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Synopsis : Jordan Queen revient à Eastern Rock au Texas 15 ans après son départ pour New York... 15 années se sont écoulées et Jordan n'est plus le jeune adolescent complexé par son poids dont la plupart des élèves de son lycée se moquaient. Personne ne le reconnait, pas même Keith Marshall, 29 ans, dont il était éperdument amoureux quand il n'avait que 16 ans. Leurs retrouvailles ravivent des émotions et des sentiments jamais éteints. Mais Jordan est-il prêt à révéler à Keith sa véritable identité et à assumer son ancienne vie ?

Un livre adapté du roman de Kyrian Maloen & Jamie Leigh "A toi pour toujours".

 

*  *  *

 

Située en bord de mer au sud du Texas, Eastern Rock accueillait chaque été les festivités des Sables. La petite ville se dressait entre le désert et la mer. La seule végétation consistait en des forêts de palmiers ou de cocotiers plantés autour de la ville et sur les plages s'étendant à perte de vue.

Quinze ans plus tôt, Jordan Queen était parti après la fin du lycée pour poursuivre ses études à Houston, une ville à une centaine de kilomètres au Nord-est. Après une année d'Histoire de l'Art, de fêtes, de changements personnels et de rencontres en tout genre, il avait rejoint New York pour travailler.

Revenir à Eastern Rock après tout ce temps ravivait des souvenirs lointains. La ville n'avait pas beaucoup changé. Les routes, les maisons, la station-service, le supermarché ou encore le Fresh Snack, où autrefois il s'empiffrait de glaces, étaient toujours à leur place. Tout comme la maison de sa mère, restée à Eastern Rock depuis son installation peu de temps avant sa naissance.

Jordan arrêta sa Mercedes noire devant les haies parfaitement taillées et quitta sa voiture. L'instant suivant, il frappait à la porte de son ancien chez lui où sa mère ne tarda pas à lui ouvrir.

— Mon chéri !

Il s'empressa de prendre sa mère sans ses bras.

— Tu as encore trouvé le moyen de t'embellir depuis la dernière fois que je t'ai vu, ajouta-t-elle.

— Bonjour maman, répondit Jordan en se reculant.

Molly ouvrit plus grand et accueillit son fils dans leur demeure. On savait de qui Jordan tenait ses grands yeux bruns et ses cheveux noirs quand on les voyait côte à côte. Molly avait 62 ans mais ne les faisait pas. Elle était de loin l'une des femmes les plus actives dans la petite ville d'Eastern Rock, avait d'ailleurs un don pour vendre ou louer des maisons aux nouveaux arrivants.

Jordan parcourut son ancienne maison du regard...

— Tout est à sa place, commenta-t-il. Rien n'a changé ici non plus.

— Tu sais que je ne suis pas souvent là alors je n'ai pas le temps de refaire la décoration.

Jordan fit quelques pas dans le salon, suivi de sa mère qui reprit d'un sourire enjoué :

— ça me fait tellement plaisir que tu viennes me rendre visite. Alors raconte, comment se passe ton travail à New York ?

Jordan se tourna vers sa mère. Bien entendu, sa réponse était toute faite, comme à chaque fois que Molly l'interrogeait sur son travail.

— Tout se passe bien maman, je vais avoir une promotion quand je rentrerai de vacances.

Car pour Molly, son fils travaillait dans une agence de pub à New York, un travail respectable et sécurisant où il pouvait envisager une carrière et un avenir. Elle fit cependant un constat et demanda :

— Et tes affaires ? Tu n'as pas de sac de voyage ?

— Non, je me suis dit que j'achèterais tout sur place, surtout pour la fête des Sables...

Jordan ne comptait pas ses dépenses, là était un des nombreux avantages de son travail : l'argent. Il aimait en avoir, aimait en dépenser et dépensait sans compter ! Et il ajouta :

— Puis si jamais j'ai besoin, je pourrais emprunter quelques vêtements que Robby laisse toujours dans la chambre d'ami.

Là était un luxe que Jordan n'aurait pu s'offrir auparavant, piocher dans l'armoire de son cousin, qui venait rendre visite à sa tante de temps à autre et qui faisait aujourd'hui la même taille que lui. Il se dirigea vers le couloir et demanda :

— Ma chambre est toujours là ?

Molly le suivit et répondit :

— Je n'ai touché à rien !

Le constat fut troublant quand Jordan pénétra dans l'ancienne chambre. Il n'avait pas foulé le sol de cette pièce depuis quinze longues années. Le faire aujourd'hui le renvoya aussitôt dans un passé lointain, troublé, juste à la fin de ses études. Ses livres scolaires demeuraient rangés sur son bureau. De vieux posters décoraient les murs ainsi que plusieurs photos de lui et de certains de ses amis... Un soupçon de nostalgie le saisit avant que quelqu'un ne sonne à l'entrée et ne l'arrache à ses pensées.

— Je vais ouvrir, ça doit être Lisa, comprit sa mère.

Jordan ouvrit grand les yeux :

— Lisa ? Tu as invité Lisa ? Maman ! Tu n'as pas fait ça !

Il la suivit à travers le couloir tandis que Molly se dirigeait vers la porte.

— Je t'ai dit que je ne voulais pas la voir, ajouta-t-il plus bas.

— C'est ta meilleure amie, mon chéri. Elle était si heureuse quand je lui ai dit que tu venais !

Sans rien ajouter de plus, Molly ouvrit la porte, laissant Jordan sur le fait accompli. Lisa se trouvait effectivement sur le palier et n'avait plus rien de la jeune femme qu'il avait connue au lycée. Elle aussi avait changé mais contrairement à lui, Jordan avait eu les détails de ses changements par sa mère.

— Lisa ! fit-il d'un sourire sincère... Bon sang ! ça fait tellement longtemps !

La concernée avait levé les sourcils en regardant son ancien camarade de classe et meilleur ami d'enfance.

— ça alors ! Tu es devenu...

Elle en perdait ses mots...

— Plus mince, termina Jordan en constatant sa mine stupéfaite. Je sais...

— J'allais dire... Waouh, mais oui, en effet, tu n'as pas fait semblant.

— Toi non plus, répondit Jordan.

Car tout comme lui, Lisa avait souffert de quelques problèmes de surpoids quand ils étaient au lycée, leur valant à tous les deux de passer de mauvais moments au regard des autres élèves. Lisa vint spontanément l'enlacer et Jordan l'imita avant de se reculer :

— Je suis content de te voir, dit-il enfin...

— Tu aurais pu me le dire, l'accusa-t-elle. Toutes ces fois où on s'est écrit, après tous nos mails, tu aurais pu me dire que tu étais devenu un vrai beau gosse.

Jordan pinça un léger sourire et Molly l'invita :

— Entre, ne reste pas sur le palier. Je vais nous servir à boire...

L'instant suivant, tous trois étaient installés sur le canapé, Molly se faisant une joie de répéter à Lisa combien Jordan réussissait sa carrière de directeur de rédaction à New York, et Lisa acquiesçant aux informations que Jordan lui avait fournies au fil des années. Même s'ils ne s'étaient pas écrit chaque jour, Jordan avait su les grandes lignes de sa vie et de ceux qu'ils avaient connus au lycée. Un sujet, un seul, n'avait jamais été abordé, par refus de Jordan et pourtant, il ne put s'empêcher quand Molly fut éloignée :

— Comment va Keith ?

Lisa sourit sur cette question et répondit simplement :

— Il va bien... Il a repris le Ranch et je suis sûre qu'il sera content de te revoir !

Jordan se tendit, les sourcils froncés et réagit aussitôt d'un ton vif :

— Il ne doit pas savoir que je suis là !

— Pourquoi ça ? interrogea Lisa sans comprendre... Tu n'es plus le même, Jordan, ça va lui faire un choc quand il va voir comme tu as changé.

— Je suis le même, se défendit-il. Le même Jordan qu'avant et je t'interdis de lui dire que je suis revenu.

— Il finira par le savoir.

— Non, pas si tu tiens ta langue et maman tiendra la sienne.

Lisa fronça les sourcils, incertaine. Elle avait été la meilleure amie de Jordan et de ce fait, sa confidente. Elle avait su l'attirance de Jordan pour son frère quand ils étaient plus jeunes. Une attirance qui n'avait pas été réciproque à l'époque du lycée en raison de leurs âges respectifs et de leurs centres d'intérêt plus que divergents. Jordan hésita, faisant mine de ne pas s'intéresser à Keith mais demanda :

— Est-ce que... Est-ce qu'il a rencontré quelqu'un ?

Cette question fit naître un sourire taquin sur les lèvres de Lisa qui répondit :

— Non...

Et cette réponse ne put que soulager Jordan qui, bien sûr, avait prié secrètement au fond de lui à ce sujet.

— Ce qui te laisse toutes tes chances, surtout dans ce corps d'Apollon, reprit Lisa... Si je n'étais pas ta meilleure amie, que je ne t'avais pas vu t'enfiler un plat entier d'ailes de poulet à la sauce barbecue, je pourrais être attirée...

Jordan rit sur ce rappel. Lisa et lui avaient pratiqué des jeux quelque peu douteux ou concours stupides consistant à avaler des plats en un temps record. Il reprit malgré tout son sérieux :

— Je ne veux pas qu'il sache, Lisa, je ne plaisante pas. ce serait trop...

Il chercha ses mots un instant :

— Trop injuste. Pour l'ancien moi, je veux dire !

— Je ne vois pas d'injustice quand je te regarde. Tu pourras parler d'injustice quand tu verras Rebecca que Pete Moore a plaqué après son accouchement. La pauvre n'a pas perdu les vingt ou trente kilos qu'elle a pris. Elle est devenue dépressive et boulimique...

Rebecca était l'ancienne  reine du lycée et malgré tout, ce genre d'annonce faisait de la peine à Jordan. Il était conscient que Lisa ne lui annonçait pas cette nouvelle pour le réjouir ou pour se moquer de Rebecca. Eux, mieux que personne d'autre, savaient ce qu'étaient les regards moqueurs et méchants. Il recentra la discussion :

— Ne change pas de sujet. Je t'interdis de lui dire qui je suis.

— Comme tu veux, dit-elle finalement. Mais tu te débrouilleras seul avec tes mensonges.

Jordan pensa qu'avec le temps, il avait pris l'habitude de mentir. Grâce au ciel, il avait également une excellente mémoire et ses mensonges se résumaient toujours aux mêmes depuis plusieurs années déjà. Il n'aurait donc pas à beaucoup mentir, si ce n'était peut-être pour s'inventer une nouvelle identité et une vie qui irait avec...

 

*  *  *

 

A suivre dans la version intégrale...

 

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Résumé : Le soleil se lève à peine sur Manhattan. On est le 11 septembre 2001. Adam Queen s'apprête à débuter sa journée au siège du FBI, l'esprit déjà plongé dans ses dossiers d'enquête. A quelques centaines de kilomètres de là, Dean Marshall, Capitaine et pilote dans l'US Air Force, se trouve à bord de son F15 et vole au-dessus de l'Atlantique quand il repère des navires non identifiés voguer en direction de New-York. Moins d'une heure plus tard, deux avions de ligne percutent les tours du World Trade Center. Pour tout le monde, et plus particulièrement Adam et Dean, ce jour marquera le début d'une terrible et fascinante aventure, le commencement d'une autre vie... 310 pages

 

11 septembre 2001 - New York, Manhattan, 7:05 a.m.

Un bruit parasite résonna dans un appartement spacieux du centre de Manhattan. Les premiers rayons du soleil perçaient à travers les rideaux, illuminaient une grande chambre aux murs orange clair. Son propriétaire, Adam Queen, se réveillait, torse nu sous une couverture écrue. Il ouvrit péniblement les yeux et tendit la main pour attraper son téléphone qui sonnait depuis quelques secondes. Il l'amena à l'oreille :

— Oui ? marmonna-t-il  d'une voix encore endormie.

# bonjour, Adam, mauvaise nouvelle, j’ai un colloque à Los Angeles aujourd’hui, je n'arriverai à New York que demain.

Adam se redressa et jeta un coup d'œil sur le réveil posé sur la commode. Il s'assit au bord du lit et répondit à sa meilleure amie :

— Salut Claudia. T'es encore à Boston ?

# oui... Je suis sur la route, mon avion décolle à huit heures. Mais il y a de sacrés embouteillages, comme d’habitude.

Toujours le téléphone à la main, Adam se leva et se dirigea vers la salle de bains.

— Appelle-moi quand tu atterris. J’ai un dossier à t’envoyer. Je te laisse, je vais me doucher.

# OK, bonne douche, à tout à l’heure.

Adam raccrocha, reposa le combiné et se déshabilla pour se glisser dans la cabine de douche. Une nouvelle journée commençait à New York et Adam pensait déjà à la masse de travail qui l’attendait.

 

*  *  *

 

Espace aérien de Washington DC, 7 : 12 a.m.

# Base à Eagle 1, est-ce que vous me recevez ?

Installé dans le cockpit d'un avion de chasse, Dean Marshall répondit sans attendre :

— Eagle 1, je vous reçois cinq sur cinq. À vous.

# quelle est votre position ?

— Je suis à 70, 40 au nord de Washington. Je me dirige vers l’océan. Que se passe-t-il?

# des navires non identifiés sont apparus sur nos écrans de contrôle à cinq degrés nord de votre position, nous attendons une confirmation visuelle Eagle 1 ?

— Je vous dis ça dans un instant...

Dean Marshall fouilla l’horizon des yeux et abaissa le manche qu'il tenait entre ses mains pour diriger l’avion dans la direction indiquée. Quelques secondes plus tard, des points distincts confirmaient la présence de navires inconnus. Soucieux, Dean vérifia ses écrans devant lui. Il ramena son masque devant sa bouche pour reprendre la communication radio :

— Affirmatif. Je confirme la présence de...

Il hésita le visage crispé et inquiet . Jamais il n'avait vu une telle flotte de navires entrer sur les eaux américaines.

— Attendez, je n’arrive même pas à les compter sur mon radar ! Nous sommes en approche. Je les garde en visuel. Je vous donne plus de détails dès que possible.

Dean appuya sur quelques touches du tableau de bord, tandis que ses coéquipiers le suivaient dans leurs avions respectifs. Aucun bâtiment n'était autorisé à pénétrer dans les eaux américaines sans s'être identifié au préalable. Il était donc question d'une intrusion évidente. La procédure indiquait de les prévenir avant toute action. Or, il ne s'agissait pas que d'un malheureux navire, mais d'une véritable flotte...

— Armée des États-Unis, veuillez vous identifier, vous êtes sur les eaux américaines.

Il répéta l’appel sans réponse et s'adressa à ses deux coéquipiers.

— Ice, Thunder ? Vous me recevez ?

# Fort et clair, Capitaine.

# affirmatif, Capitaine.

Il prit soin de fixer son masque devant lui et ajouta :

— Mettez-vous en position Alpha Delta. Ceci n’est pas un exercice. Je répète, ceci n’est pas un exercice.

Les deux pilotes obéirent et les deux avions dépassèrent celui de Dean, déviant sur chacune des ailes pour piquer vers les navires. Dean crut devenir fou lorsqu’il aperçut un missile se diriger droit sur lui. Il eut juste le temps et  le réflexe d’écarter son appareil de sa trajectoire initiale. Pourquoi une telle attaque ? Jamais, il ne se serait attendu à cela. D'où provenaient ces navires ? Et comment la NSA, la CIA ou l'Armée n'avaient-elles pas anticipé cette éventualité  ? Soudain une explosion l’arracha à ses pensées. Ce qu’il vit lui sembla irréel :  à sa droite, l’avion de son coéquipier venait d’exploser.

— Eagle 1 à la base... Eagle 1 à la base, répéta-t-il, nous sommes attaqués, je répète, nous sommes attaqués. Un avion est touché. Nous ne sommes plus que deux. Nous ne pouvons pas leur faire face. Ils sont trop nombreux...

Une alarme retentit dans le cockpit,  les missiles ennemis venaient d’allumer leurs radars. Il  fallait leurrer les ondes radars au plus vite. Un autre missile fonçait dans sa direction, laissant une traînée blanche dans les airs derrière lui. Il devait l’esquiver, couper sa trajectoire en virant du côté d’où venait le missile.  Alors il tira brusquement le manche  et se retrouva perpendiculaire à l'engin. Mais à en juger son écran radar, le missile prenait son F15 en chasse.

— Putain ! Mais c’est quoi ce délire ?!

Il s'adressa aussitôt à son coéquipier :

— Thunder ! Demi-tour, vous m'entendez ? J’ai dit demi-tour. On a des missiles aux basques.

L'appareil de son subordonné voulut décrocher pour obéir aux ordres, mais un missile le percuta dans une explosion qui le transforma en boule de feu. Il n’eut pas le temps de larguer ses leurres. Dean entendait son cœur s’affoler dans sa poitrine. Son coéquipier venait de perdre la vie sous ses yeux et il tentait d’échapper aux autres attaques. Il jeta un regard sur son radar. Pour l'instant, il devait détruire le missile à tête chercheuse qui le poursuivait. Il actionna sa manette, largua les deux tubes qui se trouvaient de chaque côté de son appareil, ce qui eut pour effet de créer un nuage de paillettes qui attira le missile. Celui-ci explosa.

Tout cela avait été si soudain, que son coéquipier n’avait pas eu le temps de réagir. Heureux d’être encore en vie, il s’éloigna rapidement de cette flotte ennemie et prit la direction de la base. Que se passait-il ? Qui osait les attaquer ?

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, World Trade Center, tour sud, 8:10 a.m.

Une femme blonde, la trentaine, pénétra dans l’immeuble et se dirigea vers les portes d’ascenseurs comme des dizaines d’autres personnes qui venaient travailler ce matin. Dans la cabine, elle sourit à son jeune collègue, Josh Stewart, seulement âgé d’une vingtaine d’années. Ce dernier avait rejoint leur équipe de traders six mois plus tôt et ses chiffres étaient déjà excellents.

— Salut Kelli... Alors cette soirée hier, c'était comment ?

— Très mondaine, répondit Kelli, comme d’habitude. Mais très enrichissante. J’espère qu’on obtiendra les contrats. Et toi ? C’était pas hier soir ton rendez-vous avec Danielle ?

— M'en parle pas... Elle a attendu que je paye l’addition pour me dire qu’elle avait quelqu’un !

Kelli s’en amusa et sortit de la cabine avec lui.

— Quelle idée de l’amener sur la cinquième pour un premier rendez-vous !

Josh ne répondit pas pour la simple et bonne raison que Danielle arrivait en face d'eux, sa tasse de café dans les mains.

— Salut, Josh, salua-t-elle avant de regarder Kelli. Je peux te voir quand t’as un moment pour le dossier Kingstone ?

Kelli ne ferait aucune allusion quant à ce rendez-vous dont Josh lui avait parlé la semaine passée, du moins, pas devant lui. Parce qu'en plus d'être maladroit dans ses rendez-vous, Josh avait choisi d'inviter Danielle, une collègue à tous les deux. Une belle femme, certes, mais une collègue qu'ils côtoyaient toute la journée...

— Je te rejoins dans quelques minutes, lui répondit-elle.

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, 26 Federal Plaza, siège du FBI

Il était huit heures trente quand Adam Queen entra dans son bureau. Il posa sa tasse de café noir près de l’écran d'ordinateur et s'installa dans son fauteuil avant de récupérer plusieurs dossiers. Un de ses collègues approcha et lui tendit un document.

— Bonjour Adam !  Bonne nouvelle, notre équipe détachée à Boston a retrouvé Charles Ewitt. La petite fille est en vie, elle est déjà en route pour retrouver ses parents à Providence. L'équipe scientifique passe son appartement au peigne fin, nous aurons les résultats d'analyse d'ici demain.

— Excellente nouvelle, répondit Adam satisfait. Merci, Evan, je préviendrai Claudia dès qu'elle aura atterri à JFK.

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, World Trade Center, tour sud, 8:45 a.m.

Comme convenu, Kelli rejoignit Danielle dans son bureau et s'installa en face d’elle.

— Josh m'a dit pour hier soir, lui confia Kelli. C'est pas très sympa de lui avoir dit que tu avais quelqu'un.

— Tu me connais. J’aime bien voir la tête qu’ils font juste au dernier moment.

— Je sais, mais ne fais pas ça à Josh. C’est un bon copain, un gentil garçon et il en a déjà bavé avec les filles.

— Je ne dis pas le contraire. Mais contrairement à toi, je ne le connais pas plus que ça et je ne me voyais pas lui dire que j’avais déjà quelqu’un avant qu'on passe à table.

— Tu aurais dû, insista Kelli. Il n'aurait rien regretté !

Des tremblements soudains les arrachèrent à leur conversation, des vibrations violentes qu'elles pouvaient sentir sous leurs pieds et qui semblaient faire bouger le bâtiment tout entier. Un bruit assourdissant accompagna les secousses et Danielle se leva, apeurée.

— C’était quoi ça ? 

Elle ouvrit brusquement la porte pour voir ce qu’il se passait :

— Qu’est-ce qu’ils font dans le couloir ?!

Kelli la suivit pour trouver la source de tous ces tremblements. Mais aucun employé de maintenance ne faisait des travaux. D’autres personnes, comme elles étaient sorties des bureaux avoisinants, et chacune se posait la même question et s'inquiétait quant à l’origine de ce vacarme. Elles s’approchèrent des vitres, mais ne distinguaient rien. Alors elles  tentèrent de regarder en bas du building à plus d’une centaine de mètres en dessous. La seule chose qu'elles parvinrent à discerner fut une foule agglutinée au pied de la tour.

— Mais qu’est-ce qui se passe ? demanda Danielle, confuse.

Mais personne n'avait de réponses et tout le monde affichait une mine confuse et inquiète. Ce genre de chose ne s'était jamais produite auparavant et aucune notice de travaux n'avait circulé. Danielle et Kelli échangèrent un regard inquiet.

— Il n'y a jamais eu de tremblements de terre à New York ? demanda Kelli.

— Seulement dans les films, répondit Danielle.

Josh arriva en courant :

— Hey ! Vous avez entendu ? Il paraît qu’un étage de l’autre tour a explosé.

Cette information fut captée par d'autres personnes. Tous les regards se figèrent avant qu'un brouhaha de commentaires ne vienne rompre la stupeur de l’instant. Comment un étage de la tour nord aurait-il pu exploser ? Et surtout, quelle en était la cause ?

 

*  *  *

 

Base aérienne de Langley, Virginie, 8:55 a.m.

De retour à la base, Dean Marshall entra dans le bureau du général Peters.

— Général Peters, fit-il en le saluant.

Ce dernier l’interrompit d’un geste de la main, lui faisant signe d’écouter la radio. Ses traits reflétaient une appréhension évidente.

# nous l'ignorons Général. Le Président n’est pas encore au courant, nous ne pouvons rien affirmer. Nous n’avons aucune confirmation, mis à part un message radio envoyé d’un homme à bord d'un avion.

— Où en est la flotte ennemie ? interrogea le général Peters.

# deux de nos F16 viennent de décoller de la base.

Dean se permit d’intervenir :

— Ils vont se faire massacrer, Général. Ils sont beaucoup trop nombreux !

— Rappelez-les ! ordonna le haut gradé à son subordonné.

# à vos ordres.

Le général Peters coupa la communication et s'adressa au capitaine Marshall.

— La tour nord du World Trade Center est en flammes.

Dean eut un peu de mal à réaliser ces dernières paroles et prit un instant pour les assimiler. Son cœur s’affola lorsqu’il pensa à sa sœur dans la tour sud.

— Comment ça, en flammes ? demanda-t-il, déboussolé.

— Nous n’en savons pas plus. Le commandant Berneim vient de m’appeler pour me dire qu’une explosion avait eu lieu à 8 : 48.

Dean tentait de réfléchir sans y parvenir tant son inquiétude le paralysait. Le téléphone du général sonna et ce dernier décrocha :

— Oui ? 

# Général ! Le Norad vient de nous prévenir qu’un appel avait été effectué du Boeing 767 d'American Airlines, le vol 11. Celui-ci a décollé de l'aéroport international Logan de Boston et devait voler à destination de Los Angeles. Il n’apparaît plus sur nos écrans radars. La communication venant d’un des passagers parlait de détournement.

La mine du général s'assombrit en comprenant la signification de ces mots. Il craignait ses propres conclusions...

— Rappelez-moi dès que vous avez d’autres informations.

Il raccrocha et regarda le capitaine Marshall.

— Je dois aller à Washington. Il ne s’agit pas d’une explosion, mais d’un attentat. Un de nos avions civils a été détourné. Restez en alerte jusqu’à nouvel ordre.

— Bien, Général.

Le général quitta son bureau et Dean saisit son portable sans tarder. Les mains fébriles, il numérota.

 

*  *  *

 

New York, Manhattan, World Trade Center, tour sud, 9:00 a.m.

Kelli restait dans le couloir avec les autres employés des bureaux. D'autres rumeurs circulaient et l'inquiétude s'amplifiait.

— Ça doit être un de leurs exercices pour nous faire bouger, reprit Danielle. Ils ont simulé des tremblements pour voir nos réactions.

— J’aimerais que tu aies raison, répondit Kelli.

Elle décrocha en entendant son portable sonner. Le numéro de son frère Dean s'affichait à l'écran.

— Oui ?

# Kelli. Tu vas m’écouter très attentivement et ne pas m'interrompre. Tu prends tes affaires, tes amis et tu sors de cette tour en vitesse et sur-le-champ !

Kelli fut surprise du ton que son frère employait sans même l'avoir saluée.

— Dean… Tu sais que tu me fais peur ?

# Kelli, s'il te plaît... Ce que je vais te dire, tu ne dois pas le répéter. Surtout, ne fais rien qui puisse affoler les gens autour de toi. La tour nord du Trade a été attaquée par un avion civil. Un Boeing. Ce que je te dis est encore top secret. Mais nous supposons d’autres attaques.

Kelli sentit son cœur s’affoler sur les paroles de son frère tandis que Danielle et Josh ne la quittaient plus des yeux, attentifs.

— OK. Je… Je vais descendre… Et...

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que le sol trembla violemment. Un bruit épouvantable, plus effrayant encore que le premier, fit vaciller tout le bâtiment. Des meubles et des objets tombèrent et des cris de panique s’élevèrent dans les bureaux. À l'extérieur, des débris enflammés tombaient et s'écrasaient sur le sol. Une véritable cohue s'empara de l'étage, des bureaux. Les gens couraient dans tous les sens, affolés.

— Dean. Je... Je crois que... qu’on est touché.

# Ok... Alors, tu prends l’escalier de secours, Kelli ! Les escaliers et pas les ascenseurs, tu m'entends ?!

Kelli saisit la main de Danielle et l'entraîna vers la sortie de secours la plus proche en faisant signe aux autres de la suivre.

— Il faut partir, leur dit-elle sans hésiter.

# Kelli ! Ne regarde pas derrière toi et barre-toi de cette putain de tour !

Derrière elle, Danielle paniquait aussi, comme les autres, comme Josh à ses côtés.

— Mais qu’est-ce qui se passe Kelli ? l'interrogea-t-elle.

— Je t’expliquerai après.

Tous les trois prirent les escaliers, suivant les directives de Dean qui demeurait à l'autre bout de la ligne.

— Vous savez qu’on va se faire virer si on se barre ? rappela Josh, incertain.

— Je crois que le problème ne se posera pas si tu veux mon avis, répondit Kelli.

# surtout tu t’arrêtes pas, rappela Dean. Même si des gens te posent des questions. Ne t’arrête pas !

— Oui… J’ai compris… On descend Dean. Je te rappelle une fois en bas.

Kelli raccrocha, se hâta de descendre avec ses amis tandis que d’autres bruits, d’autres craquements, d’autres cris, résonnaient. Des gens montaient, d’autres descendaient, tous aussi paniqués les uns que les autres. En dehors de Kelli, personne ne savait exactement ce qu'il se passait. Dean ne lui avait donné que de vagues détails, suffisants pour lui faire comprendre que leurs vies étaient en danger. À présent, elle devait se frayer un chemin à travers les escaliers en sachant qu'il leur restait encore une dizaine d'étages à descendre.

A suivre....

 

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Monsieur Queen, ou comment séduire son professeur en 3 leçons !

Résumé : Damon Ryan, 20 ans, quitte Boston et déménage à Northfolk avec sa grand-mère Rebecca Ryan. Malgré un lourd dossier scolaire et un passif agité, il intègre le lycée Emery. Un cours, un regard sur son professeur et Damon succombe aux charmes de ce dernier. Il fera tout pour attirer son attention et se rapprocher de lui mais comment Monsieur Queen parviendra-t-il à gérer leur relation et ses sentiments naissants pour son jeune élève ? 

359 pages

Dans sa voiture, en route pour la soirée chez Garrett, Damon songeait encore à Monsieur Queen. Alors qu'il passait devant sa villa où la lumière apparaissait à travers les fenêtres, il eut une idée et se gara le long du trottoir. Il jeta un œil aux alentours. La rue semblait silencieuse et calme. En week-end, les habitants en avaient sûrement profité pour sortir, manger en famille ou regarder le match de football entre les Redskins de Washington et les Cow-Boys de Dallas. Il descendit du véhicule, un vieux pick-up Ford qui avait appartenu à sa mère, et se dirigea vers l'entrée. Sans bruit, il franchit le petit portail en fer forgé et, plutôt que de s'avancer vers la porte, il contourna la demeure. Monsieur Queen n'avait cessé d'occuper ses pensées durant toute la journée. Après ses rêves érotiques de la nuit précédente, des images lui étaient restées en tête, imprimées dans chaque neurone de son cerveau. Avec discrétion, il longea le mur bordé de grands chênes et, par chance, trouva la fenêtre de la chambre du professeur. À peine dissimulé par des rideaux couleur crème, Damon put jeter un œil par l'interstice laissé entre les deux. La lumière créée par les deux lampes posées sur les tables de chevet révéla la présence de Monsieur Queen. Vêtu d'un pantalon et d'une chemise, pieds nus, celui-ci allait et venait entre la chambre et son dressing. Concentré dans son observation, Damon le suivit des yeux, le vit se positionner devant un miroir sur pied. Il retint son souffle lorsque Monsieur Queen ôta sa chemise et révéla un dos en V et des muscles saillants à travers le miroir face à lui. Le regard de Damon ne quittait plus des yeux le buste de cet homme qui n'avait plus rien d'un professeur désormais et qui prenait toutes les dimensions offertes par ses rêves. Ses pectoraux entretenus, ses abdominaux, tout attirait ses yeux aimantés. Puis les mains soignées de Monsieur Queen descendirent son pantalon qu'il jeta sur le dossier d'une chaise. Les lèvres de Damon s'entrouvrirent dans un réflexe. Ses poumons avaient sûrement besoin d'air à présent. La température grimpait malgré l'approche de l'hiver. À ce spectacle étourdissant se confondaient les images de sa nuit mouvementée, des séquelles de ses rêves torrides. De profil devant son miroir, Monsieur Queen lui offrait le plus bouillant des strip-teases et tous ces types dans les clubs pouvaient désormais se rhabiller. Son corps dans son boxer lui semblait parfait, ses fesses bien musclées et fermes. Ses yeux étaient happés par tant de beauté. Monsieur Queen possédait tous les atouts dont un homme mûr puisse rêver et incarnait le partenaire parfait. Au fil de son observation, les battements du cœur de Damon s'accéléraient, pompaient un sang brûlant dans ses veines. Il s'affolait à force de subir tant d'émotions, de fantasmes. À trop regarder, Damon imaginait une foule de scènes possibles. Ses mains remplaçaient les siennes, esclaves volontaires des désirs cachés de cet homme de l'autre côté de la vitre. Et comment ne pas succomber aux tentations ? La chaleur fut à son comble quand Monsieur Queen ôta son boxer, libéra son sexe qu'il ne discerna qu'à moitié. Mais son professeur ne resta pas assez longtemps dans la chambre pour lui permettre de rêver davantage et disparut dans la salle de bains. Damon lâcha un soupir et reprit un peu d'air. Il s'était raréfié durant les dernières minutes. Il se recula de la fenêtre, passa une main dans ses cheveux et jeta un œil aux alentours, réalisant qu'il venait de jouer les voyeurs. On enfermait des tas d'individus pour ce genre de choses, pensa-t-il... Mais ce moment volé au hasard était une belle récompense, un signe que Damon ne pouvait nier. Enhardi par le spectacle, il rebroussa chemin et se dirigea, cette fois, vers la porte d'entrée. Une profonde inspiration plus tard, il choisit de frapper. Quelques secondes suffirent avant de faire face à Monsieur Queen. Et plus rien ne les séparait désormais. Les parfums de son professeur l'envahirent, portés par le courant d'air provoqué par l'ouverture de la porte. Damon lutta pour ne pas poser ses yeux sur la silhouette suggérée qu'il avait à peine entraperçue, maintenant couverte par un débardeur blanc et un pantalon de toile.

— Bonsoir, Monsieur Queen...

Il se racla la gorge. Sa voix s'était éraillée sur ses premiers mots.

— Désolé de vous déranger, reprit-il. Mais...

Mais quoi ? Et là était tout le talent de Damon qui avait appris à mentir ou à transformer des vérités en quelques secondes. La capacité d'adaptation n'était-elle pas une formidable compétence ?

— Mais j'ai des questions sur votre cours que j'ai raté... Parce que j'ai vu aucune référence sur l'impérialisme colonial. Et je me rappelle un peu des cours de l'an passé où le prof en avait parlé. Il avait même insisté là-dessus, alors comme vous demandez qu'on rédige une sorte de synthèse sur les facteurs qui ont poussé à la révolution, je voulais avoir votre point de vue...

Christopher Queen avait d'abord été surpris de voir son élève sur le pas de sa porte. Mais de l'entendre formuler cette requête le stupéfia. Damon Ryan séchait ses cours et décidait de venir chez lui un samedi soir.

— Damon ! Savez-vous quel jour nous sommes ?

— Samedi, répondit Damon avec évidence.

Christopher n'en revenait pas.

— En effet, reprit-il. Ce qui signifie que je suis en week-end et il est pratiquement huit heures du soir.

Damon leva les sourcils sur cet argument qui devait expliquer l'agacement de son professeur.

— Vous dormiez ?

Troublé par cette question sortie de nulle part, Christopher répondit :

— Non, non...

— Vous êtes avec des amis alors ?

Christopher plissa les yeux un instant sur cet interrogatoire inattendu. Une fois encore, Damon Ryan le regardait avec intensité et ne le quittait pas des yeux. Christopher en était un peu troublé, mais répondit :

— Je ne suis pas non plus avec des amis. Et pour ce qui est de votre question, l'impérialisme colonial sera traité dans un prochain chapitre qui est d'ailleurs dans votre livre.

— Je n'ai pas le livre, dit Damon. Vous en auriez pas un en double par hasard ?

Christopher dut prendre une pause, réfléchissant à la fois à la question de son élève, mais aussi à sa façon d'insister. Il cligna des paupières.

— Un instant, je reviens.

Damon le vit s'éloigner, mais ne se contenta pas de patienter sur le seuil. Il entra dans la demeure de son professeur, conscient qu'il était seul et que Lea passerait probablement la soirée et la nuit chez Garrett. En d'autres termes, il avait tout le loisir de rester ici tant qu'il s'arrangeait pour alimenter la discussion. Il referma la porte, en profita pour gorger ses poumons des fragrances de Monsieur Queen. Son esprit vagabond lui suggérait déjà quelques fantasmes nés de ses rêveries...

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Résumé : Pour fêter l'arrivée prochaine de leur bébé tant attendu, Théo Ryan et Lucas Leary sortent dîner avec leurs amis . En couple depuis quelques années déjà, ils vont enfin fonder une famille, leur famille. Mais la vie réserve toujours des surprises et peut basculer d'une seconde à l'autre. Et ce soir-là, Théo Ryan ne retrouvera plus la chaleur de son foyer, lâchement assassiné par un voyou pour de l'argent. La mort est-elle réellement la fin de tout ? L'amour ne peut-il pas transcender chaque chose, même la réalité telle qu'on la connaît ? L'esprit, l'essence de sentiments aussi forts subsistent au-delà de la chair. Théo trouvera le moyen de reconquérir son amant, de récupérer son coeur et de prendre sa place de père.

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Prologue

 

Tout le monde meurt un jour. Personne ne peut rien y faire si ce n’est repousser l’échéance. Tout le monde doit mourir, c’est un fait. Vous, moi, nos proches, rien ni personne n’y échappe.

Nous vivons avec la mort, mais quelle importance lui donnons-nous ? On regarde les actualités : une femme a tué ses trois enfants ; un 747 a explosé au-dessus de l’Atlantique ; des touristes pris en otage ont été fusillés. Ces annonces sont quotidiennes et plus ou moins étayées selon les intérêts politiques du moment. Qui réagit à cela ? Personne. Hormis se sentir compatissants, peinés, choqués l’espace de quelques minutes, ces gens qui meurent font partie du décor… Triste constat, mais réaliste. Comment pourrions-nous vivre si nous n’étions pas insensibles à ces tragédies ?

Quoi qu’il en soit, à 26 ans, on pense à tout, sauf à mourir. On se croit invincible, intouchable. On songe à son avenir, on termine ses études, on commence une carrière, on s’engage, on comprend le sens du mot « aimer », on projette d’avoir un premier enfant…

À 26 ans, le monde nous appartient, du moins, c’est ce que je pensais.

Chapitre 1

A jamais

 

J’étais content de voir Lucas si heureux, le sourire aux lèvres et riant à la moindre plaisanterie. Nous avions passé la soirée avec nos amis d’enfance. Danielle et Samuel s’étaient mariés trois ans plus tôt. Tous les quatre, nous étions rencontrés au collège sans jamais nous perdre de vue. Ce soir-là, Lucas et moi fêtions nos huit ans de vie commune.

Pour l’occasion, nous avions réservé une table dans un petit restaurant situé dans la banlieue de New York : le Grafton. Un endroit chaleureux, tenu par une famille d’Irlandais qui avait immigré au siècle dernier. Les discussions avaient tourné autour de notre passé commun, de nos années lycée à Northfolk en Californie. Danielle et Lucas avaient étudié à UCLA, Samuel avait obtenu une bourse pour Yale, quant à moi j'avais quitté les bancs de l'école après le secondaire. À cette époque, je n’étais guère intéressé par les études et j'avais préféré passer tout mon temps près de Lucas. Mon diplôme de secondaire en poche, j’avais enchaîné les petits boulots pour payer les factures de notre premier appartement. En ce temps là, je me fichais des projets de carrière, de l’ambition professionnelle. Tout ce qui m'importait était de profiter de la vie avec Lucas, et l'avenir me donna raison.

Nous quittâmes le Grafton aux alentours de onze heures. La rue était déserte. Seuls, quelques fracas de bouteilles de bière triées à l’arrière des bars rompaient le silence. Il me tardait de rentrer chez nous, de rejoindre notre nouvel appartement où nous habitions depuis six mois. Je l'avais entièrement repeint et aussi aménagé la chambre du bébé… quant à Lucas, il s'était occupé de la décoration. Nous avions trouvé une mère porteuse. Le bébé avait été fécondé à partir du sperme de Lucas. J'étais le futur père ! incroyable ! je n’en revenais pas… Nous avions rejoint Vancouver l’année précédente pour entreprendre les démarches. Notre rêve de fonder une famille se réaliserait bientôt et je me surprenais à compter les jours, ou plutôt les neuf semaines qui nous séparaient de l'accouchement.

Lucas glissa sa main dans la poche arrière de mon jeans et nous marchâmes tranquillement en profitant de l’air frais.

— Je n’ai pas du tout aimé les regards que le serveur te lançait ! confia-t-il sans détour.

Je souris, amusé. Lucas était d’une jalousie maladive. Là où Samuel et Danielle se disputaient régulièrement, je me rassurais des remarques de mon compagnon. Je considérais la jalousie comme un sentiment normal lié à l’amour. Je souffrais  quand un homme ou même une femme posaient son regard sur Lucas.

— Quel serveur ? lui répondis-je d'un ton léger.

Lucas afficha une mine exaspérée par ma mauvaise foi évidente.

— Te fiche pas de moi, t’as bien vu qu’il était aux petits soins pour toi toute la soirée.

Je préférai couper court pour le rassurer plutôt que poursuivre sur le ton de la plaisanterie.

— Je n’ai rien remarqué.

Ainsi, le sujet serait clos jusqu’aux prochains regards de beaux garçons qui se poseraient sur moi par inadvertance. Nous arrivâmes à la voiture. Lucas me prit la main et m'attira contre lui.

— Tu sais de quoi j’aurais envie là tout de suite ?

Mon esprit mal placé formula des conclusions hâtives que je dus chasser au plus vite. Je répondis d’un air coquin, témoin de mes songes libertins.

— D’un gros câlin agrémenté de framboises et de chantilly ?

Le regard de Lucas brillait. Il comprenait mon sous-entendu, recevait le message à la perfection.

— Non… De chocolat.

— Tu sais qu’on sort de table ?

— Tu sais que je suis insatiable ?

Comment pouvais-je résister à pareil argument ? Je lui souris et me reculai afin d’ouvrir sa portière.

— Je vois… On t'en trouvera sur la route.

— T’es un ange.

Lucas installé dans la voiture, je refermai la portière côté passager et contournai le véhicule. Mais je n’eus pas le temps de poser ma main sur la poignée, un homme nettement plus costaud et robuste que moi me saisit le bras et me plaqua contre la voiture. Mon cœur s’affola. Je rivai mes yeux sur mon agresseur, mais une cagoule dissimulait son visage. Son regard, je ne l’oublierai jamais… Noir, agressif, empli de haine… Un vent de panique me saisit quand je sentis le métal froid de son arme se poser contre mon front.

— Tu vas me filer ton fric et les clefs de ta caisse !

Lucas se trouvait dans la voiture et je redoutai qu’il sorte. En aucun cas, il ne devait se montrer, intervenir et risquer d'attiser la folie de mon agresseur.

— Ok… Attends, lui répondis-je spontanément.

Mes mains tremblaient, mes jambes flageolaient. L’homme pressa le canon contre ma peau et haussa le ton, déterminé et sûrement aussi affolé que moi.

— Grouille ou je te descends !

Je n’eus pas le temps de fouiller dans ma poche pour sortir mon portefeuille. Ce que je redoutais arriva : derrière moi, Lucas ouvrit la portière et interpella mon assaillant.

— Je vous en prie, baissez votre arme, on vous donnera tout ce que vous voulez…

De plus en plus nerveux, l'homme cagoulé braqua son arme en direction de Lucas.

— Bouge-pas toi ou je te descends aussi !

Mon sang ne fit qu'un tour  à l'idée de voir Lucas se faire tuer devant moi. Pris de panique, je saisis le poignet de l'agresseur pour détourner son arme et maintenir le canon vers le sol. Peu m’importait que cet homme soit plus fort que moi ou qu’il me tire dessus,  pourvu qu’il ne blessât pas Lucas. Dans la lutte, un coup de feu retentit et l’homme s’enfuit en courant. Je restai figé en le regardant s’éloigner puis disparaître au carrefour d’une rue. La peur demeurait, je ne cessais de trembler. Je me tournai aussitôt vers Lucas et m’assurai de son état.

— Ça va… Il est parti, c’est fini bébé.

Je devais me calmer pour ne pas l’inquiéter. Il s’approcha de moi sans m'accorder la moindre attention et je suivis son regard tourné vers le sol. Un corps gisait sur le trottoir. Mon corps... Le temps sembla s’arrêter à cette seconde précise.

Mon cadavre gisait aux pieds de Lucas, le sang s’écoulait de ma belle chemise blanche et se répandait sur le bitume. Je niais l’évidence et relevai mes yeux sur Lucas.

— Non… Non…

J’étais en plein cauchemar, je devais me réveiller.

— Je suis là !

Lucas s’agenouilla, tremblant, près de ce corps qui était le mien. Il posa sa main sur ma blessure tandis qu'il appelait le 911, affolé.

— Allô…

Le ton cassé de sa voix m’anéantit davantage.

— J’ai besoin d’une ambulance. Mon… Mon compagnon… On lui a tiré dessus. Je suis... Je suis sur Grafton Street.

Mon sang s’écoulait entre les doigts de Lucas. Cela ne pouvait être qu’un cauchemar. J’allais me réveiller ! Je refusais la réalité, relevais mon regard vers celui imbibé de larmes de Lucas. J’étais figé, incapable de parler, de croire à l'impossible.

— Je suis là…criait- t-il désespéré. Tient bon bébé ! Je t’en supplie, me laisse pas tout seul.

Comment cela était-il possible ? Il regarda autour de nous. Je l’imitai. Que faisaient les secours ? Ils devaient arriver pour me sauver, mais aucune sirène ne résonnait.

— À l’aide, criai-je… AIDEZ-NOUS !

Personne n'entendait mon appel. Je m’accroupis près de Lucas, voulus poser ma main sur la sienne dans un réflexe, mais passai au travers. Je paniquais, mesurais que Lucas ne me voyait pas, ne m’entendait pas…j'étais invisible.

J’étais mort.

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Résumé : Seul, avec pour seul bagage un sac de sport et sa passion pour le Mixed Martial Arts, un sport de combat réputé aux Etats-Unis, Enzo Cortese rejoint Las Vegas avec une seule idée en tête : entrer dans la cage pour se battre. A son arrivée, il pousse la porte d'une salle d'entraînement modeste et familiale où il découvrira bien vite que la cage où se rencontrent les combattants n'est plus le seul objectif de sa vie. Entre exercices intenses, efforts démesurés et redoutables face à face, Enzo devra tester ses propres limites, affronter des passions enfouies qui n'ont pas leur place dans un sport masculin et viril pour répondre à son attirance pour Chris, le fils de son entraîneur.

 

Extrait N°1 

Le bâtiment se dressait telle une barricade avant l’immensité du désert sablonneux, à la limite de la ville plantée au beau milieu de nulle part dans le Nevada. Placardées sur la taule, au-dessus d’une porte d’entrée aussi accueillante que celle d’une prison, de grandes lettres salies par le climat et le temps appelaient les personnes en manque d’exercice et disaient : « BOXING, MMA, GYM ». Le vent chaud soufflait quelques bourrasques de sable, amenant les bruits incessants du centre-ville à quelques pâtés de maisons de là.

Las Vegas, la ville du péché par excellence, où tous les vices se retrouvaient confinés dans un seul périmètre de 340 km carrés seulement. Enzo Cortese ne s’y trouvait pas pour les casinos, l’appât du gain ou les boîtes de strip-tease, mais parce qu'il n’avait nul autre endroit où poser son unique sac. Las Vegas l’avait attiré comme une bouteille de whisky placée devant les yeux d’un alcoolique. Poser le pied sur le territoire américain et ne pas rejoindre Las Vegas lui avait été inenvisageable. Ses poches vides ne devaient contenir que trois ou quatre billets de dix pas plus et ils étaient tout ce qu'il lui restait pour vivre. Le ticket de bus qui l’avait amené de New York jusqu’ici avait eu raison de ses maigres économies, mais il se trouvait là, devant la porte du bâtiment et c’était tout ce qui comptait pour l’instant. Les yeux plissés sous le vent chaud vicié de sable, il inspecta le quartier autour de lui, moins attrayant que le Strip, oppressé par la température torride du désert environnant. En quelques pas, il rejoignit la porte et la poussa sans plus hésiter une seconde. Un souffle frais, climatisé, lui fouetta le visage avant de respirer un air alourdi par des odeurs de transpiration, de poussière et de plastique humidifié par les efforts. Des senteurs familières qui le renvoyèrent à des milliers de kilomètres de là. La porte se referma d'elle-même après son passage, repoussant la lumière intense du soleil du Nevada. À l’intérieur de la grande salle, la pénombre gardait la fraîcheur avec elle, blottie entre ses murs et ses poutrelles de taule. En son centre, un ring se dressait, délimité par trois cordes, sur lequel se battaient deux hommes. Autour, des machines de musculations, des tapis, des sacs, des poires, des bancs occupaient les trois quarts des lieux. D’autres hommes s’y entraînaient, concentrés dans leurs exercices. Il croisa très vite leurs regards curieux, intrigués par le fait de voir un inconnu chez eux. Son sac de sport pendu à l’épaule, il fit quelques pas en direction de ce qui semblait être un bureau d’accueil ou d’inscription. Un vieux store aux lames plastifiées tombait devant une vitre opaque, rendue floue par la poussière des lieux. Arrivé sur le seuil de la porte ouverte, il frappa malgré tout et posa les yeux sur un jeune homme aux cheveux blonds qui n’avait pas loin de vingt-cinq ou vingt-six ans, à peine plus jeune que lui. Il fut surpris par sa silhouette mince et élancée, en totale contradiction avec les types qui fréquentaient ce genre d'endroit.

— Bonjour, fit-il après une brève pause, j’aimerais voir le gérant…

Cet homme devant lui ne pouvait être le gérant de cette salle d’entraînement, il lui semblait trop jeune pour gérer des boxeurs. D'ailleurs, son allure d'étudiant contrastait avec l’ambiance des lieux. Enzo croisa ses yeux bleus et clairs avant de l’entendre lui répondre :

— Il est dans la salle.

Son interlocuteur contourna le bureau et approcha d'Enzo avant de passer devant lui pour l’accompagner.

— Suivez-moi, ajouta-t-il.

Enzo s’exécuta après avoir détaillé son guide. Il l’entendit interpeller un homme trapu d’une quarantaine d’années bien pesées.

— Papa ? Quelqu’un voudrait te voir.

L’homme se tourna vers son fils et posa ses yeux sur Enzo qu’il dévisagea de la tête aux pieds. En plein entraînement avec un des membres de sa salle, il parut agacé et peu enclin à de longues présentations détaillées.

— Bonjour, l’accueillit-il pourtant, qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Enzo avait déjà croisé ce genre d’hommes, passionné par leur travail, endurci par l’atmosphère du « milieu », l’intensité de certaines journées. Ses cheveux grisonnants sur le côté témoignaient d’une expérience indéniable autant que ses muscles tendus sous son polo.

— J’aimerais m’entraîner, répondit-il sans détour.

Le regard du gérant se teinta d’une lueur incrédule et peu réceptive tandis qu’il parcourait la silhouette d'Enzo. À vue d'œil, ce dernier ne devait pas avoir plus de vingt ans et, en dehors de sa taille, il ne semblait pas avoir la carrure des hommes qu'il entraînait ici.

— Vous entraîner à quoi faire ? demanda-t-il d’un ton peu chaleureux.

Une main posée sur la boucle de son sac, Enzo ne fut nullement impressionné par l’expression défiante et désapprobatrice de cet homme.

— Au combat… J’ai lu que vous faisiez aussi du Mixed-Martial-Arts.

— Je n’entraîne pas les gamins…

Enzo ne sut comment prendre cette réplique et se défendit aussitôt :

— Je suis majeur, je sais me battre, laissez-moi vous montrer ce que je sais faire !

Autour d’eux, certains membres avaient arrêté leurs exercices pour se concentrer sur la conversation entre lui et l’entraîneur, curieux de savoir ce que ce garçon avait à offrir à cette salle. Le gérant passa une main sur sa barbe naissante sans quitter Enzo du regard. Il le posa sur l'un de ses gars qui se tenaient sur le ring et l'interpella :

— Harris, descends, je te prie…

L’individu ne tarda pas à quitter le ring et le gérant reprit à l’attention d'Enzo :

— Si tu y tiens, vas-y !

Enzo comprit qu’il s’agissait d’un défi, d’une provocation destinée à le décourager, à lui prouver qu'il n’avait pas sa place dans cette salle en raison de son jeune âge. Et c’était justement la chose à ne pas faire avec lui. La jeunesse signifiait souvent manque d'expérience ou d'entraînement, mais il comptait bien montrer à cet homme de quoi il était capable. Il laissa son sac tomber sur le sol, attrapa son pull par la capuche pour l’ôter et se pencha sur son sac. À l’intérieur, il trouva ses gants de frappe, ne couvrant seulement que la moitié des doigts, et les enfila. Sans hésiter, il grimpa sur le ring en passant sous la corde et fit face à l’homme torse-nu qui s’était battu avec l’autre jusqu’à maintenant. Celui-ci sembla incertain quant à la décision de l’entraîneur et lui lança un regard confus avant de recueillir son approbation. Enzo ramena ses mains l’une contre l’autre, cala ses gants bien au fond jusqu’à la jointure de ses doigts et se mit en position.

— Vas-y, Mike, annonça le gérant.

L’homme devant Enzo n’hésita qu’une malheureuse seconde avant de débuter son attaque. Il tenta un crochet du droit, mais Enzo l’évita en sautillant sur lui-même. Son bras gauche partit en direction du visage de l’homme qui le para, mais distrait, il ne vit pas le poing droit du gamin arriver à pleine puissance. Sa joue fut écrasée sous l’impact et son visage se détourna. Il recula de deux pas, pris par surprise. Vexé, Mike redoubla d’intensité dans ses mouvements et reprit l’attaque en avançant vers son adversaire. De nouveau, Enzo esquiva, para le deuxième coup, puis le troisième avant de reculer, prendre de l’élan et décocher un coup de pied circulaire qui toucha sa cible à hauteur de cuisse. La béquille douloureuse força l’homme à s’écarter un peu, chancelant. Enzo demeura concentré, les poings rapprochés devant le menton. Cette fois, il prit l'avantage et attaqua son adversaire en déchaînant deux premiers coups à faible puissance, puis un second coup de pied suivi finalement d’un direct du droit en plein visage.

Le fils du gérant ne l’avait pas quitté des yeux, de l’instant où l’inconnu s’était adressé à son père, au moment où il avait débuté le combat. Son regard avait d’abord paru inquiet avant de refléter tout son étonnement. D’autres membres du club s’étaient approchés ou avaient simplement arrêté leurs exercices pour regarder ce qui se passait. 

Extrait N°2

— Ça fait combien de temps ? lui demanda-t-il, curieux. Je veux dire… Que tu t’entraînes comme ça ?

Enzo s’était perdu dans ses pensées en regardant le paysage défiler de l’autre côté de la vitre. Dans la voiture, les parfums de Chris devenaient permanents et envahissaient ses narines. Ils l’enivraient presque. Il tourna les yeux sur lui, prit le temps de comprendre sa question et répondit :

— Depuis tout petit… Depuis toujours, en fait.

Et c’était vrai. Il ne comptait plus les années d’apprentissage, de coups donnés dans les sacs, de gants usés jusqu’à la corde, de protège-dents changés. Son équipement faisait partie de lui, bougeait avec lui et ne le quittait jamais, comme l’arme d’un inspecteur de police chevronné. Le silence retomba dans la voiture jusqu’à ce que Chris la gare sur le parking du motel.

— Ma chambre est juste là, ajouta Enzo en montrant une des portes alignées le long du parking. C’est la 403.

Tous les deux quittèrent le véhicule avec leur sac et Enzo passa devant pour déverrouiller la porte et allumer la pièce. Il s’écarta avant de reprendre :

— Après toi.

Une fois Chris entré, Enzo referma derrière eux et posa son sac le long du mur près du lit. Les lieux ne comportaient pas de meubles luxueux, juste assez de commodités pour y vivre et dormir. Le lit faisait face à la télévision posée sur son meuble et la salle de bains se trouvait sur la gauche en entrant. Enzo l’indiqua à Chris sans tarder :

— Tu peux y aller en premier si tu veux.

Chris le regarda un instant et le vit ôter son pull sous lequel Enzo était torse nu. Son regard fut captivé par les muscles de son dos, les courbes de ses abdominaux parfaitement dessinés. Il se trouva presque hypnotisé par le corps d'Enzo. Celui-ci n’avait rien d'un body-builder trop gonflé que Chris n'appréciait pas. Mais Enzo dégageait une puissance impressionnante sûrement accentuée par sa taille. Sous ses vêtements, il avait l'allure de ce gamin venu d'ailleurs et si tôt son torse dévoilé, il devenait ce que Chris avait vu sur le ring le jour de son arrivée. Enzo possédait ce petit quelque chose de rassurant que Chris n’avait jamais noté chez un autre homme. Quand son regard noisette remonta dans le sien et qu'il réalisa être pris en flagrant délit d’observation, il se ressaisit et ramena son sac sur l’épaule :

— J’y vais…

Il s’enfuit littéralement dans la salle de bains dans laquelle il s’enferma. La trousse de toilette d'Enzo était posée sur la table près du lavabo et des parfums sucrés de noix de coco planaient autour de lui. Chris se déshabilla et se glissa dans la cabine de douche. L'eau fraîche mettrait sûrement de l'ordre dans ses idées déplacées.

De l’autre côté, Enzo était resté immobile après la fuite de Chris dans la salle de bains. Il n’avait pas rêvé : il avait surpris son regard sur lui, parcourir son torse. Pourtant, Chris n’avait rien d’un homme attiré par les hommes, d’un gay en d’autres termes. Il n'était pas expert en la matière, mais rien ne laissait supposer dans l'allure de Chris que celui-ci appréciait la compagnie d'autres hommes. Alors, il repensa à leur bref tête-à-tête dans les vestiaires, à l'embarras qu'il avait lu sur les traits de Chris pendant leur discussion. Enzo demeurait intrigué plutôt que d'être choqué. Chris était un bel homme, possédait tous les atouts pour se démarquer et même quelques côtés très attirants qui n'avaient pas échappé à Enzo. Celui-ci mit ses affaires sales dans une poche et s’assit au bout du lit avant d’allumer la télévision pour patienter. Depuis la chambre, il entendait l’eau couler dans la salle de bains et son esprit s’égara dans son imagination fertile. 

A suivre dans la version intégrale

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Résumé : Oliver Nollan, 23 ans, part en Amérique du sud pour surfer le versant nord de l’Aconcagua avec plusieurs de ses amis. Les vacances prennent fin et il se retrouve à bord du vol 571 en direction de Los Angeles. Ce qu'il ignore, c'est que dans les prochaines minutes qui suivront le décollage, le pilote va perdre le contrôle de l'appareil en survolant la Cordillère des Andes. Lui et huit autres passagers survivront au crash à plus de six mille mètres d'altitude, espérant l'arrivée des secours qui ne viendront jamais. Ils réaliseront qu'ils ne pourront compter que sur eux-mêmes pour sortir vivant de ce piège de glace.

 

Jour 1

Aéroport de Santiago.

— Le vol 571 en direction de Los Angeles. Embarquement immédiat porte D.

En entendant l'annonce résonner dans la salle d'embarquement, Colin Queen rangea son magazine dans sa mallette et se redressa en prenant son bagage à main. Il jeta un rapide coup d’œil sur son portable et l’éteignit avant de se diriger vers une jeune hôtesse. Celle-ci lui prit son billet, vérifia son passeport et lui fit un grand sourire avant de le lui rendre.

— Merci monsieur, et bon voyage sur United Airlines.

Une fois installé à bord de l’avion, à la place 45E, Colin Queen attacha sa ceinture puis lança un coup d’œil sur les autres passagers. Quelqu'un s'assit près de lui et le salua avec un léger accent espagnol.

— Bonjour.

Colin esquissa un léger sourire à la femme qui prenait place sur le siège voisin et tourna les yeux vers le hublot. Il voulait s’imprégner une dernière fois des paysages du Chili. Il n’était resté que trois jours et il lui tardait déjà de rentrer chez lui et de retrouver le luxe et le confort de sa maison. Après de longues minutes, il sentit les moteurs de l’avion se mettre en route. L’appareil roula en direction de la piste de décollage.

— Mesdames, messieurs, bonjour, je suis le commandant Foreman. Bienvenue sur le vol United Airlines 571 en direction de Los Angeles. Le vol durera sept heures et notre équipage se tiendra à votre disposition pour vous apporter des collations. Pendant le décollage, nous vous prions de rester assis et d’attacher vos ceintures. Merci d’avoir choisi notre compagnie et bon vol.

Colin soupira, déjà fatigué à l’idée de devoir passer les sept prochaines heures enfermé dans cet avion. Il sortit néanmoins une revue économique, et la posa sur ses genoux, bien décidé à faire passer le temps.

 

*  *  *

 

Plus loin, dans les rangées, près du hublot, Oliver Nollan soupirait lui aussi. Il allait passer tout ce temps coincé dans cet appareil près d’un homme qu’il détaillait du coin de l’œil. Déjà, il regrettait de ne pas avoir pu rester avec ses amis pour le reste des vacances. Ses yeux se tournèrent vers l’extérieur pour voir l’asphalte défiler plus rapidement. Son avion s’apprêtait à quitter le sol du Chili.

Quelques secondes après le décollage, il put détailler les montagnes au loin, déjà amer et nostalgique. Toute cette neige, ce grand air, ces plaines de verdure formaient un paysage à mille lieues de celui de Los Angeles. Il détourna les yeux tandis que l’ennui le guettait déjà. Balayant du regard l’avant et l’arrière de l’avion, il s’aperçut qu’ils n’étaient pas nombreux dans l'appareil ; cinquante personnes tout au plus, et il avait fallu qu’il se retrouve à côté d’un homme en costume cravate qui ne serait certainement pas très agréable.

 

*  *  *

 

Après que l’avion eut pris sa vitesse de croisière, vers l’avant de l’appareil, Kate Mitchell sortit plusieurs magazines de son sac. Elle baissa la tablette devant sa fille et lui tendit ses crayons.

— Tu restes là ma puce, je reviens.

— Oui maman. 

Elle lui sourit en caressant ses cheveux bruns et se leva afin de marcher entre les rangées. Elle vit un ballon de football tomber à ses pieds et le ramassa avant de le rendre aux deux jeunes hommes qui venaient de se redresser.

— Tenez !

— Merci madame ! répondit l’un d'eux, un sourire charmeur aux lèvres.

Kate lui renvoya son sourire et continua d'avancer afin de rejoindre les toilettes. Dans son dos, un des deux garçons penchait la tête pour la suivre des yeux. Il commenta à son ami :

— Putain ! Ça, c’est mon style de nana !

Son copain lui prit le ballon des mains et se réinstalla dans son siège avant de répondre :

— Je préfère celle qui est deux rangées derrière !

 

*  *  *

 

Ses lunettes sur le nez, Danielle restait concentrée sur son livre. Elle ne prêtait pas la moindre attention à ce qu’il se passait autour d'elle. Il ne lui tardait qu’une chose : arriver à Los Angeles. Elle était venue voir l'un de ses amis qui tenait un haras, et avait voulu s’aérer l’esprit à la suite d’une rupture sentimentale. Elle fut interrompue par un jeune homme qui s'arrêta à sa hauteur :

— Excusez moi ? Je peux m’asseoir ?

Sur le silence de Danielle, il se permit de reprendre:

— J’aurais bien trouvé une excuse bidon du genre que la personne assise à côté de moi prend trop de place, mais je veux pas faire le lourd.

Danielle avait levé ses yeux pour détailler un instant son interlocuteur. Elle finit par lui sourire :

— Vous pouvez… Mais à vos risques et périls, je suis pas du genre bavarde.

Il s'assit, ravi, et lui tendit la main.

— Je ferai la conversation pour deux. Je suis Josh. Enchanté.

— Danielle.

Josh la détailla et se remit correctement sur son siège.

— Alors ? Tenta-t-il. Vous veniez faire quoi au Chili ?

Il hésita et rajouta :

— On peut se dire « tu » ? Parce que j’ai assez donné dans les politesses depuis que je suis là !

Amusée, Danielle tourna une page de son livre et leva les yeux sur lui.

— Ça vous arrive souvent de passer d’une question à une autre comme ça ?

— Je suis du genre pas très clair dans ma tête.

Il réalisa soudain le double sens de sa réponse.

— Enfin non ! Pas du genre psychopathe, non parce que…

Il leva les sourcils et força un sourire, sans réponse à donner.

— Je me perds là!

Danielle sourit davantage, amusée par l'emportement et le caractère plus timide de ce jeune homme qui, elle devait l’admettre, était inhabituel. Lui de son côté, en profita pour la détailler un peu plus.

— Et… Tu veux boire un truc ? reprit-il. Je vais aller voir les hôtesses.

— Tu veux que je réponde à quelle question en premier ? renvoya Danielle.

— La dernière, je vais chercher à boire et tu répondras aux autres après.

—  Oui… Va te rafraîchir un peu.

Josh lui sourit en se levant et une annonce résonna:

— Mesdames, messieurs, nous allons traverser une zone de perturbations. Veuillez regagner vos sièges s’il vous plaît, merci.

Josh se rassit, un peu dépité, et fixa Danielle.

— La fraîcheur attendra !

Danielle garda ses yeux sur son livre, tourna une page et lui répondit sans le regarder :

— Tu as le temps de souffler comme ça.

Josh afficha un air incertain et leva les sourcils. Il prit quelques secondes pour assimiler sa réplique.

— Souffler ?

L’incompréhension du jeune homme fit sourire Danielle. Elle releva son regard sur lui :

— Te calmer, expliqua-t-elle... On dirait que t’es monté sur du deux cent vingt volts là, donc tu peux souffler. Détends-toi.

Josh baissa les yeux en secouant la tête. Visiblement, cette fille le rendait nerveux.

— Ouais, me détendre, c’est ça le problème ! Tu sais ? Ce truc que vous avez les filles à mettre toujours les garçons mal à l’aise. On sait plus quoi faire !

Danielle sourit et plissa les yeux. Elle prit une expression plus secrète et se pencha un peu sur lui.

— Tu veux savoir quelque chose ?

Josh se tendit sur cette proximité et referma ses doigts à l’accoudoir. Il avait ce besoin soudain de se tenir à quelque chose suite aux frissons provoqués par le parfum de Danielle.

— Ouais.

— Au début, les premières semaines, c’est nous qui vous mettons mal à l’aise… Puis, le temps passe, les mois, les années… Les aises se prennent et à la fin, c’est nous que vous mettez mal à l’aise.

Elle se recula dans son siège et ajouta d'un signe de la main.

— Dans un sens très désagréable qui nous oblige à quitter le pays pour ne pas faire de dépression.

Josh leva les sourcils en essayant de comprendre cette longue tirade. Le ton de cette jeune femme avait sonné très accusateur et son malaise ne le quittait plus. L’avion commença à s’agiter sous les turbulences annoncées, mais il ne la quitta pas des yeux.

— Je sais pas trop.

Dieu savait que Danielle ne parlait pas pour ne rien dire. Elle était la mieux placée pour aborder ce type de sujet depuis sa rupture avec son compagnon. Une rupture qui l’avait poussée à quitter les États-Unis pour plusieurs semaines. Mais elle avait compris : elle avait fait le bilan de trois ans de vie commune et rentrait chez elle en pleine forme. Elle reporta son regard sur le livre.

— Tu sais quoi ? Laisse tomber, Joey…

— Josh… Je m’appelle Josh ! corrigea le concerné.

Il préféra ne rien ajouter en voyant qu’il la dérangeait.

*  *  *

 

— Mesdames, messieurs, nous allons de nouveau entrer dans une zone de turbulences. Merci de rester assis, vos ceintures attachées.

Colin soupira d’agacement et continua de tourner les pages de son livre. Il détestait les avions, surtout quand le ciel était nuageux ou perturbé par les intempéries.

Une heure passa, puis deux.

Tandis qu’il mangeait son sandwich, il tourna son regard vers le hublot. Le ciel était dégagé. Les nuances entre le bleu azur du ciel et le manteau blanc des montagnes enneigées étaient éblouissantes. Le chariot de ravitaillement s'arrêta à son niveau.

— Vous désirez prendre un thé, un café, un chocolat ?

Colin regarda l’hôtesse puis l’homme assis à ses côtés qui lui faisait un léger signe de tête.

— Allez-y, je vous en prie, lui fit-il poliment.

— Ce sera un thé, s’il vous plaît.

Dès que l'hôtesse se tourna vers son chariot pour récupérer une tasse, une légère secousse se fit ressentir. Colin fronça les sourcils, inquiet. Ces perturbations depuis le décollage ne le rassuraient pas, d'autant qu'il n'était jamais vraiment à l'aise en avion. Il prit son gobelet, mais n’eut pas le temps de l’amener à ses lèvres qu’une autre secousse, plus violente, secoua l’appareil. Le liquide chaud se renversa sur ses cuisses, lui brûla la peau à travers le tissu de son pantalon. Son regard fut attiré par le hublot où il put voir le sommet des montagnes se rapprocher dangereusement. L'instant suivant, l’appareil se retrouva brutalement secoué. Des cris retentirent dans la cabine. Des masques à oxygène tombèrent du plafonnier devant les passagers. Une autre secousse se fit ressentir, puis une autre plus violente. Les mains agrippées aux accoudoirs, le regard rivé sur le hublot, Colin fut saisi d'effroi en voyant l'aile arrachée. Des sacs et des valises s’écroulèrent sur le sol, relâchés par les soutes ouvertes à cause des turbulences. Les lumières de l’appareil clignotèrent, court-circuitées. Pris de panique et tétanisé par la peur, Colin se recroquevilla sur son siège, le visage baissé, les paupières fermées.

Tout se passa vite, trop vite, trop brutalement. Entre deux secousses, au milieu des cris affolés des passagers, un long craquement se fit entendre au niveau de la queue de l’avion. Alors le froid s'engouffra dans l'appareil. Avec la vitesse, le vide aspira les sièges, les passagers, les valises et tout ce qui se trouvait à sa portée. Le froid pénétra l’appareil et Colin reçut de la neige en plein visage, lui glaçant le sang. Il tourna la tête vers l’homme à ses côtés. Il le savait, l’avion allait s’écraser. Il mourrait dans les prochaines secondes. De l'immense trou béant à la place de la queue derrière lui, une force le tira, l’aspira. Seule sa ceinture le maintenait encore dans son siège. D’autres cris retentissaient, d’autres bruits de fracas résonnaient. Il n'entendait plus le moteur à présent. Le sifflement venait-il du vent ? De la vitesse ? L’appareil glissait-il sur l’air ? Était-il déjà mort ? Il eut le malheur de tourner le visage pour voir l’ampleur de cette catastrophe. Les autres passagers derrière eux n’étaient plus là. La queue de l’avion s’était brisée, détachée. Il vit une femme sur son siège disparaître dans les airs. Il se détourna, bouleversé, désemparé. La seconde suivante, un choc brutal le plongea dans l'inconscience.

 

A suivre dans la version intégrale

 

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Note de l'auteur : Un roman inspiré d'une histoire vraie, celle du crash d'un avion dans la Cordillère des Andes en 1972, réadapté dans une romance moderne mettant à l'honneur l'amour au masculin.

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Mon ami, mon amant, mon amour - David Cooper

Résumé : Evan Monroe est agent fédéral au Bureau d'Analyse Comportementale de Quantico. Son ami et collègue, Corey James, surnommé CJ, se tourne vers lui il décide de quitter sa compagne. Evan accepte de l'accueillir chez lui avec son fils Hugo. Mais CJ va doucement comprendre que leur relation amicale et si particulière va devenir de plus en plus ambiguë.

 

Extrait N°1 

L’agent Corey James avait vérifié tous les vols commerciaux en partance pour Arlington, mais chacun d’eux était annulé suite aux violentes tornades qui sévissaient dans la région depuis plusieurs jours. Ces mêmes tornades les avaient amenés à enquêter sur des meurtres masqués par les dégâts causés lors des intempéries. L’homme qu’il recherchait avec ses collègues fédéraux s’attaquait à des jeunes adolescentes âgés de 15 à 17 ans. Seules, elles vivaient dans des foyers ou dans la rue. Trois victimes avaient été retrouvées, démembrées de leurs jambes, de leurs bras ou de leur tête. Le profil élaboré depuis la veille, l’agent Hanson, superviseur de l’unité d’analyse comportementale du FBI, avait autorisé Corey James, surnommé « CJ », à rejoindre sa famille à Arlington en Virginie, mais comment le pourrait-il avec de telles conditions météorologiques ? Conduire jusqu’à Arlington lui prendrait des jours. Accoudé au rebord du bureau face à un ordinateur du commissariat, il repoussa ses cheveux blonds d’un air fatigué. Son fils Hugo était malade. Lucy, sa conjointe, s’occupait de lui, mais CJ savait que son rôle, en tant que père, était d’être auprès de son fils. Une dispute avait éclaté entre son amante et lui à ce sujet. Lucy Valentine n’acceptait pas sa réintégration au sein du BSU (Bureau d’Analyse Comportementale). Mais Corey James aimait son travail et il lui était impossible de faire un choix entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Il vit son collègue, Evan Monroe venir vers lui :

— Tu n’es pas encore parti ?

L’agent James se leva, la mine fatiguée :

— Tous les vols pour Washington sont annulés. Ils prévoient de violentes tornades dans les prochaines heures.

Evan acquiesça d’un signe de tête, désolé. Il voyait Corey désarmé, impuissant alors que son fils était malade. Il n’aimait pas le voir ainsi.

— Hanson m’a demandé d’aller jeter un œil du côté d’Asbury. Notre suspect pourrait s’y trouver.

Corey récupéra sa veste et répondit :

— Je viens avec toi…

— Tu n'es pas obligé, répondit Evan.

— Je ne vais pas rester là à attendre que la tempête se calme, ça ne servirait à rien.

— Comme tu veux, concéda son collègue.

Il suivit Evan à travers les couloirs du commissariat qu’ils avaient investi le temps de l’enquête. Dehors, des bourrasques de vent soufflaient, soulevaient poussière, détritus, journaux et faisaient rouler quelques mégots de cigarettes. Evan s’installa derrière le volant et Corey monta à côté de lui, peu rassuré par les intempéries annoncées à la radio.

— J’espère qu’on ne croisera pas le chemin d'un de ces monstres climatiques, lança-t-il.

Evan démarra sans attendre et prit la direction d’Asbury au Nord de Lawton.

— J’ai une carte du comté. On a deux portables avec nous. Avec un peu de chance, on saura les éviter.

D'après le profil dressé, leur suspect se déplaçait en continu. Des corps avaient été retrouvés à différents endroits autour de Lawton et le tueur devait utiliser un camping-car pour parcourir autant de kilomètres entre ses meurtres.

La route fut difficile jusqu’à Asbury, un petit village niché en plein cœur du Kansas. Dans cet État peuplé de champs de céréales, d’espaces inhabités à perte de vue, les tornades étaient fréquentes. La nuit tombée, la vision se réduisait au fil des minutes et Evan devait redoubler de vigilance pour ne pas s’écarter de la voie. La voiture se faisait secouer par la force des vents, des éclairs illuminaient parfois le ciel gris et sombre.

Evan jeta un coup d'œil sur Corey qu'il voyait concentré sur leur enquête, mais perturbé par l’état de son fils. Il tourna son regard vers lui. Sur la route il aperçut un tube nuageux se former à quelques kilomètres de leur position. Il freina aussitôt et stoppa le véhicule.

— Bon sang !  Manquait plus que ça !

Une tornade leur coupait la route et avançait droit dans leur direction. Il jeta un regard dans le rétroviseur et fit une violente marche arrière pour faire demi-tour.

— On ne va pas y arriver avec ce temps, ajouta-t-il, excédé par la météo.

Il fit demi-tour tandis que Corey tentait de comprendre les déplacements atmosphériques transmis par l’appareil satellite mis à leur disposition. Il releva ses yeux pour les observer, constata combien le ciel était bas, gris et orageux. Au loin, au-dessus des champs, des éclairs craquelèrent le ciel puis le tonnerre déchira le silence et la pluie se mit à tomber. Les bourrasques se firent plus violentes autour du véhicule.

— Désolé, mais je ne sais pas lire une carte météo, dit Corey qui tentait d’analyser l’écran posé sur ses cuisses. Si je m’en tiens à toutes ces masses rouges qui se déplacent autour de nous, on ferait mieux de se mettre à l’abri Ev'.

Evan jeta un œil sur l’appareil que Corey tenait devant lui. En effet, plusieurs grosses taches rouges occupaient la moitié de l’écran et indiquaient l’arrivée de puissantes tornades. Contrairement à lui, il savait lire une carte satellite et comprenait à quel point CJ avait raison. Mais au milieu des champs du Kansas, au milieu de nulle part, où pourraient-ils trouver un abri ? Il fouilla les alentours des yeux, réfléchit rapidement et bifurqua sur une petite route de terre qui traversait un énième champ. Selon la carte satellite, ils étaient au beau milieu du secteur le plus dangereux. Il se rappelait avoir passé un pont quelques minutes plus tôt. Si ses souvenirs étaient exacts, ils n’en étaient plus qu’à une centaine de mètres. Le pont apparut enfin au prochain virage et Evan s’y réfugia dessous

— Tu restes là, fit-il à Corey.

— On n'a pas le temps ! Refusa ce dernier, on doit trouver un abri !

— Je sais ce que je fais, rétorqua Evan.

Il sortit de la voiture avec difficulté, les bourrasques violentes le plaquaient contre la carrosserie et l’empêchaient d’avancer. Luttant contre les éléments, il s’approcha enfin du pont pour vérifier un détail.  Sans aucune explication, il revint dans le quatre-quatre et redémarra. Le pont franchi, il quitta la route et se retrouva dans le champ qui la bordait. À cet instant, une tornade se forma devant eux, à deux ou trois kilomètres de leur position. L’immense tube nuageux devait être  de forte amplitude  et ne les épargnerait pas s'il les atteignait. Evan accéléra bien que CJ n'eut pas la moindre idée de ce qu'il faisait. L’instant d’après la voiture piqua du nez tandis qu’Evan les avait conduit jusqu’à un large fossé. La tornade  les rattrapait. Ils l’observaient, et sentaient toute sa puissance à travers le véhicule qui tremblait.

— Fais-moi confiance, dit-il CJ…

Il donna un coup de volant, s’engouffra dans un gros tunnel d’évacuation d’eau qui passait sous le champ et  roula sur plusieurs mètres avant de stopper le véhicule. Bloqués dans cet abri de fortune, ils allaient pouvoir juger de son efficacité.

CJ n'en revenait pas de l'audace d'Evan, mais espérait que son idée les sauve. Il ôta sa ceinture de sécurité, se tourna et passa sur la banquette arrière du quatre-quatre pour  observer ce qui se passait derrière eux. Evan le rejoignit, malgré tout incertain. Il pouvait entendre les mugissements du vent, les grondements du tonnerre depuis l'extérieur de la cavité. Le ciel continuait de s’obscurcir, les éclairs se multipliaient et déchiraient le ciel. Depuis leur emplacement, ils voyaient des branches d’arbres rouler, d’autres voler par-dessus le fossé et la tornade n’était pas encore sur eux. En réalisant ce qui arrivait, CJ récupéra son téléphone et tenta de numéroter :

— Je vais prévenir les autres, leur dire où nous sommes !

Mais la communication s’interrompit et CJ comprit qu’il n’y avait pas de réseau.

— Je ne capte pas.

L’écran météorologique ne retransmettait plus les signaux satellites ce qui signifiait qu'ils étaient désormais seuls, coupés du monde tant que la tornade ne  faiblirait pas. Evan vérifia également l’écran de son portable, mais aucun signal ne perçait leur abri de fortune.

— L’antenne réceptrice a dû s’envoler elle aussi.

Autour d'eux, ils sentaient les tremblements provoqués par l’approche du monstre, entendaient un grondement grave, impressionnant résonner à travers le tuyau. Evan reposa son téléphone et tourna les yeux vers l’arrière où le paysage continuait de s'assombrir dangereusement. Le quatre-quatre se mit à vibrer sur lui-même comme si toute sa mécanique ressentait l’intensité de la tornade extérieure. Evan jeta un autre regard rapide vers l’arrière et dans un réflexe, poussa CJ à baisser la tête vers l’avant. Il fit de même afin de se protéger d’éventuels bris de glace si le pare-brise arrière venait à éclater. Il ne pouvait mesurer l’impact que la tornade aurait sur leur abri et préférait ne prendre aucun risque. Avant même qu’ils n’eurent le temps de se redresser, un projectile lourd atteignit  la vitre qui explosa dans leur dos. La poussière et le froid s’engouffrèrent dans le quatre-quatre, mais CJ continua de se protéger le visage. Les vrombissements se poursuivirent quelques secondes et le calme retomba aussi brutalement. Prudents, ils se redressèrent pour regarder derrière eux. Plusieurs branches étaient entrées dans le tunnel et si les vents s’apaisaient ils étaient suffisamment puissants pour que leurs tourbillons charrient des débris de toutes sortes à la vitesse de missiles. Ils n’osaient imaginer ce qui se passait dehors, et ce qui serait arrivé s'ils avaient été à l’extérieur de ce tunnel. Ce spectacle était à la fois terrifiant et hypnotisant, mais c’était un spectacle de désolation.  Il  tourna son regard vers Evan :

— Ça va ? Tu n’as rien ?

— Non, je n’ai rien.

Il détailla CJ près de lui et retourna la question :

— Et toi ?

CJ acquiesça, encore secoué par ce qui se passait :

— Ouais, ça va… Enfin… Je crois.

Il regarda derrière eux, déglutit avec difficulté et demanda à Evan :

— Tu crois que c’est terminé ?

Evan détailla CJ un instant de plus afin de s’assurer qu'il ne soit pas blessé et jeta un œil à l’arrière.

— Pour cette tornade, oui, mais je ne te garantis rien pour le reste de la soirée…

Evan se recula de son siège qu'il tira vers lui pour le replier. Il se mit à moitié debout dans la voiture et tendit le bras vers l’intérieur du coffre. La branche coincée dans le pare-brise l’empêchait d’ouvrir le coffre. Il attrapa son sac et remit le siège à sa place.

— Le principal pour l’instant, c’est nous…

Il trouva un pull et le tendit à CJ.

— Enfile ça, ça te protègera du froid le temps qu’on sorte de là.

CJ le prit, touché de voir qu’Evan s’occupait de lui comme Greer, Deven ou Marshall l’auraient fait.

— Mais toi ? demanda-t-il.

Evan ne pensait pas à lui pour l’instant, mais à la situation dans laquelle ils se trouvaient tous les deux.. Le vent s’engouffrait dans le véhicule, la pluie humidifiait l’air et faisait chuter la température. La nuit n’arrangeait rien et serait sans doute plus longue que prévue.

— Ne t’en fais pas pour moi…

Après tout, il avait connu des situations bien pires au service de la CIA… Il enjamba les sièges et alluma les phares avant et arrière du véhicule. Il récupéra son bonnet dans le vide-poche de sa portière et le vissa sur sa tête avant d’expliquer :

— Tu as une bouteille d’eau et une barre de chocolat dans le sac… Au cas où on resterait ici plus longtemps que prévu.

Il ouvrit la portière et sortit du quatre-quatre pour évaluer son état. Il soupira lorsqu'il posa ses yeux sur le pneu crevé à l’arrière et s’approcha de la longue branche qui avait perforé leur pare-brise. Avant de vouloir partir de cet endroit confiné, il devrait dégager ce morceau de bois projeté sur le sol. Il se posta sur le côté et lui donna un franc coup de pied. Le bois  craqua sous l’impact et il s’en débarrassa.

CJ maintint la portière ouverte tandis que le vent semblait souffler à nouveau. Peut-être une autre tornade approchait dans leur direction. Il interpella Evan :

— Ne reste pas dehors, c’est trop dangereux… On ferait mieux d’attendre que ça se calme.

Evan hésita, mais finit par revenir dans le véhicule. Où il ferma la portière. CJ expliqua :

— On doit empêcher l’air de rentrer, surtout si on doit passer la nuit ici.

— C’est ce que je pense aussi, lui répondit Evan en revenant à l’arrière du véhicule. Tu veux bien m’aider ?

Avec CJ, ils repoussèrent la branche vers l’extérieur jusqu’à la sortir complètement. Une fois la plage arrière dégagée, Evan la dégonda et la releva contre le pare-brise pour faire obstacle à l’air froid. Il se tourna vers CJ et annonça :

— On va devoir attendre ici…

Evan était désolé pour CJ qui devait s’inquiéter pour son fils,  espérer le retrouver au plus tôt. Au lieu de cela, il restait coincé dans un tuyau d’évacuation d’eau, menacé par les tornades du Kansas. Evan rejoignit son siège et alluma le moteur.

— On va réchauffer l’habitacle quelques minutes.

Tous les deux commençaient à avoir froid. CJ ôta sa veste et enfila le pull qu’Evan lui avait prêté. Le vent se remettait à souffler, moins fort que précédemment, mais menaçant. Tous les deux étaient  assis l’un à côté de l’autre et heureusement, le moteur de la voiture enclenché permettait de réchauffer l’intérieur du véhicule.

— Une barre chocolatée et un peu d’eau en guise de repas ? répéta CJ.

Il tenta un léger sourire malgré tout et taquina Evan afin de dédramatiser la situation :

— J’aurais espéré un peu mieux pour notre premier rendez-vous.

Evan eut un instant d’hésitation sur la remarque de CJ. Venait-il bien de parler de rendez-vous ? Après toutes ces années durant lesquelles Evan lui avait fait nombre de sous-entendus sur son orientation sexuelle, ses préférences en matière d'homme, CJ le taquinait-il ou entrait-il à son tour dans ce petit jeu de provocation ? Son cœur s’était affolé à cette idée, mais le moment était mal choisi pour se perdre dans des réflexions intensives. Son sourire fut à la fois nerveux et amusé avant qu'il ne réponde :

— Et je me trouve particulièrement doué pour le coup de la panne… 

CJ ne put s’empêcher de rire sur cette réponse. Il appréciait l’humour d’Evan d'autant que la situation ne se prêtait pas aux plaisanteries qu'ils s’échangeaient. Le vent continuait de souffler, le quatre-quatre était parfois secoué par les rafales venant de l’extérieur qui s’engouffraient dans leur abri de fortune. CJ savait qu'ils ne craignaient rien ici, la première tornade passée ne les avait pas touchés, mais si d’autres croisaient leur chemin, la nuit serait longue. Il récupéra la barre chocolatée du sac qu’Evan avait ouvert et commenta :

— Remarque, ça aurait pu être pire.

Il lui tendit l'autre moitié.

— J’aurais pu me retrouver bloqué dans cette voiture avec une parfaite inconnue qui m’aurait lourdement draguée.

Evan gardait son sourire amusé aux lèvres. Une nouvelle fois, il se savait tomber sous le charme irrésistible de CJ. Après toutes ces années à travailler avec lui, à le savoir en couple avec une femme et un enfant, il s'était fait une raison, en avait pris son parti, même si un peu d’espoir restait permis. Il refusa la moitié de la barre :

— Garde-la, j’ai pas faim pour l’instant…

Il se redressa vers les sièges avant et tendit le bras jusqu’à la clef de contact pour la tourner et éteindre le moteur. Ils auraient besoin d’essence pour retourner au commissariat de Lawton. Il se rassit sur le siège, s’y enfonça confortablement afin d’user de ses coussins pour se réchauffer un maximum. Il tourna des yeux malicieux sur CJ avant de poursuivre sur sa dernière réplique au sujet de l’inconnue :

— Et qui te dit qu’elle t’aurait lourdement draguée ? Ça, c’est ton côté tombeur qui ressort… Penelope n’a pas tort quand elle te surnomme comme ça.

Bras croisés, CJ mangea lentement la barre de chocolat dont il détaillait la texture à chaque bouchée.

— Quoi ? Tu ne t’es jamais fait draguer pendant les enquêtes ? Je sais qu'Hanson nous envoie rarement sur le terrain ensemble, mais on sait tous les deux que certains et certaines trouvent ça excitant le côté fédéral, agent secret et menottes.

Il réfléchit un instant et ajouta en regardant Evan :

— Et ce n’est pas pour rien que Penelope te surnomme aussi « beau brun ténébreux » ! Je serais une femme, j’imagine que je te draguerais.

Evan roula sa tête contre le siège pour tourner ses yeux vers CJ. Cette dernière phrase n’arrangeait pas les sensations que son corps subissait. L’agent James avait toujours eu ce pouvoir sur lui. Quelques mots, quelques regards, quelques sourires suffisaient à allumer un feu difficile à éteindre. Il ricana néanmoins sur cette dernière supposition et répondit :

— J’ai un peu de mal à t’imaginer en femme.

Il détourna le regard dans le vide en réfléchissant à leur discussion tout à fait hors propos en ces circonstances.

— Mais c’est vrai que le mélange menottes, agent secret et flingue attire quelques filles en manque de sensations fortes…

Il croisa les bras pour enfouir ses mains sous ses aisselles et reprit sans avoir oublié les paroles de CJ :

— Cela dit, je serais curieux de savoir comment tu t’y prendrais… Pour me draguer.

CJ garda son léger sourire en terminant sa part de « repas ». Il rangea l’autre moitié dans le compartiment de rangement situé entre les deux sièges et ramena ses mains jointes entre ses cuisses afin de les réchauffer. Il devait faire aux alentours de 10 ou 15 degrés dehors et le froid commençait à peser. Cette discussion avait le mérite de leur changer un peu les idées puisque le vent ne cessait de souffler à l’extérieur.

— Comment je m’y prendrais ? répéta-t-il en réfléchissant tout haut. J’imagine que je serais un du genre plutôt romantique sans être non plus tout mielleux si tu vois ce que je veux dire.

Il posa sa tête en arrière en continuant de réfléchir et la tourna vers Evan :

— Je t’inviterais chez moi et je te cuisinerais un bon repas français agrémenté d’un vin rouge…

Evan se mit à rire sur cette description qu'il avait sincèrement tentée d’imaginer. Transformer CJ en femme lui était impossible et il ne le voulait pas non plus.

— Et je te soupçonnerais d’être gay, commenta-t-il, taquin.

Il tourna ses yeux sur CJ et poursuivit sans quitter son sourire :

— Tu sais quoi ? Je préfèrerais encore que tu restes comme tous les mecs hétéros et que tu me laisses faire le repas.

CJ ricana une nouvelle fois, amusé par les remarques d’Evan. Tous les deux se connaissaient depuis six ans et il avait fallu qu'ils se retrouvent bloqués dans ce quatre-quatre, arrêtés dans une évacuation d’eau et piégés par des tornades, pour prendre réellement le temps de parler et plaisanter comme CJ le faisait souvent avec Penelope. Il resta dans cette position, la tête reposée en arrière sur le haut de leur siège et le regard sur le plafond de la voiture. Son sourire s’effaça doucement et il ajouta d’un air plus sérieux :

— On devrait prendre le temps de se voir en dehors du Bureau.

Evan avait entendu le ton plus sérieux de CJ à travers ces dernières paroles. Les mains toujours dissimulées sous ses bras croisés, son regard demeurait dans le vide. Le froid de la nuit envahissait peu à peu le véhicule. Derrière eux, le vent soufflait, sifflait à l'extérieur, tel un serpent vicieux décidé à s'introduire dans leur abri. Il vérifia le signal sur son portable sans en trouver et répondit:

— On a tous été plutôt occupés ces derniers temps...

Il ne désapprouvait pas la suggestion de CJ, mais leur métier, leur vie pour chacun différente, leur prenait à tous beaucoup de temps. Il rangea son téléphone dans sa poche et reprit :

— Hanson a perdu sa femme et se retrouve seul avec Jack, Dave essaie de recoller des morceaux de son passé, Penelope a Marvin, Deven se contente de ses nombreuses groupies et toi tu as Hugo et Lucy… Sans compter nos petits séjours réguliers d’un bout à l’autre du pays.

CJ le regarda et rectifia :

— Quand je dis qu'on devrait se voir plus souvent, je ne parlais pas des autres, mais de toi et moi…

Evan tourna les yeux vers lui et esquissa un léger sourire.

— Tu as quand même Hugo et Lucy et ça ne nous empêche pas de savoir qu’on est là si l’un ou l’autre a besoin de discuter.

CJ ne répondit pas sur l’instant. Evan avait raison, il avait Lucy et son fils. Lucy avec qui les choses se compliquaient au fil des jours. Lucy avec qui il ne cessait de se disputer dès le moindre désaccord. Il détourna le regard vers le plafond et sentit le besoin de se confier :

— Je crois que ça ne va pas durer entre Lucy et moi.

Evan fronça aussitôt les sourcils sur cette remarque qu'il n’avait pas attendue. Il se redressa sur son siège et reporta son regard sur CJ. Celui-ci avait semblé si attaché à l’ancienne détective de La Nouvelle-Orléans avec qui il avait eu son fils Hugo. Il tenta de lire l’expression de CJ, de comprendre ou de traduire ses émotions derrière ses mots.

— Comment ça ?

CJ hésita en regardant Evan. Le seul fait d’avoir prononcé ces quelques mots semblait le libérer d’un poids qu'il avait porté seul jusqu’à maintenant. Même Penelope n’était pas au courant de sa relation houleuse avec sa conjointe. Il se redressa, glissa sa main dans cheveux dorés dont quelques mèches tombaient sur son front :

— On se dispute depuis que j'ai intégré le Bureau. Elle m’accuse d’avoir accepté cette promotion et ne supporte plus de me voir partir pendant des jours. Elle aurait préféré que je garde mon poste au Pentagone.

Evan gardait une mine aussi confuse que compatissante. Pourtant, Dieu savait à quel point, il regrettait encore d’avoir poussé CJ vers Lucy lors d'une enquête en Floride où Lucy et lui s'étaient rencontrés. Mais en tant qu’ami, il ne pouvait se réjouir d’un événement aussi triste et angoissant qu’une éventuelle rupture. Il savait Lucy insistante vis-à-vis du métier de CJ. Elle le voulait à la maison, avec elle et leur fils, mais elle n’avait jamais compris quelle importance le Bureau avait aux yeux de Corey. Il n’osait imaginer les ressentiments de CJ en ce moment où Hugo était malade près de sa mère, à des centaines de kilomètres de cette voiture.

— Je suis désolé, fit-il sincèrement. Si tu en parlais avec Hanson, je suis sûre qu’il te laisserait un peu de temps pour régler ça…

— Je verrai, dit-il.

Mais CJ songeait qu'il ne ponctionnerait pas sur son temps de travail le temps nécessaire pour régler ses problèmes conjugaux. Hanson et les autres avaient besoin de lui au quotidien. De ses mains, il frotta ses bras, ses cuisses, pris par le froid qui envahissait la voiture et davantage en restant ainsi immobiles comme ils l’étaient. CJ sortit son téléphone, vérifia le réseau dans leur secteur, toujours inexistant. Dehors, les rafales de vent ne baissaient pas en intensité.

— J’espère que les autres sont à l’abri, remarqua CJ en pensant à leurs collègues. Ils doivent être inquiets de ne pas pouvoir nous contacter et on va finir par geler si on reste là.

Evan avait compris que le sujet « Lucy » restait délicat après cette brève réponse de la part de CJ. Au moins, celui-ci avait pu se confier à lui, extérioriser ses appréhensions. Il s’approcha et tendit le bras vers la banquette arrière afin de récupérer une couverture.

— Ok, on va se réchauffer… fit-il d'un léger sourire... On va se serrer un peu... Sans aucune arrière- pensée, je précise !

CJ esquissa un léger sourire et le laissa faire. Evan avait raison et il le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne profitait pas de la situation. Il n’y avait pas de secret pour se réchauffer. À cet instant précis, ils devaient se serrer et profiter de la chaleur de leur corps respectif sous une couverture. Il se blottit contre Evan, bien plus grand et costaud que lui, et laissa son bras l’enlacer. Le silence les enveloppait, mais à l’extérieur du quatre-quatre les rafales de vent venaient rompre cette quiétude.

Malgré lui, Evan ne pouvait réfréner quelques frissons au contact de la peau de son ami. CJ dégageait des parfums sucrés bien à lui qu'il aurait pu discerner entre mille. Cette situation devenait moins terrible tout à coup… Evan préférait savoir CJ à l’abri du froid, des conditions difficiles et ne songeait pas à son propre confort. Après tout, il ne s’agissait que de tornades et ils se trouvaient à l’abri pour l’instant… En cherchant bien, il avait connu pire par le passé. À présent, blotti contre celui pour qui il avait un léger faible, il ne pouvait pas se plaindre. Mais il songeait à l'aveu de Corey, à sa situation délicate avec Lucy, à Hugo que toute l’équipe chérissait. CJ avait eu raison de dire qu'ils n’avaient jamais pris le temps de discuter tous les deux. Peut-être les choses semblaient parfois bien trop sensibles. Ils n’avaient jamais eu une relation comparable à celle que CJ entretenait avec les autres membres de l'équipe. Une distance raisonnable semblait s’être installée entre eux, vigilante, comme si, trop proches l'un de l'autre, une chose irréversible risquait de se déclencher. Pourtant, Evan avait raison d’affirmer que quoiqu’il arrive, tous les deux étaient présents l’un pour l’autre… CJ l’avait prouvé lors de plusieurs enquêtes. Evan se demanda alors à quel moment il avait lui aussi eu l'occasion de démontrer sa loyauté à Corey ? La prouvait-il en cet instant ? Il ressortit son téléphone de sa poche et y jeta un œil. Aucun signal n’apparaissait et une nouvelle tornade approchait à en juger par les vibrations de la voiture. Il laissa un soupir silencieux s’échapper de sa gorge. Le reste de l’équipe devait déjà les rechercher, mais, réfugiés dans l’abri où ils se trouvaient, ils n’auraient aucune chance de les localiser. Il tendit le bras pour attraper la bouteille d’eau et en but une gorgée. 

 

Extrait N°2

Evan ne mesurait pas combien sa présence était un profond réconfort pour lui. Sans vraiment savoir pourquoi, il osa glisser sa main sur celle d’Evan et ses yeux s’y attardèrent un instant. Les ongles d’Evan étaient rongés, seule marque de sa nervosité qui ne transparaissait jamais quelles que soient les situations.

— C’est ça qui m’a manqué quand tu as quitté les bureaux pour l'enquête sur Doyle Regans.

Il releva ses yeux bleus dans les siens :

— Tes conseils… Ta présence et tes attentions.

Evan venait de frissonner sous les doigts de CJ. Son regard bleu azur, à peine assombri par l’obscurité de la pièce le captivait autant que ses mots. Il avala péniblement tant sa gorge s’asséchait en présence de Corey. Tous ses sens s’éveillaient lorsqu'il était près de lui. Ses paroles lui réchauffaient le cœur parce qu'il les savait sincères. Son réconfort était de se rappeler combien il était important dans la vie de CJ… Mais toujours la même question le taraudait : qu’adviendrait-il plus tard ? CJ et Hugo devraient refaire leur vie, la reconstruire…

— Tout ce que je t’ai dit, tu le sais déjà, il suffit juste de te le répéter…

CJ se pinça les lèvres, réconfortée par la voix plus suave d’Evan. Son regard brun était si profond, si pétillant quand il se posait sur lui et se rivait dans le sien. Cet instant était l’un de ceux que CJ savait sans équivoques. Evan et lui échangeaient des regards intenses, suspendus dans le temps, laissant les doutes renforcer toute l’ambigüité de leur relation. Peut-être était-il temps de ne plus se laisser influencer par ses préjugés, se disait CJ. Peut-être qu’un seul pas vers Evan ne condamnerait pas leur amitié si précieuse ? 

 

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Le Sang des Gladiateurs - David CooperRésumé : 90 après J-C. Aquilée est une ville réputée pour ses combats de gladiateurs qui s'affrontent dans ses arènes aussi célèbres que celles de Capoue. Hadrien, fils du Consul Quintus Sarrius Valerius, va rencontrer Seylan, un Calédonien, acheté par son frère Arius, esclave offert à son père pour combattre à son tour dans l'arène. Tout un monde sépare les deux hommes prêts à tout pour se retrouver.

 

Extrait N°1 

La ville d’Aquilée était considérée comme une seconde Rome par ses richesses, son développement et sa splendeur. Auguste, premier Empereur de Rome, l’avait proclamée capitale de la dixième région d’Italie. Mais la ville d’Aquilée était avant tout célèbre dans l’Empire, grâce à son ludus renommé : le ludus de la maison Valerius qui réunissait les meilleurs gladiateurs, ceux adulés par le peuple, mais aussi par les hauts fonctionnaires de l’Empire.

Les plus grands ludi rivaux au ludus de Valerius étaient installés dans les provinces de l’Empire : Capoue, Ancyre, Thessalonique, Pergame ou Alexandrie, mais l’Empereur Domitien exigeait de ses gladiateurs qu’ils soient entraînés dans la maison Valerius ou, plus précisément, la maison de l’honorable Consul Quintus Sarrius Valerius. D’autres ludi étaient nés à Aquilée, deux maisons concurrentes qui offraient au ludus de Valerius des combattants de choix pour garder intacte la réputation du Champion d’Aquilée : Cyprus.

Debout sur la terrasse du premier étage donnant sur la grande cour d’entraînement du Ludus, Hadrien regardait les hommes de son père suinter, saigner sous les assauts de leurs alter ego. Il savait que la plupart de ces hommes étaient composés de volontaires, en quête de gloire, d’argent, mais nombreux étaient les esclaves qui n’avaient pas choisi de mourir. Les plus résistants pouvaient vivre jusqu’à trente ans, payer leur liberté ou la gagner dans l’arène, mais beaucoup mouraient deux ou trois jours après leur arrivée, affaiblis par les entraînements rigoureux. Tous ceux qui pénétraient dans l’enceinte de la maison renommée de Valerius savaient à quoi s’attendre. Au regard d'Hadrien, ces lieux étaient une prison déguisée, des catacombes où tous finiraient par mourir. Son illustre famille n’y voyait que profit, honneur et fortune, mais il n’était question que d’orgueil pour les maîtres autant que pour leurs esclaves.

— Je veux partir, fit Hadrien.

Ses mains posées sur le rebord épais du balcon, il regarda son père près de lui. Le Consul Quintus Sarrius Valerius ne quittait pas son éternel sourire face à ce spectacle dont il ne se lasserait jamais.

— Père ? Vous m’écoutez quand je vous parle ? l'interpella-t-il.

— Tout le monde n’entend que toi, dit-il d’un ton amusé.

— Ma place est à Rome !

Le Consul accorda enfin à son fils l’attention qu’il réclamait et le regarda :

— Tu ne pourras suivre le Cursus honorum. Ta jambe te fera échouer aux tests d'autant que tu n'as aucune formation militaire.

Hadrien avait déjà entendu ces reproches. Sa chute de cheval, quand il n'avait alors que sept ans, l'avait rendu infirme et boiteux de la jambe droite. Peut-être n'était-il pas aussi habile et rapide que tous ces hommes, mais la nature l'avait doté d'autres atouts indispensables pour devenir chef de guerre.

— C’est vous qui faites les lois, rappela Hadrien. Faites en sorte que je sois éligible et je vous montrerai de quoi je suis capable. Vous m’avez voulu éduqué et maintenant que je m’intéresse à la magistrature et à la guerre, vous ne souhaitez plus que j’apprenne. Cela n’a pas de sens. Je ne tiens pas à rester ici une année de plus au milieu de vos bêtes de foire. J’en ai assez d’entendre leurs cris, de voir leur sang couler et de respirer la poussière qu’ils soulèvent lors de leurs entraînements.

Les mains dans le dos, Sarrius reporta son regard sur la cour et notamment sur Cyprus, l'un des champions d’Aquilée.

— Tu as le temps de partir à Rome et tu rencontreras les meilleurs précepteurs de l’Empire. Mais avant tout, continue d’apprendre les enseignements d’Auxilius et il sera temps pour toi de te marier.

Hadrien croisa les bras :

— Je n’ai aucune envie de me marier.

Une femme avança aux côtés du Consul Valerius et répondit à cette objection :

— Tu feras ce que t’ordonne ton père, Hadrien.

Ce dernier lança un regard à sa mère, Flavia Valerius. Celle-ci avait toujours pris grand soin de veiller à lui inculquer les valeurs de Rome et voulait pour lui la meilleure des épouses.

— Quand partez-vous pour Rome ? demanda-t-il.

— Tu le sauras bien assez tôt, fit Flavia.

Hadrien s’agaçait. Il n'était pas de nature très patiente. Les portes de la cour s’ouvrirent à cet instant et le laniste Commidus ordonna à chaque homme de se reculer contre le haut mur d’enceinte.

Plusieurs chevaux entrèrent et Hadrien reconnut son frère Sextus Arius Valerius, en tête du cortège. Plus âgé que lui de quatre années, Arius ne cachait à personne ses penchants pour les jeunes garçons. Hadrien se souvenait très bien des jeux étranges que son frère avait tenté de lui imposer dans leur enfance.

 Il entendit sa mère se ravir :

— Quelle merveilleuse surprise, Arius est enfin de retour !

Une joie qu'Hadrien ne partageait pas. Leur père avait nommé Arius légat, homme de loi de l’Empire, et lui avait commandé de rejoindre les régions du Danube pour combattre les Daces. Le traité de paix signé, Arius était donc de retour après deux années d’absence. Derrière lui, plusieurs hommes posèrent pied-à-terre. Deux esclaves de la maison Valerius refermèrent les portes de la grande cour et Arius annonça :

— Père, je vous ai ramené un présent qui vous ravira.

Il fit signe à deux de ses soldats d’amener son bien et Hadrien fronça les sourcils quand son regard se posa sur un homme d'une vingtaine d'années, un esclave aux cheveux mi-longs bruns, au visage souillé de terre et au regard qui croisa très vite le sien. Les traits de cet esclave ne lui indiquaient pas ses origines, mais à en croire sa tenue, ses haillons sales, déchirés, ainsi que ses blessures, Hadrien devinait les traitements que les hommes d’Arius avaient dû lui infliger.

— Qu’on le nettoie, fit Sarrius à son fils. Et qu’on me le monte que je le vois de plus près.

Hadrien rajusta sa toge couvrant ses épaules sur sa tunique et recula :

— Je vais en ville, fit-il à ses parents.

Sa mère le suivit des yeux.

— Sois de retour pour le dîner avec Arius. Sa présence est une bénédiction des Dieux et je compte sur toi pour le féliciter.

Hadrien ne répondit pas et traversa l’atrium, pièce centrale de la villa où se tenaient les réceptions avec les habitants fortunés d’Aquilée.

Flavia Valerius entra à son tour dans l’atrium et saisit le verre d’eau qu’une des esclaves lui apportait. Elle s’arrêta près du bassin qui trônait au milieu de la pièce, l’impluvium, rempli d’eau de pluie recueillie par le toit ouvert qui éclairait la pièce. Des gravures ornaient les murs, des bustes de marbre décoraient les lieux et les esclaves de la famille se hâtaient de préparer le buffet et de ramener le vin. Flavia regarda son époux :

— Je compte sur toi pour que notre fils ne reparte pas en guerre.

— J’ai d’autres projets pour lui, fit Sarrius Valerius.

Arius arriva dans l’Atrium et vint prendre sa mère dans ses bras avant de constater le regard fier que son père lui portait.

— Père, mère, je suis heureux d’être enfin de retour et davantage de vous trouver ici. Je vous croyais à Rome !

— Je devais m’entretenir avec Commidus au sujet d’importants projets à Rome, répondit Sarrius.

— Des projets qui impliquent un laniste ? s’interrogea Arius.

— Des projets qui impliqueront la gloire de la maison Valerius. Notre Empereur fait construire quatre Ludi à Rome, à côté du Colisée, le ludus Magnus, le ludus Matutinus, le ludus Dacicus et le Ludus Gallicus. Les travaux seront bientôt terminés et il m’a prestement demandé d’envoyer notre laniste pour diriger le Ludus Gallicus. Mais si tu es de retour, je serai rassuré de te savoir à Rome pour représenter la maison Valerius. Qu’en penses-tu ?

Arius se tendit et Flavia constata son recul face à l’annonce de son époux.

— Je suis un légat, fit-il. Et vous voulez m’envoyer faire le travail d’un laniste ? N’ai-je donc pas rempli les honneurs que vous attendiez de moi contre les Daces ?

— Tu te méprends sur mes intentions, répondit Sarrius. Je ne t’envoie pas à Rome pour être laniste, mais pour faire valoir ta position, pour montrer ton retour et t’avoir à mes côtés au Sénat.

Ces précisions firent davantage sourire Arius dont l’ambition ne faiblissait pas au fil des années.

— Dans ce cas, je ne peux que me plier à ta volonté

Le nouvel esclave, ramené par Arius, se présenta dans la pièce, entouré par deux gardes en armure. Lavé, une simple étoffe sombre, un subligaculum, couvrait son  bassin. Ses cheveux mi-longs lui arrivaient aux épaules, cachaient les contours de ses joues.

Arius se réjouit aussitôt et le présenta à son père en le désignant d’un geste du bras.

— Père, je vous présente ma dernière trouvaille, annonça-t-il fièrement. Je l’ai acheté sur un marché en Illyrie, sur la route du retour. Vous plaît-il ?

Sarrius examina l’esclave et Flavia s’en approcha et le contourna. Cet homme était bien formé et sa peau peu abîmée malgré quelques cicatrices.

— Il n’a pas grande valeur si tu t’en tiens aux marques sur sa peau.

— Je l’ai eu pour quelques deniers, mère. Mais il est résistant et jeune. Il pourra vous servir pour de longues années.

Flavia s’arrêta dans le dos de l’esclave et aperçut un dessin gravé au-dessus de ses fesses représentant une croix à l’intérieur d’un rond. Les traits épais, parallèles aux autres étaient de couleur bleu foncé.

— Quel est ce dessin étrange ?

— Un tatouage celte, expliqua Arius. D’après l’un de mes soldats, cet homme faisait partie d’une tribu calédonienne.

Flavia revint sur ses pas, se posta près de son époux en prenant son bras.

— Bien, il remplacera Eono. Quel est son nom ?

— Peu importe, répondit Arius. Appelez-le comme il vous conviendra.

Sarrius prit enfin la parole et s’adressa à l’esclave :

— Ôte ton subligaculum !

Arius attendit que l’esclave s’exécute, mais celui-ci n’en fit rien, son regard droit devant lui. Il répéta d’un ton plus sec :

— Ton maître t’ordonne de te déshabiller !

Flavia resta sceptique :

— Comprend-il seulement notre langue, Arius ?

— Il la comprend, mère, acquiesça-t-il.

Il regarda ses hommes :

— Déshabillez-le.

Les deux gardes s’avancèrent vers l’esclave, mais celui-ci se saisit d’un de leur glaive dans son fourreau avant de l’enfoncer dans le ventre du premier garde. Très vite, le deuxième brandit son arme dont la lame se heurta à celle de l'esclave dans un tintement de métal. L'esclave le repoussa d’un violent coup de pied, lui trancha la gorge sans tarder, mais sentit une lame se poser sur sa jugulaire. Une dizaine d’hommes l’encercla face à la mine ahurie et choquée de Flavia Valerius. L’esclave fut alors saisi et maîtrisé, mais Arius se posta devant lui, le regard noir :

— Tu vas payer pour ce que tu as fait.

Il brandit sa lame, prêt à l'exécuter, mais son père retint son bras. Sarrius n’avait pas manqué de constater l’agilité de cet homme ainsi que sa force.

— Attends, Arius. Nous avons peut-être sous-estimé la valeur de ton cadeau, dit-il.

Il regarda les hommes venus en renfort et leur ordonna :

— Descendez-le aux cellules !

Les gardes s’exécutèrent et Arius se tourna vers son père, l’air interdit :

— Cet homme mérite la mort, père. Pourquoi épargnez-vous sa vie après pareil affront ?

Sarrius esquissa un léger sourire.

— Les hommes qui savent se battre sont précieux. Nous verrons demain si cet esclave manie le glaive de façon aussi adroite face à nos champions.

Arius resta surpris par pareille suggestion. Il n'avait pas  choisi cet homme pour devenir un gladiateur, mais un simple esclave.

— Maintenant, célébrons ton retour, reprit Sarrius et raconte-nous tes aventures.

*   *   *

La porte en fer de la cellule se referma derrière lui après avoir été jeté à l’intérieur par deux gardes. Le sol en terre battue sentait le sang, la transpiration et la mort comme les murs souillés par le temps. Deux grilles à barreaux de fer entouraient la cellule et lui laissait entrevoir un couloir sombre où des voix, des bruits et des pas lui parvenaient. Il n’avait rien de plus à faire qu’attendre, acculé tel un rat dans une cage, à la merci de ces maudits romains. Il ne savait dire à quel endroit il se trouvait, mais devinait qu’il y serait prisonnier jusqu’à sa mort. Pouvait-il au moins songer à une évasion ? Par la décoration de la pièce à l’étage, il avait constaté l’aisance de la famille romaine. Loin d’être dupe, il savait reconnaître la richesse. Les mains resserrées autour des barreaux, ses yeux tentaient vainement de trouver une issue. Les voix qu’il entendait appartenaient à des hommes et il se demandait ce que les Romains lui réservaient. Il n’avait pas faibli face à leurs coups, leurs agressions jusqu’ici et ne comptait pas leur offrir le plaisir de le voir désemparé et offert à eux. Il se réjouissait au moins d’avoir tué ces deux gardes à l’étage.

Il se recula de la grille quand il entendit des pas approcher et aperçut deux hommes vêtus comme lui d'un subligaculum. L’un était brun aux yeux sombres et l’autre, blond aux yeux bleus. Leur tenue révélait leur position d’esclave au même titre que la sienne. Son regard s’attarda un instant sur le blond qui le dévisageait tout en s’arrêtant devant la grille.

— Alors c’est toi que le légat a ramené ? fit l’esclave aux cheveux bruns.

Le concerné ne prit pas la peine de répondre, méfiant. Il préféra détailler l’allure du deuxième, observer sa silhouette. Il le vit arborer un petit sourire narquois avant de l’entendre à son tour.

— Tu as perdu ta langue ?

Ce dernier fronça les sourcils en remarquant un accent familier dans le son de cette voix.

— Ils lui ont peut-être arraché, plaisanta l’autre.

Le blond remarqua le regard insistant que le nouveau posait sur lui. À en croire sa musculature, il devinait qu'il serait, dès le lendemain, dans la cour d’entraînement. Il tira son ami par le bras.

— Viens… Nous verrons bien assez tôt s’il sait parler quand il suppliera qu’on l’achève.

L'esclave les vit s’éloigner sans avoir prononcé la moindre parole.

 

Extrait N°2

Seylan tentait de garder la tête froide devant le fils du Consul, mais n’y parvenait pas. Celui-ci dégageait un tel calme, une si grande beauté que ses rancœurs envers les Romains disparaissaient en sa présence. Cette sortie avec le maître faisait-elle aussi partie des attributions de gladiateur ?

— Vais-je devoir me battre ? demanda-t-il.

— Minerve nous en préserve, répondit Hadrien.

L’esclave revint avec la tenue de Déimos, sans l’armure, comme demandé par le Dominus Hadrien. Ce dernier se recula, mais son regard ne se détourna pas de Seylan quand le seul tissu destiné à le couvrir tomba. Hadrien perçut une douce fièvre revenir en contemplant les formes de Seylan. Les Dieux avaient été généreux à son égard. Son corps ne portait pas la moindre imperfection et les quelques cicatrices marquant sa peau semblaient être gravées sur lui pour accentuer sa beauté.

Luria attacha le subligaculum autour de ses hanches. Quand Seylan fut ainsi vêtu, les esclaves s’écartèrent et Hadrien osa s’approcher davantage, son regard vert sur la blessure de sa jambe qui ne semblait pas guérir. Il remonta ses yeux clairs dans ceux de Seylan et demanda :

— As-tu encore mal ?

Seylan s’était laissé faire, mais avait gardé son attention sur le fils du Consul. Dans sa toge de couleur bleu clair, le vert de ses prunelles brillait davantage.

— Non, répondit-il.

Hadrien ne se formalisait pas du fait que Seylan ne ponctue pas ses réponses par « Dominus ». Contrairement à son frère, il lui répondait et le regardait droit dans les yeux. Les siens se baissèrent sur la blessure, mais remontèrent sur la cicatrice épaisse qui marquait le bas de son ventre. Il osa y poser ses doigts et frôla la peau de Seylan.

— Qui t’a fait cela ? demanda-t-il dans un doux frisson.

Seylan venait de trembler au contact des doigts fins d'Hadrien. Ses muscles s’étaient tendus et ses poils hérissés aussi subitement qu’un vent froid et glacial pouvait le faire. Pourtant, cette sensation lui était plus qu’agréable et la température n’avait rien à voir avec celle de l’hiver. Son regard se posa sur la main d'Hadrien au niveau de son ventre et il répondit d’une voix plus éraillée :

— Un légionnaire.

Hadrien aurait fait fouetter ce dernier jusqu’à ce que mort s’ensuive pour avoir abîmé ce corps d'une beauté inégalable. Il demanda encore :

— Est-il mort ?

Seylan riva aussitôt ses yeux dans les siens pour en apprécier l’éclat. Les parfums du fils du Consul l’embaumaient tout entier.

— Je lui ai tranché la gorge, répondit-il. Il ne pourra plus blesser personne là où il est.

Hadrien esquissa un léger sourire sur cette réponse et observa Seylan d’un regard plus intense. Il ne résista pas à l'envie de poser ses doigts fins sur son visage ténébreux et traça sur sa peau veloutée une lente caresse qui accentua les réactions fiévreuses de son corps.

— Laissez-nous, ordonna-t-il aux autres esclaves qui quittèrent rapidement la salle des bains.

Hadrien souhaitait se retrouver seul avec Seylan, profiter d’un bref instant d’intimité. La lueur vive dans le regard du Celte lui indiquait la réciprocité de ce que lui-même ressentait. Mais Hadrien n’avait jamais perçu une telle attraction envers quiconque.

— J’ai entendu dire que nos soldats ne parvenaient pas à franchir les montagnes de Britannia. Que les tiens résistaient… Alors je me suis demandé comment et pourquoi un guerrier tel que toi s’était retrouvé esclave en Illyrie.

Seylan sentait son cœur taper plus fort et plus vite dans sa poitrine. La proximité du fils du Consul lui provoquait des réactions euphorisantes. Il avait cessé de respirer dès que les doigts d'Hadrien avaient glissé sur sa joue. De telles caresses le faisaient vaciller. Ces assauts divins avaient raison de lui et de la dureté naturelle qu’il arborait dans la cour d’entraînement. Bien sûr, il se laissait faire, appréciait pour une fois, son rôle d’esclave.

A suivre dans la version intégrale.

 

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Un roman adapté du livre "Sang et Honneur" de Kyrian Malone et Jamie Leigh rédigé en 2011, revu et corrigé par David Cooper dans une romance MxM. 

 

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Résumé : Colin Queen, Maire de Northfolk, une ville paisible du Maine décide de pimenter sa vie d'homme d'affaires et s'offre les services particuliers d'Oliver Nollan, un Escort réputé pour ses nombreux talents. Habitué à la retenue et aux bonnes manières d'un milieu aisé, Colin se retrouve emporté par la fougue et le brin de folie de son nouvel ami...

 

Extrait N°1 

Colin Queen était nerveux. Depuis le début de la matinée, il s'impatientait, son regard guettant les aiguilles de sa montre ou de la grande horloge du salon. Il était rentré chez lui en fin de journée, dans sa vaste demeure située à quelques kilomètres du centre-ville de Northfolk. Il attendait, incertain, un verre de scotch à la main, mesurant qu'il lui était désormais impossible de revenir sur sa décision.

Le jeune homme qu'il attendait arriverait d'une minute à l'autre de l'aéroport de Boston où son chauffeur était parti le chercher. Mais Colin ne savait plus... Avait-il eu raison de faire appel à Monsieur Gold pour lui permettre de rencontrer ce garçon, ou plutôt, un garçon de compagnie, comme il le lui avait demandé ? Un homme qu'il avait choisie parmi tant d'autres en feuilletant un simple album photos qu'on lui avait présenté. Monsieur Gold lui avait assuré une discrétion indéfectible et des "prestations" de qualité de la part de l'agence avec laquelle il traiterait. Alors Colin Queen s'était résolu à accepter son offre le temps d'un week-end. Il avait payé une somme indécente pour que cette agence de Boston lui communique les coordonnées du jeune homme qu'il avait contacté par e-mail. Par la suite, un simple appel avait suffi à convenir de la durée  et du coût du contrat, du moins, de la période d'essai, car Colin Queen n'était pas homme à s'engager sur du long terme sans avoir, au préalable, testé le produit qu'on lui vendait.

Et si Monsieur le Maire de Northfolk était impitoyable en affaires, il en était tout autre en relations humaines, ce qui lui valait d'être l'un des hommes les plus détestables et détestés de la ville à qui les habitants devaient tout.

Il sursauta quand on frappa à la porte, arraché à ses pensées troublées et posa son verre sur la table basse du salon. Il rajusta sa cravate et marcha jusqu'à l'entrée. Sa main sur la poignée, il prit une légère inspiration et ouvrit avant de poser son regard sur le jeune homme dont il n'avait vu que les photos et entendu la voix. Celui-ci était tel que présenté sur les clichés. Assuré, le regard franc, il avait tout juste vingt-huit ans. Blond, ses cheveux courts, une mèche tombait sur son front. Il portait un jeans, un débardeur couvert d'une veste en cuir rouge, ses yeux bleus le fixant avec assurance :

— Vous devez être Colin Queen... fit-il d'un léger sourire.

Le concerné mesura combien cette situation était gênante et les raisons en étaient légitimes. Il acquiesça :

— Oui, en effet, et vous devez être Oliver Nollan...

Il ouvrit plus grand, lançant un regard vers la route afin de s'assurer que personne n’était témoin de l'arrivée de son invité particulier.

— Entrez, je vous en prie...

Le jeune homme s'exécuta et Colin Queen ne put s'empêcher de parcourir sa silhouette d'un coup d'œil avant de refermer. Il avait encore du mal à croire en la présence du jeune homme chez lui et ce, pour toute la durée du week-end, à moins qu'il n’en décide autrement. Il glissa ses mains sur le tissu de sa cravate et expliqua :

— Je vous ai fait préparer une chambre à l'étage.

Oliver parcourut les lieux d'un regard attentif et esquissa un sourire amusé sur cette dernière remarque. Il reposa les yeux sur son client du week-end et prit le temps de le détailler. Colin Queen avait tout d'un homme d'affaires à l'autorité débordante. Droit, vêtu d'un costume haute couture, de chaussure hors de prix, Monsieur Queen oscillait entre froideur et sensualité torride. Une véritable contradiction tout comme sa présence dans sa belle maison. Un homme qui, à première vue, ne songerait pas une seule seconde à outrepasser des limites mais qui, en réalité, faisait appel à ses services...

— Une chambre ? répéta-t-il.

Son sac d'affaires à la main, il approcha lentement de son client.

— Vous avez payé pour deux jours seulement, précisa-t-il. Vous êtes sûr de vouloir que je passe mes deux seules nuits dans cette chambre ?

La nervosité de Colin Queen venait de se transformer en gêne extrême sur cette approche inattendue. Il était troublé, pourtant conscient des services proposés par le jeune homme. Mais sa pudeur et son manque de contact humain depuis un nombre incalculable d'années, le perdaient. Il avait vu plusieurs photos d'Oliver Nollan mais se retrouver en face de lui concrétisait ses attentes et le jeune homme était bien plus beau, bien plus charismatique qu'il ne s'y était attendu. Son regard remonta de ses lèvres à son regard bleu :

— Je... Je vous ai dit que je souhaitais avant toute chose faire votre connaissance.

Oliver ne le quitta pas des yeux comme il gardait un petit sourire aussi charmeur qu'amusé. Après tout, il était ici pour faire plaisir à Colin Queen, lui donner entière satisfaction pendant deux jours. Il n'était pas étonné de lire un soupçon de confusion dans le regard brun et pénétrant de son client.

— Il existe plusieurs façons de faire connaissance avec moi, répondit-il en ôtant sa veste de cuir. Laquelle vous vient à l'esprit en premier ?

Comment Colin Queen pouvait-il répondre à cette question en toute connaissance de cause ? Ce jeune homme était effectivement présent pour lui faire plaisir, ce qui entraînait de multiples analogies. En le voyant se dévêtir, poser sa veste sur le portemanteau de l'entrée, Colin parcourut une nouvelle fois la silhouette d'Oliver Nollan. Athlétique, mince, le jeune homme prenait grand soin de son corps. Son allure de mauvais garçon était encore plus évidente en face-à-face que sur les photos. Il chassa de son esprit les quelques images suggestives qui lui étaient venues en tête sur cette dernière question et répondit :

— Et bien... Nous pourrions déjà prendre un verre dans mon salon...

Il passa devant lui.

— J'ai un très bon scotch importé d'Irlande.

— Ok, répondit Oliver en le suivant.

Colin devait s'occuper les mains afin de calmer sa nervosité qu'il espérait suffisamment discrète pour ne pas paraître idiot. Il récupéra un verre, y versa le liquide couleur ambre avant de le tendre à son invité qu'il ne pouvait s'empêcher de détailler. Colin Queen n'arrivait à croire qu'il avait eu l'audace de payer un escort pour lui tenir compagnie le temps d'un week-end.

— J'ai bien compris que je ne devais pas poser de questions privées, tenta-t-il, mais...

C'était plus fort qu'il.

— Faites-vous ce travail depuis longtemps ?

Oliver ramena le verre sous son nez et respira les parfums de l'alcool. En effet, Monsieur Queen ne s'épargnait rien en termes de confort ou de plaisirs... Ses services, ajouté au whisky importé, aux vêtements qui l'habillaient, représentaient déjà une belle petite somme, plus d'un an de salaire pour une personne d'un niveau social modéré. Il goûta le whisky et répondit avec un regard suggestif :

— Assez pour répondre à toutes vos demandes et vous combler à la hauteur de votre investissement.

Il repoussa sa mèche blonde d'un mouvement de tête et reposa ses yeux bleus sur lui.

— A vous de voir ce que vous voulez faire de moi...

Colin Queen sentit un long frisson. Ce dernier était sans doute trop brûlant pour qu'il soit capable de dire quoi que ce soit. Ses joues empourprées, il s'apprêta à répondre mais se reprit en détournant son regard, visiblement gêné. Il se recoiffa d'un geste de la main avant de dire enfin :

— Vous... Vous êtes très direct Monsieur Nollan.

Il prit une légère inspiration avant de reposer ses yeux sur Oliver, incapable d'imaginer qu'il avait effectivement le droit de décider ce qu'il "voulait faire de lui".

— Mais comme je vous l'ai dit au téléphone, je n'ai pas l'habitude d'avoir recours à ce genre de service et tout cela est... Nouveau... Pour moi... Vous comprenez ?

Oliver but une autre gorgée de whisky, compréhensif. Monsieur Queen avait effectivement quelques réserves, d'évidentes retenues face à lui. Comme quelques-uns de ses clients, Colin gardait ses distances au premier abord, mais Oliver savait qu'il n'était question que de temps. Après un premier contact, de petits gestes rassurants, Monsieur Queen délaisserait sûrement ses bonnes manières de grand monsieur pour s'abandonner à quelques fantasmes...

— Je comprends, répondit-il.

Il fit quelques pas dans la pièce, le verre à la main, et balada ses yeux sur les meubles, les bibelots, la décoration de ce large salon. Tout le confort y était, sobre, classique, sans débordement outrancier, chaque chose reflétait son propriétaire et son petit côté ordonné et distant vis-à-vis de la vie. Parce qu'un intérieur parlait pour la personne. Oliver avait l'habitude de cerner ses clients en jetant quelques coups d'œil curieux à l'aménagement de leur demeure.

— Je suis réputé pour mettre les gens à l'aise, ajouta-t-il en prenant une pomme dans un saladier de verre. M'adapter en toutes circonstances.

Il se tourna vers lui et le détailla à nouveau. Il avait eu de la chance, Monsieur Queen était d'une beauté indéniable, aussi séduisant qu'inaccessible, un véritable défi, une carapace qui ne demandait qu'à être percée.

— Mais ce que je pourrais vous dire sur moi n'enlèvera pas pour autant vos retenues. Et si vous me laissiez faire le premier pas, je suis sûr que vous ferez tous les autres...

Colin Queen l'avait suivi des yeux et ses sourcils s'étaient levés sur ces derniers mots. Laisser Monsieur Nollan faire le premier pas était une idée aussi troublante que de l'avoir imaginé dans son lit tous ces longs derniers jours d'attente. La présence de ce jeune homme blond chez lui rendait le fantasme à la fois plus réel et plus inaccessible. Une folie que Colin Queen avait les moyens de se payer à outrance mais qui le paralysait maintenant sur le fait accompli. Il ne s'agissait plus de gagner des élections, d'obtenir des contrats de construction pour sa société. Il était question de vie privée et Monsieur le Maire n'en avait plus depuis bien des années. Son téléphone sonna à cet instant et l'arracha à la fois à ses réflexions et sa contemplation. Il récupéra son téléphone posé sur la table basse.

— Excusez-moi je dois répondre.

Il décrocha :

— Queen ?

Son interlocuteur n'était autre qu'un de ses secrétaires détachés à la gestion de ses biens immobiliers en ville. Tout en l'écoutant, il continuait de suivre du regard son invité qui parcourait les tranches des livres de sa bibliothèque. Le sien évaluait sa silhouette, ses formes, sa tenue, son allure dans son jeans moulant, son débardeur léger, son incroyable talent à être si décontracté alors qu'il était excessivement tendu. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, Colin Queen n'avait jamais connu pareil trouble en présence d'un autre homme. Son assistant l'interpella :

# Monsieur Queen ? Vous êtes toujours là ?

— Oui, dites-leur que je dois réfléchir, répondit-il d'un ton plus froid, et envoyez-moi les détails par e-mail... Et inutile de me rappeler avant lundi, Clyde, je ne serai pas disponible.

 

A suivre dans la version intégrale...

 

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Synopsis : Cameron Forsight est étudiant en criminologie à l'université de Stanford. Il rencontre Steve Maclane, un brun ténébreux et séduisant dont les charmes ne le laissent pas indifférent. Mais Cameron a une petite amie, Samantha Sullivan, étudiante en chimie, et il va très vite comprendre que Steve n'est pas le jeune homme qu'il prétend être.

Dans la résidence, la fête battait son plein, la musique résonnait, les basses vibraient contre les murs, les lumières mouvantes des projecteurs accentuaient l’état d’ivresse des invités. Steve dut refuser plusieurs demandes en s’excusant de n’avoir plus de produit en stock. Même si Samantha lui avait spécifié que sa formule diminuait tous les risques du Cristal, Steve veillait à ne pas mettre les étudiants en danger. Présent lui aussi, Mark gardait un œil sur lui et sur le déroulement des opérations. Il le savait attentif aux moindres mouvements suspects malgré son goût prononcé pour ce genre de fêtes.

Steve sortit sur la terrasse à l’arrière de la résidence, une bouteille de bière à la main et fronça les sourcils en pensant reconnaître une silhouette au milieu de quatre garçons bien bâtis. Il se redressa, reconnut Cameron qu’il savait seul puisque Samantha avait préféré passer sa soirée au laboratoire. Il descendit les trois marches de la terrasse et se faufila entre les étudiants pour attraper Cameron doucement par le bras.

— Hey, Cameron, fit-il faussement enthousiaste, tu viens ? J’ai un truc à te dire.

C’était une de ses réactions simulées de jeunes étudiants. Steve n’était pas de ce genre, mais son rôle exigeait aussi ce type de choses. Il entraîna Cameron à l’écart, dans un coin où étaient dressées des tables d’extérieur. Il regarda Cameron et comprit sans tarder qu’il avait forcé sur quelques verres ce soir.

— Qu'est-ce qui se passe ? fit ce dernier.

Steve arrêta son verre avant qu'il ne ramène son gobelet aux lèvres et le lui saisit :

— Doucement, Cameron…

Il huma le breuvage alcoolisé et reconnut une forte dose de vodka dans une boisson énergisante. Un cocktail à la mode dans les soirées étudiantes, détonant et dangereux pour les cardiaques.

— Je crois que tu devrais faire une pause pour le moment, reprit-il. Où est ta meilleure amie, Aileen ?

Cameron n’avait trouvé d’autre remède à ses maux et ses tracas. Une soirée de lâchée prise était nécessaire pour oublier… Il avait souri en voyant Steve et davantage quand celui-ci l’avait entraîné à l’écart.

— D’abord, je suis majeure… Et Aileen m’a laissé tomber... Elle a sans doute trouver un de ces beaux garçons à draguer.

Il prit une bière des mains d’un étudiant qui passait et ce dernier hésita. Voyant que le blond était ivre, il préféra passer son chemin et ne pas insister. Loin d’être sobre, Cameron ne tenait plus très bien debout et chancelait gaiement en gardant sa main sur le rebord de la table. Son regard resta sur Steve et il reprit :

— Tu sais… Tu me rappelles quelqu’un que j’ai connu… Quand j’étais plus jeune…

Il ramena sa main sur le haut du torse de Steve, se retenant à lui tout en glissant ses doigts sur le haut de son torse. Ils s’arrêtèrent sur la croix autour de son cou et son regard s’y baissa un instant. L’euphorie de la fête, la désinhibition de l’alcool allégeaient ses réflexions, ses retenues et par conséquent, ses préoccupations. Son regard bleu plongea dans celui de Steve et, sans aucune sorte de gêne, ses lèvres vinrent se sceller aux siennes dans un baiser d’abord léger qui se mut en baiser passionné.

Sur ce contact, Steve se retrouva pris au dépourvu. Un frisson parcourut pourtant son corps, de la tête aux pieds. Ses mains hésitantes vinrent se poser sur les joues de Cameron avant de reculer son visage du sien. Son cœur tapait plus vite maintenant, mais il devait rester plus sobre que ne l’était Cameron. Au milieu de cette fête, il ne pouvait se laisser aller, même si, depuis leur rencontre, Cameron l’attirait.

A suivre dans la version intégrale

 

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Résumé : Allan Swan, 28 ans, engagé chez les Marines depuis plusieurs années, se voit contraint de retourner dans la ville de son enfance pour le mariage de sa mère. Quand il rencontre le futur époux à peine plus vieux que lui et nettement plus jeune que sa mère, c'est entre coup de coeur et coup de sang qu'il va tout faire pour annuler le mariage...

Extrait N°1

Allan Swan détestait les mariages. La raison était simple, il était prouvé que trois mariages sur quatre finissaient par un divorce et les statistiques ne mentaient jamais. Non seulement Allan Swan s’arrangeait toujours pour ne pas assister aux mariages de ses amis, mais il était évident que jamais, il ne se marierait. Malgré lui, malgré ses profondes convictions et son rejet total pour cette tradition suivie par toutes les cultures du monde, Allan Swan était justement en route pour un mariage. Et pas n’importe lequel… Celui de sa mère. Quelle ironie, pensait-il. La journée qui s’annonçait serait sans doute l’une des pires de sa vie. Mais à 28 ans, comment pourrait-il dire à sa propre mère qu’il s’opposait à cette union ? Il lui en voulait… Assis derrière le volant de sa coccinelle, Allan Swan ne prêtait même plus attention aux voitures qui le doublaient sur l’autoroute. Il se préparait mentalement à faire face à l'homme qui remplacerait son père. Car après sa mort, Allan avait compris que sa mère avait fait d'autres rencontres. Tous les deux n'en avaient jamais parlé ouvertement et bien sûr, Allan n'avait jamais été présenté à l'un de ses amants. Bien entendu, elle ne lui avait pas demandé sa bénédiction avant d'épouser ce type, mais Allan le détestait déjà…

Après une dernière heure de route, il prit la première bretelle de sortie en direction de Northfolk, petite ville du Maine à cent cinquante kilomètres de Boston. Il n’y avait plus remis les pieds depuis la mort de son père cinq ans plus tôt. Dans cette ville, les mauvais souvenirs avaient effacé les bons, ceux de son adolescence, de ses années au lycée. Puis il était parti faire ses études au MIT, études qu’il avait arrêtées après deux ans. Revenir à Northfolk ravivait des émotions qu’Allan avait voulu oublier. Et à ses yeux, le mariage de sa mère équivalait à une haute trahison envers son père.

Sa jauge d’essence au plus bas, Allan ralentit à la première station qu’il croisa et arrêta sa voiture devant les pompes. Ses réflexions ne cessaient plus et la pression augmentait en sachant qu’il verrait sa mère dans les prochaines minutes. Et par conséquent, son futur beau-père s'il ne trouvait pas un moyen efficace d’éviter ce mariage.

Il sortit de la voiture et récupéra la pompe dont il plaça l’embout dans le réservoir. Les odeurs de gasoil et de moteur s’élevaient davantage en cette saison où les températures augmentaient. Bien sûr, sa mère avait attendu le début de l’été pour préparer les festivités. Il était bientôt midi et le soleil était haut dans le ciel autant que les fortes chaleurs s'annonçaient.

Allan vit une Mercedes s’arrêter à côté de la sienne et son regard ne put s’empêcher de se poser sur l'homme aux cheveux noirs qui en sortit. La trentaine, élégant, vêtu d'un pantalon et d’une chemise noire, les talonnettes de ses chaussures résonnèrent sur le béton avant que l'inconnu ne se tourne vers lui et relève ses lunettes de soleil sur ses cheveux. Le temps de quelques secondes, le regard d’Allan croisa le sien et il en oublia le mariage de sa mère.

— C’est vous qui vous occupez du service ? demanda l’inconnu en l'interrompant dans son observation.

Allan dut prendre une pause et regarda derrière lui en constatant que cet homme s’adressait bel et bien à lui en le prenant pour un employé de la station. Il se vexa :

— J’ai l’air d’un pompiste ? renvoya-t-il.

L'inconnu leva les sourcils en examinant la tenue négligée du jeune homme qui consistait en un jeans, une paire de baskets et un débardeur blanc mettant en valeur des muscles saillants.

— Vous auriez pu, répondit-il d'un léger sourire hautain.

Il finit par le contourner et ajouta d'un ton sarcastique et moqueur :

—  Jolie votre voiture.

Allan le suivit des yeux. Rêvait-il où cet homme se fichait de lui ? Ce fut en sentant couler l’essence sur son pied, qu’Allan réalisa qu’il ne faisait même plus attention à ce qu’il faisait.

— Putain ! ragea-t-il en se reculant soudainement.

Il ôta la pompe qu’il remit à sa place, les chaussures enduites d’essence, une odeur qu’il détestait particulièrement et qu’il n’arriverait pas de sitôt à faire partir.

— Fais chier…

Allan n’était pas venu à Northfolk avec des valises de rechanges et encore moins d'autres paires de chaussures. D’un pas agacé, il marcha dans ceux de l’inconnu et entra dans le magasin en le voyant s’adresser au pompiste…

— Hey, monsieur bon chic bon genre ! Qu’est-ce qu’elle a ma voiture ?!

— Je vous demande pardon ? fit ce dernier.

— Ouais, vous arrivez en vous prenant pour je ne sais qui et vous vous permettez de critiquer ma caisse alors que vous ne me connaissez même pas !

L'homme ne quitta pas son sourire tandis que le pompiste partait faire le plein de sa Mercedes. Il rangea son portefeuille en cuir dans son pantalon de grande marque et fit face au jeune inconnu bras croisés devant lui. Ce dernier était visiblement de très mauvaise humeur. Ses lèvres se pincèrent un instant sans cesser de le détailler.

— En effet, je ne vous connais pas, ce qui est regrettable. Vous n’êtes pas d’ici, n’est-ce pas ? Si je vous avais croisé par le passé, soyez sûr que je m’en souviendrais.

Allan fut décontenancé par ces paroles. Rêvait-il ou ce type plein aux as était en train de le draguer ?! Allan se reprit, il n’avait pas le temps pour ce genre de choses !

— Ouais, ben évitez de juger les gens sur leur voiture ou leur apparence !

Il se pencha et enleva ses chaussures au beau milieu de la station devant l’inconnu. Ses baskets puaient le gasoil et il était hors de question qu’il les garde aux pieds. Il les posa sur le comptoir, partit en chercher dans un rayon et jeta des billets près de la caisse. L’inconnu l’avait observé faire avec un certain intérêt et un regard curieux. Il s’éloigna finalement vers la porte, mais fut interpellé :

— Puis-je au moins avoir votre nom ?

Allan s’arrêta un instant, regarda l’inconnu et répondit sèchement :

— Non !

Il quitta la boutique sous le regard amusé de son interlocuteur. Allan avait pris assez de retard et songeait maintenant à la rencontre à venir avec son futur-ex-beau-père.

 

Extrait N°2

Allan reporta les yeux sur la bouteille dans sa main. De toute évidence, il était le seul à accorder autant d’importance à cette enfance. Bien sûr, pourquoi Nathaniel se serait-il arrêté à ces années passées ? Ils étaient bien trop différents et Allan le savait. Il ne dit plus rien parce qu’il n’y avait plus rien à dire et il ne voulait pas continuer à se ridiculiser. Après tout, Nathaniel avait raison. Ceci devait rester dans le passé.

Nathaniel le détailla tandis que le silence revenait. Seuls les craquements de la braise sous les flammes du feu de cheminée résonnaient parfois. Il ne s’était pas attendu à pareille tournure dans leurs discussions, ni à constater les traits soudainement si préoccupés d’Allan. Il se redressa un peu et glissa sa main sur la bouteille de Scotch pour la lui ôter et la poser sur la table basse. Allan releva son regard accusateur dans le sien, mais aucun mot ne fut prononcé pour autant. Nathaniel le soutint, sincèrement désolé de constater cette rancœur dans les prunelles bleues d’Allan.

Nathaniel savait qu’il n’avait pas été particulièrement agréable depuis son arrivée à Northfolk, mais il avait réagi en proportion aux attaques du blond. Son regard toujours dans le sien, il prit conscience de leur proximité, de la tension flagrante qui régnait en cet instant plus que les autres. Il n’y avait sans doute plus de place pour les réquisitoires ou tentatives de plaidoirie. Nathaniel sentait, Nathaniel savait pourquoi cette tension régnait irrémédiablement entre Allan et lui.

Son regard bleu dans le sien, il vit son visage se rapprocher, sentit son haleine à peine alcoolisée et sucrée caresser sa peau. 

 

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