, en totale contradiction avec les types qui fréquentaient ce genre d'endroit.

— Bonjour, fit-il après une brève pause, j’aimerais voir le gérant…

Cet homme devant lui ne pouvait être le gérant de cette salle d’entraînement, il lui semblait trop jeune pour gérer des boxeurs. D'ailleurs, son allure d'étudiant contrastait avec l’ambiance des lieux. Enzo croisa ses yeux bleus et clairs avant de l’entendre lui répondre :

— Il est dans la salle.

Son interlocuteur contourna le bureau et approcha d'Enzo avant de passer devant lui pour l’accompagner.

— Suivez-moi, ajouta-t-il.

Enzo s’exécuta après avoir détaillé son guide. Il l’entendit interpeller un homme trapu d’une quarantaine d’années bien pesées.

— Papa ? Quelqu’un voudrait te voir.

L’homme se tourna vers son fils et posa ses yeux sur Enzo qu’il dévisagea de la tête aux pieds. En plein entraînement avec un des membres de sa salle, il parut agacé et peu enclin à de longues présentations détaillées.

— Bonjour, l’accueillit-il pourtant, qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Enzo avait déjà croisé ce genre d’hommes, passionné par leur travail, endurci par l’atmosphère du « milieu », l’intensité de certaines journées. Ses cheveux grisonnants sur le côté témoignaient d’une expérience indéniable autant que ses muscles tendus sous son polo.

— J’aimerais m’entraîner, répondit-il sans détour.

Le regard du gérant se teinta d’une lueur incrédule et peu réceptive tandis qu’il parcourait la silhouette d'Enzo. À vue d'œil, ce dernier ne devait pas avoir plus de vingt ans et, en dehors de sa taille, il ne semblait pas avoir la carrure des hommes qu'il entraînait ici.

— Vous entraîner à quoi faire ? demanda-t-il d’un ton peu chaleureux.

Une main posée sur la boucle de son sac, Enzo ne fut nullement impressionné par l’expression défiante et désapprobatrice de cet homme.

— Au combat… J’ai lu que vous faisiez aussi du Mixed-Martial-Arts.

— Je n’entraîne pas les gamins…

Enzo ne sut comment prendre cette réplique et se défendit aussitôt :

— Je suis majeur, je sais me battre, laissez-moi vous montrer ce que je sais faire !

Autour d’eux, certains membres avaient arrêté leurs exercices pour se concentrer sur la conversation entre lui et l’entraîneur, curieux de savoir ce que ce garçon avait à offrir à cette salle. Le gérant passa une main sur sa barbe naissante sans quitter Enzo du regard. Il le posa sur l'un de ses gars qui se tenaient sur le ring et l'interpella :

— Harris, descends, je te prie…

L’individu ne tarda pas à quitter le ring et le gérant reprit à l’attention d'Enzo :

— Si tu y tiens, vas-y !

Enzo comprit qu’il s’agissait d’un défi, d’une provocation destinée à le décourager, à lui prouver qu'il n’avait pas sa place dans cette salle en raison de son jeune âge. Et c’était justement la chose à ne pas faire avec lui. La jeunesse signifiait souvent manque d'expérience ou d'entraînement, mais il comptait bien montrer à cet homme de quoi il était capable. Il laissa son sac tomber sur le sol, attrapa son pull par la capuche pour l’ôter et se pencha sur son sac. À l’intérieur, il trouva ses gants de frappe, ne couvrant seulement que la moitié des doigts, et les enfila. Sans hésiter, il grimpa sur le ring en passant sous la corde et fit face à l’homme torse-nu qui s’était battu avec l’autre jusqu’à maintenant. Celui-ci sembla incertain quant à la décision de l’entraîneur et lui lança un regard confus avant de recueillir son approbation. Enzo ramena ses mains l’une contre l’autre, cala ses gants bien au fond jusqu’à la jointure de ses doigts et se mit en position.

— Vas-y, Mike, annonça le gérant.

L’homme devant Enzo n’hésita qu’une malheureuse seconde avant de débuter son attaque. Il tenta un crochet du droit, mais Enzo l’évita en sautillant sur lui-même. Son bras gauche partit en direction du visage de l’homme qui le para, mais distrait, il ne vit pas le poing droit du gamin arriver à pleine puissance. Sa joue fut écrasée sous l’impact et son visage se détourna. Il recula de deux pas, pris par surprise. Vexé, Mike redoubla d’intensité dans ses mouvements et reprit l’attaque en avançant vers son adversaire. De nouveau, Enzo esquiva, para le deuxième coup, puis le troisième avant de reculer, prendre de l’élan et décocher un coup de pied circulaire qui toucha sa cible à hauteur de cuisse. La béquille douloureuse força l’homme à s’écarter un peu, chancelant. Enzo demeura concentré, les poings rapprochés devant le menton. Cette fois, il prit l'avantage et attaqua son adversaire en déchaînant deux premiers coups à faible puissance, puis un second coup de pied suivi finalement d’un direct du droit en plein visage.

Le fils du gérant ne l’avait pas quitté des yeux, de l’instant où l’inconnu s’était adressé à son père, au moment où il avait débuté le combat. Son regard avait d’abord paru inquiet avant de refléter tout son étonnement. D’autres membres du club s’étaient approchés ou avaient simplement arrêté leurs exercices pour regarder ce qui se passait. 

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Extrait N°2

— Ça fait combien de temps ? lui demanda-t-il, curieux. Je veux dire… Que tu t’entraînes comme ça ?

Enzo s’était perdu dans ses pensées en regardant le paysage défiler de l’autre côté de la vitre. Dans la voiture, les parfums de Chris devenaient permanents et envahissaient ses narines. Ils l’enivraient presque. Il tourna les yeux sur lui, prit le temps de comprendre sa question et répondit :

— Depuis tout petit… Depuis toujours, en fait.

Et c’était vrai. Il ne comptait plus les années d’apprentissage, de coups donnés dans les sacs, de gants usés jusqu’à la corde, de protège-dents changés. Son équipement faisait partie de lui, bougeait avec lui et ne le quittait jamais, comme l’arme d’un inspecteur de police chevronné. Le silence retomba dans la voiture jusqu’à ce que Chris la gare sur le parking du motel.

— Ma chambre est juste là, ajouta Enzo en montrant une des portes alignées le long du parking. C’est la 403.

Tous les deux quittèrent le véhicule avec leur sac et Enzo passa devant pour déverrouiller la porte et allumer la pièce. Il s’écarta avant de reprendre :

— Après toi.

Une fois Chris entré, Enzo referma derrière eux et posa son sac le long du mur près du lit. Les lieux ne comportaient pas de meubles luxueux, juste assez de commodités pour y vivre et dormir. Le lit faisait face à la télévision posée sur son meuble et la salle de bains se trouvait sur la gauche en entrant. Enzo l’indiqua à Chris sans tarder :

— Tu peux y aller en premier si tu veux.

Chris le regarda un instant et le vit ôter son pull sous lequel Enzo était torse nu. Son regard fut captivé par les muscles de son dos, les courbes de ses abdominaux parfaitement dessinés. Il se trouva presque hypnotisé par le corps d'Enzo. Celui-ci n’avait rien d'un body-builder trop gonflé que Chris n'appréciait pas. Mais Enzo dégageait une puissance impressionnante sûrement accentuée par sa taille. Sous ses vêtements, il avait l'allure de ce gamin venu d'ailleurs et si tôt son torse dévoilé, il devenait ce que Chris avait vu sur le ring le jour de son arrivée. Enzo possédait ce petit quelque chose de rassurant que Chris n’avait jamais noté chez un autre homme. Quand son regard noisette remonta dans le sien et qu'il réalisa être pris en flagrant délit d’observation, il se ressaisit et ramena son sac sur l’épaule :

— J’y vais…

Il s’enfuit littéralement dans la salle de bains dans laquelle il s’enferma. La trousse de toilette d'Enzo était posée sur la table près du lavabo et des parfums sucrés de noix de coco planaient autour de lui. Chris se déshabilla et se glissa dans la cabine de douche. L'eau fraîche mettrait sûrement de l'ordre dans ses idées déplacées.

De l’autre côté, Enzo était resté immobile après la fuite de Chris dans la salle de bains. Il n’avait pas rêvé : il avait surpris son regard sur lui, parcourir son torse. Pourtant, Chris n’avait rien d’un homme attiré par les hommes, d’un gay en d’autres termes. Il n'était pas expert en la matière, mais rien ne laissait supposer dans l'allure de Chris que celui-ci appréciait la compagnie d'autres hommes. Alors, il repensa à leur bref tête-à-tête dans les vestiaires, à l'embarras qu'il avait lu sur les traits de Chris pendant leur discussion. Enzo demeurait intrigué plutôt que d'être choqué. Chris était un bel homme, possédait tous les atouts pour se démarquer et même quelques côtés très attirants qui n'avaient pas échappé à Enzo. Celui-ci mit ses affaires sales dans une poche et s’assit au bout du lit avant d’allumer la télévision pour patienter. Depuis la chambre, il entendait l’eau couler dans la salle de bains et son esprit s’égara dans son imagination fertile. 

A suivre dans la version intégrale

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Résumé : Oliver Nollan, 23 ans, part en Amérique du sud pour surfer le versant nord de l’Aconcagua avec plusieurs de ses amis. Les vacances prennent fin et il se retrouve à bord du vol 571 en direction de Los Angeles. Ce qu'il ignore, c'est que dans les prochaines minutes qui suivront le décollage, le pilote va perdre le contrôle de l'appareil en survolant la Cordillère des Andes. Lui et huit autres passagers survivront au crash à plus de six mille mètres d'altitude, espérant l'arrivée des secours qui ne viendront jamais. Ils réaliseront qu'ils ne pourront compter que sur eux-mêmes pour sortir vivant de ce piège de glace.

 

Jour 1

Aéroport de Santiago.

— Le vol 571 en direction de Los Angeles. Embarquement immédiat porte D.

En entendant l'annonce résonner dans la salle d'embarquement, Colin Queen rangea son magazine dans sa mallette et se redressa en prenant son bagage à main. Il jeta un rapide coup d’œil sur son portable et l’éteignit avant de se diriger vers une jeune hôtesse. Celle-ci lui prit son billet, vérifia son passeport et lui fit un grand sourire avant de le lui rendre.

— Merci monsieur, et bon voyage sur United Airlines.

Une fois installé à bord de l’avion, à la place 45E, Colin Queen attacha sa ceinture puis lança un coup d’œil sur les autres passagers. Quelqu'un s'assit près de lui et le salua avec un léger accent espagnol.

— Bonjour.

Colin esquissa un léger sourire à la femme qui prenait place sur le siège voisin et tourna les yeux vers le hublot. Il voulait s’imprégner une dernière fois des paysages du Chili. Il n’était resté que trois jours et il lui tardait déjà de rentrer chez lui et de retrouver le luxe et le confort de sa maison. Après de longues minutes, il sentit les moteurs de l’avion se mettre en route. L’appareil roula en direction de la piste de décollage.

— Mesdames, messieurs, bonjour, je suis le commandant Foreman. Bienvenue sur le vol United Airlines 571 en direction de Los Angeles. Le vol durera sept heures et notre équipage se tiendra à votre disposition pour vous apporter des collations. Pendant le décollage, nous vous prions de rester assis et d’attacher vos ceintures. Merci d’avoir choisi notre compagnie et bon vol.

Colin soupira, déjà fatigué à l’idée de devoir passer les sept prochaines heures enfermé dans cet avion. Il sortit néanmoins une revue économique, et la posa sur ses genoux, bien décidé à faire passer le temps.

 

*  *  *

 

Plus loin, dans les rangées, près du hublot, Oliver Nollan soupirait lui aussi. Il allait passer tout ce temps coincé dans cet appareil près d’un homme qu’il détaillait du coin de l’œil. Déjà, il regrettait de ne pas avoir pu rester avec ses amis pour le reste des vacances. Ses yeux se tournèrent vers l’extérieur pour voir l’asphalte défiler plus rapidement. Son avion s’apprêtait à quitter le sol du Chili.

Quelques secondes après le décollage, il put détailler les montagnes au loin, déjà amer et nostalgique. Toute cette neige, ce grand air, ces plaines de verdure formaient un paysage à mille lieues de celui de Los Angeles. Il détourna les yeux tandis que l’ennui le guettait déjà. Balayant du regard l’avant et l’arrière de l’avion, il s’aperçut qu’ils n’étaient pas nombreux dans l'appareil ; cinquante personnes tout au plus, et il avait fallu qu’il se retrouve à côté d’un homme en costume cravate qui ne serait certainement pas très agréable.

 

*  *  *

 

Après que l’avion eut pris sa vitesse de croisière, vers l’avant de l’appareil, Kate Mitchell sortit plusieurs magazines de son sac. Elle baissa la tablette devant sa fille et lui tendit ses crayons.

— Tu restes là ma puce, je reviens.

— Oui maman. 

Elle lui sourit en caressant ses cheveux bruns et se leva afin de marcher entre les rangées. Elle vit un ballon de football tomber à ses pieds et le ramassa avant de le rendre aux deux jeunes hommes qui venaient de se redresser.

— Tenez !

— Merci madame ! répondit l’un d'eux, un sourire charmeur aux lèvres.

Kate lui renvoya son sourire et continua d'avancer afin de rejoindre les toilettes. Dans son dos, un des deux garçons penchait la tête pour la suivre des yeux. Il commenta à son ami :

— Putain ! Ça, c’est mon style de nana !

Son copain lui prit le ballon des mains et se réinstalla dans son siège avant de répondre :

— Je préfère celle qui est deux rangées derrière !

 

*  *  *

 

Ses lunettes sur le nez, Danielle restait concentrée sur son livre. Elle ne prêtait pas la moindre attention à ce qu’il se passait autour d'elle. Il ne lui tardait qu’une chose : arriver à Los Angeles. Elle était venue voir l'un de ses amis qui tenait un haras, et avait voulu s’aérer l’esprit à la suite d’une rupture sentimentale. Elle fut interrompue par un jeune homme qui s'arrêta à sa hauteur :

— Excusez moi ? Je peux m’asseoir ?

Sur le silence de Danielle, il se permit de reprendre:

— J’aurais bien trouvé une excuse bidon du genre que la personne assise à côté de moi prend trop de place, mais je veux pas faire le lourd.

Danielle avait levé ses yeux pour détailler un instant son interlocuteur. Elle finit par lui sourire :

— Vous pouvez… Mais à vos risques et périls, je suis pas du genre bavarde.

Il s'assit, ravi, et lui tendit la main.

— Je ferai la conversation pour deux. Je suis Josh. Enchanté.

— Danielle.

Josh la détailla et se remit correctement sur son siège.

— Alors ? Tenta-t-il. Vous veniez faire quoi au Chili ?

Il hésita et rajouta :

— On peut se dire « tu » ? Parce que j’ai assez donné dans les politesses depuis que je suis là !

Amusée, Danielle tourna une page de son livre et leva les yeux sur lui.

— Ça vous arrive souvent de passer d’une question à une autre comme ça ?

— Je suis du genre pas très clair dans ma tête.

Il réalisa soudain le double sens de sa réponse.

— Enfin non ! Pas du genre psychopathe, non parce que…

Il leva les sourcils et força un sourire, sans réponse à donner.

— Je me perds là!

Danielle sourit davantage, amusée par l'emportement et le caractère plus timide de ce jeune homme qui, elle devait l’admettre, était inhabituel. Lui de son côté, en profita pour la détailler un peu plus.

— Et… Tu veux boire un truc ? reprit-il. Je vais aller voir les hôtesses.

— Tu veux que je réponde à quelle question en premier ? renvoya Danielle.

— La dernière, je vais chercher à boire et tu répondras aux autres après.

—  Oui… Va te rafraîchir un peu.

Josh lui sourit en se levant et une annonce résonna:

— Mesdames, messieurs, nous allons traverser une zone de perturbations. Veuillez regagner vos sièges s’il vous plaît, merci.

Josh se rassit, un peu dépité, et fixa Danielle.

— La fraîcheur attendra !

Danielle garda ses yeux sur son livre, tourna une page et lui répondit sans le regarder :

— Tu as le temps de souffler comme ça.

Josh afficha un air incertain et leva les sourcils. Il prit quelques secondes pour assimiler sa réplique.

— Souffler ?

L’incompréhension du jeune homme fit sourire Danielle. Elle releva son regard sur lui :

— Te calmer, expliqua-t-elle... On dirait que t’es monté sur du deux cent vingt volts là, donc tu peux souffler. Détends-toi.

Josh baissa les yeux en secouant la tête. Visiblement, cette fille le rendait nerveux.

— Ouais, me détendre, c’est ça le problème ! Tu sais ? Ce truc que vous avez les filles à mettre toujours les garçons mal à l’aise. On sait plus quoi faire !

Danielle sourit et plissa les yeux. Elle prit une expression plus secrète et se pencha un peu sur lui.

— Tu veux savoir quelque chose ?

Josh se tendit sur cette proximité et referma ses doigts à l’accoudoir. Il avait ce besoin soudain de se tenir à quelque chose suite aux frissons provoqués par le parfum de Danielle.

— Ouais.

— Au début, les premières semaines, c’est nous qui vous mettons mal à l’aise… Puis, le temps passe, les mois, les années… Les aises se prennent et à la fin, c’est nous que vous mettez mal à l’aise.

Elle se recula dans son siège et ajouta d'un signe de la main.

— Dans un sens très désagréable qui nous oblige à quitter le pays pour ne pas faire de dépression.

Josh leva les sourcils en essayant de comprendre cette longue tirade. Le ton de cette jeune femme avait sonné très accusateur et son malaise ne le quittait plus. L’avion commença à s’agiter sous les turbulences annoncées, mais il ne la quitta pas des yeux.

— Je sais pas trop.

Dieu savait que Danielle ne parlait pas pour ne rien dire. Elle était la mieux placée pour aborder ce type de sujet depuis sa rupture avec son compagnon. Une rupture qui l’avait poussée à quitter les États-Unis pour plusieurs semaines. Mais elle avait compris : elle avait fait le bilan de trois ans de vie commune et rentrait chez elle en pleine forme. Elle reporta son regard sur le livre.

— Tu sais quoi ? Laisse tomber, Joey…

— Josh… Je m’appelle Josh ! corrigea le concerné.

Il préféra ne rien ajouter en voyant qu’il la dérangeait.

*  *  *

 

— Mesdames, messieurs, nous allons de nouveau entrer dans une zone de turbulences. Merci de rester assis, vos ceintures attachées.

Colin soupira d’agacement et continua de tourner les pages de son livre. Il détestait les avions, surtout quand le ciel était nuageux ou perturbé par les intempéries.

Une heure passa, puis deux.

Tandis qu’il mangeait son sandwich, il tourna son regard vers le hublot. Le ciel était dégagé. Les nuances entre le bleu azur du ciel et le manteau blanc des montagnes enneigées étaient éblouissantes. Le chariot de ravitaillement s'arrêta à son niveau.

— Vous désirez prendre un thé, un café, un chocolat ?

Colin regarda l’hôtesse puis l’homme assis à ses côtés qui lui faisait un léger signe de tête.

— Allez-y, je vous en prie, lui fit-il poliment.

— Ce sera un thé, s’il vous plaît.

Dès que l'hôtesse se tourna vers son chariot pour récupérer une tasse, une légère secousse se fit ressentir. Colin fronça les sourcils, inquiet. Ces perturbations depuis le décollage ne le rassuraient pas, d'autant qu'il n'était jamais vraiment à l'aise en avion. Il prit son gobelet, mais n’eut pas le temps de l’amener à ses lèvres qu’une autre secousse, plus violente, secoua l’appareil. Le liquide chaud se renversa sur ses cuisses, lui brûla la peau à travers le tissu de son pantalon. Son regard fut attiré par le hublot où il put voir le sommet des montagnes se rapprocher dangereusement. L'instant suivant, l’appareil se retrouva brutalement secoué. Des cris retentirent dans la cabine. Des masques à oxygène tombèrent du plafonnier devant les passagers. Une autre secousse se fit ressentir, puis une autre plus violente. Les mains agrippées aux accoudoirs, le regard rivé sur le hublot, Colin fut saisi d'effroi en voyant l'aile arrachée. Des sacs et des valises s’écroulèrent sur le sol, relâchés par les soutes ouvertes à cause des turbulences. Les lumières de l’appareil clignotèrent, court-circuitées. Pris de panique et tétanisé par la peur, Colin se recroquevilla sur son siège, le visage baissé, les paupières fermées.

Tout se passa vite, trop vite, trop brutalement. Entre deux secousses, au milieu des cris affolés des passagers, un long craquement se fit entendre au niveau de la queue de l’avion. Alors le froid s'engouffra dans l'appareil. Avec la vitesse, le vide aspira les sièges, les passagers, les valises et tout ce qui se trouvait à sa portée. Le froid pénétra l’appareil et Colin reçut de la neige en plein visage, lui glaçant le sang. Il tourna la tête vers l’homme à ses côtés. Il le savait, l’avion allait s’écraser. Il mourrait dans les prochaines secondes. De l'immense trou béant à la place de la queue derrière lui, une force le tira, l’aspira. Seule sa ceinture le maintenait encore dans son siège. D’autres cris retentissaient, d’autres bruits de fracas résonnaient. Il n'entendait plus le moteur à présent. Le sifflement venait-il du vent ? De la vitesse ? L’appareil glissait-il sur l’air ? Était-il déjà mort ? Il eut le malheur de tourner le visage pour voir l’ampleur de cette catastrophe. Les autres passagers derrière eux n’étaient plus là. La queue de l’avion s’était brisée, détachée. Il vit une femme sur son siège disparaître dans les airs. Il se détourna, bouleversé, désemparé. La seconde suivante, un choc brutal le plongea dans l'inconscience.

 

A suivre dans la version intégrale

 

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Note de l'auteur : Un roman inspiré d'une histoire vraie, celle du crash d'un avion dans la Cordillère des Andes en 1972, réadapté dans une romance moderne mettant à l'honneur l'amour au masculin.