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kyrian malone et jamie leigh

Créé le 3 janvier 2011

Résumé Un rien sépare le monde des morts et celui des vivants. Faith le sait puisque Faith est morte il y a quelques jours... Ou quelques mois, elle ne sait plus. De l'autre côté, le temps n'a plus d'effet, il n'est plus palpable, mais la douleur, elle, perdure en voyant son entourage souffrir de sa disparition. Faith est morte mais Faith n'a pas vu cette lumière dont tout le monde parle, venir la chercher. Quand bien même, Faith n'a pas terminé ce qu'elle a commencé ici-bas. Elle n'a que 26 ans, fêtera bientôt ses 27 ans et Sarah est enceinte de Lilly, leur petite fille conçue à Vancouver il y a 6 mois par insémination. Faith était sur le point de réaliser son rêve, fonder une famille. La mort ne suffira pas à lui faire renoncer à son bonheur... Faith est déterminée à revenir dans le monde des vivants !

 

 

 

 



Prologue

 

Tout le monde meurt un jour. Personne ne peut rien y faire si ce n’est repousser l’échéance. Tout le monde doit mourir, c’est un fait. Vous, moi, nos proches, rien ni personne n’y échappe.

Nous vivons avec la mort, mais quelle importance lui donnons-nous ? On regarde les actualités : une femme a tué ses trois enfants ; un 747 a explosé au-dessus de l’Atlantique ; des touristes pris en otage ont été fusillés. Ces annonces sont quotidiennes et plus ou moins étayées selon les intérêts politiques du moment. Qui réagit à cela ? Personne si les victimes ne sont pas célèbres. Hormis se sentir compatissant, peiné, choqué l’espace de quelques secondes ou minutes, ces gens qui meurent font partie du décor… triste constat, mais réaliste. Comment pourrions-nous vivre si nous n’étions pas insensibles à ces tragédies ?

Quoi qu’il en soit, à 26 ans, on pense à tout, sauf à mourir. On se croit invincible, intouchable. On songe à son avenir, on termine ses études, on commence une carrière, on s’engage, on comprend le sens du mot « aimer », on projette d’avoir un premier enfant…

À 26 ans, le monde nous appartient, du moins, c’est ce que je pensais.

 

Chapitre 1

A jamais

J’étais heureuse de voir Sarah égayée, le sourire constamment aux lèvres et riant à la moindre plaisanterie. Nous avions passé la soirée avec nos amis d’enfance. Danielle et Samuel s’étaient mariés trois ans plus tôt. Tous les quatre nous étions rencontrés au collège sans jamais nous perdre de vue. Ce soir-là, Sarah et moi fêtions nos huit ans de fiançailles.

Pour l’occasion, nous avions réservé une table dans un petit restaurant situé dans la banlieue de New York : le Grafton. Un endroit chaleureux et tenu par une famille d’Irlandais venus s’installer en ville depuis plusieurs générations. Les discussions s’étaient tournées vers notre passé commun, vers nos années lycée à Northfolk en Californie. Danielle et Sarah avaient étudié à UCLA, Samuel avait obtenu une bourse pour Yale et pour ma part, je m’étais arrêtée après le lycée. À l’époque, je n’avais guère été tournée vers les études, avait préféré passer tout mon temps près de Sarah. Après l’obtention de notre diplôme, j’avais enchainé les petits boulots pour payer les factures de notre appartement. À cette époque, je me fichais des projets de carrière, de l’ambition professionnelle. Tout ce qui importait était de profiter de la vie avec ma copine…

J’avais eu raison.

Nous quittâmes le Grafton aux alentours de onze heures. La rue était déserte. Seuls, quelques fracas de bouteilles de bière triées à l’arrière des bars rompaient le silence. Il me tardait de rentrer chez nous, de rejoindre notre nouvel appartement où nous habitions depuis six mois. Sarah l’avait entièrement décoré. De mon côté, je m’étais occupée de la peinture et de la chambre du bébé… Sarah était enceinte, portait notre enfant, du moins, je le voyais ainsi, même si elle avait le rôle évident de la mère ! Moi aussi je tenais le rôle d’une future mère et je n’en revenais pas… Nous avions rejoint Vancouver l’année précédente pour entreprendre les démarches en vue d’une insémination artificielle. Notre rêve de fonder une famille se réaliserait bientôt et je me surprenais à compter les jours, ou plutôt les neuf semaines avant que nous devenions parents…

Sarah glissa sa main dans la poche arrière de mon jeans et nous marchâmes tranquillement en profitant de l’air frais.

— J’ai pas du tout aimé comment la serveuse te regardait ! m’annonça-t-elle en laissant s’échapper un petit nuage de buée.

Je ne pus que sourire. Sarah était d’une jalousie maladive. Là où Samuel et Danielle se disputaient régulièrement, je me rassurais des remarques de ma petite amie. Je considérais la jalousie comme un sentiment normal lié à l’amour. Je souffrais  quand un homme posait son regard sur Sarah. Je lui répondis, taquine :

— Quelle serveuse ?

Sarah roula des yeux et m’envoya une petite tape du revers de sa main dans le bas ventre.

— Te fiche pas de moi, t’as bien vu qu’elle était aux petits soins pour toi toute la soirée.

Je préférai couper court pour la rassurer :

— Je n’ai rien remarqué.

Ainsi, le sujet serait clos jusqu’aux prochains regards de jolies filles qui se poseraient sur moi par inadvertance. Nous arrivâmes à la voiture. Sarah prit ma main et me serra contre elle en enlaçant ses bras autour de mon cou :

— Tu sais de quoi j’aurais envie là tout de suite ?

Mon esprit mal placé formula des conclusions hâtives que je dus chasser au plus vite. Je répondis d’un air coquin en la gardant bien contre moi :

— D’un gros câlin agrémenté de framboises et de chantilly ?

Le regard de Sarah brillait. Elle arborait une expression à la fois taquine et aguicheuse :

— Non… De chocolat.

— Tu sais qu’on sort de table ?

— Tu sais que je suis très enceinte de toi ?

Comment pouvais-je résister à pareil argument ? Je lui souris et me reculai afin d’ouvrir sa portière.

— Je vois… On trouvera bien un truc ouvert sur la route pour t’en acheter.

— T’es un ange.

Sarah s’installa en affichant une expression à laquelle je ne pouvais résister même si mon petit sous-entendu n’avait pas eu l’effet escompté. Depuis quelques semaines, je devais refouler mes envies incessantes, mon obsession de lui faire l’amour. Son corps et ses tendres soupirs me manquaient, mais j’attendrais. Si Sarah rencontrait quelques désagréments dus à sa grossesse, je devais aussi gérer les miens. Quand les premières nausées s’étaient fait sentir, Sarah m’avait maudit de l’avoir encouragée à porter notre enfant (quand elle ne m’accusait pas d’avoir refusé d’être enceinte). Ses sautes d’humeur cyclothymiques étaient aussi difficiles à gérer. Elle voulait, ne voulait plus, riait, pleurait, et ce, en moins d’une heure.  Sa prise de poids, que je trouvais adorable, la rendait dépressive et déprimée. Mais je m’étais préparée à tout cela, la soutenais et parvenais à la rassurer.

Je refermai la portière côté passager et contournai notre voiture vers la place conducteur. Cependant, je n’eus pas le temps d’ouvrir le véhicule : un homme me saisit le bras et me plaqua dos contre la voiture. Mon cœur s’affola aussitôt. Je rivai mes yeux sur mon agresseur, mais une cagoule dissimulant son visage m’empêcha de le voir. Son regard ! Je ne l’oublierai jamais… Noir, agressif, empli de haine… Mon cœur s’emballa quand je sentis le métal froid de son arme se poser sur mon front.

— Tu vas me filer ton fric et les clefs de ta caisse.

Sarah était dans la voiture et je redoutai qu’elle sorte. Ma femme enceinte était derrière moi, portait notre enfant. Cette évidence se répétait dans mon esprit malgré le canon posé sur mon front. Je répondis sans réfléchir :

— Ok… Attends.

Mes mains tremblaient, mes jambes flageolaient. L’homme pressa le métal du canon sur ma peau et haussa le ton :

— Grouille ou je te descends !

Je n’eus pas le temps de fouiller dans ma poche pour sortir mon portefeuille et entendis ce que je redoutais. Derrière moi, Sarah ouvrit la portière et implora :

— Je vous en prie, baissez votre arme, on vous donnera tout ce que vous voulez…

Notre agresseur porta aussitôt le canon de son revolver dans sa direction :

— Bouge-pas toi ! Laisse ton sac dans la caisse !

Mon sang se glaça et tout se passa très vite. La panique s’empara de moi. Dans un mouvement, je détournai son arme, en maintenant le canon vers le bas. Peu m’importait que cet homme soit plus fort que moi ou qu’il me tire dessus, du moment qu’il  ne blessait pas Sarah. Dans la lutte, un coup de feu retentit et l’homme s’enfuit en courant. Je restai figée en le regardant s’éloigner puis disparaître au carrefour d’une rue. La peur ne me quitta pas, je ne cessais de trembler sous le coup de mes émotions. Je me tournai aussitôt vers Sarah et m’assurai qu’elle n’était pas blessée :

— Ça va… Il est parti, c’est fini ma puce.

Je devais me calmer pour ne pas l’inquiéter. Elle s’approcha de moi sans me regarder et je suivis son regard tourné vers le sol. Un corps  gisait sur le trottoir, mon corps... Le temps sembla s’arrêter à cette seconde précise.

Mon cadavre gisait aux pieds de Sarah, le sang s’écoulait de ma chemise blanche et se répandait sur le bitume. Je niais l’évidence et relevai vivement mes yeux sur Sarah :

— Non… Non…

J’étais en plein cauchemar, devais me réveiller.

— Je suis là, ma puce !

Sarah s’agenouilla, tremblante, près de ce corps qui était pourtant le mien. Elle ramena sa main sur ma blessure tout en appelant le 911 :

— Allô…

Le ton cassé de sa voix m’anéantit plus que je ne l’étais déjà.

— J’ai besoin d’une ambulance. Ma… Ma petite amie… On lui a tiré dessus. Je suis... Je suis sur Grafton Street.

Mon sang s’écoulait entre les doigts fins de Sarah. Cela ne pouvait être qu’un cauchemar. J’allais me réveiller ! Je refusais la réalité, relevais mon regard vers celui imbibé de larmes de Sarah. J’étais figée, incapable de parler tant ce qui se passait relevait de l’impossible. Sa voix anéantie résonna :

— Je suis là… Tiens bon bébé ! Je t’en supplie, me laisse pas toute seule.

Comment cela était-il possible ? Elle regarda  autour de nous. Je l’imitai. Que faisaient les secours ? Ils devaient me sauver, mais aucune sirène ne résonnait.

— À l’aide, criai-je… AIDEZ-NOUS !

Je m’accroupis près de Sarah, voulus poser ma main sur la sienne dans un réflexe, mais passai au travers. Je paniquai, mesurai que Sarah ne me voyait pas, ne m’entendait pas…

J’étais morte.

Les choses se précipitèrent alors autour de moi, comme un film visionné en accéléré, mais où chaque seconde, aussi courte fût-elle, avait un impact dévastateur : je me vis sur un brancard, sous une lumière vive et aveuglante, des hommes autour de moi tentaient vainement de me ramener à la vie, la couleur rouge de mon sang maculait leurs gants et un drap blanc recouvrit mon visage.

Je vis Sarah à l’hôpital, entourée de ses parents, de nos amis et j’assistai à l’annonce de ma mort. Le décor s’effaça, laissa place à un autre, à notre chez nous. Sarah était effondrée, en larmes, déchirée par sa peine. Ses cris de désespoir perçaient le silence. J’étais impuissante. Je souffrais, ressentais sa douleur au plus profond de moi. Si je n’avais plus de corps, mon tourment était bien présent, bien réel et palpable. 

A suivre dans la version intégrale. 

Format numérique :

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Edition de Poche - 311 pages : 16.17€

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Quelques avis de lecteurs : 

et="_blank">"Have Faith" - Une romance lesbienne sur fond de surnaturel

 

 

Créé le 4 décembre 2010

 

Résumé : Quand une de ses tantes lui lègue sa maison dans la petite ville paisible de Northfolk, Faith Ryan n'en comprend pas la raison. Étudiante dans une école d'architecture, la jeune femme décide de rénover la demeure et de la vendre, son stage achevé. Mais lorsqu'à peine installée, sa voisine Sarah Leary, la quarantaine séduisante, vient frapper à sa porte, Faith ne se doute pas encore que sa vie en sera bouleversée - 171 pages

 

 

Une vieille tante était morte. C’était ce que sa mère lui avait dit quelques jours plus tôt.

A présent, Faith se tenait devant cette demeure que la défunte lui avait léguée. Elle n’en connaissait pas les raisons. Elle n’avait pas connu cette personne, ne se souvenait pas de l’avoir même déjà croisée. Néanmoins, elle pouvait affirmer que cette maison n’avait rien d’une ruine ou d’une cabane. Au contraire, sa taille permettait autant d’espace intérieur que de discrétion extérieure; une moitié de façade étant dissimulée derrière quelques arbres posés sur un parterre de fleurs. Après quelques pas dans l’entrée, puis dans le salon et la salle à manger, elle comprit néanmoins rapidement que des travaux seraient nécessaires.

A l’évidence, cette tante se consacrait davantage à son jardin qu’à la décoration et l’aménagement intérieur de sa demeure. L’ambiance reflétait d'ailleurs l’âge avancé de l’ancienne propriétaire. La brune ramena une main dans ses cheveux et se gratta la tête, la vente de cette maison ne serait pas aisée dans cet état et elle devrait consacrer tout son temps libre aux travaux. Par chance, le cabinet d’architecte qui allait l'employer pour son stage ne se trouvait qu’à quelques kilomètres. Elle n’aurait donc pas à venir dans cette petite ville de Northfolk tous les week-ends et repartir sur Los Angeles toutes les semaines. Une fois qu’elle eut fait le tour de la propriété, elle rejoignit sa voiture garée devant le garage, mais poursuivit son chemin jusqu’au trottoir.

Son regard parcourut le quartier qui lui semblait plutôt calme et surtout bien entretenu. Elle devrait vivre les prochains mois en ces lieux et devrait s’habituer à cette différence flagrante entre Northfolk et Los Angeles. Au moins, les demeures du voisinage semblaient dégager de bonnes ondes, peut-être était-ce dû à leurs façades ou  architecture. Un silencieux soupir s’évada de sa gorge, songeur et peu certain. Son esprit tentait de se concentrer sur les points positifs qui découlaient d’un long séjour dans cette petite ville. Non seulement, elle serait tranquille pour se consacrer à son stage, mais les révisions pourraient s’avérer plus fructueuses dans ce calme. Elle ne serait pas tentée de sortir, de rejoindre ses amis dans un des bars de la cité des anges. Puis, elle devrait rentrer sur Los Angeles une semaine par mois pour ses cours. Dans un élan d’enthousiasme, elle repartit vers son véhicule et en sortit ses deux sacs et une sacoche. Après tout, si son moral faisait des siennes, Los Angeles n’était qu’à deux heures de route. Elle posa ses affaires à l’entrée, saisit son portable et se dirigea vers la cuisine. Elle composa un numéro et détailla la pièce.

Personne n’avait dû  passer dans cette maison pour faire un peu de rangement après la mort de cette vieille tante. Des boîtes de médicaments de toutes sortes couvraient presque la moitié du comptoir, non loin d'ordonnances qui traînaient sur le plan de travail, près des épices. La brune finit par trouver les sacs poubelles dans un placard sous l’évier et coinça son téléphone entre son oreille et son épaule pour débuter son grand ménage. Si elle devait réaménager cette demeure, elle devrait tout refaire de A à Z. Elle répondit à son ami à l’autre bout de la ligne.

Faith : Demain si tu peux, ce serait bien… Parce que je vais avoir du mal à bouger le canapé ou le buffet toute seule.

# Ouais, c’est là que tu vois que t’as besoin d’un mâle, Faith.

La brune secoua la tête sur cette plaisanterie et sourit.

Faith : J’ai besoin d’aide pour le déménagement, pas dans mon lit… T’arrives demain, alors ?

# Ouais, t’en fais pas, on sera là vers dix heures, j’appelle les autres! Et y’a un supermarché dans ton bled ou on doit ramener la bouffe et les bières ?

La brune rit un peu sur ces mots pour le moins exagérés. D’un geste du bras, elle poussa toutes les boîtes de médicaments dans le sac poubelle.

Faith : C’est bon, ils ont un supermarché, en fait, ils ont même un centre commercial!

# On arrête pas le progrès! On se voit demain, Faith… Oh et Tayler me fait dire qu’elle t’appellera tout à l’heure, mais ça, tu devais déjà le savoir…

La brune le savait effectivement. Tayler, la petite amie de son interlocuteur, était aussi sa meilleure amie depuis qu’elles s’étaient rencontrées au début de leurs études à l’école d’architecture.

Faith : Ok… A plus, Sean.

Elle raccrocha et poursuivit sa tâche fastidieuse qui consistait à faire un tri dans la nourriture entreposée dans les placards, le réfrigérateur et certainement dans le congélateur qui se trouvait à la cave. Elle entendit frapper à la porte et fronça les sourcils, surprise. Elle s’y dirigea et ouvrit. Devant elle, se tenait une femme blonde, habillée d’une longue veste de laine et d’un bonnet qui couvrait ses longs cheveux. Celle-ci lui sourit.

– Bonjour, je suis la voisine d’en face.

L’inconnue désigna la maison d’un signe de main et poursuivit.

– Vous êtes sans doute la fille d’Abigaël Winters ?

Faith avait détaillé cette femme devant elle. Au moins, les voisins semblaient accueillants et sympathiques. Elle lui sourit poliment.

Faith : Non, je suis une petite nièce, elle m’a légué sa maison.

La jeune femme lui tendit sa main.

– Sarah Leary… Et toutes mes condoléances pour votre tante.

Faith saisit cette main pour la saluer, non sans trouver sa voisine plutôt séduisante pour une femme d’une quarantaine d’années.

Faith : Merci, mais en fait, je la connaissais pas.

Sarah garda son léger sourire et glissa ses mains dans les poches de sa longue veste.

Sarah : Vous comptez emménager ou vous êtes là pour vendre la maison ?

Faith : Les deux. Je vais la réaménager avant de la vendre, elle est plus vraiment au goût du jour si vous voyez ce que je veux dire…

La blonde acquiesça et jeta un coup d’œil sur les sacs qui traînaient sur le palier. Elle releva son regard émeraude sur cette jeune femme qu’elle détailla un instant.

Sarah : Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous venez frapper, je suis chez moi toute la journée, et la nuit accessoirement… pour dormir… enfin... bref, vous m’avez comprise!

 

Ebook supprimé du site sur demande des auteurs en raison des changements de ligne éditoriale visant à proposer les titres de meilleure qualité.

Si vous souhaitez malgré tout le commander, merci de nous contacter.

 

Créé le 4 décembre 2010

etica, Arial, sans-serif; line-height: 16px; text-align: justify;">Résumés : Deux jeunes femmes en couple ont un fantasme : S'offrir les services d'une professionnelle pour une soirée torride dans leur maison de Malibu. Elles ont l'argent pour se payer les faveurs de Faith Ryan, vingt-huit ans, qui accepte de les suivre et de se soumettre à tous leurs désirs. Seulement, quand les désirs consommés laissent place aux discussions et aux sentiments, le prix à payer peut s'avérer conséquent.

 


 

La discothèque était bondée ce samedi soir et les deux blondes, au bar, regardaient les gens aller et venir. Ici, ils ne laissaient pas rentrer n’importe qui. La plupart des soirées étaient privées, et le staff connaissait chacun de ses clients et habitués. Une coupe de champagne à la main, Danielle regardait aux alentours, comme à son habitude. Dos au comptoir, sa main gauche restait sur la cuisse de sa compagne et elle ramenait son verre à ses lèvres en fouillant la salle des yeux. Ces derniers s’arrêtèrent sur une jeune femme brune. Elle aussi était une habituée, elle devait avoir entre vingt-cinq et trente ans. Son « travail », tout le monde le connaissait, hommes et femmes. Elle offrait ses services à des célibataires, des couples, pour une soirée ou plus si la somme d’argent était conséquente. La lèvre de la blonde venait doucement frotter entre ses dents sans la quitter des yeux. Sa tête à peine penchée, son regard parcourait ses formes, sa silhouette fine. La brune était une belle jeune femme au charisme et au charme déroutant.

–  Sarah ?

L’autre blonde, assise à sa gauche, jambes croisées, la fixa pour détailler son profil. Elle plissa les yeux en comprenant que sa compagne avait dans son champ de vision un point précis. Elle suivit son regard et le sien se posa sur cette brune. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, l’expression taquine.

–  Tu sais qu’elle prend au moins cinq mille dollars la soirée ?

Danielle le savait et cela n’avait pas la moindre importance.

–  Allez, on va rire… Tu veux pas qu’on la ramène à la maison ?

Sarah demeurait plus incertaine. Elle se pinça les lèvres, ses yeux émeraude sur cette jeune femme brune. Elle connaissait les goûts de Danielle et devait admettre que cette fille était charmante.

–  Juste pour ce soir.

Sarah  aimait faire plaisir à son amante et cédait pratiquement à tous ses caprices. Même si ce genre de choses ne faisait pas partie de leurs habitudes, la blonde et elle en avaient déjà discuté et ce  fantasme de la « troisième fille » ne lui déplaisait pas. Elle sourit tendrement à Danielle.

–  Va la chercher et dis-lui de venir prendre un verre avec nous.

Danielle ne pouvait que sourire. Elle fixa son amante de ses yeux bleus étincelants, sa lèvre entre ses dents, et se pencha sur elle pour poser un doux baiser sur les siennes.

–  Je t’aime, toi.

Sarah frissonna et lui répondit spontanément.

–  Moi aussi.

Danielle posa son verre et rajusta son haut, enthousiaste.

–  J’y vais.

Sarah la regarda s’éloigner vers la brune et en profita pour la contempler dans son petit jeans moulant bleu clair et déchiré sur le dessous de sa fesse droite. Sa blonde était jeune, avait toujours cette allure décontractée qui ne laissait rien transparaître de leurs moyens financiers.

 

*********

 

La brune était vêtue d’un cuir noir et d’un haut moulant en latex, attaché dans son dos par de simples lacets. Il dévoilait et serrait sa poitrine dans un décolleté généreux et aguicheur. Un verre à la main, elle souriait à un couple d’hommes qu’elle connaissait par habitude. Elle sentit des doigts tapoter son épaule et se tourna vers la jeune femme blonde. Instinctivement, elle la détailla, la jaugea au premier regard. Celle-ci devait être âgée de vingt-cinq ans environ. Elle lui fit son sourire commercial autant que charmeur.

–  Je peux t’aider ?

Danielle l’avait davantage détaillée dans cette approche et son air s’était fait, malgré elle, plus incertain. Elle repoussa du bout de ses doigts sa frange dorée qui tombait sur son front et révéla cette étincelle claire et bleue.

–  Salut.

Elle lui montra Sarah plus loin.

–  J’ai ma petite amie là-bas et… on se demandait si tu pouvais… enfin…

Sa voix se baissa, plus discrète.

–  Si tu pouvais venir boire un verre avec nous… elle et moi, toutes les trois… tu vois ?

Faith avait plissé les yeux sur l’autre blonde plus loin. Elle avait légèrement souri, amusée par le comportement intimidé de cette jeune femme. Elle devinait qu’elle n’était pas habituée à demander de quelconques services à des personnes comme elle. Elle but quelques gorgées de son verre et la détailla pour mieux la cerner. Elle avait déjà vu ces deux jeunes femmes blondes et savait qu’elles étaient en couple, peut-être depuis trois ou quatre ans.

–  Pourquoi pas.

Elle prit un air plus charmeur et rajouta.

–  Je te suis.

 

A suivre...

 

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Faith se réveilla avant Sarah. Son corps collé au sien lui tournait le dos. Ses narines s’approchèrent de ses cheveux dorés, voulant se gorger de ses fragrances vanillées. A peine avait-elle ouvert les yeux que son désir était remonté au creux de son ventre. Cette envie de réitérer son forfait, de lécher Sarah, de s’approprier son essence intime et de la déguster faisait toujours rage en elle.

Pour Faith, il n’existait pas meilleure emprise sur l’autre, meilleur moyen de posséder une personne. Elle en frissonnait et percevait cette excitation familière naître entre ses cuisses. Les flashs de leur étreinte la berçaient avec ravissement. Elle s’accouda, pencha son visage au creux de son cou, trouva le berceau de ses parfums et y glissa ses lèvres. Sa main ne tarda pas à se glisser sous le drap et ses doigts trouvèrent alors la douceur de la peau de Sarah sur son ventre plat. Il faisait nuit, ce qui lui laissait le temps de la caresser, de profiter de son corps et de la réveiller comme Sarah le méritait. Elle la vit revenir à elle et perçut ses doigts fins se faufiler dans ses cheveux.

Pouvait-elle être plus audacieuse ? Ses doigts descendirent avec lenteur jusqu’au tissu de son short et tracèrent leur chemin sous ce dernier. Sarah la laissait faire et Faith n’y voyait qu’une autorisation silencieuse à poursuivre sa fabuleuse conquête. Ses doigts se faufilèrent sous le tissu et son désir s’accrut en constatant l’absence d’un quelconque sous-vêtement. Ils atteignirent la fine toison du pubis de Sarah et ses yeux se fermèrent afin d’imaginer ce qu’elle touchait. Le sexe entretenu de la blonde était sous ses doigts… Elle capta le doux soupir de sa blonde, se redressa et rouvrit les yeux en la voyant se tourner sur le dos. Elle se perdit un instant dans son regard émeraude qui brillait pour elle, lui insufflant de poursuivre sa torture.

Dieu que Faith aimait la voir se soumettre à elle, quémander ses attentions, la savoir attendre sa décision de la faire jouir. Sa jambe se glissa entre les siennes et les écarta. Ses doigts descendirent davantage, s’immiscèrent dans cette fente jusqu’à trouver ce petit bourgeon humide. Elle mouillait aussi désormais… Dans de doux assauts, son index et son majeur entreprirent de sensuels mouvements circulaires sur son clitoris. Elle retrouvait cette ivresse des sens, calmait cette frustration de la veille. Sarah se donnait de nouveau à elle, repliait ses jambes et les écartait pour lui laisser tout l’accès nécessaire à son trésor.

Faith voulait la faire mouiller, la savoir suppliante de plaisir. Son regard se posa sur ses lèvres entrouvertes d’où s’évadait un souffle chaud, irrégulier. Elle y posa les siennes, captura son soupir, se l’appropria parce qu’il lui appartenait. Ses doigts descendirent et trouvèrent ce lait chaud à l’entrée de ce petit trou qu’elle avait conquis l’avant-veille de sa langue triomphante. Ils s’en imbibèrent et remontèrent sur son bourgeon découvert afin de lui donner une attention toute particulière. Les doigts de Sarah restaient sur sa nuque, s’ouvrant et se fermant sur le rythme lent de ses attentions.

Oui, la blonde aimait sentir Faith la prendre parce que personne à part elle ne savait le faire avec tant de passion et de dévotion. Son index et son majeur repartirent à l’entrée de son sexe vorace et s’y laissèrent happer sans la moindre contrainte. Elle les enfonça, la pénétra profondément et capta dans le baiser ce qui n’était autre qu’un merveilleux gémissement. Faith était douée et le savait… Elle les ressortit, les infiltra de nouveau et entreprit de lents et profonds va-et-vient dans cette cavité chaude et sécurisante.

Elle rompit finalement le baiser et scruta de ses prunelles brillantes l’effet de ses assauts sur Sarah. Sa blonde était haletante, son front suintait et Faith jubilait face à pareil spectacle. Ses assauts redoublaient de sensualité, se faisaient à peine plus rapides. Faith amena son pouce sur le clitoris de Sarah qui se cambra avant de fondre son visage dans son cou. Quand elle perçut les dents de Sarah se fermer sur sa chair, étouffer un gémissement, elle faillit jouir malgré elle, surprise. Ses muscles se contractèrent et ses doigts accentuèrent leurs pénétrations. Elle sentit Sarah en proie à son orgasme incontrôlable, la perçut trembler contre elle, et jouir sur ses doigts. Elle cessa tout mouvement et vit son visage retomber en arrière.

Sarah se retrouvait de nouveau sonnée par ce fabuleux réveil. Elle détaillait Faith… Son regard dans le sien était comme capturé, emprisonné par l’intensité des émotions qui se dégageaient de ce moment. Elle s’était laissée aller à cette étreinte, n’avait pu arrêter les assauts délicieux de Faith. Elle n’était pas du matin, mais jouir en début de journée était très agréable. Faith repoussa quelques unes de ses mèches dorées, encore surprise par cette légère morsure qui avait manqué de faire naître son propre orgasme. L’essentiel était que sa blonde avait joui sur ses doigts. Elle l’avait faite venir deux fois et était très tentée de recommencer dans les minutes qui suivraient.

 

 

 

Créé le 5 septembre 2010

 Le FAN-trailer

De guerre, d'Amour <span class=et de Sang - Tome 1 Réédition 2012 - 2013" width="200" border="0" />

PROLOGUE

 

J’allais mourir.

Parmi les trois ou quatre cent personnes qui allaient et venaient autour de moi, je serais celle qui mourrait dans quelques minutes. Pourquoi, comment, je n’en savais strictement rien et je ne savais pas non plus pourquoi elle m’avait choisie. J’avais toujours eu des doutes sur ma sexualité, mes attirances envers les filles et n’avais expérimenté que les garçons. Pourtant, ce frisson qui m’avait parcourue en la voyant n’était comparable à aucun autre et avait réveillé ce petit quelque chose en moi que je n’expliquais pas.

Il y avait d’abord eu l’instant où je m’étais arrêtée, l’avait regardée comme pour m’assurer qu’elle était bien là, puis ce moment où nos regards s’étaient fixés l’un dans l’autre, celui où j’avais senti mon cœur s’affoler dans ma poitrine. Une réaction physique qui ne trouvait d’explication nulle part mais dont je me rappellerais jusqu’à la fin de mes jours qui ne tarderait pas.

Nous nous étions observées à bonne distance, moi, trop timide, m’arrangeant pour la suivre des yeux, elle, charismatique, attendant peut-être un signe de ma part. Du moins, je voulais le croire…

Elle avait peut-être cinq ou six ans de plus que moi et du haut de mes dix-neuf ans, je n’en menais pas large face aux émotions trop exaltantes qui me bousculaient. Elle avait déjà un pouvoir insoupçonnable : celui de capturer toute mon attention, de se dissocier avec aisance et grâce de la foule dans laquelle nous baignions.

J’avais hésité les premières minutes mais la réalité m’avait frappée : parmi les trois ou quatre cent personnes autour de nous, elle m’avait regardée moi, pas Tommy ou d’autres qui nous entouraient, mais moi seule… Je n’avais pourtant rien de plus que toutes ces filles splendides qui allaient et venaient dans ce bar branché de Portland, ce genre de filles que tous les garçons convoitaient pour passer une bonne soirée pleine de luxure. Ni robe tape à l’œil, ni coiffure sophistiquée, ni talons hauts instables, ni maquillage dégoulinant à la moindre intempérie. J’étais ce que tous appelaient « une fille du comté », une campagnarde de Livermore Falls, petite ville inconnue du Maine à vingt minutes de Lewiston et à deux heures de Portland.

Si j’étais dans ce bar ce soir, ce n’était ni pour passer du bon temps, ni pour boire à me rendre ivre comme la plupart des gens de mon âge. J’avais simplement accompagné Tommy et avais trouvé à travers cette inconnue la plus fascinante des distractions.

Elle se tenait au bout du bar, debout, en retrait de la foule dans un coin plus sombre mais assez éclairé pour que je puisse la contempler. Habillée d’un jeans, un col roulé noir moulait son buste. Son teint pâle faisait ressortir ses sourcils fins et noirs autant que ses yeux que je devinais noisette.

Quand je la vis se redresser, enfiler sa veste et se reculer du comptoir, je ne sus ce qui me prit et trouvai l’audace de la suivre. Le regard qu’elle m’avait lancé m’était parvenu comme une silencieuse invitation. Sans dire un mot à Tommy que je pensais revoir après, je m’éloignai, me frayai un chemin entre les clients jusqu’à atteindre la porte où elle venait de disparaître.

Je me retrouvai dehors et le vent froid me claqua. Je relevai ma capuche sur ma tête et enfonçai mes mains dans les poches de ma veste. Je restai un instant à la chercher des yeux sans la voir. Des gens sortaient, d’autres entraient, des voitures passaient au ralenti devant l’immeuble, mais elle n’était plus là. Il n’était pas pensable de me résigner, de laisser passer la possibilité de lui parler, même pour obtenir simplement son prénom et peu importait de me couvrir de ridicule.

Je contournai la façade du bar jusqu’au parking sans la voir. Il me semblait arriver trop tard… Je me retrouvai seule au milieu des voitures et mesurai mon audace vaine. Jamais je n’avais perçu pareil sentiment de frustration et de dépit en cette seconde.

Je sursautai en entendant un bruit derrière moi et me tournai. Sa silhouette divine se dressa devant moi, à moins d’un mètre. Son visage sembla plus pâle sous la lumière blanche des lampadaires de la rue. Je fronçai les sourcils de façon instinctive, me demandant ce que je faisais planter là. Elle devait certainement se poser la même question en y songeant (ou peut-être pas). Sa main approcha de ma joue et j’eus une seconde d’hésitation spontanée où mon souffle se coupa. Devais-je reculer, parler, arrêter son geste ? Je sentis la fraîcheur de sa peau sur la mienne et sus qu’il était trop tard pour prendre une décision. Sa paume de marbre englobait ma joue. Ses yeux couleur noisette s’assombrissaient sous la pénombre de la nuit. Ils me dévisageaient, hypnotiques et pénétrants. J’en devenais muette et paralysée. Mon cœur battait la chamade, affolé, me provoquant de légers vertiges inhabituels. Le temps sembla suspendu à un fil où le moindre mouvement de ma part aurait pu le rompre et briser cet instant. Immobile, les pieds englués au bitume, je suivis son autre main des yeux avant qu’elle ne m’écarte quelques mèches du visage. Le silence entre nous deux se répandait aux alentours. Je n’entendais plus un seul son malgré la proximité d’une avenue. Même le froid qui nous entourait ne paraissait plus avoir d’effet sur moi. Elle n’avait toujours pas dit un seul mot et ne faisait que me fixer sans relâche. Elle combla le peu d’espace qui demeurait entre nous et brisa enfin le silence.

— Tu me cherchais ?

Sa voix rocailleuse venait de caresser mes tympans. Mes sourcils levés, je me mis à réfléchir à toutes les réponses possibles que je pouvais lui donner. Pourtant, une seule était suffisante et tellement évidente : « Oui » je la cherchais. Pourquoi serais-je sortie sur ce parking, seule, à cette heure tardive s’il en avait été autrement ? Le fait était que je ne parvenais plus à organiser le cours de mes pensées, ne mesurais pas combien la froideur de sa peau était anormale. Mon regard ne se détournait pas du sien comme si sa présence faisait d’elle un mirage. J’osai enfin émettre un son :

— C’est vrai que ça pourrait sembler stupide.

Je me maudis de me perdre dans ma réponse mais m’étais obligée de me justifier. Je n’étais pas de nature timide en général. Cette soirée était l’exception. Je repris dans un air se voulant plus convaincu :

— Je veux dire, ça l’est, je sais, mais tu me regardais et

On se regardait et je ne m’en sortais pas dans mes tentatives d’explications. Le pire était sûrement de la constater impassible face à mes justifications, face à mes balbutiements idiots. Pourquoi diable ne me faisait-elle pas un signe, ne disait-elle pas un mot qui aurait pu conclure ce malentendu ridicule ? Au contraire, elle demeurait immobile, sa main sur ma joue, l’autre occupée dans mes cheveux. Je demeurai paralysée, les semelles de mes baskets scotchées à l’asphalte, affligée de longs frissons nés de ces contacts. J’entendis sa voix, espérant que ses mots me libéreraient de mon malaise.

Et quoi ?

Au contraire, cette question m’enfonça dans mon trouble. Et quoi ? Que devais-je répondre ? Quels avaient été mes derniers mots prononcés avant qu’elle ne formule l’idée d’avoir une suite à mes paroles ? Comment pourrais-je me sortir de cet état de confusion dans lequel j’avais sombré ? Cette fille se tenait devant moi, je sentais ses doigts parcourir mes cheveux, sa main glisser jusqu’à ma mâchoire et je demeurais aussi muette qu’une carpe. Je tentai pourtant :

— Je ne suis pas d’ici… J’habite à Falls.

Je ne vis toujours aucune réaction de sa part. Pourtant, elle me semblait attentive au moindre de mes mots et son regard ne me quittait pas, intimidant. Sans une parole de plus, je vis son visage approcher du mien. A cette seconde, mon cœur perdit son rythme et ses battements devinrent anarchiques. Le contact de ses lèvres sur les miennes me figea, me délesta de toute la tension des dernières secondes et me fit sombrer dans un état fiévreux inimaginable. D’un instant à l’autre, je restai paralysée puis répondis à son baiser, à ce premier contact qu’une autre fille m’offrait et auquel je ne pus résister. Ce moment ne trouvait de sens nulle part. Je ne la connaissais pas, ignorais son prénom mais mes lèvres se refermaient sur les siennes, douces et délicieuses à souhait. Mon souffle s’en faisait plus chaud, irrégulier et je la sentis rompre ce contact enivrant tout en me poussant contre la portière d’une voiture. Mes vertiges devenaient incontrôlables, délirants et autant que ses lèvres descendaient sur ma joue, mes doigts se faufilaient dans sa crinière brune et soyeuse. Tommy ne me croirait jamais, pensai-je l’espace d’un instant… Mais Tommy n’avait pas sa place en cette seconde et je le mesurais en respirant les parfums féminins et envoûtants de cette inconnue qui se serrait à moi et me faisait oublier jusqu’à mon prénom.

Je tremblai sous les émotions folles qui me parcoururent, haletai et ignorai le froid ambiant qui ne  calma en rien la chaleur rougissant mes joues. Mon visage tourné vers le sien, je sentis ses lèvres se fermer sur ma peau à l’orée de mon cou. Je la respirai, retins quelques soupirs timides tant je suffoquais de sentir son corps entier se presser au mien. Peut-être étais-je en train de rêver et je refusais de me réveiller. Mes doigts trouvèrent sa nuque, s’y refermèrent en mesurant la douceur de sa peau de glace et je demandai d’une voix plus chaude et bouleversée :

— Tu as froid…

Ce qui ne sembla en rien la perturber alors que d’innombrables bouffées de chaleur me parcouraient.

— Dis-moi au moins… Comment tu t’appelles, lui soufflai-je dans un soupir.

Je n’eus aucune réponse mais un pincement bien localisé sous ses lèvres m’arracha à cet état second dans lequel je sombrais. Je sentis ses dents s’enfoncer dans ma chair et mon souffle se coupa. Elle me mordait, me mordait jusqu’au sang et la douleur qui me saisit, vint entacher les émotions d’ivresse qui s’étaient emparées de moi. Ma main se ferma dans ses cheveux, mes paupières se baissèrent et j’étouffai un râle sans être capable de lui demander ce qu’il se passait. Elle ne bougeait pas, gardait son emprise sur mon corps, sur mon cou. Je sentis son bras m’envelopper alors que mes vertiges de plaisir se transformaient peu à peu en étourdissements. Mes jambes semblaient telles du coton et perdaient de leur force au fil des secondes. Buvait-elle mon sang ? Cette idée incroyable me foudroya, sembla si invraisemblable que je ne pus la croire. Pourtant, je sentais mes forces me quitter. Au bord de l’inconscience, tenue par ses bras puissants, je la vis se redresser. Son regard plus clair sembla transpercer mon âme. Je ne sus si je perdais l’esprit, si j’hallucinais, si la jeune femme qui se dressait devant moi était une chimère sortie tout droit d’un conte pour enfant. Le reflet de ses yeux était clair, ses pupilles dilatées laissaient entrevoir des iris d’un bleu azur mais ses lèvres… Ses lèvres étaient devenues pourpres, aussi rouges que mon sang et révélaient deux canines acérées. Elle m’avait mordue et la vie me quittait. Je la sentais s’évaporer de moi à chacun de mes souffles mais étrangement, je n’en percevais aucune frayeur. Après tout qu’avais-je à perdre ici bas de si cher et si précieux ? Je regardai mon bourreau et ne cessai malgré tout de voir en elle une beauté à la fois féroce et funeste. Si Dieu existait, il m’apparaissait sous sa forme la plus charmante et cruelle à la fois…

Les yeux mi-clos, le froid me saisissait. Mon bourreau m’allongea de moitié sur le bitume en me gardant contre lui. Malgré l’état second dans lequel je me trouvais, je pus la voir se mordre l’intérieur du poignet. Elle le présenta devant mes lèvres et le goût métallique, cuivré et répugnant de son sang s’écoula dans ma gorge. Je voulus détourner mon visage malgré mon manque de force, mais elle le ramena à sa position initiale avant de presser son poignet contre mes lèvres. Plus ce liquide s’écoulait en moi, plus une douleur saisissante me tordait les entrailles. Ce doux rêve devenait un horrible cauchemar. Mon corps épuisé se réveillait, trouvait la force de trembler. Des spasmes m’enserraient l’estomac, pressaient mes poumons. Ma respiration devenait difficile. Chaque inspiration semblait brûler ma trachée et m’exténuait davantage. Je paniquai, et ce qui devait être un semblant d’instinct de survie se réveilla dans l’espoir vain de me libérer de mes souffrances. Elle me tenait fermement contre elle, m’empêchant de me débattre jusqu’à ce que mes membres s’arrêtent de trembler. A cette seconde précise, j’aurais pu le jurer : les battements de mon cœur ralentissaient dans ma poitrine. Mon corps trop faible cessa de réagir et cette douleur vive s’évapora peu à peu. Mes paupières devenues lourdes tombèrent sur mes yeux, me laissant comme seule image le regard pénétrant de mon assassin.

 

A suivre....

 


Livermore Falls, petite ville du Maine d'environ 1700 habitants. Kristen Adams, adolescente de 19 ans va bientôt mourir des mains de Faith Ryan, belle jeune femme aux traits insolents et à l'allure charismatique qui capture son attention au premier regard. Ce que Kristen ignore : Faith est née en l'an 936 dans le comté de  Northumbrie en Angleterre. Ce qu'elle va devenir : Elle ne le sait pas encore, mais elle a été choisie et son dernier soupir rendu dans le Maine la conduira à New York où elle découvrira qui elle est, ou plutôt, qui elle a toujours été.

Le premier roman fantasy écrit par Kyrian et Jamie entre Dublin, Boston, Livermore Falls et Paris. Un livre qui revisite le mythe du vampire de ses origines jusqu'à nos jours.

 

Créé le 26 juillet 2010

Résumé etica, Arial, sans-serif; line-height: 16px;">Quand on a besoin d’argent, on prend ce qui nous tombe sous la main et ce, quel que soit le job. Si on est novice en la matière, il faut savoir se vendre pour le décrocher. etica, Arial, sans-serif; line-height: 16px;">C'est dans cette optique que Sarah s'arrête sur la petite annonce placardée sur la devanture d'un bar. C’est non sans une certaine détermination, qu'elle en pousse la porte. "etica, Arial, sans-serif; line-height: 16px;">Je viens pour le poste…" etica, Arial, sans-serif; line-height: 16px;">Serveuse dans un bar, ça ne doit pas être si compliqué ! Mais Sarah ignore une chose : ce bar n'est pas tout à fait comme les autres…

 


 

Sarah devait repérer les pancartes « Staff wanted ». Elle traversa un passage clouté et s’arrêta à l’angle du trottoir. Devant elle, se dressait un bâtiment New-yorkais dont les normes de sécurité laissaient à désirer. Cela n’avait pas d’importance puisqu’il était urgent qu’elle trouve un job. Elle pénétra dans le bar et balaya le décor des yeux. Les lieux étaient sobres en pleine journée mais la décoration révélait les goûts du propriétaire. Il n’y avait ni musique, ni client… Une personne se redressa derrière le comptoir, des bouteilles de bière à la main.

– Salut… Y’a personne là, je te conseille de revenir vers dix heures…

Sarah s’était faite surprendre par cette jeune femme qui venait d’apparaître, mais au moins, quelqu’un s’occupait des lieux. Elle approcha en glissant doucement ses mains sur son jeans.

Sarah : En fait… Je viens pour le poste…

Elle rajouta dans un signe de pouce vers la porte.

Sarah : J’ai vu la pancarte à l’entrée.

La jeune femme derrière le bar acquiesça et poursuivit sa tâche en remplissant un réfrigérateur de bouteilles de bière.

– Ouais… la pancarte… Et t’as un CV ?

Sarah avança jusqu’au comptoir et croisa les bras en détaillant l’installation, les bouteilles, les machines à pression. Elle hésita.

Sarah : En fait, non… J’ai jamais fait de service, mais si le patron en veut un, je peux revenir et faire quelques arrangements.

Toujours derrière le long bar fait de métal et de bois, la jeune femme se redressa de nouveau et jeta le carton vide plus loin avant d’en prendre un autre et de le poser sur le comptoir.

– T’as quel âge ?

Pendant le courts laps de temps où cette brune la jaugeait, Sarah l’avait scrutée dans ses gestes, son allure décontractée et quelque peu masculine même si sa féminité était flagrante. Elle garda un air naturel et répondit.

Sarah : Vingt-trois ans…

– Tu fais des études ?

Sarah : Non… mais je suis disponible tout de suite et j’ai vraiment besoin d’argent.

La brune acquiesça légèrement sans la quitter des yeux et jeta un autre carton vide vers le premier.

– Des projets ? Tu veux faire barmaid toute ta vie ?

Sur cette question inattendue, Sarah leva les sourcils et esquissa un léger sourire.

Sarah : C’est un pré-entretien avant d’avoir à faire au grand patron ?

– C’est moi le grand patron ici… Et là, c’est un entretien…

Elle contourna le bar pour rejoindre Sarah et ramena ses mains sur ses hanches en la scrutant de la tête aux pieds.

– C’est quoi ton nom ?

Sur l’annonce de son interlocutrice, Sarah s’était tendue. Une nouvelle fois, sa perspicacité l’avait abandonnée. Elle se reprit.

Sarah : Sarah Leary, et… oubliez le passage du CV.

La brune demeura bras croisés sans la quitter du regard. Elle fixait cette petite blonde avec insistance et pouvait aisément deviner que celle-ci n’avait pas dû travailler derrière un bar. Elle s’approcha, tourna lentement autour d’elle et revint sur ses pas :

– T’as jamais travaillé derrière un bar, pas vrai ?

Sarah l’avait suivie des yeux, ses pouces coincés dans les poches de son jeans et intriguée par cette façon dont la brune venait de lui tourner autour. Il était trop tard pour mentir sur ses capacités professionnelles. Elle prit un air convaincant :

Sarah : Non, mais j’apprends vite.

– Tant mieux, tu commences ce soir à dix heures pour un essai… Si tu marches, je te prendrai…

Sarah : Je sais marcher. Ramasser des verres ça doit pas être compliqué et

Elle s’arrêta dans son élan et demanda d’un petit air interrogateur :

Sarah : Je serai payée combien ?

La brune retourna derrière le comptoir pour continuer de remplir les grands réfrigérateurs.

– Douze dollars de l’heure au début. Passe déjà le premier soir, après on verra…

Douze dollars ? Cela étonnait la blonde qui ne s’était pas attendue à plus de six ou sept. Son sourire était largement revenu sur ses lèvres. Elle se recula, l’air enjoué.

Sarah : Je le passerai. Merci, et à tout à l’heure…

La brune l’interpella, une bouteille de bière vide à la main.

– Sarah, attends…

Elle attendit que la blonde se tourne et rajouta en lui lançant la bouteille.

– Attrape ça…

Sarah avait attrapé la bouteille dans un réflexe, mais restait plus dubitative.

Sarah : Et j’en fais quoi ?

La brune afficha un léger sourire.

– Tu la ramènes chez toi comme souvenir…

Elle reprit sa tâche, marqua une pause, et rajouta.

– Sois à l’heure.

Sarah demeura plus perplexe mais sortit finalement avec sa bouteille vide à la main.

 

*********

 

Sarah arriva à l’entrée du G-Lounge le soir venu. Une foule de clients entrait et sortait des lieux et elle se fraya un chemin afin de rejoindre la salle. L’ambiance était euphorique, les gens dansaient, discutaient, et la musique résonnait à travers les enceintes. Un groupe de rock était installé dans un coin du bar. Elle arriva jusqu’au comptoir, plus incertaine, et une des serveuses se posta devant elle en lançant son torchon sur l’épaule.

– Salut, je te sers quoi ?

La blonde était nerveuse de voir tous ces clients, de voir également ces filles courir derrière le bar. Elle se pencha et dut forcer sur sa voix pour se faire entendre.

Sarah : En fait, je viens pour travailler… Je suis Sarah.

L’autre blonde la détailla même si cette nouvelle fille semblait un peu jeune. Elle lui fit un signe de tête.

– Ok… Suis-moi.

Sarah s’exécuta donc, son regard sur les autres serveuses dont le rythme de travail semblait soutenu.

– Moi, c’est Rita.

Elle désigna une autre fille qui servait des shooters.

Rita : Elle, c’est Rachel.

Une autre la contourna en lui souriant.

– Salut…

Rita : Elle, c’est Tyler et Faith doit être dans la réserve.

Elle lui montra les réfrigérateurs derrière le comptoir.

Rita : Toutes les bières sont ici et Faith t’expliquera pour les cocktails.

Elle la fixa.

Rita : Vu que c’est ton premier soir, tu t’occupes de la salle, tu ramasses les verres, tu prends les commandes, tu souris, et tu t’assures que les frigos soient pleins.

Elle la tira vers une porte.

Rita : Quand ils sont vides, tu viens chercher les cartons ici.

Quand elles furent entrer dans l’office, Faith se redressa, une feuille dans les mains et Rita la désigna à Sarah.

Rita : La nouvelle est là, je l’ai briefée…

Elle fixa la nouvelle.

Rita : J’y retourne, si t’as des questions, tu viens me voir. Ok ?

Sarah : Ok…

Elle s’éloigna, laissant Sarah plus perdue que jamais après toutes ces explications rapides. Cette dernière ne s’était pas attendue à voir le bar aussi bondé de clients, ni même de constater cette ambiance enflammée. Elle resta devant l’entrebâillement de la porte, troublée par le regard que lui portait la brune dont elle connaissait enfin le prénom.

Sarah : Salut…

Faith s’approcha de Sarah et défit les derniers boutons de son chemisier qu’elle noua. Elle ajusta les pans et prit enfin la parole.

Faith : Les clients et clientes sont là pour voir de belles nanas, alors sois-en une…

Sarah s’était laissée faire, bien que perturbée par cette annonce. Elle releva ses yeux de son vêtement noué à ceux de sa patronne.

Sarah : Ça n’implique rien d’autre que de faire ce que Rita m’a dit, n’est-ce pas ?

Faith : Je suis pas un mac, mais un patron de bar, Sarah…

Elle s’éloigna vers des piles de caisses.

Faith : Les pourboires sont pour toi, ta pause est dans deux heures et au moindre problème, t’appelles Bob, le gros balaise à l’entrée. Tu peux y aller… 

A suivre...

 

FORMAT LIVRE : kyrian-malone-and-jamie-leigh/girl-wanted/paperback/product-21602942.html" target="_blank">COMMANDER

FORMAT EBOOK : COMMANDER

 

 

Créé le 26 juillet 2010

Résumé etica, Arial, sans-serif; line-height: 16px;">Tomber amoureuse est une chose, mais tomber amoureuse de sa productrice, de seize ans votre ainée, est un tout autre problème... surtout lorsque l’on se nomme Sarah Leary,   jeune actrice montante du cinéma, déjà adulée et à l’avenir très prometteur. Qui l’aurait cru ? Certainement pas Sarah Leary... Pourtant, quand votre livre de chevet met en avant l’idylle de deux jeunes femmes et que vous ne restez pas insensible au charme de votre productrice Faith Ryan, il y a peut-être matière à se poser des questions et certains indices ne trompent jamais... Mais le monde du show business est un univers impitoyable, principalement quand on veut préserver son intimité et ses secrets…

 


 

Sarah avait refusé de signer ses prochains contrats. La raison était simple : toutes les rumeurs ayant attrait à une relation avec son partenaire de tournage, Matt Peterson, l’avaient usée. Chaque interview donnée avait amené la même question : Etait-elle avec « lui » ? Elle avait passé le plus clair de son temps à se justifier, à démentir chaque "qu’en-dira-t-on" auprès des journalistes. Voyager et partir en tournée pour promouvoir la sortie d’un film faisait partie intégrante du boulot d’acteur, mais voir constamment sa vie privée mise en avant et se faire épier en permanence par les journalistes l’avait agacée.

Sarah était consciente de ne pouvoir empêcher les médias d’extrapoler, mais avait décidé de ne pas tourner la suite de ces films et de ne plus collaborer avec son partenaire afin d’étouffer ces rumeurs. Son agent n’avait pas tardé à l’appeler pour lui faire part d’un autre projet : la productrice renommée Faith Ryan souhaitait la rencontrer. Cet appel avait soulagé ses inquiétudes. Si elle avait démissionné du rôle phare du personnage de Jill Sullivan dans la saga écrite par Robert Hatfield, sa carrière d’actrice ne s’arrêterait pas et sa vie privée se détacherait de ce dernier grand rôle.

Après s’être garée sur le parking privé des bureaux de la Riverside – Maison de production Hollywoodienne – elle entra dans un bâtiment et se présenta à l’accueil tout en ôtant sa capuche :

— Salut, j’ai rendez-vous avec Faith Ryan.

Elle lança un regard sur sa montre et arqua les sourcils.

— Depuis cinq minutes en fait.

L’assistante lui sourit, appuya sur la touche d’un téléphone et entendit :

# Oui ?

— Mademoiselle Leary est arrivée madame.

# J’arrive.

L’assistante raccrocha et la fixa de nouveau.

— Elle arrive…

Sarah n’eut pas besoin d’attendre plus de quelques secondes avant de voir arriver Faith Ryan. L’allure de cette dernière était plutôt décontractée : jeans, chemise cintrée, baskets, ce qui différait de certains directeurs de maison de production en costume. Elle la vit s’approcher, lui sourire et serra la main qu’elle lui tendait.

— Bonjour Sarah.

Faith ajouta en indiquant une porte un peu plus loin.

— Suis-moi, on va pas discuter dans le hall…

Sarah la suivit et pénétra dans un petit salon aux murs décorés de quelques grandes affiches de films tournés dans ces studios. Faith prit deux petites bouteilles d’eau dans un petit frigo posé près des canapés et les amena sur la table basse.

— Assieds-toi.

Sarah s’exécuta en ayant suivi Faith des yeux. Dans son métier, elle était amenée à rencontrer beaucoup de personnes, à se faire une idée de leur personnalité dès les premiers regards et dès les premiers mots échangés. Elle se disait que cette productrice avait davantage l’allure d’une actrice. Faith Ryan était non seulement d’une beauté redoutable à en rendre jalouse plus d’une, mais son charisme s’imposait et l’impressionnait. Sarah pinça un léger sourire :

— Je peux mettre un visage sur votre nom maintenant… Je vous avais imaginée moins amicale en fait.

Faith afficha un sourire amusé sur cette réplique qu’elle n’avait pas attendue. Sarah Leary faisait partie des actrices du moment. Elle était encore jeune mais sa carrière ne faisait que commencer. Certes, ses derniers longs-métrages l’avaient propulsées au rang  de star médiatique duquel beaucoup retombaient lourdement. Elle prit la bouteille, but quelques gorgées et la détailla un instant.

— Je le suis peut-être pas, qui sait…

Elle se redressa en reprenant son sérieux.

— J’ai un projet à te proposer… Je sais pas si ton agent t’a expliqué, je crois que c’est un rôle qui te plaira si je t’ai bien cernée… Il faut d’abord que je sache si tu t’es déjà engagée ailleurs. Je me suis laissée dire que tu ne prolongeais pas ton contrat pour la saga d’Hatfield.

— J’ai rien pour l’instant.

Sarah saisit sa bouteille, se cala dos au canapé et la garda posée sur le bas de son ventre.

Et mon agent, Glenn, a organisé une conférence de presse pour rendre ma démission officielle.

Elle rajouta d’un signe de son pouce vers la porte :

Et tant que j’y suis, y’a des journalistes à l’entrée qui m’ont suivie, je vous le dis si vous avez dans l’idée de sortir du bureau avec un ami et de le tenir par la main…

Faith ne quittait pas son léger sourire sur cette référence aux dernières rumeurs qui concernaient la jeune actrice et son ancien collègue. Elle connaissait le fonctionnement des journalistes, savait les inconvénients des métiers du show-business, même si elle n’était pas elle-même une actrice. Elle se ravissait de comprendre que Sarah avait favorisé son entrevue avec elle plutôt qu’avec d’autres maisons.

— Je prépare le tournage d’un prochain film où tu seras en tête d’affiche, du moins, si tu signes… Le rôle que tu auras n’a rien à voir avec ce que t’as fait dans la saga… Le personnage est bi et certaines scènes sont plus ou moins explicites avec une autre femme. Avant que tu répondes, j’aimerais d’abord que tu puisses lire le scénar’, t’en imprégner et ensuite tu pourras me dire si t’acceptes ou pas.

Sarah leva les sourcils et saisit un dossier de feuilles reliées que lui tendait Faith.

— J’ai aucun préjugé…

Sarah vérifia la taille du script qu’elle devrait apprendre et demanda :

— Vous me résumez mon rôle, hormis le côté bi ? Le film parle de quoi ?

Faith jeta un regard sur sa montre et se leva.

— Tu vas jouer la fille d’un flic qui craque pour une femme peu fréquentable…

Faith fixa l’actrice devant elle et poursuivit.

— Il est midi passé, je te propose d’en discuter en mangeant…

Sarah acquiesça d’un signe de tête et se leva en gardant le script en main.

— Vous savez que j’ai tourné un film où j’avais un rôle à peu près similaire côté tendance sexuelle ?

Faith acquiesça et saisit sa veste qu’elle enfila.

— Je sais, j’ai vu ce film… C’est juste que mon scénario comporte des scènes sans retenue, sans le côté tabou du coming-out.

— Sans retenue, ça implique de tourner nue ?

Faith lui ouvrit la porte en la détaillant. Elle espérait sincèrement que Sarah serait d’accord pour tourner ce film parce que son allure correspondait à celle exacte du personnage imaginé.

— Disons que ce serait préférable, mais ça peut s’arranger.

Et qui sera l’autre actrice ?

Faith entraîna l’actrice jusqu’à un quatre-quatre et répondit.

— Kate Mitchell.

Sur cette réponse Sarah s’arrêta devant la voiture et ses yeux restèrent sur la productrice pour s’assurer qu’elle avait bien entendu.

— C’est vrai ?

Faith releva son regard sur la jeune actrice et répondit.

— Elle a déjà signé et elle connaît le scénario. Elle sait déjà que tu es celle à qui je propose le rôle.

Elle entra dans la voiture, attendit que Sarah se soit installée et démarra.

— Kate est sympa, si tu signes, tu devrais pas avoir de problème d’entente avec elle, d’autant qu’elle est très professionnelle.

Sarah connaissait l’autre actrice britannique qui avait aux alentours de trente-cinq ans. Une belle femme mariée d’ailleurs à un producteur, très talentueuse et reconnue à Hollywood. Sarah avait vu la plupart de ses films et si Kate Mitchell n’était pas médiatisée comme elle-même l’était actuellement, celle-ci n’en était pas moins l’une des meilleures actrices en vogue depuis quelques années. Elle reconnaissait son talent sans aucune hésitation, sans parler de sa beauté. Sarah se sentit plus nerveuse… D’avoir joué avec les plus grands quand elle était jeune n’était pas comparable à ce qu’on lui demanderait de faire cette fois. Elle frotta ses mains sur son jeans en voyant les journalistes postés devant l’entrée des studios depuis des heures. Elle se redressa un peu et sortit son paquet de cigarettes de la poche de son jeans :

— Je peux fumer ?

Faith ouvrit la vitre de Sarah et répondit.

— C’est pas interdit.

Elle détailla la jeune actrice près d’elle qui gardait une allure aussi décontractée que celle qu’elle avait remarquée sur quelques clichés de paparazzi. Un léger sourire étira ses lèvres en songeant à toute cette fureur médiatique autour de Sarah.

— Alors ? A quand le mariage avec le vampire de ces demoiselles ?

Sarah se mit à rire sur cette question qui avait le mérite d’être plus directe que celles posées habituellement. Elle  alluma sa cigarette, aspira une bouffée libératrice et répondit :

— Seigneur, m’en parlez pas.

Faith ricana un peu sur cette réplique spontanée, lâchée par Sarah. Elle en était amusée même si ce genre de poids médiatique finissait par peser. A l’écart de la ville, non loin de ses studios, elle se gara sur le parking d’un restaurant. Sur le même ton de la plaisanterie, elle répondit.

— Le pauvre…

Sarah descendit du quatre-quatre, sa cigarette à la main, et rejoignit Faith devant le capot. Elle lança un rapide coup d’œil sur la devanture du restaurant et reporta son regard sur Faith en poursuivant.

— Je crois pas qu’il soit trop à plaindre.

Elle lui tendit son paquet :

— Vous en voulez une au fait ?

Faith se dirigea vers l’entrée du restaurant.

— Non, merci.

Elle attendit que Sarah jette son mégot et lança un regard sur les alentours. Au moins, elle n’y voyait aucun objectif de photographes cachés. Elle lui ouvrit la porte et la suivit à l’intérieur. Elle connaissait cet établissement pour sa discrétion. D’ailleurs, quelques acteurs ou collègues du métier y venaient manger. La baie vitrée donnait sur un parc et laissait entrer la lumière du soleil qui éclairait les lieux. Un homme s’approcha et les salua.

— Une table pour deux en terrasse ou à l’intérieur ?

Faith lui répondit.

— En terrasse.

Elle tourna les yeux sur Sarah et expliqua.

— Il y a aucun moyen pour les photographes de s’approcher de la terrasse si ça peut te rassurer.

Sarah acquiesça, sa main fermée autour de son bras. Elle était souvent gênée d’être en public et voyait quelques regards se tourner vers elle. L’un de ses défauts étaient de se ronger les ongles et elle se fichait bien de ceux voulant l’en dissuader. Elle suivit Faith jusqu’à l’extérieur et s’assit à la table présentée par le serveur.

— Vous désirez prendre un apéritif ?

— Un coca pour moi...

— Un Perrier s’il vous plaît.

Le serveur repartit sans attendre et Faith s’installa à la table après avoir pendu sa veste sur le dossier de sa chaise. Elle détailla Sarah et reprit :

— Comme je te disais, si tu veux pas tourner de scène de nu, je ferai appel à une doublure, mais pour ce qui est des scènes entre les deux personnages principaux, j’aurai besoin que tu sois à cent pour cent.

Sarah se demandait si elle serait capable de jouer ce rôle même sans connaître les détails du script. Elle réfléchissait et se sentait nerveuse à l’idée de relever ce défi. Pour toute autre actrice il en aurait été autrement, mais elle connaissait les raisons de son angoisse. Elle demanda :

Et… Quand vous dites que certaines scènes sont sans retenues, je peux avoir un exemple pour me faire une idée ?

Le serveur leur posa leur commande et repartit. Faith but une gorgée d’eau gazeuse et répondit.

— Je veux faire un film qui intègre entièrement une relation entre femme dans l’intrigue sans pour autant passer par tous les clichés des films homos. J’aurais très bien pu y mettre un couple hétéro, mais je n’ai aucun intérêt à le faire. Ton personnage est bi et l’autre aussi. Toutes les deux sont passionnées par ce que la vie leur apporte. Il y aura des scènes de baisers, de relations charnelles sans pour autant que ça devienne lourd.

Sarah avait bien compris ce point qu’elle jugeait intéressant et qui lui était familier pour d’autres raisons personnelles. Seulement, ces dites scènes l’intriguaient.

— Relation charnelle, ça veut dire qu’on couchera ensemble c’est ça ?

Avec un air évident, Faith répondit.

— Bien sûr, plusieurs fois. Le personnage de Kate est une femme d’expérience qui n’a pas que de bons côtés. Les gens vont au cinéma pour voir des choses qu’ils ne peuvent pas faire en temps réel. Ils veulent de l’action,  des scènes d’amours, ils veulent être surpris et le sexe n’est pas négligeable, surtout lors du montage des trailers.

Sarah pinça un léger sourire sur cette vérité déconcertante. Ce rôle la changerait du tout au tout et jouer avec Kate Mitchell serait un atout majeur pour sa carrière. Cependant, elle réalisa une chose importante en songeant que ce type de scénario lui était familier et pour cause… Elle demanda :

— Vous connaissez Hailey Newman ?

Sur cette question, Faith plissa les yeux, plus intriguée que jamais.

— Pourquoi ?

Sarah prit une courte pause et expliqua dans un signe de main.

— Ben votre scénario me fait penser à ses romans…

Faith se mit à rire légèrement sur cette remarque. Elle but un peu d’eau gazeuse et reprit.

— J’imagine, oui… Tu lis ses romans ?

Sarah dodelina de la tête.

— Je lis un tas de trucs et ce côté histoire homo noyée dans une vraie intrigue, c’est son style… Ca m’y fait penser.

Cette fois, Faith semblait amusée et toujours aussi intriguée par l’intérêt que Sarah portait à cet auteur qui n’écrivait que des histoires entre femmes. Elle croisa les bras sur la table.

Et t’as lu combien de ses bouquins ?

Sarah arqua les sourcils sans pouvoir répondre instantanément. Elle avait sans doute lu toutes ses œuvres.

— Quelques uns, je sais pas.

Faith avait compris que Sarah appréciait donc les histoires entre femmes.

— Je connais cet auteur… Je la connais même très bien.

Sarah plissa les yeux, à son tour intriguée.

— Ah ouais ?

Elle pensa comprendre :

— C’est elle qui a écrit ce scénar, c’est ça ?

Faith afficha un air convaincu sur sa réponse.

— Non, le scénario est de moi… Disons qu’on a un peu la même vision des choses en terme d’imagination.

Sarah prit une courte pause et se retrouva plus impatiente de lire le script. Cependant, une question la travaillait et elle ne put s’empêcher de demander :

— Vous êtes gay ?

— C’est pas évident ?

Sarah détourna son regard, un léger sourire sur ses lèvres.

— Non, c’est pas évident.

Elle la regarda de nouveau.

— Quand on vous regarde vous avez pas la touche gay. Et vous avez du cran de me le dire comme ça.

Faith était amusée par la réaction spontanée de Sarah. Pourtant, elle ne se sentait nullement dérangée avec sa sexualité même si elle ne l’affichait pas dans tous les journaux.

— Je vois pas de raison de te le cacher.

Sarah se mordit le coin de sa lèvre sur cette réponse évidente formulée par la productrice. Elle leva un peu les épaules et prit son verre de soda.

— Ouais… Mais tout le monde doit pas penser comme vous.

Faith ne quittait pas son léger sourire en observant Sarah devant elle. Celle-ci semblait cacher d’innombrables choses, telle une adolescente qui se cherchait. En son sens, la jeune actrice l’était du haut de ses dix-neuf ans.

A suivre...


 

 

Format Ebook 

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Format Livre

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Créé le 13 juillet 2010

Résumé : Jeune inspectrice à la criminelle depuis quatre ans, Sarah Leary porte en elle les stigmates du meurtre jamais résolu de sa jeune soeur Danielle, assassinée il y a dix ans. Affaire classée faute de preuve et de coupable, jusqu'à ce que Samuel Lewis, ex petit-ami de la victime, pousse un jour la porte du bureau et fasse ressurgir le passé. Nouveaux indices, nouveaux témoins, nouveaux suspects, rien ne sera épargné à Sarah qui peu à peu, au fil de ses investigations, verra se profiler une vérité aussi surprenante que terrifiante, qu'elle aurait été très loin d'imaginer.

 


 

18 Juin 1998

La nuit était tombée quand Danielle pénétra dans sa chambre et s’enferma à clef. Elle posa son sac sur le bureau, sur les quelques livres de cours qu’elle n’avait pas rangés et déboutonna son gilet. Un silencieux soupir s’évada de ses lèvres. Elle était nerveuse, tendue. Son angoisse lui restait chevillée au corps. D’un pas pressé, elle se dirigea vers les rideaux et les ferma d’un geste sec. Elle ne voulait pas être vue et se sentait observée depuis des semaines. Elle ôta son vêtement et pénétra dans salle de bains. On frappa à la porte et elle dû revenir sur ses pas pour ouvrir à sa grande sœur.

« Dan’, j’aimerais qu’on parle… »

Danielle ne lui laissa pas l’occasion d’entrer et tenta d’abréger.

« Plus tard… Je viens de rentrer et je suis crevée… J’aimerais prendre un bain et me  détendre un peu… »

Sa sœur affichait une mine inquiète et préoccupée. Elle lança un coup d’œil dans la chambre avant de fixer sa cadette.

« Maman se fait du souci et moi aussi… Tu sais que tu peux tout me  dire… »

Le téléphone sonna au même instant et Danielle conclut aussitôt.

« Je peux pas te parler pour l’instant, mais je te promets de le faire… Je dois répondre, excuse-moi… »

Elle referma la porte sans attendre et la verrouilla. Elle décrocha, mais son répondeur se mit en route. Elle ramena le combiné à son oreille.

« Oui ? »

A l’autre bout, une voix féminine se fit entendre.

# Salut, toi… Ca va ?

Danielle se sentit soulagée en entendant son interlocutrice qui semblait atténuer son angoisse. Elle s’assit sur son lit et esquissa un tendre sourire.

« Hey toi… On fait aller… J’arrête pas de penser à toi… Tu me manques. »

Un léger soupir résonna à l’autre bout.

# Toi aussi tu me manques… On se voit toujours ce soir ?

Danielle l’espérait. Cependant, elle expliqua.

« J’ai beaucoup réfléchi, tu sais… Je vais tout leur raconter… Je vais leur dire pour nous et tout sera plus simple. J’ai plus envie de me cacher et leur mentir… »

# Tu sais que j’attends que ça, moi. Si t’es sûre de vouloir le faire, tu me dis juste quand et je serai là.

Danielle se leva et frotta son front du bout de ses doigts, nerveuse.

« Tu vas leur dire toi ? »

# Si tu leur dis, je leur dirai évidemment, mais je peux pas le faire sans que tu le fasses avant… Tu sais pourquoi, ma puce…

Elle le comprenait. Elle réfléchit rapidement.

« Alors je leur dirai ce soir, après le match de ton frère… Rejoins-moi à la maison à onze heures… »

# Ok… J’y serai… Et t’angoisses pas pour ce soir, ok ?

Danielle esquissa un léger sourire et s’assit sur son lit, les yeux dans le vide.

« Je sais exactement ce que je vais leur dire et comment je vais leur dire… Je changerai pas d’avis… Tu me connais ! »

Elle entendit un petit rire à l’autre bout du fil.

# Ouais, je te connais… Alors, à tout à l’heure, à onze heures… Et appelle-moi s’il y a quoi que ce soit…

« T’en fais pas pour moi… Je suis une dure chérie… Toi, fais attention à toi et embrasse Sean de ma part… Je t’aime mon ange. »

# Je t’aime aussi, ma puce… A tout à l’heure.

Danielle raccrocha et repartit vers la salle de bains. Elle se répétait mentalement le discours qu’elle tiendrait à ses parents ce soir au sujet de sa relation amoureuse avec Faith Ryan. Elle tourna les robinets d’eau mais le téléphone sonna de nouveau. Le temps qu’elle parte décrocher, le répondeur s’enclencha de nouveau, mal réglé après les deux sonneries habituelles. Elle entendit avant même de prendre le combiné :

# Dan ! Réponds, je sais que t’es là !

Un vent de colère souffla sur Danielle tant elle était épuisée de se faire harceler par son ancien petit ami. Elle saisit le combiné et décrocha, hors d’elle.

« Arrête, Sam ! Arrête de m’appeler, de me suivre, sors de ma vie ! »

# Qu’est-ce que tu faisais chez Sean ? Il te baise, c’est ça ? T’as pas le droit de me faire ça ! Tu m’entends ?! T’es à moi Dan ! A MOI !

Elle se retrouva ahurie d’entendre une telle rage dans la voix de son ancien amant.

« Tu es fou…  Je suis plus à toi depuis deux ans, Sam ! Tu arrêtes ou je préviens les flics, c’est clair !? »

# Si tu sors avec lui, je le tuerai ! Tu comprends ? Je le tuerai et je te tuerai toi après !

Elle entendit la communication s’interrompre, tremblante. Des larmes lui montèrent aux yeux avec toute cette pression, cette peur nourrie par ces dernières menaces. Elle n’en revenait pas que le jeune quarterback puisse tenir de tels propos. Elle craqua, s’effondra en larmes sur son lit, perdue et déboussolée.

 

 

*********

 

Onze ans plus tard.

Dans le bâtiment de la police de Philadelphie, assis derrière son bureau, l'un des inspecteurs rédigeait le rapport de sa dernière enquête. Une femme s’approcha et l’interrompit.

« Inspecteur Aden… Un homme souhaite vous voir. »

Elle se recula et désigna la personne concernée qui attendait à l’accueil.

« Monsieur Lewis. Il dit vous connaître. »

L’inspecteur plissa les yeux et finit par sourire en reconnaissant la silhouette de son ami. Il se leva.

« Merci, Jillian… Je m’en occupe. »

Il contourna la jeune femme et marcha jusqu’au comptoir. Il poussa la porte et l’invita à le suivre.

« Tu peux venir Sam… Comment vas-tu ? »

L’homme d’une trentaine d’années, habillé d’un costume chic et une mallette à la main, força un sourire et le salua à son tour.

« Ça pourrait aller mieux. »

L’inspecteur le guida jusqu’à son bureau et lui montra une chaise.

« Tu peux t’asseoir… Qu’est-ce qui t’amène ? »

L’ami de l’inspecteur s’exécuta et frotta sa main sur sa nuque, nerveux. Il sortit un document de son attaché-case et lui tendit en expliquant.

« J’ai reçu un courrier vraiment bizarre, Jake… C’est des menaces... »

L’inspecteur fronça les sourcils et saisit la feuille qui n’était autre qu’un email imprimé. Il le parcourut rapidement des yeux et confirma les propos de son ami dans un signe de tête. Il le fixa, les sourcils levés.

« Et que s’est-il passé en juin 1998 ? »

L’autre homme fixa un point invisible devant lui, plus pâle que jamais.

« C’est l’année où Danielle Leary est morte… »

L’expression de l’inspecteur se fit plus concernée sur ce nom familier. Il lança un coup d’œil vers le fond de la grande salle où une baie vitrée en plexiglas séparait sa section d’une autre. Il fixa son ami et se leva.

« Attends-moi ici, je reviens. »

Son ami l’arrêta.

« Jake, attends… Tu vas où ? »

L’inspecteur eut une expression plus désolée.

« Je ne m’occupe pas des affaires classées. »

« Ouais, mais je pensais que tu pourrais juste retrouver qui me l’a envoyé et l’arrêter… »

« C’est plus compliqué que ça, Sam… Mais t’en fais pas, je reviens. Reste là… »

Il s’éloigna sans attendre de réponse et longea l’allée entre les bureaux. Ces mêmes bruits de conversations, d’interrogatoires, de sonneries téléphoniques ou de clavier résonnaient. Il arriva au bout de l’allée, ouvrit la porte qui menait aux bureaux de l'autre section criminelle et y pénétra en refermant. Il approcha d’une de ses collègues et posa la copie de l'email sous les yeux.

« Inspecteur Leary, je crois que ce document va vous intéresser. »

Sa collègue, Sarah Leary, se redressa les sourcils à peine froncés et fixa d’abord son collègue avant de prendre le document. Elle demanda évidemment.

Sarah : Qu’est-ce que c’est ?

L’inspecteur afficha un air plus grave, plus hésitant aussi devant sa collègue.

« Un ami à moi est ici et m’a apporté ça… Vu la date, j’ai supposé que ça vous intéresserait. »

Sarah prit quelques secondes pour parcourir le courriel. Ce dernier stipulait simplement qu’une personne avait connaissance de faits sur un évènement s’étant déroulé le 18 juin 1998. Son regard se riva aussitôt sur cette date qui ramenait avec elle le visage de sa petite sœur, Danielle. Cette dernière aurait eu trente ans aujourd’hui. Sa gorge se serra, ses traits se crispèrent avant qu’elle ne se lève.

Sarah : Où est cet ami ?

D’autres inspecteurs autour d’elle vinrent examiner le papier. Certains furent perplexes et interrogateurs, mais deux d’entre eux, les plus anciens, affichèrent une mine beaucoup plus préoccupée. L’un des deux, âgé d’une cinquantaine d’années, le crâne dégarni, prit la parole.

« Tu ne te mêles pas de cette enquête, Sarah. »

Il tendit le courriel imprimé à un de ses subordonnés. La victime était liée personnellement à l’inspecteur Leary et théoriquement, l’autre inspecteur n’aurait pas dû prendre la peine de lui amener ce document. Seulement, par ces mots, il comprit aussi que cette affaire n’était pas classée. Sarah se tendit davantage, les yeux sur son supérieur et tenta d’un air convaincu.

Sarah : Danielle est morte il y a dix ans, chef… Laissez-moi m’en occuper…

« C’est non… »

Le lieutenant fixa un autre de ses inspecteurs.

« Logan et Bennet s’en occuperont. »

Sarah se pinça les lèvres et regarda alentour pour tenter de calmer ce sentiment de nervosité et de colère soudaine qui l’envahissait. Elle connaissait les règles mais ne pouvait pas se faire à l’idée d’être mise à l’écart. Elle prit ses clefs et s’éloigna en lançant :

Sarah : Je sors !

Le lieutenant comprenait cette tension soudaine mais n’avait pas d’autre choix pour préserver sa subordonnée et le cours de l’enquête. Les deux inspecteurs en charge de cette affaire la suivirent des yeux, compatissants. Cette enquête serait plus difficile que toutes les autres. L’autre inspecteur leur montra son ami.

« Le témoin est dans mon bureau si vous souhaitez l’interroger. »

 

*********

 

Sarah s’arrêta devant le comptoir et ramena le registre sous ses yeux pour voir le nom du destinataire du courriel : Samuel Lewis. Ce nom ressurgissait du passé et ramenait autant de souvenirs, de flashs, que d’interrogations. Elle lança un coup d’œil sur le concerné. Samuel Lewis avait été l’ancien petit ami de sa sœur. Elle repartit, tendue et inquiète. Après toutes ces années, après avoir espéré qu’un témoin vienne apporter de nouveaux éléments sur le meurtre de sa sœur, elle se retrouvait sur la touche. C'était inenvisageable pour elle. Cela faisait un peu plus de dix ans que Danielle était morte et il ne s’était pas passé une seule journée sans qu’elle ne pense à elle, sans qu’elle n’envisage toutes les probabilités sur son meurtre. Déjà, des questions basiques fusaient dans son esprit : qui avait envoyé ce mail ? En quoi Samuel Lewis était-il impliqué dans la mort de sa sœur ? Elle devait l’admettre, tous ses soupçons avaient été tournés vers lui mais les rapports de l’enquête dix ans plus tôt n'avaient pas abouti. Si Lewis était ici, cela impliquait qu’il avait été témoin de quelque chose et redoutait une vengeance. Allait-il parler enfin et amener de nouveaux éléments déterminants ? L’émetteur de ce mail connaissait sa sœur, semblait même plus que proche pour revenir sur sa mort dix ans après. Etait-ce un ancien petit ami ? Un ou une ancienne amie ? Après tout, Sarah n’avait pas besoin d’examiner ce mail pour enquêter. Elle devait uniquement fouiller dans ses souvenirs, se rappeler des liens qu'entretenaient Samuel Lewis et sa sœur ainsi que tout l’entourage de cette dernière. Le soir de sa mort, Sarah était allée voir Danielle dans sa chambre pour lui parler, pour tenter de savoir ce qui n’allait pas. Elle se souvenait de l’état dans lequel était sa cadette ce soir là : fuyante, troublée. Elle craignait quelque chose mais Sarah n’avait pas eu le temps de discuter. Elle l’avait vue quitter sa chambre, s’excuser auprès de sa mère…

 

*********

 

18 juin 1998

Sarah l’avait suivie devant la maison pour la voir monter dans la voiture de Sean. Elle s’approcha.

Sarah : Où tu vas ?

« Juste une course à faire, je reviens vite… »

Sarah n’était pas rassurée et voyait les yeux bleus de Danielle embrumés de larmes.

Sarah : Dan’… C’est cette histoire de cheerleader qui te met dans cet état ?

Danielle rit nerveusement sur ces mots et démarra.

« Non… Et je dois y aller, Sarah… Je t’expliquerai tout, je t’assure, mais je dois vraiment filer… »

 

*********

 

Sarah ne l’avait plus jamais revue et n’avait jamais su ce que sa petite sœur devait lui avouer. Elle avait bien tenté de parler aux amis de Danielle, mais n’avait obtenu aucune information. Elle avait laissé la police faire son travail en toute confiance mais rien n’avait abouti. Son suspect numéro un, l’ancien petit ami de Danielle, avait eu un alibi qui n’était autre que son père, lui-même ami avec le lieutenant de l’époque chargé de l’enquête. Celui-ci venait jusqu’à eux pour se faire protéger. Mais de qui ? De l’assassin ? Y’avait-il une histoire de chantage ? Après tout, le fils Lewis était directeur de Sidecorp depuis peu.

 

*********

 

Dans un bureau fermé de l’étage de la section criminelle, un des inspecteurs chargés de l’enquête se retrouvait avec le destinataire du mail. Son collègue était parti en salle des archives afin de rouvrir le dossier sur la mort de la sœur de Sarah. Debout devant Samuel, il le fixa.

« Est-ce la première fois que vous recevez ce genre de courrier ? »

Samuel acquiesça.

« Oui… J’ai même demandé à un ami de retrouver l’émetteur mais il a pas réussi… Il m’a dit que les informations avaient été bloquées. »

L’autre inspecteur, un afro-américain assez costaud d’une quarantaine d’années resta appuyé contre le mur, ses mains dans son dos.

« Et vous connaissez des gens dans votre entourage qui pourraient vous en vouloir ? »

Le témoin sourit, nerveux.

« Je suis à la tête d’une grande entreprise, inspecteur Bennet, alors vous pouvez lister tous mes concurrents.»

Scott Logan reprit.

« Et des gens que vous fréquentiez quand vous aviez dix-neuf ans ? »

Samuel Lewis glissa sa main sur sa nuque.

« J’avais des amis comme tout le monde. J’étais quarterback dans l’équipe de mon université et à la fin de l’année je me suis disputé avec deux d’entre eux… Kevin Williams et Sean Ryan… »

Un autre inspecteur pénétra dans la pièce, le dossier de Danielle Leary en main. Il l’avait rapidement parcouru pour situer l’enquête de l’époque. Il le posa sur la table. Son collègue, l’agent Bennet poursuivit l’entretien.

« Pour quelle raison, vous êtes-vous disputés avec eux ? »

Samuel : Ils étaient très amis et faisaient aussi partie de l’équipe…

Sa nervosité augmenta et il détourna son visage sur le côté.

Samuel : Sean visait ma place de capitaine et à cette époque-là, il me menaçait de dire à l’entraîneur que je prenais des stéroïdes…

Les trois inspecteurs se regardèrent et le lieutenant reprit.

« A en croire l’enquête menée il y a dix ans, vous étiez sorti avec Danielle qui vous avait quitté. »

Samuel se pinça les lèvres et avala difficilement. Il semblait de plus en plus troublé.

Samuel : J’étais fou d’elle… Je l’aimais…

Scott : Assez fou pour la tuer ?

Samuel le fixa et se défendit vivement.

Samuel : J’aurais jamais levé la main sur elle… Quand elle est morte, j’ai mal tourné, j’étais même à deux doigts de me suicider…

L’inspecteur croisa les bras.

Charles : Est-ce que vous aviez dit à l’époque pourquoi elle vous quittait ? Est-ce qu’elle avait un autre petit ami ?

Samuel : Tout ce que je sais, c’est que Sean tournait autour d’elle… Sans arrêt… Lui et ses copains n’arrêtaient pas de la taquiner…

Le lieutenant plissa les yeux. Il était intrigué par une question.

« Celui qui vous a envoyé l’email vous dit qu’il sait ce qui s’est passé… Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là, monsieur Lewis ? »

Samuel prit une inspiration. Cette histoire, ce mail lui faisait craindre des représailles, des retours du passé et de ces rivalités avec ces autres garçons.

Samuel : Danielle m’a dit qu’elle voulait me parler mais ce jour-là, j’avais promis à mon père de venir le voir à la Sidecorp pour signer mon contrat d’apprentissage.

Le lieutenant constatait que le témoignage de 1998 était similaire. Il reprit pourtant.

« Vous étiez fou amoureux de votre ancienne petite amie qui voulait vous voir, mais vous êtes allé à ce rendez-vous avec votre père… »

Samuel : Mon père était dur avec moi… Je n’avais pas intérêt à lui désobéir, même quand j’avais vingt ans…

 

*********

 

Sarah arriva sous le porche de la maison et frappa. Un jeune homme d’une trentaine d’années lui ouvrit, un bébé dans les bras. Il sembla prendre une pause face à cette femme blonde et la détailla avant d’esquisser un léger sourire.

« Bonjour Sarah… »

Cette dernière se pinça les lèvres. Elle reconnaissait ce visage qui n’avait pas beaucoup changé. Un visage et un regard noisette qui lui rappelaient un bon nombre de souvenirs. Sean Ryan était devenu un bel homme et avait gardé une carrure de footballeur et son charme  envoûtant.

Sarah : Salut Sean… Je te dérange pas ?

Sean paraissait ravi de revoir son ancienne amie. Cette dernière avait changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. La présence de Sarah le ramena à des souvenirs aussi bons que désagréables, notamment sur la mort de Danielle. Il se recula.

Sean : Non…

Il secoua un peu le bambin dans ses bras.

Sean : Ce petit ange-là fait pas toutes ses nuits alors je dois la faire dormir au moins pendant la journée…

Il lui indiqua de le suivre jusqu’au salon et demanda.

Sean : Ca fait longtemps… Qu’est-ce qui t’amène jusqu’ici ?

Sarah pénétra dans la demeure après avoir légèrement souri. Elle jeta un œil aux alentours. Elle n’était jamais venue chez Sean mais avait appris par une amie que ce dernier s’était marié avec une institutrice avec qui il avait eu deux enfants. Elle garda ses mains dans les poches de son manteau noir et le fixa.

Sarah : Je suis inspecteur de police. J’enquête officieusement sur la mort de Dan’ et j’ai des questions à te poser auxquelles tu n’es pas tenu de répondre… Je te le dis puisqu’après moi, d’autres inspecteurs viendront sûrement te voir…

Sean se tendit sur cette réponse. La mort de Danielle l’avait secoué, autant lui que tous ceux de son entourage. Il contourna le comptoir, sa petite fille dans ses bras qui dormait à moitié sur son épaule.

Sean : Tu veux un café, quelque chose à boire ?

Il vit Sarah acquiescer d’un signe de tête et prépara deux tasses.

Sean : Alors, l’enquête a été rouverte ?

Il la fixa, intéressé.

Sean : Vous avez une piste cette fois ?

Sarah dut prendre une pause. Elle n’avait jamais eu l’habitude de voir Sean dans de telles circonstances. Ce dernier avait fini quarterback l’année qui avait suivi la mort de Danielle et avait une réputation de dur. Elle le savait gentil, calme et le voir ainsi avec cette petite fille était touchant. Elle s’assit sur un tabouret et l’observa. Elle devait prendre du recul afin d’être objective. Sean aurait très bien pu être l’assassin de sa sœur même s’il était son ancien amant. Elle resta évasive.

Sarah : Je ne suis pas chargée de l’enquête. Je sais qu’elle a été rouverte et c’est ce qui m’amène…

Sean posa les deux tasses sur la table et s’assit face à Sarah en calant son bébé contre son torse.

Sean : La mort de Dan’ nous a tous remués, tu sais Sarah… Qu’est-ce que tu veux savoir ?

Sarah enveloppa la tasse dans ses mains et le détailla.

Sarah : Le soir de sa mort, avant que Dan’ ne quitte la maison, elle m’a dit qu’elle aurait quelque chose à me dire en revenant, mais je n’ai jamais su quoi…

Elle prit une pause et but quelques gorgées de café sans le quitter des yeux.

Sarah : Je sais qu’elle venait souvent ici voir ta sœur et je vais pas te cacher que je pensais que vous sortiez ensemble… Tu veux pas m’en dire un peu plus, Sean ?

Attentif, Sean berçait doucement sa petite fille dans ses bras en écoutant les remarques de son ancienne amante. Il fronça un peu les sourcils dans une analogie.

Sean : T’es en train de me suspecter, là ?

Sarah s’était attendue à cette question légitime et répondit simplement.

Sarah : Tout comme je suis suspecte moi aussi puisque j’étais sa sœur et que nous nous sommes disputées deux jours avant sa mort…

Sean acquiesça d’un léger signe de tête et prit sa tasse pour boire un peu de son café. Il laissa le liquide noir humidifier son palais. Il repartit dans ses souvenirs d’étudiant, dans les évènements qui s’étaient déroulés autour de la mort de Danielle. Il la fixa d’un air plus sérieux.

Sean : Même si on n'a pas trouvé l’enfoiré qui a fait ça à ta sœur, je pense pas que ce soit bon de remuer ce passé… Surtout pour toi, Sarah… Ce serait reparler de choses qui ne sont pas forcément agréables…

Sarah le savait mais elle devait le faire, devait venir à bout de cette enquête, pour sa sœur. Elle devait trouver le coupable, retrouver son corps pour lui donner une sépulture et enfin faire son deuil. Sa gorge se serra en songeant à ce seul cercueil vide qu’elle et sa famille avaient mis en terre. Elle se reprit, néanmoins en fixant le brun.

Sarah : Je le fais tous les jours et cette fois, c’est pour Dan’...

Elle marqua une pause et rajouta.

Sarah : Dix ans sont passés, Sean… On a tous grandi et fait notre vie, quoi que tu saches ou que tu aies fait avec ma sœur, je ne vous jugerai pas…

Sean eut un sourire nerveux et secoua la tête sur cette réplique. Sarah croyait que sa sœur et lui étaient ensemble. Il répondit.

Sean : Il ne s’est jamais rien passé avec ta sœur… Je l’aimais beaucoup, mais je ne l’aimais pas dans ce sens là… Ce jour-là, je lui ai prêté la voiture, mais je n’étais pas avec elle, d’ailleurs j’ai déjà dit à tes collègues où j’étais à cette époque...

Sarah se pinça les lèvres et reprit.

Sarah : Tu aimais bien ma sœur… D’accord… Mais ça n’explique pas pourquoi elle était chez toi du soir au matin et du matin au soir, Sean. Tu lui prêtais ta voiture et même de l’argent.

Elle écarta les mains de sa tasse et rajouta dans l’espoir de le faire parler.

Sarah : Samuel Lewis était au poste ce matin et tous les soupçons vont se tourner vers toi, je tiens à te prévenir.

Sean rit un peu, mal à l’aise sur cette annonce et répondit spontanément :

Sean : Quel enfoiré, ce fils de pute !

Il était consterné de savoir que Samuel Lewis était allé voir les policiers pour les informer d’un détail qu’il ne connaissait pas sur l’enquête.

Sean : J’en reviens pas… Dix ans après, il rumine encore sa place de quarterback qu’il ne méritait pas ! Ce gars-là a jamais rien fait par lui-même… C’est un looser…

Sarah constata l’animosité évidente entre ces anciens meilleurs amis. Amis devenus rivaux pour une place de quarterback mais peut-être aussi pour sa sœur. Sean ne voulait sans doute pas l’avouer pour ne pas faire partie de la liste des principaux suspects. Elle le détailla avec sa petite fille.

Sarah : Parle-moi de lui, Sean…

Sean devinait que Sarah voulait en savoir plus, toujours plus. Il se pinça les lèvres en réfléchissant rapidement au milieu de tous ses souvenirs.

Sean : Ta sœur a fait une erreur quand elle est sortie avec ce minable et heureusement, elle a vite compris qu’il était pas pour elle, qu’il la méritait pas… Ce gars était prêt à tout pour se faire connaître, pour être dans le haut du panier… Sa place dans l’équipe, il l’avait eu grâce à son père et grâce à toutes ces merdes qu’il prenait pour être plus rapide, plus costaud… J’ai même pas eu besoin de le balancer, l’entraîneur a découvert ses pilules dans son casier, un soir…

 

*********

 

17 juin 1998

Samuel fut saisi de panique et fixa le coach dont la mine exprimait toute sa déception. Il tenta en seule échappatoire.

Samuel : C’est pas ce que vous croyez Coach… Je peux vous expliquer.

L’entraîneur secoua doucement la tête, désappointé par ce qu’il avait trouvé dans le casier de son capitaine et quarterback.

« T’as plutôt intérêt à me l’expliquer si tu veux pas être viré de l’équipe, Sam ! »

Samuel angoissait de voir ses amis autour de lui le fixer et attendre une réponse. Tous restaient devant leur casier, leur regard braqué sur lui. Il se sentait pris au piège. Son regard se posa sur Sean qui le fixait sans rien dire et sa colère l’envahit. Il en était certain : son meilleur ami l’avait balancé. Fou de rage, il se rua sur lui et son poing s’écrasa violemment dans sa mâchoire. Aussitôt, les joueurs près de Sean se précipitèrent sur Samuel pour l’écarter de leur coéquipier. Ahuri par ce comportement violent, le coach saisit Samuel par l’épaule pour l’arrêter.

« T’es devenu fou ou quoi ? Dehors… Je veux plus te voir. »

Le regard méprisant de Samuel se posa sur l’homme d’une quarantaine d’année.

Samuel : Vous avez pas le droit de me virer ! Tout ce que vous avez, vous le devez à mon père !

Il prit son sac et pointa le coach du doigt, menaçant.

Samuel : Vous savez pas à qui vous avez à faire… Je vais pas vous laisser bousiller ma vie et demain soir, je serai sur le terrain !

 

*********

 

De nos jours.

Sarah plissa les yeux en imaginant aisément la scène. Elle demanda, perplexe.

Sarah : Donc le lendemain avait lieu le grand match contre New York… Etait-il sur le terrain ou non ?

Le bébé se mit à geindre un peu et Sean le berça doucement afin de le calmer.

Sean : Non… Le lendemain, j’étais capitaine, quarterback et je marquais trente points…

Sarah sourit légèrement. A l’époque, elle n’avait jamais douté que Sean percerait dans l’équipe de foot même si le sport ne faisait pas partie de ses priorités. Elle se pinça les lèvres en le détaillant et poursuivit.

Sarah : Et tu l’es resté l’année d’après… Tu as revu Sam suite à cet incident ?

Sean leva les sourcils sur cette question, plongé dans ses souvenirs.

Sean : Non… Enfin, je le croisais de loin, mais c’était un peu électrique, tu vois ? Il valait mieux rester à distance l’un de l’autre…

Sarah : Est-ce que tu as entendu parler de lui par d’autres ? Est-ce qu’il a eu un comportement violent avec d’autres personnes avant ou après cela ?

Sean marqua une pause et but une gorgée de café. Il semblait un peu embarrassé de devoir reparler de ces histoires, de ces souvenirs autour de la mort de Danielle.

Sean : Je te l’ai dit, c’est un looser, Sarah… Ceux qui réussissent pas avec leurs muscles ou leur cerveau, le font par les poings ou leur grande gueule.

Il se cala dans son fauteuil en détaillant Sarah devant lui.

Sean : Si tu veux savoir qui sortait avec ta sœur, tu te trompes de Ryan, Sarah…

La première pensée de l’inspecteur fut de se dire qu’elle n’avait pas connaissance que Sean ait un frère. Seulement quand elle comprit qu’il parlait de sa sœur, Faith, une expression de perplexité et de surprise apparut sur son visage. Elle finit par froncer les sourcils, incertaine. Cette annonce était pourtant claire. Elle sourit nerveusement.

Sarah : T’es en train de me dire que ma sœur sortait avec la tienne ?

 

 


 

 

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Créé le 9 juillet 2010

 DRAMA QUEEN

- Tome 1 -

Qui a dit que la mort était une fatalité ?

ET REVUE PAR LES AUTEURS

 

Cette histoire a été écrite en avril 2008

 


 

Assise, son stylo à la main, Sarah tapait doucement son bouchon sur sa feuille de contrôle sur laquelle quelques cases étaient cochées. Elle regarda autour et vit les autres élèves concentrés sur leurs copies. Elle savait d’avance que la sienne resterait quasiment vierge. Elle hésita, ses lèvres pincées et fixa une autre élève devant elle qui lui tournait le dos. Elle lança un rapide coup d’œil sur le professeur plus loin et se redressa très prudemment. Elle se pencha et tenta de voir quelques réponses. Elle sursauta quand une boulette de papier la percuta et se rassit subitement sur sa chaise pour voir son « agresseur ». Ce dernier n’était autre que sa meilleure amie assise une table plus loin. Dans un signe des lèvres elle mima un « quoi ? » accompagnée  d’une expression accusatrice.

« Mademoiselle Leary. Vous voulez des jumelles ? »

Sarah se mordit le coin de sa lèvre inférieure et baissa ses yeux sur sa copie. Elle ragea intérieurement des rires de ses camarades de classe. Elle enroula quelques mèches dorées autour de son index et répondit.

Sarah : Non.

Le professeur garda ses yeux accusateurs sur l’étudiante et le silence tomba pour laisser place à la concentration des élèves. La jeune blonde patienta quelques minutes et releva ses yeux alentour. Elle remarqua alors cette étudiante brune à la table de gauche qui la fixait. Elle les plissa un peu, marqua une courte pause et saisit une feuille blanche afin d’y noter quelques mots. Elle la lui montra pour révéler.

« DIX BILLETS CONTRE TES REPONSES. »

La brune afficha un très léger sourire et secoua la tête. Elle garda ses yeux noisette sur Sarah, prit un air plus moqueur et griffonna quelques mots sur un papier. Elle le releva et lui montra sa réponse dans un signe de sourcils.

«J’ai l’air si désespéré que ça? »

Sarah se retrouva plus agacée. Son expression accusatrice et dédaigneuse répondit à tout ce qu’elle ne prit pas la peine d’écrire. Elle se redressa pour regarder encore sa copie, mais la sonnerie de fin de cours retentit. Les chaises grincèrent sur le sol pour qu’elle se lève et marche entre les rangées de tables. Elle posa sa copie sur le bureau du professeur avant de sortir dans le grand couloir du lycée. Elle rejoignit sa meilleure amie et la suivit vers les casiers.

Sarah : Elle est vraiment pas aimable…

La grande brune se tourna sur elle en levant un sourcil.

Sydney : Qui ?

Sarah : Ryan…

Sydney : Je vois pas vraiment ce qu’elle fait ici. Y’a des écoles spécialisées pour les gens comme elle.

Sarah s’arrêta devant son casier et l’ouvrit dans un soupir d’agacement.

Sarah : C’est pas la question… c’est une garce... je lui demande jamais rien. Je suis quand même sympa de pas faire comme tout le monde en me fichant d’elle, la moindre des choses serait au moins qu’elle m’aide ! J’étais même prête à la payer !

Une étudiante arriva à leur hauteur et demanda.

« Payer qui ? »

La grande brune prit un air dégoûté et fixa l'arrivante.

Sydney : Sarah est en train de me dire qu’elle a osé demander quelque chose au pestiféré numéro un.

Danielle leva les sourcils et fixa sa meilleure amie qui tenait ses livres contre sa poitrine.

Danielle : T’as parlé à Ryan ?

Sarah roula des yeux sur cette question accusatrice et se remit en route.

Sarah : Si je n’ai pas au moins un C au prochain devoir d’histoire, mes parents m’envoient chez mon oncle Grant au Texas... Adieu la plage et le soleil cet été…

Sydney : Et de toute façon, comment tu veux parler à une fille qui est muette et sourde ?!

Sarah : Elle lit sur les lèvres, Syd’…

Danielle : Mais elle entend pas ce qu’on dit.

La blonde fut moins certaine de cette conclusion. Sydney tourna ses yeux sur Sarah et leva un sourcil dans une expression interrogative et perplexe.

Sydney : C’est pas le moment de faire dans le social, Sarah !

Sarah : C’est pas du social, c’est de l’empathie ou… de la compassion… Au choix.

Sydney : Tu vas trop à l’église ma vieille.

Danielle : En tout cas, ça doit être ultra frustrant de pas pouvoir…

Elle prit un instant et afficha un sourire malicieux avant de finir.

Danielle : gémir quand tu te fais sauter…

Sydney : Et toi, Dan’, t’y vas pas assez…

Sarah rit doucement sur cette réplique et pénétra dans l’autre salle de cours.

Sydney : En tout cas, j’en connais un qui voudrait bien t’entendre et je peux te garantir qu’il ne s’agit pas du tout puissant !

Danielle posa son sac de cours sur la table et s’installa dos à la fenêtre en croisant les jambes. Elle fixa les deux autres filles qui s’asseyaient et se repoussa quelques mèches dans un geste féminin.

Danielle : Brian couvre mes soupirs… C’est pas le truc excitant, vous voyez ? Non pas que je sois narcissique au point de prendre mon pied à m’entendre gémir moi-même, mais quand ton mec arrive à couvrir tes bruits…

La brune la coupa.

Sydney : C’est qu’il est en train de prendre son pied, Dan’...

Danielle : Il oublie le mien… Parce que pour relancer la machine une fois qu’il a fait la vidange, je passe trois heures à le…

L’autre blonde la coupa en affichant une expression de dégoût.

Sarah : Dan’... Stop…

Danielle sourit et fixa son amie dans un petit air provocant. Cette dernière ne changeait pas, demeurait toujours aussi gênée quand elle parlait de sexe. Elle s’en amusait ! Sarah s’assit correctement et rajusta sa mini jupe sur ses cuisses. Elle remonta son bas dans un geste discret et vit la « fameuse » brune, sujet de leur conversation, pénétrer dans la salle. Sydney la suivit des yeux puis les baissa sur ses ongles qu’elle limait tout en s’asseyant sur sa table.

Sydney : En plus de ça, je suis sûre qu’elle est lesbienne…

Danielle fixa la jeune fille qui s’installait plus loin et se cala contre la fenêtre, en la détaillant sans la moindre gêne.

Danielle : C’est pas sûr, c’est certain… Les bruits de couloir, ça trompe pas.

Sydney : Et si elle l’est... Même une fille n’en voudrait pas.

Assise devant Danielle, Sarah détourna ses yeux sur la brune qui s'était calée dos au mur opposé.

Sarah : Elle est quand même mieux que les trois quarts des filles du lycée… Elle est bien foutue…

Elle fixa Danielle qui détaillait Faith et rajouta.

Sarah : T’étais la première à le dire à la piscine l’autre jour…

L’autre blonde sourit pour extrapoler dans une plaisanterie.

Danielle : C’est vrai… Tu crois qu’elle accepterait de s’envoyer en l’air avec moi ?

Sur cette question, Sydney se mit à rire et Sarah roula des yeux, exaspérée.

Sarah : Tu penses jamais à autre chose qu’au sexe ?

Danielle : Si… A faire les boutiques…

La grande brune les regarda à tour de rôle et rajouta.

Sydney : N’oubliez pas le samedi Shopping. Ils ont reçu des nouveautés tout droit sorties de la côte Est et d’Europe…

Le professeur pénétra dans la salle de cours et posa sa mallette sur le bureau en rajustant le haut de son pantalon. Les trois filles grimacèrent simultanément et Danielle commenta d’une voix secrète.

Danielle : Non mais, regardez-moi ce porc... Il a dû déjà boire sa bouteille de Whisky… Je déteste l’avoir en fin de journée…

Sydney : J’en ai la nausée…

Sarah : Ils devraient le virer...

« Vous allez ranger vos livres. Je ne veux pas entendre un mot jusqu’à la fin de l’heure… »

Sarah se tendit en voyant la feuille posée devant elle alors que personne n’avait été prévenu du contrôle. Elle lança un regard sur Danielle et Sydney qui affichaient la même expression dépitée et fixa rapidement les autres élèves qui ne disaient rien,  en commençant à remplir leurs copies.

 

*********

 

De l'autre côté de la salle, jambes croisées, le dos toujours calé contre le mur, Faith tenait son stylo sur sa feuille de contrôle mais ses yeux parcouraient les courbes de la blonde qu’elle avait « provoquée » quelques minutes plus tôt. Elle s’était attendue à une telle réaction de sa part. De toute façon, cette fille et ses amies étaient ce qu'elle appelait les « Reines » du lycée. Tout en esquissant quelques traits rapides sur un cahier posé près de sa copie, elle jeta des coups d’œil dans sa direction et la vit en pleine remise en question. Ce qui l'amusait était que Sarah avait maintes et maintes expressions sur son visage. Elle n’avait pas besoin d’avoir le son pour deviner l’état d’esprit de cette dernière. Un petit sourire moqueur et amusé dessina le coin de ses lèvres en gardant, malgré tout, le visage baissé pour rester discrète. Durant les longues minutes qui suivirent et comme souvent, son regard parcourut le reste de la salle, les autres élèves, puis le professeur : monsieur Tipple. Il était répugnant et le seul fait de poser ses yeux sur lui, lui rappelait encore cette vision de ce dernier en train de se masturber sous le bureau pendant un contrôle comme celui-ci. L’expression de la brune s’était faite aussitôt plus dure, plus fermée et rebutée. Elle avait compris qu’il n’était pas nécessaire de discuter avec les gens pour les connaître, ou du moins, savoir les traits fondamentaux de leur caractère. Monsieur Tipple était un pervers alcoolique qui devait certainement s’adonner aux joies du visionnage de films pornographiques. Pourquoi savait-elle tout cela ? Tout simplement parce qu’elle avait ce sens aiguisé qui percevait les vapeurs d’alcool, qu’il était certain qu’aucune femme, digne de ce nom, ne pouvait vivre avec un homme comme lui.

 

*********

(Suite non disponible sur l'aperçu du livre)

L’heure passa lentement pour Sarah qui n’avait pas pu écrire plus d’une seule page de ce devoir de littérature. Quand la sonnerie retentit, elle se leva avec les autres élèves pour aller poser sa copie sur le bureau, mais le professeur, assis sur sa chaise, l’interpella.

« Leary… Restez, j’ai à vous parler… »

La blonde se tendit et lança un coup d’œil sur Danielle et Sydney qui l’attendaient.

Sarah : Je vous rejoins sur le parking...

Les deux filles acquiescèrent d’un signe de tête sans être rassurées quant au « sort » de leur amie. Elles sortirent aussi de la classe jusqu’à ce que cette dernière soit vide d’élèves. Sarah fixa le professeur, rajusta son sac sur son épaule droite et ramena son manuel devant elle. Elle était perplexe, inquiète et ne put retenir une réplique agressive.

Sarah : Si c’est pour me dire que vous voulez voir mes parents, ils sont déjà au courant qu’ils doivent venir, monsieur Tipple…

Le professeur se redressa et remit vulgairement sa chemise qu’il coinça dans à l’arrière de son pantalon. Sarah pouvait voir ses auréoles de transpiration au niveau de ses aisselles et s’en dégoûta davantage. Il mit ses mains dans ses poches, marqua un silence et détailla son élève un instant puis, prit les copies pour chercher celle de la blonde et un sourire malsain dessina ses lèvres.

« Je vois que vous avez étayé, mademoiselle Leary. Comme toujours… »

La blonde roula des yeux dans un soupir silencieux qui révélait son agacement.

Sarah : J’ai jamais été douée pour les cours… Chacun son truc…

Le professeur la dévisagea et marcha d’un pas lent vers la porte pour la fermer.

« J’ai quelque chose à vous proposer... »

Sarah le suivit des yeux sans bouger et fronça les sourcils sur sa réaction qu’elle ne comprit pas.

Sarah : J’ai pas besoin de cours particuliers si c’est là où vous voulez en venir…

L’homme la fixa et revint vers le bureau pour reposer la feuille. Il releva ses yeux imbibés de sang sur elle et ses doigts frottèrent son menton mal rasé.

« J’ai connu une élève comme toi il y a longtemps... »

Il marcha vers elle d’un pas lent mais Sarah recula d’instinct, l’air incertain et perturbé. Il sourit dans une expression vindicative.

« Ce genre de filles comme toi, tu sais ? Qui se prend pour une petite princesse, qui s’habille comme une garce pour exciter tous les mecs aux alentours... »

Cette fois, Sarah se tendit. Ses doigts se fermèrent autour de son manuel contre sa poitrine sans qu’elle ne le quitte des yeux. Elle se repoussa instinctivement ses mèches de son visage dans un mouvement de tête.

Sarah : Vous êtes ivre monsieur Tipple... Je sais pas si vous êtes conscient de ce que vous êtes en train de me dire…

Le professeur arbora un sourire ironique et secoua la tête en s’approchant encore.

« Oh non… Non, non. Je sais très bien ce que je dis. Je sais comment faire avec les élèves comme toi…»

Sarah le fixa encore et dans une réaction de défense, se redressa pour marcher d’un pas pressé vers la porte.

Sarah : Désolée, mais je dois partir, on m’attend…

Le professeur la retint par le bras et le serra brutalement de sa main.

« Tu vas nulle part tant que je l’ai pas dit... »

La blonde voulut se dégager prise par une légère douleur que ce contact inattendu venait de provoquer.

Sarah : Lâchez-moi ! Vous me faites mal…

Elle tenta de nouveau de se reculer mais l’homme lui envoya un revers de sa main gauche en plein visage.

« La ferme… »

Sarah trébucha en arrière en se retenant à une table pour ne pas tomber, ahurie de la tournure de cet « entretien ». Une des chaises tomba dans un léger bruit de fracas.

Sarah : Vous êtes malade !

L’homme se rapprocha, alors que la blonde se tenait à l’écritoire. Il afficha de nouveau un sourire pervers. Il la saisit par les bras, faisant tomber son manuel et la redressa en la plaquant contre le mur.

« Tu vas la boucler... »

Une gifle résonna dans la pièce, assommant quelque peu Sarah qui tentait de se défaire de son emprise.

« Espèce de petite allumeuse… »

La panique de la jeune fille venait de monter d’un cran en raison de ce coup, de ce goût métallique qu’elle sentait couler au coin de sa lèvre. Elle tenta encore de se défaire et sa voix se craqua.

Sarah : Je vous en prie… Arrêtez… Laissez-moi partir…

Le professeur tenait Sarah fermement contre le mur et ne se trouvait plus qu’à quelques centimètres d’elle. L’expression toujours aussi perverse et malintentionnée, il la fixa pendant que sa main droite glissait sur l’extérieur de la cuisse de son élève.

« Alors, maintenant, tu fais ta gamine, hein ? Alors que tu te pavanes comme une pute… »

Il la brutalisa, la poussa violemment sur le sol et sa main défit la ceinture de son pantalon en la fixant.

« Je vais t’apprendre à allumer les hommes, moi... »

Il se jeta sur elle pour l’immobiliser, la bloqua de son avant-bras sur le haut de sa poitrine en lui coupant la respiration. A genoux devant elle, transpirant comme une « bête », sa main droite lui asséna une autre gifle avant de descendre directement sous sa jupe, qu’il releva. Il tira violemment sur son sous-vêtement pour le descendre sur ses cuisses.

« Espèce de salope… »

Sarah émit un hurlement sous cet assaut brutal. Elle était parfaitement consciente des intentions du professeur et sentit la panique la saisir, la faire trembler, sans qu’elle n’ait la force de se libérer de son emprise.

 

*********

 

Dans le couloir, non loin de la classe de cours, Faith fronça les sourcils et tourna ses yeux en direction de la porte. Elle entendit.

« ARRÊTEZ… »

Sans réfléchir, sans se poser la moindre question, elle marcha d’un pas rapide vers ce cri. Elle se figea quand son regard découvrit la scène à travers la petite vitre de la porte. Tipple  était sur Sarah qui se débattait comme elle le pouvait. Son cœur sembla s’affoler devant ce spectacle ahurissant et elle voulut ouvrir, en vain. Elle tourna ses yeux sur le couloir, passa sa main dans ses cheveux et se dirigea vers un extincteur à deux mètres. Elle le saisit sans attendre et fracassa la porte avec. Tipple tourna le visage vers ce bruit, les sourcils froncés alors qu’il maintenait toujours son emprise sur la blonde. Sarah n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il en était, qu’elle sentit subitement le corps de l’homme tomber, immobile sur elle. Son cœur affolé, la respiration courte, elle perçut une source de chaleur étrange s’écouler. A bout de force, mais dans un mouvement instinctif, elle repoussa le corps inerte et se recula en rampant en arrière sur ses coudes, sa chemise recouverte de sang. Ses yeux se posèrent  alors sur l’hémoglobine épaisse qui recouvrait peu à peu le sol. Elle cligna doucement des paupières, comme pour tenter de comprendre, de se resituer et son regard remonta sur la brune qui tenait encore l’extincteur. Dans ce silence soudain qui venait de tomber, son cœur, lui, continuait de cogner violemment dans sa poitrine. Tout venait subitement se bousculer. Monsieur Tipple était inconscient. Elle était recouverte de son sang. Il avait essayé de la violer et Faith était arrivée pour faire cesser ses assauts.

Faith restait là sans bouger depuis que ce silence était revenu. Les traits tirés, elle tenait l’extincteur dans sa main droite et ses yeux, à la fois perdus, bouleversés et interrogateurs, passaient de la blonde à l’homme. Elle n’avait pas eu le temps de penser, de se poser de question. Elle avait réagi dans un réflexe instinctif de défense, de peur, d’angoisse et de colère en même temps. Seulement, à en juger par tout ce sang qui s’écoulait de la tête du professeur, elle réalisait que ce dernier était sûrement mort.

Sarah pivota pour se mettre à genoux et avança vers le corps immobile. Elle osa ramener ses doigts sur son cou, chercher un signe de vie, mais constata qu’il n’y en avait plus. Elle rompit ce contact significatif dans un mouvement vif de recul et releva ses yeux affolés sur la brune. Cette panique resta présente et ce silence semblait soudainement trop pesant. Ses sourcils restèrent froncés, ses traits tirés. Elle se releva, tremblante de peur. Une question résonnait : qu’avaient-elles fait ? Ses yeux descendirent sur l’homme inerte, sur ce sang qui était autant sur elle que sur le sol. Tout venait se bousculer dans son esprit. Ses larmes séchées laissaient sur ses joues des traces noires de son maquillage. Elle fixa la brune et sa voix se brisa.

Sarah : Il... Il faut nettoyer…

 


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Résumé : Sarah, Danielle et Sydney sont les trois "reines" du lycée de Northfolk. Elles sont le cliché parfait des filles populaires, jolies et riches qui savent organiser des soirées inoubliables. Quand Sarah se retrouve - par accident - sous le corps mort de son professeur, qu'elle croise le regard de Faith Ryan qui tient encore l'arme du crime entre ses mains, elle prend conscience que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Faith Ryan, jeune sourde et muette, invisible aux yeux de tous, va se voir entraîner malgré elle par la petite blonde et ses amies.

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Créé le 9 juillet 2010

Serial'Killer

Ne faites pas l’erreur de croire ce que vous voyez à la télévision. Le métier de profiler a été dénaturé par les médias, journalistes, auteurs de romans à succès ou encore scénaristes de série tv. Dans la réalitéun profiler américain ne se déplace pas sur le terrain et on ne confie pas non plus à une stagiaire du FBI comme Clarice Starlight – interprétée par Jodie Foster – un dossier aussi important que celui du célèbre serial killer Hannibal Lecter dans le « Silence des Agneaux ». Non, dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, la logique veut qu’un profiler américain travaille dans un bureau, enfermé, avec comme seuls supports à ses recherches des rapports détaillés, des photos, et toutes les pièces nécessaires qui lui permettront d’élaborer le profil psychologique du meurtrier.


Je m’appelle Sarah Leary, j’ai trente-trois ans. Rien ne laissait supposer que je travaillerais un jour dans la police. A vrai dire, j’étais journaliste au San Francisco Chronicle entre 2000 et 2005. En parallèle, je poursuivais mes études de psychologie à l’université de Stanford. A la fin de mon année, j’ai rédigé une thèse sur les Serial Killer. Celle-ci a été envoyée au directeur de la police de Los Angeles et j’ai été appelée pour les aider à résoudre une première série de meurtres. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je suis lieutenant et travaille officiellement avec eux. J’ai ainsi aidé à l’arrestation de neuf tueurs en série (Ronald Willams, Samuel Mooney, Quentin Shiffer, Vince Logan, Nick Neilly, Martha Dostoïevskaïa, Joseph Springs, John Abigail et Scott Tremblay). Je ne suis pas à considérer comme une intervenante ni comme un psychologue privé. J’ai été assermentée, ai un bureau au sein du commissariat central de Los Angeles et mon travail est d’assister les inspecteurs qui décideront, ou non, de suivre mes conseils afin de traquer et d’arrêter ces assassins.

207 pages

Prix imprimé : 23.70€ - et="_blank" style="text-decoration: none; color: #7e8407;">COMMANDER

Prix téléchargé : 10.00€ - COMMANDER

 


 

 

PROLOGUE

 

Ne faites pas l’erreur de croire ce que vous voyez à la télévision. Le métier de profiler a été dénaturé par les médias, journalistes, auteurs de romans à succès ou encore scénaristes de série tv. Dans la réalité et en règle générale, un profiler américain ne se déplace pas sur le terrain et on ne confie pas non plus à une stagiaire du FBI comme Clarice Starlight – interprétée par Jodie Foster – un dossier aussi important que celui du célèbre serial killer Hannibal Lecter dans le « Silence des Agneaux ». Non, dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, la logique veut qu’un profiler américain travaille dans un bureau, enfermé, avec comme seuls supports à ses recherches des rapports détaillés, des photos, et toutes les pièces nécessaires qui lui permettront d’élaborer le profil psychologique du meurtrier.

Je n’assimile pas qu’on puisse établir le profil d’un tueur en série sans être allé sur le lieu de son forfait. Qu’il s’agisse du toit d’un immeuble, d’un appartement, d’un champ, le cadre physique de chaque meurtre a son importance, son atmosphère précise sa charge d’émotions qui permet de voir plus loin que des photos du lieu du crime. Les photos n’ont pas d’âme mais un environnement saura vous parler s’il a des choses à dire et si vous êtes attentifs.

Je m’appelle Sarah Leary, j’ai trente-trois ans. Rien ne laissait supposer que je travaillerais un jour dans la police. A vrai dire, j’étais journaliste au San Francisco Chronicle entre 2000 et 2005. En parallèle, je poursuivais mes études de psychologie à l’université de Stanford. A la fin de mon année, j’ai rédigé une thèse sur les Serial Killer. Celle-ci a été envoyée au directeur de la police de Los Angeles et j’ai été appelée pour les aider à résoudre une première série de meurtres. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je suis lieutenant et travaille officiellement avec eux. J’ai ainsi aidé à l’arrestation de neuf tueurs en série (Ronald Willams, Samuel Mooney, Quentin Shiffer, Vince Logan, Nick Neilly, Martha Dostoïevskaïa, Joseph Springs, John Abigail et Scott Tremblay). Je ne suis pas à considérer comme une intervenante ni comme un psychologue privé. J’ai été assermentée, ai un bureau au sein du commissariat central de Los Angeles et mon travail est d’assister les inspecteurs qui décideront, ou non, de suivre mes conseils afin de traquer et d’arrêter ces assassins.

Voici mon histoire.

 

*********

 

— Post-mortem… Il l’a d’abord étranglée.

Sarah observa le cadavre : une femme de taille moyenne, blonde, svelte, de race blanche. La présence de coups portés au visage indiquait l’évidence d’un combat, d’un court affrontement. Pourtant, les lieux étaient en ordre : la victime connaissait son agresseur et avait été surprise au dernier moment.

— Elle s’appelle Jennifer Davis.

Sarah prit le portefeuille que lui tendait l’inspecteur et scruta la photo d’identité ; Jennifer Davis était une jeune femme de trente ans, plutôt jolie.

Depuis qu’elles étaient entrées dans l’appartement, Faith Ryan n’était pas étonnée du silence de sa collègue. Elle avait pris l’habitude de la voir ainsi, impliquée, attentive à chaque détail. Quand Sarah Leary étudiait la scène d’un crime, elle pouvait rester près de deux heures sur les lieux, sans un mot. Qu’elle soit profiler, qu’ils soient inspecteurs ou simples flics, découvrir pareille scène ne laissait personne indifférent.

Elle fixa le corps. Jennifer Davis avait été dénudée, allongée sur le dos, la tête tournée sur la gauche et les lèvres entrouvertes. Son regard vide présentait les stigmates de sa peur lors de sa mort, ses cuisses étaient écartées. Elle regarda aux alentours. Quelle arme l’assassin avait-il utilisée pour étrangler Jennifer Davis ? Le premier meurtre accusait le fil du combiné téléphonique soigneusement remis en place une fois le forfait accompli. Les yeux de Sarah se plissèrent sur une porte ouverte en face d’elle. Elle fit quelques pas vers la chambre et trouva une ceinture sur le lit. Le meurtrier avait pris soin, cette fois, de bien laisser en évidence l’arme du crime qui appartenait à la victime. Elle fit signe à Faith d’approcher et cette dernière récupéra l’objet qu’elle glissa dans un sachet en plastique.

Faith : J’imagine que c’est l’arme du crime… Je l’envoie au labo.

Sarah : S’il te plaît.

Faith lui sourit mais vit Sarah concentrée, imperturbable. Cette dernière retourna dans le salon, près de la table où le corps gisait inerte sur un tapis. Les lieux paraissaient chaleureux dans l'ensemble, comme chez la première victime, Lisa Hailey.

Sarah restait intriguée. Au cours des trois dernières années, ses études, son travail et les profils psychologiques dressés, avaient permis l’arrestation de plusieurs meurtriers, tous Serial Killers. L’important dans ce genre d’enquête était de lier chaque information trouvée. Les inspecteurs devaient interroger les voisins de l’immeuble, réunir les emplois du temps, celui de la victime et élaborer le degré de criminalité du quartier. Il y aurait d’autres pièces dont Sarah aurait besoin : le rapport d’autopsie, les analyses toxicologiques et sérologiques du laboratoire, la liste des suspects, l’enquête sur la victime, sa famille, ses amis... Autant de paperasse longue à établir dans les détails, mais importante au plus haut point. Sarah resta debout devant le cadavre et examina la pièce pour la énième fois. Elle devait s’imprégner de l’ambiance des lieux, se mettre à la place de l’assassin. Le trouver impliquait plusieurs choses : elle devait le comprendre, faire preuve d’empathie et découvrir ce qu’il cherchait à assouvir…

A chaque meurtre en série correspondait un fantasme, un besoin d’assouvir des pulsions. Comprendre ce fantasme permettrait à Sarah d’établir la genèse exacte de l’enfance du responsable. Ses antécédents sociaux étaient la clef.

 

*********

 

Une semaine plus tard.

Faith frappa à la porte du bureau de Sarah et entra en silence. Elle devinait que Sarah avait passé son week-end à travailler sur les deux crimes. En théorie, un serial killer était nommé comme tel à partir de trois forfaits, trois meurtres commis avec un certain intervalle de temps et dans des lieux différents. La presse et les journalistes s’étaient empressés de trouver un surnom à l’assassin : L’Étrangleur.

Sarah rageait de constater les fuites de certains services à l’intérieur même du commissariat ? Elle savait que les policiers étaient mal payés, mais le fait d’accepter des pots-de-vin dans ce genre d’affaire l’agaçait au plus haut point. Ce type d’appellation et médiatisation ne faisaient qu’encourager leur meurtrier à renouveler ses crimes et affirmer sa toute puissance.

En théorie, ce genre de meurtrier ciblait un type unique de victimes selon le sexe, l’âge ou encore la profession. Les médias pouvaient être utiles dans certains cas, mais leur aide s’avérait parfois être une arme à double tranchant. Sarah leva les yeux sur l’inspecteur et ôta ses lunettes.

Faith : Je voulais savoir si on pouvait discuter, savoir où t’en étais...

Ce qui indiquait à Sarah que l’enquête stagnait pour l’inspecteur Ryan. Les raisons en étaient simples : manque de lien entre les victimes, quantité importante d’informations, absence de témoin. Quand Faith n’avait pas de piste précise, Sarah intervenait et pouvait ainsi l’aiguiller à l’aide des siennes. Etablir un profil avec si peu d’éléments était complexe et elle avait besoin d’au moins quinze jours pour laisser mûrir son étude. Elle avait relié quelques comportements au vu des éléments psychologiques trouvés, mais ceux-ci en étaient déconcertants de similitudes.

Sarah : Tu peux t’asseoir, je vais te dire ce que j’ai, mais ce n’est qu’une ébauche.

Faith s’exécuta sans quitter Sarah des yeux. Elle appréciait particulièrement ce genre de moments, même anodins, pendant lequel elles se retrouvaient toutes les deux, seules dans les bureaux. Il était tard et comme tout bon fonctionnaire d’Etat, la plupart des agents étaient rentrés chez eux. Ceux qui restaient étaient  considérés comme impliqués dans leur travail et leur grade, proportionnel à leur dévotion.

Sarah ramena les documents devant elle et reprit depuis le début, comme si répéter chaque information lui permettait d’approfondir son étude.

Sarah : Pour les victimes... Âge similaire, la trentaine, dates de naissance différentes, jeunes femmes blanches, blondes, entre un mètre cinquante-cinq et un mètre soixante, hétérosexuelles. Jugées charmantes par leur entourage, célibataires, professions libérales ; l’une est médecin, l’autre avocate. Femmes carriéristes, indépendantes, peu d’amis, amants de passage, peu de loisirs.

Elle fixa l’inspecteur.

Sarah : Tout laisse supposer que le meurtrier est un homme de race blanche entre trente et trente-cinq ans. Il a longuement étudié ses victimes, les a approchées et mises en confiance puisque les appartements ne présentent aucun signe d’effraction. Il a un quotient intellectuel normal ou supérieur à la moyenne et a pu susciter l’intérêt de ces jeunes femmes…

Elle glissa le rapport des analyses d’autopsie devant Faith.

Sarah : L’étude A.D.N. des prélèvements de sperme ne correspond à aucun homme déjà enregistré dans nos bases de données. L’analyse des corps précise qu’aucune trace de peau, de cheveux ou de poil pubien n’a été retrouvée sur le corps des victimes. L’agresseur s’est caressé avant d’éjaculer dans la bouche de chacune des deux jeunes femmes.

Son regard se porta de nouveau sur Faith

Sarah : Il fréquente peut-être le corps médical voire la police. Il est informé des procédures destinées à le retrouver. Il est d’apparence arrogante, charmeuse, bel homme et discret, il semble sûr de lui, calme et ne craint pas l’autorité…

Jusque là, Faith comprenait les déductions de Sarah qui restaient pour l’instant assez basiques. La victimologie – l’étude des victimes – était tout aussi importante que la criminologie – l’étude de l’acte du meurtrier.

A travers les traits de personnalité des deux jeunes femmes, leurs trains de vie, leurs habitudes et professions, Sarah parvenait à juger des caractéristiques physiques et intellectuelles de l’assassin. Faith admettait ne pas toujours saisir les conclusions parfois tirées par les cheveux de Sarah, mais elle n’était pas la diplômée en psychologie et Sarah n’avait jamais fait d’erreur jusqu’à maintenant. Elle gardait son léger sourire continuant de l’écouter et prenait quelques notes, attentive.

Sarah : Les rapports d’autopsie présentent les mêmes marques de strangulation. Ceux de toxicologie prouvent qu’elles ne buvaient pas, ne fumaient pas et ne se droguaient pas. Leur hygiène de vie était normale. Elles sont mortes un samedi matin entre huit et neuf heures. Le meurtrier travaille la semaine, ce qui explique l’acte matinal du forfait. Il est très organisé, ponctuel et tout laisse à croire que ces deux meurtres ne sont pas les premiers. Aucun des voisins n’a remarqué de visites chez les concernées durant les trente derniers jours. L’assassin venait chez ses victimes pour la première fois. Pour seul kit, il a une paire de gants, ce qui explique l’absence d’empreinte sur le corps des victimes, les armes et lieux des crimes.

Elle se servit un verre d'eau et but quelques gorgées. Faith la vit prendre une pause, son regard sur les feuilles.

Faith : Sarah ? Ça va pas ?

Sarah hésita, se sentait troublée. Elle se pinça les lèvres et fixa Faith.

Sarah : Il y a une incohérence dans les rapports. L’autopsie déclare que les marques de strangulation sont légères, peu appuyées, comme si l’assassin n’avait pas de force.

La brune arqua les sourcils.

Faith : Il a peut-être pris son temps pour les tuer. Ils le font tous en général.

Mais Sarah rajouta.

Sarah : 6% des hommes tuent par strangulation, contre 47% chez les femmes.

La brune resta perplexe.

Faith : Tu crois que c’est une femme ?

Sarah : La présence de sperme prouve le contraire…

Faith : Alors ça pourrait être un couple ?

Sarah : Non… Il n’y a pas deux meurtriers et celui qu’on cherche n’est pas non plus un jeune homme ou un adolescent.

Faith ne la quitta pas des yeux et croisa les bras.

Faith : T’en déduis quoi ?

Sarah arqua les sourcils et se frotta le front du bout des doigts. Même si son étude se basait sur des faits, des preuves, des rapports scientifiques, son instinct lui criait que son profil comportait un défaut. Seulement, elle ne le voyait pas, semblait ne pas avoir assez de recul.

Sarah : Soit j’ai manqué un détail, soit c’est une femme. Conclusion illogique puisqu’il y a le sperme. Ou alors c’est un jeune homme dont la morphologie n’est pas développée ! Vous avez pourtant interrogé leurs anciens amants et tous ont une carrure sportive et une certaine musculature.

Faith : Il les a peut-être assassinées parce qu’elles ne voulaient pas de lui…

Sarah plissa les yeux ; elle avait songé à cela mais poursuivit.

Sarah : Non, les voisins n’ont pas entendu de dispute… Jennifer Davis et Lisa Hailey étaient des femmes de caractère, elles savaient ce qu’elles voulaient et il n’était apparemment pas question de négocier, que ce soit dans leur vie professionnelle ou vie privée. Le Tueur n’avait pas de relation intime avec elles et n’en voulait pas. Leurs relations étaient davantage basées sur de la confiance…

Sarah s’agaça et se cala dans son fauteuil avant de croiser les bras.

Sarah : En clair, tout ce que j’ai fait pendant une semaine ne nous avance pas plus. Je ne parviens pas à définir le mobile et je ne suis même pas sûre que ma genèse soit exacte.

Faith resta bras croisés, son regard posé sur les traits fins de Sarah.

Faith : Dis toujours…

Sarah : C’est assez contradictoire… En somme, tout laisse supposer que le meurtrier a été délaissé par sa mère pendant son enfance. Une mère carriériste, sadique, qui détestait les hommes et son fils par la même occasion. Il n’avait pas de figure paternelle et voyait certainement défiler les amants de sa mère. Les deux filles sont mortes asphyxiées, réduites au silence, du sperme dans la bouche… Il était témoin forcé des ébats de sa mère et la voyait se soumettre au désir des hommes. Elle exerçait une domination sur son fils et ses amants en même temps. Maintenant, il prend le rôle de ces hommes et à chaque victime, il tue sa mère, lui faisant payer d’avoir nourri sa propre excitation.

Elle remplit son verre d’eau en poursuivant.

Sarah : En tout cas, je suis certaine d’une chose, qu’il souffre d’un complexe d’Oedipe exacerbé et à travers chacune de ces femmes, il voit sa propre mère qui ne lui a jamais donné l’amour qu’il attendait. La violence et le sexe ont été ses repères en grandissant et ses fantasmes se sont développés. Il n’a jamais pu être un de ses amants, la morale ou la religion l’en empêchant et sa mère est morte quand il était jeune, le laissant abandonné et frustré.

Et Faith confirmait, suite à ce genre de déductions, qu’elle ne saisissait pas les analogies ou développements de Sarah.

Faith : S’ils sont deux ?

Chose peu probable songeait Sarah, mais elle répondit.

Sarah : S’ils sont deux, la compagne du meurtrier regarde. Elle regarde le crime tel que le tueur le faisait quand il était enfant. Elle prend la place de l’enfant soumis et il serait alors question de transfert sur chaque protagoniste.

Elle secoua la tête et baissa son regard sur ses notes.

Sarah : Mais ils ne sont pas deux, crois-moi ! Notre homme est célibataire, il vit seul, j’en suis sûre… Il agit seul… J’ai bien trop d’éléments alors que nous ne disposons que de deux cadavres. Il a laissé des traces volontaires, son schéma est parfait, pensé à la lettre… Je n’ai jamais vu deux crimes aussi similaires dans les détails. Un meurtrier laisse habituellement sa signature mais ne répète pas un crime de façon aussi calculée.

Elle fixa Faith qui ne la quittait pas des yeux, comme à son habitude et celle-ci changea complètement de sujet.

Faith : Ça te dit que j’aille chercher deux salades à côté et qu’on fasse une pause dîner ?

Sarah afficha un léger sourire. Peut-être était-il temps de prendre du recul, de libérer son esprit de ce dossier. Elle lança un coup d’œil sur sa montre ; il était neuf heures passé.

Sarah : Oui, tu as raison, il est tard.

Faith se leva.

Faith : J’en ai pour dix minutes.

Sarah la suivit des yeux et se cala dans son fauteuil. Elle soupira en silence et bascula sa tête en arrière. Ses mains sur son visage, les yeux fermés, elle ne contrôlait pas les flashs suggestifs des scènes de crimes qui se bousculaient dans son esprit, tentant de lui faire comprendre quelque chose. Elle ne pouvait l’empêcher. Consciente ou non qu’elle devait faire une pause, son esprit se perdait dans des réflexions incessantes.

Qu’avait-elle manqué exactement ? Ce crime n’était pas qu’une simple répétition comme elle avait déjà pu en voir. Les similitudes ou signatures semblaient si flagrantes, si nombreuses, que Sarah se demandait si le tueur ne se jouait pas d’elle. Elle savait d’expérience que chaque serial killer se répétait lors d’un forfait. Qu’il s’agisse du procédé, de l’arme du crime, du rituel pre ou post-mortem, chaque serial killer laissait une marque personnelle derrière lui. Et Sarah était là pour la trouver, la trouver afin de confirmer à ses collègues s’ils avaient à faire, ou non, au même meurtrier.

Elle considérait que le serial killer était un humain comme les autres. Telle une jeune femme s’exerçant à la cuisine, le meurtrier en série tentait souvent de nouvelles recettes, de nouvelles méthodes et n’oubliait jamais sa touche personnelle et indélébile de façon consciente ou inconsciente. Deux scènes de crime ne pouvaient donc porter deux fois les mêmes indices, sauf si l’auteur du forfait suivait à la lettre une recette déjà écrite par ses soins… ou par ceux d’un autre ? Sur cette dernière analogie, Sarah se redressa et pianota sur son clavier. Si son travail était de faire preuve d’une grande logique, son intuition la guidait souvent vers des pistes intéressantes.

Elle accéda à un programme, entra son mot de passe et une fenêtre officielle s’afficha. Le V.I.C.A.P. (Programme d'appréhension des criminels violents) lui permettrait d’identifier tous les meurtres similaires perpétrés depuis 1979. Qu’il s’agisse d’agressions sexuelles, de personnes disparues, de tentatives d’homicide ou d’homicides, chaque dossier important, résolu ou non, était archivé dans ce programme. Elle pianota sur son clavier, entra quelques mots dans les critères de recherche et la lança. Après quelques secondes, une fiche apparut sur son écran.

Ses lèvres se pincèrent, ses yeux sur la photo d’un meurtrier arrêté le 3 juin 1989. Elle avait vu juste : Dixon Anszczak, homme de trente et un ans, d’origine polonaise et résidant à New York, avait assassiné dix-huit jeunes femmes blondes par strangulation entre 1981 et 1989. Il  avait écopé de quatre cent dix-neuf ans de prison.

Elle accéda au profil, vérifia ses antécédents familiaux et sa genèse qui se rapprochait de celle dressée à Faith quelques minutes plus tôt. Elle se rassit dos à son fauteuil, son regard dans le vide. Elle était agacée, agacée de ne pas avoir fait ces vérifications plus tôt et d’avoir perdu deux semaines à réaliser ses études.

L’erreur venait d’elle cette fois ! Ces deux forfaits étaient une imitation, une « recette » appliquée et suivie à la lettre, une « copycat ». Pourtant, l’assassin avait obligatoirement commis une erreur. Imiter était déjà une erreur en soi. Peu importait la recette,

Sarah savait qu’il y avait sur ces clichés ou sur les lieux du crime, une trace, une marque propre au meurtrier. Elle devait se concentrer sur le fantasme de ce nouveau tueur. Hormis les provoquer, quel était son but ? Pourquoi reprenait-il le coup de pinceau d’un autre ? Continuerait-il son imitation en tuant seize femmes de plus ? Pourquoi avait-il choisi d’imiter Anszczak ? Souffrait-il des mêmes fantasmes ? L’auteur de ces forfaits était une personne passionnée pour en venir à reprendre le procédé d’un autre serial killer. Il n’avait pas choisi Anszczak par hasard.

Par son égo démesuré, il ne doutait pas un seul instant pouvoir leur faire face. Il était renseigné, éduqué, organisé et avait peut-être même accès au V.I.CA.P. Sarah ne devait rien laisser au hasard, devait être neutre et lister toutes les possibilités. Le but du Tueur était d’être découvert et de les provoquer. L’arrestation de cet Anszczak remontait à trente ans. Celui qui lui rendait hommage semblait bien informé. Etait-ce alors un mobile ? Sarah en doutait…

Si l’agresseur et la victime avaient un lien qu’elle devait découvrir, en existait-il un entre Anszczak  et le meurtrier ? L’homme qui imitait ce polonais n’était pas le premier imitateur dans l’histoire des serial killers, ce qui pouvait amener Sarah à se tromper dans toutes ses conclusions. En clair, elle repartait à zéro et la difficulté résidait désormais dans sa capacité à distinguer les deux tueurs.

La porte s’ouvrit sur Faith qui revint s’asseoir en face d’elle et sortit les deux salades d’un sac.

Faith : Je t’ai pris celle que t’adore, aux quatre fromages.

Sarah lui adressa un sourire amusé et récupéra sa salade.

Sarah : C’est la pizza aux quatre fromages, pas la salade, mais t’as de la chance, j’aime le fromage.

Faith plissa les yeux sur cette remarque et se reprit.

Faith : Ouais, en fait y’avait plus que ces deux-là…

Sarah saisit la fourchette en plastique et tourna l’écran vers Faith.

Sarah : Regarde ce que j’ai trouvé.

Faith s’exécuta, mais quand elle comprit que l'homme sur l'écran était un ancien serial killer emprisonné depuis trente ans, son expression refléta toute sa perplexité. Sarah expliqua…

Sarah : C’est un imitateur.

Faith la fixa, incertaine face à ses propres analogies et ce qui pouvait en découler. Devant sa mine plus perdue, Sarah sourit et commença à manger.

Sarah : Oui, je sais ce que tu penses, qu’on est dans une merde noire parce que ce gars a très bien fait son boulot…

Elle mâcha, appréciant le goût juteux des tomates de sa salade et reprit son explication en agitant sa fourchette.

Sarah : Le pourcentage de probabilités qu’il soit flic n’est pas négligeable… A cela, tu rajoutes les bibliothèques qui renferment les archives intégrales des différentes presses, sans oublier évidemment Internet qui te donne en quelques secondes une liste détaillée des sites énonçant tous les crimes commis par Etat, bien avant la création du V.I.C.A.P…

L’inspecteur Ryan dégustait son dîner, attentive aux explications de Sarah.

Faith : Un flic, ça collerait…

Sarah : Et je prie pour qu’il ne le soit pas.

Sarah était consciente qu’un homme de leur bureau aurait accès à toutes les informations, ce qui ralentirait l’enquête de façon considérable. Elle continua de manger, pensive comme à son habitude ; cette pause repas n’impliquait pas celle de son esprit.

Faith l’observait, appréciant de se retrouver seule avec Sarah. Certes, elle n’oubliait pas cette enquête ni les autres qu’elle avait en charge, mais pouvoir profiter d’un moment seule avec Sarah Leary était chose rare. Celle-ci termina son repas et jeta son récipient en plastique dans la poubelle. Elle imprima le profil de Dixon Anszczak, prit son sac à main sur ses cuisses et y rangea un premier dossier. Elle récupéra les feuilles et se leva.

Sarah : Je vais terminer de regarder ça chez moi… Il est tard et j’imagine qu’on est encore les dernières...

Faith se leva afin de suivre Sarah hors de son bureau. Elle glissa ses mains dans les poches de son pantalon tailleur et en sortit les clefs de sa voiture. Elle jouait d’instinct avec le trousseau et faisant tourner l’anneau métallique autour de son index. La plate-forme principale laissait apercevoir quelques inspecteurs qui travaillaient, penchés sur leurs dossiers. Elle aimait ce moment de la journée où un calme rare régnait dans le bâtiment. Suivant Sarah dans l’ascenseur, elle se cala contre la paroi et ne la quitta pas de ses prunelles noisette.

Faith : Tu sais que tu nous dis de faire des trucs que toi-même tu n’appliques pas ?

Sarah sourit sur cette question gentiment accusatrice. En théorie, Ce qu’elle demandait aux inspecteurs était simple : une fois hors des bureaux, il ne devait plus y avoir d’enquête, de meurtre, de victime ou de parents de victimes. Pour leur bien-être psychologique, ils devaient mettre un voile entre leur vie privée et le commissariat.

Sarah : C’est la notion du « faites ce que je dis mais pas ce que je fais ».

Les portes s’ouvrirent et Sarah sortit, suivie de l’inspecteur. Elle n’appliquait pas ses propres conseils pour deux raisons : la première, elle vivait seule, n’avait ni enfant, ni amant et pouvait se permettre de poursuivre ses études une fois chez elle ; la deuxième, même si elle s’obligeait à prendre du recul, son esprit restait en éveil constant, à l’affût de la moindre idée qui lui permettrait d’approfondir les profils des meurtriers.

Sarah s’arrêta devant sa voiture garée à côté de celle de la brune et ouvrit la portière. Elle ramena sa main sur l’arête métallique du toit et reporta son regard sur Faith.

Sarah : On se voit demain… Merci pour la salade et reposes-toi.

Faith la dévisagea, son regard pétillant comme souvent. Sur les idées qui la traversaient, son cœur s'affolait dans sa poitrine. Aurait-elle l’audace de faire ce qu’elle ne s’autorisait pas depuis des mois ? Le silence qui régnait traduisait son hésitation, la pression qui s’abattait sur elle. Pourtant, avant que Sarah ne se recule, elle ramena sa main sur sa joue et vint goûter à ses lèvres.

Sarah manqua une inspiration mais ne fut pas surprise… Faith avait osé faire ce qu’elle redoutait. Bien que professionnelle et plongée dans son travail, elle demeurait lucide et faisait parfaitement la différence entre un regard amical et amoureux.

A ce contact, Sarah aurait dû se reculer, mais la douceur des lèvres de Faith qui prenaient possession des siennes, la rendait plus faible, tentée de se laisser aller à un instant de tendresse. Cela faisait si longtemps qu’on ne l’avait pas embrassée… Les effluves de la brune étaient agréables, enivrants et Sarah percevait tant de douceur émaner de ce simple baiser.

Elle y répondit, sa main sur celle de l’inspecteur mais se recula lorsqu’un soupçon de raison lui cria de ne pas se laisser aller. Ses paupières se levèrent et ses yeux émeraude se plongèrent dans le regard brillant de Faith. Pourquoi avait-elle répondu ? Pourquoi l’inspecteur la détaillait-elle de façon si intense ? Pourquoi avait-elle failli ce soir alors qu’elle faisait mine d’ignorer l’attirance de Faith depuis des mois ? Elle sentit le pouce de cette dernière esquisser une légère caresse sur sa joue, puis ses doigts lui repousser quelques mèches dorées. Elle devait parler, devait mettre un terme à ce malentendu. Mais était-ce vraiment un malentendu ? Sarah se sentait perdue… De façon paradoxale, sa voix se fit plus basse.

Sarah : On doit pas, Faith…

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