Logosted2
×
 x 

Panier Vide
Shopping cart
Panier Vide
Articles
Categories
Ebooks à télécharger

ChroniqueeteÀ quarante ans, Will se considère comme un homme épanoui, entre sa meilleure amie, Harriet, et son amant, Sandy. Pour son anniversaire, sa soeur lui offre des vacances en Cornouailles dans une maison bleue qu'il croît reconnaître. Il s'y rend avec ses parents, John et Frances, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Dans ces lieux paisibles, l'arrivée de Sandy va entraîner des déchirements familiaux qui en rappelleront d'autres, enfouis... Trente-deux ans auparavant, dans cette même maison, Will s'appelait encore Julian et passait des vacances insouciantes avec sa mère. Une sérénité troublée par la visite du séduisant beau-frère de John. Les deux époques s'enchevêtrent subtilement, tandis qu'entre le rire et les larmes se cristallisent les drames cachés d'une famille ordinaire.

Amazon

Commander sur Amazon Canada 

Poche: 478 pages
Editeur : 10 X 18 (1 janvier 2004)
Collection : Domaine étranger
Langue : Français
ISBN-10: 2264038594
ISBN-13: 978-2264038593
Dimensions du produit: 17 x 10,8 x 3 cm
Moyenne des commentaires client : 4.5 étoiles sur 5  (4 commentaires client)

Extrait

La Maison bleue
« Au fond, j’ai un peu le sentiment que ma présence ici est une imposture, lui avoua Will. Dans l’ensemble, je suis un homme heureux. Non, il n’y a pas de “dans l’ensemble” qui tienne. Je suis heureux. Je suis un homme heureux. 
— Parfait, déclara-t-elle en croisant les jambes, avant de caresser sa cheville comme pour en effacer un pli. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? 
— Que je suis heureux ? »
Elle hocha la tête.
« Eh bien… » Lui-même décroisa les jambes, s’adossa au canapé et jeta un coup d’œil par la fenêtre du cabinet. Les eaux de la Bross miroitaient à la lisière du parc Boniface, où deux promeneurs s’arrêtèrent, unis dans une brève complicité par les gambades de leurs chiens.
« J’imagine qu’en général vous recevez des gens qui ne savent plus où ils en sont. Des gens en pleine dépression, ou confrontés à des problèmes insolubles. 
— Quelquefois. Certaines personnes viennent aussi me consulter simplement parce qu’elles se sont égarées. » Ayant détecté dans sa voix une pointe de suffisance sacerdotale, il sentit qu’il allait la détester.
« En fait, je suis ici parce qu’une amie m’a offert quelques séances pour mon anniversaire. Elle croit que j’en ai besoin.
— Ça vous ennuie ? » 
Will haussa les épaules, puis éclata de rire. 
« Au moins, ça change des chaussettes et des bons d’achat de livres ! 
— Mais vous ne voyez pas la nécessité d’être là.
— Je… Au risque de paraître prétentieux, non, je ne la vois pas. Pas spécialement. C’est juste que ç’aurait été grossier de ne pas venir, bien qu’elle soit beaucoup trop discrète pour me demander où j’en suis avec vous. Si je ne venais pas, ce serait une manière de rejeter son cadeau, et je m’en voudrais terriblement. Je l’aime, vous comprenez. 
— Et elle, c’est…?
— Harriet. Ma meilleure amie. Une seconde sœur, en quelque sorte, mais je la considère d’abord comme une amie, et ensuite seulement comme un membre de la famille.
— Vous éprouvez plus de loyauté envers vos amis qu’envers votre famille ?
— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Mais vous savez ce que c’est : on quitte le cercle familial afin d’aller vers autre chose, on se choisit de nouveaux alliés… Bref, on fait ce qu’il faut pour devenir adulte. J’ai le sentiment d’aller vers autre chose, moi aussi. Un peu tardivement, j’imagine. 
— Donc, c’est d’une femme que vous vous sentez le plus proche.
— C’est inhabituel ? »
Elle ne répondit rien, se bornant à attendre qu’il poursuive. 
« Je suppose, oui, reprit-il. Mais je ne suis pas du genre à avoir des copains. Je ne l’ai jamais été. Je trouve les femmes plus agréables, plus évoluées. Je veux dire, je suis parfaitement heureux d’être un homme, mais à mon avis j’ai plus de points communs avec les femmes.
— Par exemple ? »
Il la détestait, sans le moindre doute. Il la détestait souverainement. 
« Ce qui nous fait rire. La façon dont on occupe nos loisirs. Et, O.K., j’imagine que vous voudrez aborder le sujet… 
— Je ne veux aborder aucun sujet que vous n’avez vous-même envie d’aborder. 
— Peu importe. On partage aussi… enfin, des affinités sexuelles. On a les mêmes goûts, quoi.
— Vous êtes homosexuel ?
— Je suis gay. » Will sourit, déterminé à la charmer ; mais, imperméable à ses efforts, elle ne daigna lui accorder en retour qu’un sourire glacial.
« Je vous le répète, je suis heureux.
— Votre sexualité n’est pas un problème pour vous.
— Elle ne l’a jamais été. Au contraire, c’est une source constante de joie. Il ne se passe pas un jour sans que j’en remercie Dieu. Au fond, je me sens même soulagé. Surtout maintenant que toutes mes amies ont des enfants.
— Vous n’en avez jamais voulu ?
— Bien sûr que si. Quelquefois. Pour plaisanter, Hats assure toujours que si elle meurt j’hériterai du sien. Mais non. L’envie m’est venue, et elle a disparu. Il y a déjà bien assez de gosses comme ça sur terre, et de toute façon je ne suis pas particulièrement obsédé par l’idée de me voir reproduit en plusieurs exemplaires. D’ailleurs, un de mes neveux est mon portrait tout craché, ce qui règle la question. J’apprécie ma propre compagnie. Je ne me considère pas exactement comme égoïste, mais je me suffis à moi-même.
— Vous ne souhaitez pas vous fixer ? Vous avez quoi, trente-cinq ans ? 
— Merci, j’en ai eu quarante cette année. Et je me suis fixé. J’ai un travail qui me plaît, un bel appartement… Simplement, je me suis fixé seul.
— Et quand vous voyez tous ces couples autour de vous, vous n’avez pas envie de trouver votre alter ego ? 
— Oh, je l’ai trouvé. Enfin, plus ou moins. Au fond, si je suis là, c’est surtout à cause de lui. Je lui ai fait une promesse. Ce n’était qu’une blague, au départ, mais j’en ai touché un mot à Harriet et…
— Parlez-moi de lui. » 
Il s’interrompit, jeta de nouveau un coup d’œil au panorama.
« Désolé, répondit-il enfin. C’est personnel. 
— Tout ce que vous me direz…
— … restera strictement confidentiel. Oui, je sais. En attendant, on se connaît à peine, vous êtes encore une étrangère et je préférerais ne pas l’évoquer pour le moment. La situation n’a rien de douloureux, croyez-moi. Il est adorable. Il me comble. Mais je ne suis pas venu pour parler de lui. » 
Son léger haussement de sourcils attentif semblait demander : Alors, de quoi êtes-vous venu parler ? 
« On ne devrait pas commencer par mon enfance ? lança-t-il. C’est bien le processus habituel, non ? 
— Si vous voulez. 
— Je vous préviens : je n’ai pas été maltraité. Je n’ai pas été négligé. J’adore mes parents et j’ai adoré mon enfance. Elle a été très, très heureuse. 
— Racontez-moi. » 
 
-- Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

 

 

Commentaires (0)

There are no comments posted here yet