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extrait roman lesbien

<a href=A toi pour toujours - Extrait roman lesbien" title="A toi pour toujours - Extrait roman lesbien" style="float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px; border: 1px solid black;" />Résumé : Lana Queen revient à Eastern Rock au Texas 15 ans après son départ pour New York... 15 années se sont écoulées et Lana n'est plus la jeune adolescente complexée par son poids dont la plupart des élèves de son lycée se moquaient. Personne ne la reconnait, pas même Kelli Marshall, 29 ans, dont elle était éperdument amoureuse quand elle n'avait que 16 ans. Leurs retrouvailles ravivent des émotions et des sentiments jamais éteints. Mais Lana était-elle prête à révéler à Kelli sa véritable identité et à assumer son ancienne vie ?

 

*  *  *

 

Située en bord de mer au sud du Texas, Eastern Rock accueillait chaque été les festivités des Sables. La petite ville était située entre le désert et la mer. La seule végétation consistait en des forêts de palmiers ou de cocotiers plantés autour de la ville et sur les plages s'étendant à perte de vue.

Quinze ans plus tôt, Lana Queen était partie après la fin du lycée pour tenter de poursuivre ses études à Houston, située à une centaine de kilomètres au Nord-est. Après une année d'Histoire de l'Art, de fêtes, de changements personnels et de rencontres en tout genre, elle avait rejoint New York pour travailler, sur les conseils d'un ami.

Revenir à Eastern Rock après tout ce temps ravivait des souvenirs lointains. La ville n'avait pas beaucoup changé. Les routes, les maisons, la station-service, le supermarché ou encore le Fresh Snack, où autrefois elle s'empiffrait de glaces, étaient toujours à leur place. Tout comme la maison de sa mère restée à Eastern Rock depuis son installation peu de temps avant sa naissance.

Lana arrêta sa Mercedes noire devant les haies parfaitement taillées et quitta sa voiture. L'instant suivant, elle frappait à la porte de son ancien chez elle où sa mère ne tarda pas à lui ouvrir.

— Ma chérie !

Celle-ci s'empressa de la prendre sans ses bras.

— Tu as encore trouvé le moyen de t'embellir depuis la dernière fois que je t'ai vue, ajouta-t-elle.

— Bonjour maman, répondit Lana en se reculant.

Molly ouvrit plus grand et accueillit sa fille dans leur demeure. On savait de qui Lana tenait ses grands yeux bruns et sa chevelure noire quand on les voyait côte à côte. Molly avait 62 ans, mais ne les faisait pas. Elle était de loin l'une des femmes les plus actives dans la petite ville d'Eastern Rock, avait d'ailleurs un don pour vendre ou louer des maisons aux nouveaux arrivants.

Lana parcourut son ancienne maison du regard...

— Tout est à sa place, commenta-t-elle. Rien n'a changé ici non plus.

— Tu sais que je ne suis pas souvent là alors je n'ai pas vraiment le temps de refaire la décoration.

Lana fit quelques pas dans le salon, suivie de sa mère qui reprit d'un sourire enjoué :

— ça me fait tellement plaisir que tu viennes me rendre visite. Alors raconte, comment se passe ton travail à New York ?

Lana se tourna vers sa mère. Bien entendu, sa réponse était toute faite, comme à chaque fois que Molly l'interrogeait sur son travail.

— Tout se passe bien maman, je vais sans doute avoir une promotion quand je rentrerai de vacances.

Car pour Molly, sa fille travaillait dans une agence de pub à New York, un travail respectable et sécurisant où elle pouvait envisager une carrière et un avenir. Elle fit cependant un constat et demanda :

— Et tes affaires ? Tu n'as pas de sac de voyage ?

— Non, je me suis dit que j'achèterais tout sur place, surtout pour la fête des Sables...

Lana ne comptait pas ses dépenses, là était un des nombreux avantages de son travail : l'argent. Elle aimait en avoir, aimait en dépenser et dépensait sans compter ! Et elle ajouta :

— Puis si jamais j'ai besoin, je pourrais t'emprunter une ou deux robes.

C’était un luxe que Lana n'aurait pu s'offrir auparavant, piocher dans la garde-robe de sa mère qui faisait aujourd'hui la même taille qu'elle. Elle se dirigea vers le couloir et demanda :

— Ma chambre est toujours là ?

Molly la suivit et répondit :

— Je n'ai touché à rien !

Le constat fut troublant quand Lana pénétra dans son ancienne chambre. Elle n'avait pas foulé le sol de cette pièce depuis quinze longues années. Le faire aujourd'hui la renvoya longtemps en arrière, à la fin de ses études. Ses livres scolaires étaient encore rangés sur son bureau. De vieux posters décoraient les murs ainsi que plusieurs photos d'elles et de certains de ses amis... Un soupçon de nostalgie la saisit avant que quelqu'un ne sonne à l'entrée et ne l'arrache à ses pensées.

— Je vais ouvrir, ça doit être Ryan...

Lana ouvrit grand les yeux :

— Ryan ? Tu as invité Ryan ? Maman ! Tu n'as pas fait ça !

Elle la suivit à travers le couloir tandis que Molly se dirigeait vers la porte.

— Je t'ai dit que je ne voulais pas le voir, ajouta-t-elle plus bas.

— C'est ton meilleur ami ma chérie. Il était si heureux quand je lui ai dit que tu venais !

Sans rien ajouter de plus, Molly ouvrit la porte, laissant Lana sur le fait accompli. Ryan se trouvait effectivement sur le palier et n'avait plus rien du jeune garçon qu'elle avait connu au lycée. Lui aussi avait changé, mais contrairement à lui, Lana avait eu les détails de ses changements par sa mère.

— Ryan ! fit-elle d'un sourire sincère... Bon sang ! ça fait tellement longtemps !

Le concerné avait levé les sourcils en regardant son ancienne camarade de classe et meilleure amie.

— ça alors ! Tu es devenue...

Il en perdait ses mots...

— Plus mince, termina Lana. Je sais...

— J'allais dire... Waouh, mais oui, en effet, tu n'as pas fait semblant.

— Toi non plus, répondit Lana.

Car tout comme elle, Ryan avait souffert de quelques problèmes de surpoids quand ils étaient au lycée, leur valant à tous les deux de passer de mauvais moments au regard des autres élèves. Ryan vint spontanément l'enlacer et Lana l'imita avant de se reculer :

— Je suis contente de te voir, dit-elle enfin...

— Tu aurais pu me le dire, l'accusa-t-il. Toutes ces fois où on s'est écrit, après tous nos mails, tu aurais pu me dire que tu étais devenue une vraie femme fatale.

Lana pinça un léger sourire et Molly l'invita :

— Entre, ne reste pas sur le palier. Je vais nous servir à boire...

L'instant suivant, tous trois étaient installés sur le canapé, Molly se faisant une joie de répéter à Ryan combien Lana réussissait sa carrière de directrice de rédaction à New York, et Ryan acquiesçant aux informations que Lana lui avait fournies au fil des années. Même s'ils ne s'étaient pas écrit chaque jour, Lana avait su les grandes lignes de sa vie et de ceux qu'ils avaient connus au lycée. Un sujet, un seul n'avait jamais été abordé, par refus de Lana et pourtant, elle ne put s'empêcher quand Molly fut éloignée :

— Comment va Kelli ?

Ryan sourit sur cette question et répondit simplement :

— Elle va bien... Elle a repris le ranch et je suis sûr qu'elle sera contente de te revoir !

Lana se tendit, les sourcils froncés et réagit aussitôt d'un ton vif :

— Elle ne doit pas savoir que je suis là !

— Pourquoi ça ? interrogea Ryan sans comprendre... Tu n'es plus la même, Lana, ça va lui faire un choc quand elle va voir comme tu as changé.

— Je suis la même, se défendit la concernée. La même Lana qu'avant et je t'interdis de lui dire que je suis revenue.

— Elle finira par le savoir.

— Non, pas si tu tiens ta langue et maman tiendra la sienne.

Ryan fronça les sourcils, incertain. Il avait été le meilleur ami de Lana et de ce fait, son confident. Il avait su l'attirance de Lana pour sa sœur quand ils étaient plus jeunes. Une attirance qui n'avait pas été réciproque à l'époque du lycée en raison de leurs âges respectifs et de leurs centres d'intérêt plus que divergents. Lana hésita, faisant mine de ne pas s'intéresser à Kelli, mais demanda :

— Est-ce que... est-ce qu'elle a rencontré quelqu'un?

Cette question fit naître un sourire taquin sur les lèvres de Ryan qui répondit :

— Non...

Et cette réponse ne put que soulager Lana qui, bien sûr, avait prié secrètement au fond d'elle à ce sujet.

— Ce qui te laisse toutes tes chances, surtout dans ce corps de déesse, reprit Ryan... Si je n’étais pas ton meilleur ami, que je ne t'avais pas vue t'enfiler un plat entier d'ailes de poulet à la sauce barbec', je pourrais être attiré...

Lana rit sur ce rappel. Ryan et elle avaient pratiqué des jeux quelque peu douteux ou concours stupides consistant à avaler des plats en un temps record. Elle reprit malgré tout son sérieux :

— Je ne veux pas qu'elle sache, Ryan, je ne plaisante pas. ça serait trop...

Elle chercha ses mots un instant :

— Trop injuste. Pour l'ancienne moi, je veux dire !

— Je ne vois pas d'injustice quand je te regarde. Tu pourras parler d'injustice quand tu verras Rebecca Moore que Pete a plaquée après son accouchement. La pauvre n'a pas perdu les vingt ou trente kilos qu'elle a pris. Elle est devenue dépressive et boulimique...

Rebecca Moore était l'ancienne Reine du lycée et malgré tout, ce genre d'annonce faisait de la peine à Lana. Elle était consciente que Ryan ne lui annonçait pas cette nouvelle pour la réjouir ou pour se moquer de Rebecca. Eux, mieux que personne d'autre, savaient ce qu'étaient les regards moqueurs et méchants. Elle recentra la discussion :

— Ne change pas de sujet. Je t'interdis de lui dire qui je suis.

— Comme tu veux, dit-il finalement. Mais tu te débrouilleras seule avec tes mensonges.

Lana pensa qu'avec le temps, elle avait pris l'habitude de mentir. Grâce au ciel, elle avait également une excellente mémoire et ses mensonges se résumaient toujours aux mêmes depuis plusieurs années déjà. Elle n'aurait donc pas à beaucoup mentir, si ce n'était peut-être pour s'inventer une nouvelle identité et une vie qui irait avec...

 

*  *  *

 

Toutes les villes, tous les villages avaient leurs habitudes, leurs coutumes et leurs célébrations. Eastern Rock attendait le festival des Sables d'une année à une autre. Après douze mois de dur labeur, les habitants pouvaient enfin se relâcher, apprécier les divertissements pittoresques et chaleureux de ces cinq jours. En plein été, le temps était idéal et les touristes de la région en profitaient autant que les locaux. Malgré son bord de mer, les particularités de son environnement, Eastern Rock demeurait une petite ville typique du Texas où tout le monde se connaissait, partageait les rumeurs, les dernières nouvelles. Peu de choses changeaient au fil des ans et même le vieux Bob défiait le temps, demeurait assis dans son fauteuil devant le barbier, la pipe aux lèvres...

Quelques façades avaient été rénovées, les rues améliorées, sécurisées, certains magasins agrandis, d'autres, installés. Pour la fête des Sables, des banderoles décoraient les avenues, de petits stands bordaient les trottoirs et proposaient nourritures, jeux, souvenirs et bibelots en tout genre. Le cœur de la fête se situait dans le large parc non loin du lycée. Toutes les générations se regroupaient à cet endroit, autour des manèges, des petits chapiteaux où des groupes de musique jouaient.

Quinze ans plus tard, rien n'avait changé ou presque, aux yeux de Lana. Elle reconnut Thomas White qui, contrairement à Ryan, n'avait pas perdu ses kilos ni ses cheveux roux. Il semblait pourtant heureux, souriait, assis près d'une femme qui tenait un bébé auquel il donnait à manger à l'aide d'une petite cuillère. Plus loin, d'autres jeunes lycéens et lycéennes s'étaient réunis au pied de la grande roue. Les garçons entre eux débattaient certainement du moment le plus opportun pour s'approcher des filles.

Puis des sifflements grossiers résonnèrent. Lana tourna la tête pour identifier leurs émetteurs. Près du grand enclos se trouvaient cinq garçons qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître. William, Tod, Pete, Fincher et Brody avaient fait partie de l'équipe de foot de son lycée quinze ans plus tôt. De toute évidence, ils n'avaient plus leurs groupies autour d'eux et leur QI d'huître n'avait semble-t-il pas beaucoup évolué malgré les années.

Elle continua d'avancer, préférant ignorer leurs "appels" avant de voir Ryan, ponctuel, à leur point de rendez-vous assis à une table du Rancho Texan, le meilleur restaurant de la ville. Elle s'apprêta à avancer, mais un bras la retint :

— Hey, excuse-moi.

Lana se dégagea et se tourna en reconnaissant aussitôt Brody qui lui sourit :

— Tu n'es pas d'ici toi, pas vrai ? Tu voudrais pas venir avec moi et mes amis, on a de quoi t'offrir de bonnes bières, les meilleures du Texas.

— Non, ça va, merci...

— Allez ma jolie, tu vas pas passer ta soirée toute seule...

— Elle est avec moi, intervint Ryan qui n'avait pas quitté la scène des yeux.

Brody se tendit sur l'arrivée de Ryan Marshall, mais n'hésita pas à lui répondre :

— Avec toi ?

Lana s'empressa de confirmer pour que la situation ne dégénère pas :

— Je suis avec lui et vous feriez mieux de retourner d'où vous venez...

Mais Brody n'en crut pas un mot et quand Ryan s'approcha pour tenter de l'éloigner, il le repoussa brusquement.

— Dégage, Marshall !

Désormais, Ryan savait se défendre et, bien plus musclé que gras, il ne se fit pas prier pour répondre à l'attaque de Brody. Il le prit par le col de sa chemise et le recula sans ménagement.

— Tu me touches pas, ok ?!

Brody se débattit rageusement, mais une troisième personne se mêla à l'affrontement.  Kelli Marshall, la sœur de Ryan, s'interposa entre eux et les repoussa loin l'un de l'autre. Du haut de son mètre soixante-douze, aidée par une carrure imposante, elle n'eut aucun mal à intervenir.

— Hey ! fit-elle en levant le ton.

Elle tourna les yeux vers Brody qui s'écria sans attendre :

— Tu vas me le payer !

Il voulut repartir à la charge, mais Kelli lui barra le passage et le repoussa, les deux mains sur son torse.

— Tu te calmes, ok !

Autour d'eux, les passants, les personnes présentes s'étaient arrêtés pour regarder, curieux.

— Dis à ton putain de frère de pas me chercher ! rétorqua Brody d'un ton agressif.

Kelli n'avait jamais craint les garçons. Élevée par leur père, elle avait davantage grandi dans un environnement masculin que féminin. Et ici, tout le monde la connaissait, savait bien qu'elle n'avait pas peur des intimidations et qu'elle savait se battre.

— Et toi, tu ferais mieux de la fermer, répondit-elle sèchement, va plutôt voir ailleurs.

Vexé et blessé dans sa fierté, Brody rajusta sa chemise, jeta un regard noir à Ryan et se résigna à faire demi-tour.

Lana avait senti ses joues brûler sur l'intervention de  Kelli et, Dieu merci, l'obscurité dissimulait ses rougeurs. Comment pouvait-elle ne pas se faire remarquer si, dès le deuxième jour de son arrivée, une bagarre éclatait par sa faute ? Elle croisa alors le regard de Kelli, perçut malgré elle une sensation chaude, familière remonter du bas de son ventre jusqu'à sa poitrine. Venait-elle de la reconnaître, fut alors sa première question. Mais elle entendit :

— ça va ?

Ses sourcils se levèrent un instant, car elle ne sut quoi répondre les premières secondes.

— Oui...

Ryan intervint à son tour :

— J'aurais pu m'en occuper, je te signale !

Kelli leva les sourcils devant l'accusation de son petit frère. Ryan avait maigri, s'était musclé, mais restait son petit frère...

— Un merci serait sympa...

— Merci quoi ? D'avoir anéanti ma virilité en une fraction de seconde ? Je maîtrisais la situation !

— Tu maîtrisais rien du tout ! Brody aurait ameuté ses potes et tu te serais fait massacrer...

Elle secoua la tête, exaspérée par l'ego masculin que son frère avait travaillé avec ses muscles ces dernières années. Elle tourna les yeux vers la jeune femme en sa compagnie et prit le temps de la détailler. Elle comprenait les raisons pour lesquelles une bagarre avait démarré entre son frère et Brody... Elle reporta les yeux sur Ryan et demanda :

— C'est ta nouvelle copine ?

Ryan leva d'abord les sourcils et sa voix ne fit qu'une avec celle de Lana :

— Non...

— Nous ne sommes pas ensemble, renchérit Lana.

— C'est une amie...

Mais Ryan se souvenait de la demande de Lana de ne pas révéler qui elle était et se perdit alors en voulant la présenter...

— C'est...

— Regina, l'interrompit Lana... Je m'appelle Regina... Et Ryan est un ami... Un vieil ami de... De Lana... Qui est ma sœur.

Que venait-elle de dire, se demanda Lana tandis que Ryan la regardait d'un air lui signifiant "tu n'as jamais eu de sœur."

—  Demi-sœur, précisa-t-elle... Lana et moi avons la même mère.

Kelli fronça les sourcils dans ses réflexions. Elle se rappelait de Lana, la meilleure amie de son frère avec qui elle passait tout son temps. Parfois, elle venait dormir chez eux. Une fois de plus, elle détailla Regina dont la beauté ne passait pas inaperçue, surtout dans cette petite ville. En effet, elle lui trouvait un petit air de ressemblance avec Molly, sa maman.

— Salut, Regina, moi c'est  Kelli, se présenta-t-elle, je ne savais pas que Lana avait une sœur...

Et pour cause, Lana avait improvisé, prise sur le fait. Ryan la surprit en train de regarder  Kelli avec beaucoup trop d'insistance et intervint :

— Lana est une petite cachotière que veux-tu ! On doit te laisser, nous allions manger.

Kelli acquiesça d'un signe de tête. L'amie de Ryan attirait tous les regards. Celui de  Kelli s'attarda un instant sur elle avant qu'elle ne réponde :

— Ok, je vous laisse, alors, fit-elle simplement, bonne soirée.

Elle s'éloigna sans un mot de plus. Son frère avait sûrement l'intention de tenter sa chance avec Regina et il avait raison. Cette femme avait tout pour elle et bien plus que cela encore. Elle n'en revenait pas de songer au fait qu'elle était la demi-sœur de Lana. Malgré leurs différences de caractère, de points de vue sur certaines choses, Ryan et elle étaient restés proches l'un de l'autre. Mais Ryan avait toujours eu son jardin secret, nourrissant d'ailleurs quelques railleries de la part de Kelli. Regina devait faire partie de ce côté dissimulé chez son frère. Après tout, il n'avait pas tort de vouloir protéger son amie. À peine arrivée, celle-ci éveillait toutes les convoitises et les esprits s'échauffaient.

A suivre dans la version intégrale

Vous pouvez commander ce roman sur :

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Quelques avis des lecteurs :

 

Sentiments troublants - <span class=roman lesbien" border="0" />Résumé : Lana Queen et Emma Nollan sont collègues et amies depuis l'intégration d'Emma à la section criminelle de New York. Un soir, tandis qu'Emma décide d'oublier ses contrariétés à une table de poker, tout bascule et c'est le drame. Lana reçoit un appel des services d'urgences. Emma est hospitalisée, grièvement blessée par balle. Quand Lana interroge Emma sur les raisons de son agression, Emma refuse d'abord de se confier mais finit par avouer que l'agresseur est une femme, une ancienne petite amie avec qui elle est sortie des années auparavant. Troublée par ces aveux, Lana est prête à tout pour la sortir de ce mauvais pas... jusqu'à ce que l'enquête finisse par les rapprocher. Lana comprend dès lors que les sentiments d'Emma à son égard vont bien au-delà de l'amitié.

 

Format Ebook pour les membres premium.

 

Chapitre 1 

Certaines personnes faisaient parfois le choix de passer de l'autre côté. Sexuellement parlant. Un père ou une mère violents, des compagnes ou compagnons trop envahissants, amenaient certains à détester les gens du sexe opposé pour se convertir au plaisir de la chair avec des partenaires du même sexe. Certains trouvaient des explications à leur sexualité, d'autres n'en trouvaient pas. Il arrivait que les hétéros virent homos pour X ou Y raison. Par volonté, curiosité ou simplement de façon naturelle. Certains ne se posaient pas de questions et goûtaient aux deux côtés.

Emma Nollan avait pris le contrepied de ces généralités. Aucun de ses amis et collègues à la police criminelle de New York n'aurait pu deviner ses antécédents privés, car Emma ne se confiait jamais, à personne. Elle se consacrait corps et âme à son travail, car sa vie en dehors du commissariat était un désastre.

Tout avait basculé l'avant-veille de Noël après son travail à Atlantic City. On l'avait appelé pour une urgence, elle était sortie en laissant son fils de sept ans seul chez elle et à son retour tôt le matin, un coup de feu avait retenti tandis qu'elle se trouvait sur le seuil de la porte. Jamais Emma n'oublierait ce matin-là. Jamais elle n'oublierait le temps qu'il faisait, les odeurs du couloir de son appartement et la détonation de son arme résonnant chaque nuit dans son sommeil. Elle était entrée chez elle, tremblante, avait marché jusqu'à sa chambre et avait trouvé Timmy allongé sur le sol, baignant dans une mare de sang. Après sa compagne, on lui avait arraché son fils et jamais elle ne se pardonnerait de ne pas avoir été plus vigilante. Son refuge avait d'abord été son travail en tant qu'inspecteur au commissariat d'Atlantic City. Et en dehors du bureau, elle avait découvert l'adrénaline des jeux clandestins. Quoi de plus normal dans la seconde ville d'Amérique réputée pour ses Casinos et club de strip-tease. Malgré ses écarts, malgré ses drames, Emma s'était relevée. Au fil des semaines, des mois, elle avait tout fait pour que sa vie se stabilise. Elle avait même rencontré une fille sympa du nom de Karen. Une fille qui ne posait pas de questions, qui ne rejetait pas ses allures garçonnes. Seul soutien de son entourage en dehors de la section, Karen était devenue sa marraine puis son amante, mais ce soir, avant même qu'elle ne quitte le commissariat, Karen l'avait appelé pour lui dire qu'elle ne serait pas là quand elle rentrerait... Alors Emma non plus ne rentrerait pas chez elle, pas plus qu'elle n'irait dans un bar pour oublier cet énième fiasco dans sa vie privée. Son refuge en cet instant n'était autre que le grand Casino de New York sur la Cinquième. Machines à sous, tables de poker, blackjack, roulettes, seule l'ambiance de ces lieux baignés par le vice et la luxure apaisait ses tourments. Dans son esprit résolu à ne plus songer à l'avenir, chacun était libre de se détruire comme il l'entendait. Pour Emma, ce n'était ni l'alcool ni la drogue, mais l'adrénaline du jeu, la dépendance absolue à un plaisir éphémère, consistant à regarder des cartes se retourner sur un tapis. Le poker était une addiction destructrice à d'infimes secondes qui la sortaient de son néant avant qu'elle n'y sombre à nouveau une fois ce laps de temps écoulé...

 

*  *  *

 

"Je n'ai pas besoin de te parler, j'ai besoin de prendre l'air !"

Tels avaient été les derniers mots d'Emma ce soir avant que Lana Queen ne quitte les bureaux à son tour. Elle n'avait jamais vu Emma dans un tel état. Jamais sa collègue n'avait été aussi froide, distante, agressive et vindicative à son égard. Ses collègues et partenaires de terrain, Connor Morran ou Somers Harris, lui avaient souvent répété qu'Emma la considérait comme un exemple à suivre au sein de la section, et pourtant, sa réaction envers elle avait été pleine de rancœur, comme si Emma la rendait responsable de l'échec de leur dernière enquête. Pete Alexander, soupçonné de meurtre, avait été reconnu non coupable par les jurés, une affaire dans laquelle Emma s'était investie.

— Tu viens au lit ? lança Sean qui revenait de la salle de bains une serviette autour de la taille.

Lana sortit de ses songes, assise sur le canapé, les jambes repliées sous ses fesses. Depuis quelques mois, Sean Lockley, son ancien collègue, vivait avec elle. Ils avaient été amants par le passé, l'étaient à nouveau depuis qu'une enquête commune les avait rapprochés. Lana s'était laissé charmer par les avances de son ancien équipier qui lui apportait tendresse et sécurité.

— J'arrive dans un instant, répondit-elle.

Sean se pencha par-dessus le canapé et posa un baiser sur son front.

— Ok, à tout à l'heure alors.

Il s'éloigna et Lana récupéra son téléphone portable sur la table basse. Elle avait envoyé plusieurs messages à Emma, sans réponse. Elle était inquiète, tendue, tiraillée par un mauvais pressentiment. Elle connaissait le background d'Emma, savait à quel point certains flics pouvaient basculer quand tout allait mal. Et pour Emma, ce qu’il s'était passé aujourd'hui au tribunal était certainement la goutte d'eau. Elle soupira en silence et se leva finalement. Peut-être angoissait-elle pour rien... Peut-être Emma était-elle déjà profondément endormie dans son lit et serait de meilleure humeur demain matin au bureau...

Elle s'apprêta à partir vers le couloir quand son téléphone sonna. Elle vérifia le numéro inconnu et décrocha :

— Oui ?

# Inspecteur Queen ?

— Oui c'est moi, qui est à l'appareil ? demanda-t-elle d'un ton inquiet.

# Je suis l'infirmière Holden, je vous appelle de l'hôpital Mercy. Nous devons signaler à la police les blessures par balles et Emma Nollan a demandé à ce que nous vous prévenions avant d'être emmenée en salle d'opération.

Le sang de Lana se glaça d'effroi. Une agression par balles ? Emma était emmenée en salle d'opération ?

— Je... J'arrive tout de suite, dit-elle sans attendre.

Elle raccrocha, se précipita vers la chambre tout en ôtant son pantalon de satin et son débardeur en coton.

— Emma est à l'hôpital, annonça-t-elle à Sean.

Ce dernier se redressa aussitôt, vêtu d'un simple short en tissu.

— Quoi ? Emma ? Tu parles de Nollan ? Qu'est-ce qui se passe ?

— J'en sais rien, répondit Lana en enfilant rapidement un pantalon... Quelqu'un lui a tiré dessus.

Sean se leva.

— Attends, je t'accompagne.

— Non, fit Lana. Je dois y aller, je t'appelle plus tard.

Sean la vit quitter la chambre tout en boutonnant son chemisier. Si Lana préférait y aller seule, alors il se résignerait à l'attendre jusqu'à son coup de fil...

 

*  *  *

 

Le jour se levait sur la ville de New York et Lana avait patienté jusqu'alors dans une salle d'attente du bloc opératoire. On lui avait dit qu'Emma était arrivée seule à l'hôpital, couverte de sang, avant de s'effondrer par terre et de donner son nom et son numéro de téléphone. Lana n'avait pu obtenir aucun autre détail de la part du personnel.

Un médecin approcha et Lana demanda :

— Comment va-t-elle docteur ?

— Elle est hors de danger, répondit-il. La balle s'était logée non loin des poumons et l'extraction a été plus longue que prévu.

— Est-ce qu'elle vous a dit quelque chose, est-ce qu'elle vous a parlé ?

— Non, elle a juste eu le temps de nous dire de vous prévenir avant de perdre connaissance. Nous avons constaté plusieurs fractures aux côtes en plus des blessures multiples au visage et aux poings. Elle avait bu. Ses analyses de sang ont révélé un taux d'alcoolémie à un gramme dix et de toute évidence, elle s'est battue avant qu'on ne lui tire dessus.

— J'aimerais la voir si elle est réveillée...

— Vous allez devoir attendre quelques minutes, le temps de la conduire en chambre, mais elle est encore très faible alors je vous demanderai de ne pas rester trop longtemps.

— Entendu, répondit Lana.

Quelques minutes plus tard, Lana entrait dans la chambre d'Emma. Sa collègue n'était pas la première jeune femme qu'elle venait voir à l'hôpital et qu'elle constatait blessée après une agression violente. Mais connaître une victime rendait la tâche bien plus difficile psychologiquement, contrairement à ses enquêtes pour la section. Elle s'approcha du lit d'Emma et constata aussitôt les blessures sur son visage. Ecchymoses, griffures, rougeurs témoignaient effectivement d'un affrontement musclé.

— Hey, fit-elle d'une voix basse.

Emma cligna doucement des paupières en tournant la tête vers l'agréable voix qui venait de l'appeler. C'était la deuxième fois cette année qu'elle se réveillait à l'hôpital après une opération. C'était également la deuxième fois qu'elle se faisait tirer dessus en trois ans de service.

— Hey, fit-elle d'une voix presque imperceptible.

Lana s'arrêta à sa hauteur et, d'un geste naturel et rassurant, prit doucement sa main qu'elle serra dans la sienne. En quinze ans à la section criminelle, Lana avait développé ce don naturel d'empathie mêlée de douceur avec les gens qu'elle appréciait et parfois même avec les victimes.

— Comment tu te sens ? demanda Lana.

Malgré la morphine, Emma souffrait. Peut-être étaient-ce des douleurs plus mentales que physiques d'ailleurs, car son orgueil en avait pris un coup cette nuit, et pas qu'un seul...

— Merci... D'être venue... dit-elle difficilement.

Lana tenta un sourire qui révéla malgré elle toute son inquiétude. Voir Emma perfusée, de fins tuyaux sortant de ses narines, des blessures sur le visage, la bouleversait.

— Je vais avoir besoin que tu me dises ce qu’il s'est passé cette nuit. Est-ce que tu sais qui t'a tiré dessus ?

Emma ferma les yeux un bref instant avant de les rouvrir sur Lana.

— Personne ne doit savoir... S'il te plaît...

Lana fronça les sourcils sur ces mots, cette requête qu'elle n'avait pas attendue et qu'elle ne pouvait pas non plus accepter en voyant l'état de sa collègue. Sa tête légèrement penchée sur le côté, elle tenta de la raisonner :

— Tu sais que je dois en référer à Becker. Tu as été agressée, tes blessures sont graves, on doit ouvrir une enquête et retrouver le salaud qui a fait ça.

Une nouvelle fois, Emma ferma les yeux en signe de dénégation puis reprit avec difficulté :

— Je t'en prie... Lana... Pas Becker...

Lana voyait la blonde bien trop affaiblie pour pouvoir parler et avant qu'elle ne puisse lui répondre, elle vit Emma fermer les yeux et s'endormir sous l'effet des calmants. Elle relâcha sa main et se recula en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Elle finit par quitter la chambre et rejoignit un comptoir où se trouvaient plusieurs infirmières :

— Bonjour, je suis l'inspecteur Queen. Savez-vous qui m'a appelée cette nuit pour me prévenir de l'arrivée de l'inspecteur Nollan ?

— Un instant, répondit l'une d'elles, je vais vérifier.

Lana la vit pianoter sur le clavier de son ordinateur et reprit :

— C'est Helena Carusco, elle était de garde jusqu'à cinq heures. Elle a fini son service il y a deux heures.

— A-t-elle prévenu quelqu'un d'autre ? interrogea Lana.

— Non, ce serait noté sur la fiche de la patiente.

Par chance, l'hôpital n'avait donc pas prévenu directement le commissariat ou le 911, habitué à la voir intervenir avec d'autres de ses collègues. Lana réfléchit rapidement et reprit :

— Je dois m'absenter quelques heures, pouvez-vous me prévenir dès qu'Emma Nollan sera réveillée ? Il me faudra l'interroger.

— Bien sûr, nous vous appellerons inspecteur Queen.

— Merci.

Sans rien ajouter, Lana s'éloigna en numérotant. Elle devait prévenir Sean que la blonde était saine et sauve, mais elle devrait aussi se décider à parler de cette agression à son capitaine et aux autres membres de l'équipe, malgré la demande d'Emma.

 

*  *  *

 

Une heure plus tard, Lana passait les portes d'ascenseur des bureaux de la section. Elle était rentrée chez elle prendre une douche et un café avant de rejoindre le commissariat. Comme souvent, elle arrivait avant les autres inspecteurs de la section.

Elle posa sa veste sur le dossier d'une chaise, ainsi que son sac à main, avant de se tourner vers la porte du capitaine. Lui aussi arrivait de bonne heure et Lana avait finalement décidé de lui parler. Elle avait confiance en lui quoiqu'en dise Emma. Elle s'approcha de la porte et n'eut pas le temps de frapper que celle-ci s'ouvrit sur Becker.

— Bonjour Lana. Entre, je t'attendais.

Lana s'exécuta, comprenant que le capitaine avait également quelque chose à lui dire.

— Que se passe-t-il ? interrogea-t-elle aussitôt.

Becker passa derrière son bureau, récupéra un insigne doré qu'il lui tendit.

— Puisque tu as officiellement réussi le concours, voici ta nouvelle plaque, Sergent Queen.

Lana eut un léger sourire, son regard humble sur son nouvel insigne. Elle avait longuement réfléchi avant d'accepter de passer le concours de Sergent, mais cette promotion était dans l'ordre des choses après treize années de bons et loyaux services au sein de la section. Le temps était venu de prendre un peu de recul sur le terrain et d'encadrer les nouveaux inspecteurs comme Nollan ou Morran.

— Merci.

— Tu le mérites, dit Becker en retournant derrière son bureau.

Lana se reprit, rangea l'insigne dans la poche de son pantalon tailleur avant d'approcher du bureau du capitaine. Plusieurs dossiers étaient ouverts, sa tasse de café fumante près du clavier de son ordinateur.

— Je dois vous parler moi aussi, tenta-t-elle. C'est au sujet d'Emma. Elle a été agressée cette nuit et quelqu'un lui a tiré dessus...

Becker fronça aussitôt les sourcils sur ces paroles, ses mains sur le bord de son bureau.

— Comment ça ? Où est-elle ?

— À l'hôpital, dit Lana... Je l'ai vue ce matin après son opération. Elle était dans un sale état. Elle m'a dit de ne rien dire à personne, surtout pas à vous, et pourtant elle est parvenue à demander à quelqu'un de m'appeler avant qu'on ne l'opère.

Becker resta un instant silencieux, les sourcils froncés. Que se passait-il avec Emma Nollan ?

— On ne peut pas ignorer son agression, dit-il aussitôt.

— Alors on ouvre une enquête ? renvoya Lana.

— Tâche d'abord de voir ce qui s'est passé et tiens-moi au courant.

— Et pour les autres ? Est-ce qu'on doit les prévenir ?

— On en reparlera quand il sera temps.

— Très bien, répondit Lana. L'hôpital doit me rappeler dès qu'elle se réveille, j'irai lui parler.

Elle quitta le bureau et rejoignit le sien tandis que Morran arrivait à son tour, suivi de Somers qu'elle salua. Elle expliqua brièvement qu'Emma serait absente aujourd'hui, pour des raisons personnelles, puisqu'une autre affaire exigerait toute leur concentration.

 

*  *  *

 

Emma ne se réveilla qu'en fin de journée, plus consciente que jamais en réalisant qu'elle était encore en vie, mais clouée à ce lit d'hôpital. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge collée au mur qui indiquait six heures et demie. Mais elle n'avait aucune idée du jour précis. Son abdomen la faisait souffrir à de multiples endroits malgré les antidouleurs injectés à travers les perfusions. Sans même attendre qu'on vienne la voir, elle appuya sur un bouton d'assistance pour appeler quelqu'un. Une infirmière entra après un court instant et approcha :

— Vous avez besoin de quelque chose ?

— Quel jour on est ? demanda-t-elle aussitôt.

— Mardi. Vous êtes arrivée hier.

Emma se rassurait au moins un peu. Cela signifiait qu'elle ne s'était absentée qu'une journée à la section. Mais c'était une journée de trop, songeait-elle aussi.

— J'aimerais sortir, reprit-elle. Et pas dans trois jours si vous voyez ce que je veux dire.

— Je ne pense pas que le docteur Shill ait prévu votre sortie aujourd'hui, mais je vais voir s'il est disponible pour qu'il vienne vous voir.

Emma ne passerait pas une nuit de plus ici, se disait-elle en regardant l'infirmière quitter la chambre. Même si elle l'avait échappé belle, même si elle se souvenait de la douleur insoutenable perçue quand elle avait rejoint l'hôpital Mercy par la force de sa seule volonté, il était temps de partir. Elle devait rentrer chez elle, faire le point, réfléchir. Car son agresseur avait certainement attendu devant son écran de télé que les médias annoncent le meurtre d'un inspecteur de police. Et sans cette annonce, il se rendrait compte qu'elle était encore en vie et il chercherait à la retrouver. Du coin de l'œil, elle aperçut une silhouette entrer dans la chambre. Ce ne fut pas celle du médecin, mais de Lana. Elle se souvenait de sa venue avant que l'inconscience ne l'emporte. Une pointe d'anxiété la saisit en se demandant si Lana avait prévenu les autres.

— Salut, fit-elle.

À sa voix éraillée, Lana comprit qu'Emma était encore faible et fatiguée.

— Salut, répondit-elle en approchant du lit. Alors ? Comment tu te sens depuis ce matin ?

— Mieux, répondit Emma sans grande certitude. J'ai demandé à voir le doc pour sortir.

À l'état d'Emma, Lana doutait que l'hôpital la libère dans la soirée, surtout après son opération.

— Tu es prête à discuter de ce qu’il s'est passé ?

Emma soupira doucement. Bien sûr qu'elle devrait parler à Lana. À qui d'autre pourrait-elle se confier autrement ? Lana était une sorte de matriarche au sein de l'équipe, un exemple à suivre d'un point de vue carrière et empathie avec les victimes. Elle releva finalement son regard bleu dans le sien.

— Je suis désolée d'avoir été sèche avec toi hier... Au bureau... J'étais pas tout à fait moi-même.

— C'est pas grave, fit Lana. Tu avais de très bonnes raisons d'être de mauvaise humeur. Mais j'aimerais savoir ce qui s'est passé quand tu es partie et qui t'a mis dans cet état ?

Emma hésita, mais demanda :

— Tu en as parlé aux autres ?

Lana constatait qu'Emma ne répondait pas, éludait ses questions.

— J'ai dit à Becker que tu ne viendrais pas, expliqua-t-elle... Qu'on t'avait tiré dessus et que tu étais hospitalisée.

Emma se tendit. Elle avait redouté cette annonce et détourna son regard vers l'unique fenêtre de la chambre où la ville commençait à s'assombrir sous un ciel orageux. Lana la détailla et reprit :

— On n'a pas encore ouvert d'enquête, il m'a laissé le champ libre pour qu'on en parle, alors explique-moi ce qu’il s'est passé.

Emma redoutait ses propres aveux autant que de décevoir Lana. Quel genre de flic était-elle pour avoir replongé dans les jeux ?

— Hier, commença-t-elle... Je ne suis pas retournée voir mon groupe de discussion... J'ai pas tenu, je...

Elle baissa son regard sur ses mains, ses doigts nerveux qui se tordaient, marqués de griffures, de blessures diverses, témoins eux aussi d'un affrontement violent.

— J'étais à une table de jeu au Casino, termina-t-elle.

Lana avait redouté ces paroles et se tendit davantage, inquiète. Elle comprenait maintenant pourquoi Emma l'avait suppliée de ne pas en parler à Becker, pourquoi elle l'avait fait appeler en priorité. Ses antécédents de joueuse compulsive avaient été ajoutés à son dossier. Même si jouer au Casino était légal, les conséquences de cette soirée demeuraient encore obscures et Emma savait pertinemment que cette nuit lui coûterait sa plaque même si Lana n'en connaissait pas les détails.

— Que s'est-il passé ? enchaîna-t-elle.

— J'ai joué de malchance, justifia Emma d'un sourire plein d'ironie. J'ai revu une personne que je pensais ne jamais revoir et qui n'aurait jamais dû se trouver là !

— Qui ?

Emma secoua la tête en signe de dénégation. Elle s'était refusée à parler de son passé, mais ce dernier l'avait rattrapé et avait manqué de la tuer.

— Une femme... Avec qui je... J'ai eu une aventure y'a longtemps.

Lana leva les sourcils sur cette annonce qu'elle n'avait pas attendue aussi directe. Non pas qu'elle n'était pas confrontée à l'homosexualité dans son travail, bien au contraire, mais qu'Emma lui révèle avoir fréquenté une femme dans son intimité la troubla certainement plus qu'elle ne l'aurait dû.

Fin de l'extrait

 

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Créé le 18 mars 2015

Synopsis Lana Queen, substitut du procureur à Los Angeles est une femme à qui tout sourit. Belle, élégante, intelligente et ambitieuse, il ne lui manque qu'une seule chose : l'Amour. Après des relations infructueuses toutes vouées à l'échec, elle finit par se résigner. Mais c'est sans compter ses deux plus proches amies qui, tour à tour, vont lui présenter deux jeunes femmes... A circonstances exceptionnelles, rencontres exceptionnelles. Sans le savoir, celles que Lana va rencontrer sont soeurs, Emma et Kelli, fausses jumelles. Elle devra pourtant faire son choix entre les deux... 

Format numérique uniquement pour les Membres Premium

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En tant que substitut du procureur, Lana Queen venait de terminer son réquisitoire dans le cadre d'une enquête sur le viol aggravé d’un jeune garçon de onze ans. Deux prévenus avaient été amenés devant le tribunal, un couple suspecté d'avoir kidnappé le jeune Matthew Collins. Cloîtré dans une cave pendant quatre années, le jeune garçon aujourd'hui âgé de onze ans avait vécu l'enfer, subi des sévices, avait été filmé, pris en photo, forcé à l'esclavage. Son père biologique, Joey Collins avait fini par retrouver des clichés sur Internet avant de les signaler à la police. Après quinze jours d'audience, le jury avait tranché, jugeant coupables Andrea et Don Hanson, les condamnant à soixante-cinq ans de prison pour divers chefs d'accusation : enlèvement, viol en réunion, diffusion de photos pédopornographiques et séquestration.

Comme chaque fin de procès, la condamnation sévère des accusés arrivait comme une libération pour Lana Queen. Saluée par les parents, félicitée par son assistant, elle rangea le dossier dans son attaché-case qui rejoindrait les affaires classées dans les archives des sous-sols du bureau du procureur.

La salle d'audience se vidait peu à peu. Le juge repartait, ainsi que le jury, les spectateurs et autres journalistes venus prendre note du verdict final. Angela Benson approcha enfin :

— C'était bien joué.

— Merci, répondit Lana. J'espère que le petit Matthew  bénéficiera d'un bon suivi psychologique.

— Nous avons donné à ses parents quelques adresses. Je pense qu'il s'en sortira.

Lana récupéra sa veste noire qu'elle ajusta par-dessus son chemisier blanc. Elle arborait toujours une tenue élégante et soignée. Son sac à main sur l'épaule, sa sacoche dans l'autre main, elle suivit Angela entre les bancs, ses talons résonnant dans la salle vide. Son amie était aussi une collègue de travail, pour ne pas dire une subordonnée. En tant que substitut du procureur, Lana travaillait et suivait les procédures en collaboration avec la brigade de police de Los Angeles où Angela Benson travaillait comme inspecteur.

— Tu viendrais prendre un verre avec nous pour fêter ça ? lança Angela en marchant à ses côtés dans le couloir du tribunal.

— Non je dois voir une amie.

Angela plissa les yeux :

— Tu as un rendez-vous ?

— Je dois retrouver Gabrielle en ville.

Une fois dehors, Angela s'arrêta devant elle, au sommet des grandes marches.

— Tu te souviens quand tu me disais que je manquais d'un peu de compagnie pour pallier aux angoisses et au stress dus à mes enquêtes ?

Lana leva les sourcils :

— Tu étais devenue dépressive.

— Et tu vas finir par le devenir si tu ne prends pas un peu de bon temps et assez de recul sur tes dossiers. Un peu de compagnie te ferait du bien à toi aussi.

— Je n'ai pas besoin de compagnie, avoir quelques amies me suffit.

— Amies ne signifie pas "petite amie", rappela Angela.

— Ca me convient, se défendit Lana. Maintenant laisse-moi passer, je vais être en retard.

Angela se poussa malgré la mauvaise foi de son amie et toutes les deux descendirent les marches :

— J'aimerais te présenter quelqu'un, reprit-elle d'un air très sérieux. Le Sergent du SWAT. Je t'en ai déjà parlé.

Lana roula des yeux :

— Je suis assez grande pour faire des rencontres. Je n'ai pas besoin d'un chaperon.

— Elle est pourtant très charmante, je suis sûre qu'elle te plairait. Elle est jeune, dynamique, drôle... Un brin masculine.

Cette fois, ce fut au tour de Lana de s'arrêter à hauteur de sa Mercedes noire garée le long de Pearl Street.

— Angela, stop... Je ne suis pas intéressée. Ma vie telle que je la mène me convient.

— Cette fille est une perle, la trentaine, elle aimerait même avoir des enfants.

Angela usait d'un argument de poids, songeait Lana qui s'était résolue depuis de nombreuses années à ne plus avoir d'aventures, toujours déçues par les amantes avec qui elle sortait.

— Je dois y aller. Tu enverras le bonsoir aux autres.

— Comme tu veux... Mais réfléchis à ma proposition.

— Je n'ai pas besoin de réfléchir... A plus tard !

Elle ouvrit la portière de sa voiture et s'installa derrière le volant tandis qu'Angela repartait de son côté. Elle vérifia sa montre, mesurant qu'elle était quelque peu en retard. Elle récupéra son téléphone et numérota avant d'entendre la voix de son amie :

# Oui ?

— C'est moi Gaby, je sors du tribunal, j'arrive tout de suite.

# Pas de problème, je t'attends de toute façon, à tout de suite.

— Merci...

Elle raccrocha et démarra afin de se mettre en route. Il était bientôt sept heures et la circulation en direction du centre de Los Angeles serait dense. Elle roula donc jusqu'au parking situé non loin de Park Avenue et prit le métro jusqu'à la station sur la 86ième. Gabrielle, une consœur et amie, était avocate spécialisée dans les divorces et l'attendait dans l'excellent restaurant "le Burlington" situé au croisement de Columbus et de la 86ième. Elle entra et se fit accueillir par un serveur.

— Madame Queen, votre amie vous attend à votre table habituelle.

— Je vous remercie, Steven...

Son sac sur l'épaule, Lana le suivit à travers la salle. D'autres clients étaient installés, discutaient, dînaient. Mais ce fut arrivée à sa dite table que Lana fronça les sourcils.

— Il doit y avoir une erreur, dit-elle en voyant la blonde installée qui n'avait rien à voir avec Gabrielle.

— Tenez, Madame Waters m'a remis cette enveloppe pour vous, dit Steven.

Lana demeura confuse et récupéra l'enveloppe en voyant que la jeune femme blonde la regardait d'un léger sourire. Elle lut les quelques mots inscrits sur la carte :

"Elle s'appelle Kelli, c'est la fille dont je te parlais, passe une bonne soirée,

Gaby".

L'espace d'un instant, Lana se demanda s'il n'était pas question d'un complot entre Angela et Gabrielle, bien que ses deux amies ne se connaissaient pas.

— Ca ira, madame Queen ? demanda le serveur.

Le malaise soudain qui venait de la saisir répondait à cette question mais elle força un sourire.

— Oui, merci Steven...

Ce dernier s'éloigna et Lana reporta son regard sur la jeune femme.

— Je...

— Vous n'étiez pas au courant, c'est ça ?

Celle-ci était perspicace en plus d'être tout à fait charmante, songea Lana malgré elle.

— Vous l'étiez ? tenta la concernée d'un air plus incertain.

Son interlocutrice, Kelli Nollan, se leva sans quitter son sourire et tira la chaise devant Lana Queen. Le descriptif et les superlatifs employés par Gabrielle, la femme d'un de ses amis, avaient été plutôt justes. Cette femme dégageait une beauté sensuelle à toute épreuve. Très féminine, un soupçon autoritaire au premier abord, Lana répondait à ses critères de "sélection", du moins pour l'instant.   

— J'avais compris qu'il s'agissait d'un rendez-vous arrangé... Mais asseyez-vous. Maintenant que vous êtes là, on peut au moins faire connaissance.

Elle tendit la main en direction de Lana et ajouta :

— Je m'appelle Kelli. Ravie de vous rencontrer.

Lana la lui serra, incapable de dire sur l'instant si elle souhaitait étrangler sa meilleure amie ou la remercier. Sa nervosité prenait le dessus sur le fait accompli de ce rendez-vous arrangé. Elle s'installa, incapable de faire demi-tour. Cette jeune femme s'était déplacée pour la rencontrer, autant manipulée par Gabrielle qu'elle l'était, Lana ne pouvait décemment pas la renvoyer d'où elle venait. Elle s'installa, quelque peu troublée.

— Ecoutez, je suis désolée mais je ne savais pas que... Qu'il était question de ça... Ce n'est pas dans mes habitudes de demander à mes amis de m'aider à rencontrer d'autres personnes.

Kelli ne cessait d'observer cette femme devant elle. Heureusement, Gabrielle lui avait donné son prénom parce que Lana avait omis de le lui dire. Un léger sourire aux lèvres, elle appréciait ce que son regard détaillait sur ses traits.

— Moi non plus, mais Gabrielle est une femme persuasive et je constate qu'en plus, elle n'a pas menti...

Lana n'osa pas demander sur quel sujet Gabrielle n'avait pas menti en constatant le regard bleu et éloquent que la jeune femme blonde lui portait. Celle-ci ne devait pas avoir loin de la trentaine. Plus que charmante, habillée de façon décontractée et garçonne, ses cheveux longs et blonds tombaient sur ses épaules dénudées qui dénotaient une carrure athlétique. Lana se souvenait parfaitement de ce que Gabrielle lui avait dit sur Kelli Nollan dont elle avait dû lui parler une dizaine de fois ces dernières semaines. Elle rentrait dans ses "critères" avec sa petite gueule d'ange, ses yeux bleus, ses cheveux dorés et sa voix rauque. Son amie la piégeait en beauté sans que Lana ne soit capable de lui en vouloir. Elle eut un sourire plus incertain, assurément plus embarrassé qu'elle ne l'aurait voulu.

— Bien... Puisqu'on est là, tenta-t-elle... Autant commander quelque chose à boire.

Elle fit signe à Steven d'approcher et ce dernier arriva :

— Oui, madame Queen ? Vous êtes prêtes à commander ?

— Je prendrai un verre de blanc, s'il vous plait.

— Et un whisky glace, merci, suivit Kelli.

Le serveur s'éloigna avec les commandes et Kelli reposa ses yeux sur Lana assise face à elle. Comment ne pas la regarder ? Finalement, Chris, le mari de Gabrielle, son meilleur ami avait raison d'affirmer que toutes les amies de sa femme étaient des bombes. Il l'avait d'ailleurs convaincue de suivre les conseils de Gabrielle pour ce rendez-vous... Elle se réjouissait de constater que malgré le faux-plan de Gabrielle, Lana prenait le temps de la discussion.

— Puisqu'on vient de commander, j'ai au moins vingt minutes devant moi pour apprendre à vous connaître... Gabrielle m'a dit que vous étiez une femme très occupée...

Lana ne pouvait s'empêcher de la détailler. De sa façon de parler à sa posture, Kelli Nollan dégageait une assurance agréable et avait dû séduire bien des jeunes femmes avant elle. Elle était assise de côté, son coude sur le dossier de la chaise, très décontractée tandis que Lana se tenait droite, accoudée à la table et les mains jointes devant elle.

— Je suis substitut du procureur, annonça-t-elle. Et j'aime particulièrement mon travail qui occupe effectivement une grande partie de mon temps.

Car nombre de ses anciennes amantes fuyaient quand elle annonçait ses principales occupations. Elle reprit aussitôt.

— Et vous ? Que faites-vous dans la vie ?

Kelli se redressa, ayant remarqué le retour rapide de sa question posée. Lana ne semblait pas s'étendre sur son travail qui n'avait pourtant rien d'ordinaire. Lana lui apparaissait comme une femme, une vraie jusqu'au bout des ongles qu'elle avait peints de rouge. Elégante, polie, ses cheveux d'un noir d'encre faisaient ressortir ses yeux sombres et hypnotiques.

— Non, non, vous n'allez pas vous en sortir comme ca, répondit-elle, amusée. Puisque vous aimez votre travail, vous pouvez m'en dire un peu plus... Quelle est la différence entre substitut du procureur et procureur ? Vous le remplacez quand il est malade ou un truc comme ca ?

Le serveur s'approcha et déposa les deux verres commandés. Elles le remercièrent et il ne tarda à pas à s'éloigner pour les laisser reprendre leur discussion.

— Le procureur est mon patron, c'est lui qui donne les ordres et décide de la mise en place des poursuites. Je représente son autorité au tribunal et auprès des agents en charge des arrestations.

Kelli prit un bref instant pour assimiler ces explications et but une gorgée de whisky avant de demander encore :

— Et j'imagine que tous les criminels de la ville vous en veulent... Vous êtes celle qui décide de leurs peines, c'est ca ?

Lana s'accouda, ses doigts repliés contre sa joue. Elle ne pouvait s'empêcher de détailler Kelli Nollan en songeant à la possibilité que celle-ci puisse réellement s'intéresser à elle.

— Non, d'une façon générale, je propose les peines et je suis en mesure de les négocier avec l'avocat de la partie adverse, répondit-elle. Le juge est seul à prendre la décision finale après délibération du jury.

Elle eut un léger sourire et demanda :

— Et j'aimerais aussi que vous me répondiez car contrairement à vous, Gaby ne m'a pas donné les détails de vos activités.

— Ca, c'est parce qu'elle veut pas comprendre ce que je fais, répondit Kelli avec un léger sourire. Elle et moi, on n'est pas de grandes amies...

Autant se montrer honnête avec son interlocutrice plus que charmante si elle voulait une suite à ce tête-à-tête, songea Kelli. Elle remua ses glaçons dans le whisky qui tintèrent contre le verre.

— En fait, je la connais parce que son mari, Chris, est mon meilleur ami... On travaille ensemble. Je suis Marine comme lui. Vous voyez ? Rien à voir avec les tribunaux et les beaux tailleurs...

Ce qui expliquait les côtés "garçon manqué" et la carrure de Miss Nollan, songeait Lana. Elle appréciait sa franchise et savait d'expérience que Gabrielle ne se faisait pas beaucoup d'amis en raison de son mauvais caractère.

— Alors, nous avons ça en commun, répondit Lana d'un léger sourire. Nous défendons toutes les deux des valeurs auxquelles nous croyons.

Kelli esquissa un sourire et fit tinter son verre contre le sien.

— Ca fait déjà une bonne raison de poursuivre la conversation...

Kelli n'aurait jamais cru si bien dire. Leur discussion continua sur d'autres questions, certaines plus sérieuses, d'autres moins. Le serveur revint, nota les plats qu'elles avaient commandés et le repas se poursuivit sur fond d'échanges de points de vue ou de plaisanteries. Elles apprirent l'une et l'autre leurs goûts en matière de nourriture, leurs plaisirs en dehors du travail, leurs projets éventuels. Le temps s'écoula, les gens présents dans le restaurant partirent les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elles. Kelli confia sa carte au serveur pour payer l'addition et reposa les yeux sur Lana Queen assise devant elle. Après plus de trois heures à discuter, elle ne regrettait pas de s'être laissée embarquer dans ce rendez-vous prévu par Gabrielle. Sous ses airs autoritaires de grande dame, Lana recélait des charmes redoutables. Son rire, sa façon de rester élégante en toutes circonstances la séduisaient. Pourtant, Kelli savait que l'alcool avait un peu débridé ses manières, effacer quelques-unes de ses retenues. Le serveur lui ramena la carte et Kelli se leva en le remerciant. Elle récupéra la veste de Lana sur sa chaise et la lui déposa sur les épaules.

— Est-ce que vous avez un couvre-feu ou vous voulez poursuivre la soirée ? lui demanda-t-elle sans hésiter.  

Lana mesurait parfaitement les implications de la demande de Kelli. Il était bientôt minuit et poursuivre la soirée impliquait bien des choses. Elles passèrent la porte du restaurant et la brise plus fraîche de l'extérieur eut le mérite de lui rappeler qu'elle travaillait le lendemain. Se laisser aller à diverses envies n'était plus de son âge même si le regard azur de Kelli dans le sien la faisait réfléchir à deux fois à sa proposition.

— Je dois rentrer, dit-elle, mais...

Que pouvait-elle dire sans trop en dire justement? Kelli lui plaisait, elle devinait cette attirance réciproque et devait pourtant réfréner ce qui lui passait par la tête afin de prendre le temps de la connaître. Elle sortit une carte de visite de son sac à main et la lui tendit :

— Appelez-moi en fin de semaine.

Kelli se retrouvait déçue mais pas désespérée pour autant. Le simple fait que Lana lui confie sa carte prouvait que celle-ci avait envie de la revoir. Après tout, elles venaient à peine de se rencontrer et n'en étaient qu'à leur premier rendez-vous. Alors Kelli devrait se montrer patiente...

— Ca fait trois jours à attendre, ça, répondit-elle. Ai-je au moins le droit de vous accompagner jusqu'à votre voiture ?

Le regard de Lana dut trahir ses déductions sur cette autre demande. Kelli Nollan se montrait galante et protectrice et après leurs discussions variées, notamment sur les déplacements de Kelli en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan, Lana devinait que la jeune femme était au moins officier chez les Marines.

— Vous pouvez, répondit-elle.

Elles se mirent en marche vers la rue où Lana s'était garée. En réalité, celle-ci se surprenait à vouloir faire durer cette rencontre qui lui avait rappelé ce que pouvaient être certaines émotions lors d'un premier rendez-vous. Une question lui vint à l'esprit et elle demanda :

— Combien de temps restez-vous à Los Angeles?

Kelli ne quittait pas son sourire, satisfaite de ce rendez-vous arrangé. Lana répondait à ses exigences en matière de femme. Non seulement, elle était belle et sensuelle, mais elle avait un cerveau et savait s'en servir.

— Je suis instructeur alors je ne suis plus la première à être envoyée en mission... Ca me laisse le temps de faire de nouvelles rencontres et de prolonger mes soirées quand elles valent le coup.

Arrivées devant un coupé Mercedes noir, Lana s'arrêta, les clefs en main et Kelli leva les sourcils, impressionnée.

— Jolie voiture, commenta-t-elle.

Elle jeta un œil intéressé sur le véhicule avant de regarder la belle brune avec qui elle venait de passer sa soirée.

— Vous savez, reprit-elle. On a bu de l'alcool, Maître, et la loi est claire à ce sujet...

Lana eut un sourire charmé en surprenant le petit air insolent que prenait Kelli tout en l'appelant par la dénomination de son poste. Elle appuya cependant sur le bouton de sa télécommande qui déverrouilla les portières avant qu'elle n'ouvre celle à l'arrière pour y poser son sac à main. Elle referma, se calant dos à la paroi, son regard brun sur les traits de Miss Nollan.

— Ce qui m'obligerait à vous ramener puisque vous avez bu plus que moi.

Le regard de Kelli se teinta d'une étincelle de convoitise. Ainsi appuyée contre sa voiture, Lana semblait lui donner l'autorisation de s'approcher. Ses yeux confirmaient la réciprocité d'une attirance certaine. Si Maître Queen voulait rentrer chez elle pour ne pas s'abandonner à la suite de leur soirée, Kelli pouvait au moins gagner du temps...

— Je suis sage, je rentrerai en taxi, répondit-elle en effaçant la distance entre elles.

Elle fit un pas de plus et glissa une main sur sa joue. Sa sagesse avait cependant quelques limites. Ses lèvres se posèrent sur les siennes dans un doux baiser, léger, furtif. Un long frisson courut le long de son dos, l'électrisa tout entière. Les parfums de Lana l'étourdissaient. Mais elle se recula bien malgré elle, le regard brillant dans le sien. Après ce contact brûlant, elle ne rêvait que de poursuivre leur soirée ailleurs, loin des regards inconnus, dans l'intimité d'une chambre par exemple...

— Je vous appelle, ajouta-t-elle à voix basse, avant de se reculer.

Lana avait frissonné et son regard pétillant trahissait les effets de ce baiser. Non seulement Kelli Nollan embrassait bien, mais ses parfums avaient fait naître bien d'autres envies oubliées. Elle se pinça les lèvres et d'un geste furtif de son pouce, rajusta son rouge qui avait dû certainement déborder après ce contact délicieux. Mais elle ne devait rien précipiter alors que ce rendez-vous prenait déjà une tournure qu'elle n'avait pas soupçonnée. D'ordinaire, se laisser embrasser le premier soir ne faisait pas partie des choses qu'elle autorisait. D'autant que Kelli Nollan était peut-être ce genre de femme habituée à obtenir tout ce qu'elle souhaitait de la plupart de ses rendez-vous. Elle se redressa, tentée de réitérer ce baiser, mais se contint, remontant simplement son regard de ses lèvres audacieuses à ses prunelles bleues captivantes.

— Merci pour cette soirée Miss Nollan. Rentrez bien.

Elle ouvrit la portière conducteur et s'installa derrière le volant avant que Kelli ne la referme. Elle démarra, lui lança un dernier regard et prit enfin la route. Lana mesurait parfaitement qu'il lui en aurait fallu peu pour autoriser cette magnifique jeune femme à l'accompagner ailleurs. Mais sa raison avait vaincu et ses envies restaient inassouvies.

 

*  *  *

 

En tant que substitut du procureur, Lana Queen venait de terminer son réquisitoire dans le cadre d'une enquête sur le viol aggravé d’un jeune garçon de onze ans. Deux prévenus avaient été amenés devant le tribunal, un couple suspecté d'avoir kidnappé le jeune Matthew Collins. Cloîtré dans une cave pendant quatre années, le jeune garçon aujourd'hui âgé de onze ans avait vécu l'enfer, subi des sévices, avait été filmé, pris en photo, forcé à l'esclavage. Son père biologique, Joey Collins avait fini par retrouver des clichés sur Internet avant de les signaler à la police. Après quinze jours d'audience, le jury avait tranché, jugeant coupables Andrea et Don Hanson, les condamnant à soixante-cinq ans de prison pour divers chefs d'accusation : enlèvement, viol en réunion, diffusion de photos pédopornographiques et séquestration.

Comme chaque fin de procès, la condamnation sévère des accusés arrivait comme une libération pour Lana Queen. Saluée par les parents, félicitée par son assistant, elle rangea le dossier dans son attaché-case qui rejoindrait les affaires classées dans les archives des sous-sols du bureau du procureur.

La salle d'audience se vidait peu à peu. Le juge repartait, ainsi que le jury, les spectateurs et autres journalistes venus prendre note du verdict final. Angela Benson approcha enfin :

— C'était bien joué.

— Merci, répondit Lana. J'espère que le petit Matthew  bénéficiera d'un bon suivi psychologique.

— Nous avons donné à ses parents quelques adresses. Je pense qu'il s'en sortira.

Lana récupéra sa veste noire qu'elle ajusta par-dessus son chemisier blanc. Elle arborait toujours une tenue élégante et soignée. Son sac à main sur l'épaule, sa sacoche dans l'autre main, elle suivit Angela entre les bancs, ses talons résonnant dans la salle vide. Son amie était aussi une collègue de travail, pour ne pas dire une subordonnée. En tant que substitut du procureur, Lana travaillait et suivait les procédures en collaboration avec la brigade de police de Los Angeles où Angela Benson travaillait comme inspecteur.

— Tu viendrais prendre un verre avec nous pour fêter ça ? lança Angela en marchant à ses côtés dans le couloir du tribunal.

— Non je dois voir une amie.

Angela plissa les yeux :

— Tu as un rendez-vous ?

— Je dois retrouver Gabrielle en ville.

Une fois dehors, Angela s'arrêta devant elle, au sommet des grandes marches.

— Tu te souviens quand tu me disais que je manquais d'un peu de compagnie pour pallier aux angoisses et au stress dus à mes enquêtes ?

Lana leva les sourcils :

— Tu étais devenue dépressive.

— Et tu vas finir par le devenir si tu ne prends pas un peu de bon temps et assez de recul sur tes dossiers. Un peu de compagnie te ferait du bien à toi aussi.

— Je n'ai pas besoin de compagnie, avoir quelques amies me suffit.

— Amies ne signifie pas "petite amie", rappela Angela.

— Ca me convient, se défendit Lana. Maintenant laisse-moi passer, je vais être en retard.

Angela se poussa malgré la mauvaise foi de son amie et toutes les deux descendirent les marches :

— J'aimerais te présenter quelqu'un, reprit-elle d'un air très sérieux. Le Sergent du SWAT. Je t'en ai déjà parlé.

Lana roula des yeux :

— Je suis assez grande pour faire des rencontres. Je n'ai pas besoin d'un chaperon.

— Elle est pourtant très charmante, je suis sûre qu'elle te plairait. Elle est jeune, dynamique, drôle... Un brin masculine.

Cette fois, ce fut au tour de Lana de s'arrêter à hauteur de sa Mercedes noire garée le long de Pearl Street.

— Angela, stop... Je ne suis pas intéressée. Ma vie telle que je la mène me convient.

— Cette fille est une perle, la trentaine, elle aimerait même avoir des enfants.

Angela usait d'un argument de poids, songeait Lana qui s'était résolue depuis de nombreuses années à ne plus avoir d'aventures, toujours déçues par les amantes avec qui elle sortait.

— Je dois y aller. Tu enverras le bonsoir aux autres.

— Comme tu veux... Mais réfléchis à ma proposition.

— Je n'ai pas besoin de réfléchir... A plus tard !

Elle ouvrit la portière de sa voiture et s'installa derrière le volant tandis qu'Angela repartait de son côté. Elle vérifia sa montre, mesurant qu'elle était quelque peu en retard. Elle récupéra son téléphone et numérota avant d'entendre la voix de son amie :

# Oui ?

— C'est moi Gaby, je sors du tribunal, j'arrive tout de suite.

# Pas de problème, je t'attends de toute façon, à tout de suite.

— Merci...

Elle raccrocha et démarra afin de se mettre en route. Il était bientôt sept heures et la circulation en direction du centre de Los Angeles serait dense. Elle roula donc jusqu'au parking situé non loin de Park Avenue et prit le métro jusqu'à la station sur la 86ième. Gabrielle, une consœur et amie, était avocate spécialisée dans les divorces et l'attendait dans l'excellent restaurant "le Burlington" situé au croisement de Columbus et de la 86ième. Elle entra et se fit accueillir par un serveur.

— Madame Queen, votre amie vous attend à votre table habituelle.

— Je vous remercie, Steven...

Son sac sur l'épaule, Lana le suivit à travers la salle. D'autres clients étaient installés, discutaient, dînaient. Mais ce fut arrivée à sa dite table que Lana fronça les sourcils.

— Il doit y avoir une erreur, dit-elle en voyant la blonde installée qui n'avait rien à voir avec Gabrielle.

— Tenez, Madame Waters m'a remis cette enveloppe pour vous, dit Steven.

Lana demeura confuse et récupéra l'enveloppe en voyant que la jeune femme blonde la regardait d'un léger sourire. Elle lut les quelques mots inscrits sur la carte :

"Elle s'appelle Kelli, c'est la fille dont je te parlais, passe une bonne soirée,

Gaby".

L'espace d'un instant, Lana se demanda s'il n'était pas question d'un complot entre Angela et Gabrielle, bien que ses deux amies ne se connaissaient pas.

— Ca ira, madame Queen ? demanda le serveur.

Le malaise soudain qui venait de la saisir répondait à cette question mais elle força un sourire.

— Oui, merci Steven...

Ce dernier s'éloigna et Lana reporta son regard sur la jeune femme.

— Je...

— Vous n'étiez pas au courant, c'est ça ?

Celle-ci était perspicace en plus d'être tout à fait charmante, songea Lana malgré elle.

— Vous l'étiez ? tenta la concernée d'un air plus incertain.

Son interlocutrice, Kelli Nollan, se leva sans quitter son sourire et tira la chaise devant Lana Queen. Le descriptif et les superlatifs employés par Gabrielle, la femme d'un de ses amis, avaient été plutôt justes. Cette femme dégageait une beauté sensuelle à toute épreuve. Très féminine, un soupçon autoritaire au premier abord, Lana répondait à ses critères de "sélection", du moins pour l'instant.  

— J'avais compris qu'il s'agissait d'un rendez-vous arrangé... Mais asseyez-vous. Maintenant que vous êtes là, on peut au moins faire connaissance.

Elle tendit la main en direction de Lana et ajouta :

— Je m'appelle Kelli. Ravie de vous rencontrer.

Lana la lui serra, incapable de dire sur l'instant si elle souhaitait étrangler sa meilleure amie ou la remercier. Sa nervosité prenait le dessus sur le fait accompli de ce rendez-vous arrangé. Elle s'installa, incapable de faire demi-tour. Cette jeune femme s'était déplacée pour la rencontrer, autant manipulée par Gabrielle qu'elle l'était, Lana ne pouvait décemment pas la renvoyer d'où elle venait. Elle s'installa, quelque peu troublée.

— Ecoutez, je suis désolée mais je ne savais pas que... Qu'il était question de ça... Ce n'est pas dans mes habitudes de demander à mes amis de m'aider à rencontrer d'autres personnes.

Kelli ne cessait d'observer cette femme devant elle. Heureusement, Gabrielle lui avait donné son prénom parce que Lana avait omis de le lui dire. Un léger sourire aux lèvres, elle appréciait ce que son regard détaillait sur ses traits.

— Moi non plus, mais Gabrielle est une femme persuasive et je constate qu'en plus, elle n'a pas menti...

Lana n'osa pas demander sur quel sujet Gabrielle n'avait pas menti en constatant le regard bleu et éloquent que la jeune femme blonde lui portait. Celle-ci ne devait pas avoir loin de la trentaine. Plus que charmante, habillée de façon décontractée et garçonne, ses cheveux longs et blonds tombaient sur ses épaules dénudées qui dénotaient une carrure athlétique. Lana se souvenait parfaitement de ce que Gabrielle lui avait dit sur Kelli Nollan dont elle avait dû lui parler une dizaine de fois ces dernières semaines. Elle rentrait dans ses "critères" avec sa petite gueule d'ange, ses yeux bleus, ses cheveux dorés et sa voix rauque. Son amie la piégeait en beauté sans que Lana ne soit capable de lui en vouloir. Elle eut un sourire plus incertain, assurément plus embarrassé qu'elle ne l'aurait voulu.

— Bien... Puisqu'on est là, tenta-t-elle... Autant commander quelque chose à boire.

Elle fit signe à Steven d'approcher et ce dernier arriva :

— Oui, madame Queen ? Vous êtes prêtes à commander ?

— Je prendrai un verre de blanc, s'il vous plait.

— Et un whisky glace, merci, suivit Kelli.

Le serveur s'éloigna avec les commandes et Kelli reposa ses yeux sur Lana assise face à elle. Comment ne pas la regarder ? Finalement, Chris, le mari de Gabrielle, son meilleur ami avait raison d'affirmer que toutes les amies de sa femme étaient des bombes. Il l'avait d'ailleurs convaincue de suivre les conseils de Gabrielle pour ce rendez-vous... Elle se réjouissait de constater que malgré le faux-plan de Gabrielle, Lana prenait le temps de la discussion.

— Puisqu'on vient de commander, j'ai au moins vingt minutes devant moi pour apprendre à vous connaître... Gabrielle m'a dit que vous étiez une femme très occupée...

Lana ne pouvait s'empêcher de la détailler. De sa façon de parler à sa posture, Kelli Nollan dégageait une assurance agréable et avait dû séduire bien des jeunes femmes avant elle. Elle était assise de côté, son coude sur le dossier de la chaise, très décontractée tandis que Lana se tenait droite, accoudée à la table et les mains jointes devant elle.

— Je suis substitut du procureur, annonça-t-elle. Et j'aime particulièrement mon travail qui occupe effectivement une grande partie de mon temps.

Car nombre de ses anciennes amantes fuyaient quand elle annonçait ses principales occupations. Elle reprit aussitôt.

— Et vous ? Que faites-vous dans la vie ?

Kelli se redressa, ayant remarqué le retour rapide de sa question posée. Lana ne semblait pas s'étendre sur son travail qui n'avait pourtant rien d'ordinaire. Lana lui apparaissait comme une femme, une vraie jusqu'au bout des ongles qu'elle avait peints de rouge. Elégante, polie, ses cheveux d'un noir d'encre faisaient ressortir ses yeux sombres et hypnotiques.

— Non, non, vous n'allez pas vous en sortir comme ca, répondit-elle, amusée. Puisque vous aimez votre travail, vous pouvez m'en dire un peu plus... Quelle est la différence entre substitut du procureur et procureur ? Vous le remplacez quand il est malade ou un truc comme ca ?

Le serveur s'approcha et déposa les deux verres commandés. Elles le remercièrent et il ne tarda à pas à s'éloigner pour les laisser reprendre leur discussion.

— Le procureur est mon patron, c'est lui qui donne les ordres et décide de la mise en place des poursuites. Je représente son autorité au tribunal et auprès des agents en charge des arrestations.

Kelli prit un bref instant pour assimiler ces explications et but une gorgée de whisky avant de demander encore :

— Et j'imagine que tous les criminels de la ville vous en veulent... Vous êtes celle qui décide de leurs peines, c'est ca ?

Lana s'accouda, ses doigts repliés contre sa joue. Elle ne pouvait s'empêcher de détailler Kelli Nollan en songeant à la possibilité que celle-ci puisse réellement s'intéresser à elle.

— Non, d'une façon générale, je propose les peines et je suis en mesure de les négocier avec l'avocat de la partie adverse, répondit-elle. Le juge est seul à prendre la décision finale après délibération du jury.

Elle eut un léger sourire et demanda :

— Et j'aimerais aussi que vous me répondiez car contrairement à vous, Gaby ne m'a pas donné les détails de vos activités.

— Ca, c'est parce qu'elle veut pas comprendre ce que je fais, répondit Kelli avec un léger sourire. Elle et moi, on n'est pas de grandes amies...

Autant se montrer honnête avec son interlocutrice plus que charmante si elle voulait une suite à ce tête-à-tête, songea Kelli. Elle remua ses glaçons dans le whisky qui tintèrent contre le verre.

— En fait, je la connais parce que son mari, Chris, est mon meilleur ami... On travaille ensemble. Je suis Marine comme lui. Vous voyez ? Rien à voir avec les tribunaux et les beaux tailleurs...

Ce qui expliquait les côtés "garçon manqué" et la carrure de Miss Nollan, songeait Lana. Elle appréciait sa franchise et savait d'expérience que Gabrielle ne se faisait pas beaucoup d'amis en raison de son mauvais caractère.

— Alors, nous avons ça en commun, répondit Lana d'un léger sourire. Nous défendons toutes les deux des valeurs auxquelles nous croyons.

Kelli esquissa un sourire et fit tinter son verre contre le sien.

— Ca fait déjà une bonne raison de poursuivre la conversation...

Kelli n'aurait jamais cru si bien dire. Leur discussion continua sur d'autres questions, certaines plus sérieuses, d'autres moins. Le serveur revint, nota les plats qu'elles avaient commandés et le repas se poursuivit sur fond d'échanges de points de vue ou de plaisanteries. Elles apprirent l'une et l'autre leurs goûts en matière de nourriture, leurs plaisirs en dehors du travail, leurs projets éventuels. Le temps s'écoula, les gens présents dans le restaurant partirent les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elles. Kelli confia sa carte au serveur pour payer l'addition et reposa les yeux sur Lana Queen assise devant elle. Après plus de trois heures à discuter, elle ne regrettait pas de s'être laissée embarquer dans ce rendez-vous prévu par Gabrielle. Sous ses airs autoritaires de grande dame, Lana recélait des charmes redoutables. Son rire, sa façon de rester élégante en toutes circonstances la séduisaient. Pourtant, Kelli savait que l'alcool avait un peu débridé ses manières, effacer quelques-unes de ses retenues. Le serveur lui ramena la carte et Kelli se leva en le remerciant. Elle récupéra la veste de Lana sur sa chaise et la lui déposa sur les épaules.

— Est-ce que vous avez un couvre-feu ou vous voulez poursuivre la soirée ? lui demanda-t-elle sans hésiter. 

Lana mesurait parfaitement les implications de la demande de Kelli. Il était bientôt minuit et poursuivre la soirée impliquait bien des choses. Elles passèrent la porte du restaurant et la brise plus fraîche de l'extérieur eut le mérite de lui rappeler qu'elle travaillait le lendemain. Se laisser aller à diverses envies n'était plus de son âge même si le regard azur de Kelli dans le sien la faisait réfléchir à deux fois à sa proposition.

— Je dois rentrer, dit-elle, mais...

Que pouvait-elle dire sans trop en dire justement? Kelli lui plaisait, elle devinait cette attirance réciproque et devait pourtant réfréner ce qui lui passait par la tête afin de prendre le temps de la connaître. Elle sortit une carte de visite de son sac à main et la lui tendit :

— Appelez-moi en fin de semaine.

Kelli se retrouvait déçue mais pas désespérée pour autant. Le simple fait que Lana lui confie sa carte prouvait que celle-ci avait envie de la revoir. Après tout, elles venaient à peine de se rencontrer et n'en étaient qu'à leur premier rendez-vous. Alors Kelli devrait se montrer patiente...

— Ca fait trois jours à attendre, ça, répondit-elle. Ai-je au moins le droit de vous accompagner jusqu'à votre voiture ?

Le regard de Lana dut trahir ses déductions sur cette autre demande. Kelli Nollan se montrait galante et protectrice et après leurs discussions variées, notamment sur les déplacements de Kelli en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan, Lana devinait que la jeune femme était au moins officier chez les Marines.

— Vous pouvez, répondit-elle.

Elles se mirent en marche vers la rue où Lana s'était garée. En réalité, celle-ci se surprenait à vouloir faire durer cette rencontre qui lui avait rappelé ce que pouvaient être certaines émotions lors d'un premier rendez-vous. Une question lui vint à l'esprit et elle demanda :

— Combien de temps restez-vous à Los Angeles?

Kelli ne quittait pas son sourire, satisfaite de ce rendez-vous arrangé. Lana répondait à ses exigences en matière de femme. Non seulement, elle était belle et sensuelle, mais elle avait un cerveau et savait s'en servir.

— Je suis instructeur alors je ne suis plus la première à être envoyée en mission... Ca me laisse le temps de faire de nouvelles rencontres et de prolonger mes soirées quand elles valent le coup.

Arrivées devant un coupé Mercedes noir, Lana s'arrêta, les clefs en main et Kelli leva les sourcils, impressionnée.

— Jolie voiture, commenta-t-elle.

Elle jeta un œil intéressé sur le véhicule avant de regarder la belle brune avec qui elle venait de passer sa soirée.

— Vous savez, reprit-elle. On a bu de l'alcool, Maître, et la loi est claire à ce sujet...

Lana eut un sourire charmé en surprenant le petit air insolent que prenait Kelli tout en l'appelant par la dénomination de son poste. Elle appuya cependant sur le bouton de sa télécommande qui déverrouilla les portières avant qu'elle n'ouvre celle à l'arrière pour y poser son sac à main. Elle referma, se calant dos à la paroi, son regard brun sur les traits de Miss Nollan.

— Ce qui m'obligerait à vous ramener puisque vous avez bu plus que moi.

Le regard de Kelli se teinta d'une étincelle de convoitise. Ainsi appuyée contre sa voiture, Lana semblait lui donner l'autorisation de s'approcher. Ses yeux confirmaient la réciprocité d'une attirance certaine. Si Maître Queen voulait rentrer chez elle pour ne pas s'abandonner à la suite de leur soirée, Kelli pouvait au moins gagner du temps...

— Je suis sage, je rentrerai en taxi, répondit-elle en effaçant la distance entre elles.

Elle fit un pas de plus et glissa une main sur sa joue. Sa sagesse avait cependant quelques limites. Ses lèvres se posèrent sur les siennes dans un doux baiser, léger, furtif. Un long frisson courut le long de son dos, l'électrisa tout entière. Les parfums de Lana l'étourdissaient. Mais elle se recula bien malgré elle, le regard brillant dans le sien. Après ce contact brûlant, elle ne rêvait que de poursuivre leur soirée ailleurs, loin des regards inconnus, dans l'intimité d'une chambre par exemple...

— Je vous appelle, ajouta-t-elle à voix basse, avant de se reculer.

Lana avait frissonné et son regard pétillant trahissait les effets de ce baiser. Non seulement Kelli Nollan embrassait bien, mais ses parfums avaient fait naître bien d'autres envies oubliées. Elle se pinça les lèvres et d'un geste furtif de son pouce, rajusta son rouge qui avait dû certainement déborder après ce contact délicieux. Mais elle ne devait rien précipiter alors que ce rendez-vous prenait déjà une tournure qu'elle n'avait pas soupçonnée. D'ordinaire, se laisser embrasser le premier soir ne faisait pas partie des choses qu'elle autorisait. D'autant que Kelli Nollan était peut-être ce genre de femme habituée à obtenir tout ce qu'elle souhaitait de la plupart de ses rendez-vous. Elle se redressa, tentée de réitérer ce baiser, mais se contint, remontant simplement son regard de ses lèvres audacieuses à ses prunelles bleues captivantes.

— Merci pour cette soirée Miss Nollan. Rentrez bien.

Elle ouvrit la portière conducteur et s'installa derrière le volant avant que Kelli ne la referme. Elle démarra, lui lança un dernier regard et prit enfin la route. Lana mesurait parfaitement qu'il lui en aurait fallu peu pour autoriser cette magnifique jeune femme à l'accompagner ailleurs. Mais sa raison avait vaincu et ses envies restaient inassouvies. 

A suivre dans la version intégrale.

 

Format numérique uniquement pour les Membres Premium

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Format livre disponible sur :

 

 

Créé le 3 janvier 2011

Résumé Un rien sépare le monde des morts et celui des vivants. Faith le sait puisque Faith est morte il y a quelques jours... Ou quelques mois, elle ne sait plus. De l'autre côté, le temps n'a plus d'effet, il n'est plus palpable, mais la douleur, elle, perdure en voyant son entourage souffrir de sa disparition. Faith est morte mais Faith n'a pas vu cette lumière dont tout le monde parle, venir la chercher. Quand bien même, Faith n'a pas terminé ce qu'elle a commencé ici-bas. Elle n'a que 26 ans, fêtera bientôt ses 27 ans et Sarah est enceinte de Lilly, leur petite fille conçue à Vancouver il y a 6 mois par insémination. Faith était sur le point de réaliser son rêve, fonder une famille. La mort ne suffira pas à lui faire renoncer à son bonheur... Faith est déterminée à revenir dans le monde des vivants !

 

 

 

 



Prologue

 

Tout le monde meurt un jour. Personne ne peut rien y faire si ce n’est repousser l’échéance. Tout le monde doit mourir, c’est un fait. Vous, moi, nos proches, rien ni personne n’y échappe.

Nous vivons avec la mort, mais quelle importance lui donnons-nous ? On regarde les actualités : une femme a tué ses trois enfants ; un 747 a explosé au-dessus de l’Atlantique ; des touristes pris en otage ont été fusillés. Ces annonces sont quotidiennes et plus ou moins étayées selon les intérêts politiques du moment. Qui réagit à cela ? Personne si les victimes ne sont pas célèbres. Hormis se sentir compatissant, peiné, choqué l’espace de quelques secondes ou minutes, ces gens qui meurent font partie du décor… triste constat, mais réaliste. Comment pourrions-nous vivre si nous n’étions pas insensibles à ces tragédies ?

Quoi qu’il en soit, à 26 ans, on pense à tout, sauf à mourir. On se croit invincible, intouchable. On songe à son avenir, on termine ses études, on commence une carrière, on s’engage, on comprend le sens du mot « aimer », on projette d’avoir un premier enfant…

À 26 ans, le monde nous appartient, du moins, c’est ce que je pensais.

 

Chapitre 1

A jamais

J’étais heureuse de voir Sarah égayée, le sourire constamment aux lèvres et riant à la moindre plaisanterie. Nous avions passé la soirée avec nos amis d’enfance. Danielle et Samuel s’étaient mariés trois ans plus tôt. Tous les quatre nous étions rencontrés au collège sans jamais nous perdre de vue. Ce soir-là, Sarah et moi fêtions nos huit ans de fiançailles.

Pour l’occasion, nous avions réservé une table dans un petit restaurant situé dans la banlieue de New York : le Grafton. Un endroit chaleureux et tenu par une famille d’Irlandais venus s’installer en ville depuis plusieurs générations. Les discussions s’étaient tournées vers notre passé commun, vers nos années lycée à Northfolk en Californie. Danielle et Sarah avaient étudié à UCLA, Samuel avait obtenu une bourse pour Yale et pour ma part, je m’étais arrêtée après le lycée. À l’époque, je n’avais guère été tournée vers les études, avait préféré passer tout mon temps près de Sarah. Après l’obtention de notre diplôme, j’avais enchainé les petits boulots pour payer les factures de notre appartement. À cette époque, je me fichais des projets de carrière, de l’ambition professionnelle. Tout ce qui importait était de profiter de la vie avec ma copine…

J’avais eu raison.

Nous quittâmes le Grafton aux alentours de onze heures. La rue était déserte. Seuls, quelques fracas de bouteilles de bière triées à l’arrière des bars rompaient le silence. Il me tardait de rentrer chez nous, de rejoindre notre nouvel appartement où nous habitions depuis six mois. Sarah l’avait entièrement décoré. De mon côté, je m’étais occupée de la peinture et de la chambre du bébé… Sarah était enceinte, portait notre enfant, du moins, je le voyais ainsi, même si elle avait le rôle évident de la mère ! Moi aussi je tenais le rôle d’une future mère et je n’en revenais pas… Nous avions rejoint Vancouver l’année précédente pour entreprendre les démarches en vue d’une insémination artificielle. Notre rêve de fonder une famille se réaliserait bientôt et je me surprenais à compter les jours, ou plutôt les neuf semaines avant que nous devenions parents…

Sarah glissa sa main dans la poche arrière de mon jeans et nous marchâmes tranquillement en profitant de l’air frais.

— J’ai pas du tout aimé comment la serveuse te regardait ! m’annonça-t-elle en laissant s’échapper un petit nuage de buée.

Je ne pus que sourire. Sarah était d’une jalousie maladive. Là où Samuel et Danielle se disputaient régulièrement, je me rassurais des remarques de ma petite amie. Je considérais la jalousie comme un sentiment normal lié à l’amour. Je souffrais  quand un homme posait son regard sur Sarah. Je lui répondis, taquine :

— Quelle serveuse ?

Sarah roula des yeux et m’envoya une petite tape du revers de sa main dans le bas ventre.

— Te fiche pas de moi, t’as bien vu qu’elle était aux petits soins pour toi toute la soirée.

Je préférai couper court pour la rassurer :

— Je n’ai rien remarqué.

Ainsi, le sujet serait clos jusqu’aux prochains regards de jolies filles qui se poseraient sur moi par inadvertance. Nous arrivâmes à la voiture. Sarah prit ma main et me serra contre elle en enlaçant ses bras autour de mon cou :

— Tu sais de quoi j’aurais envie là tout de suite ?

Mon esprit mal placé formula des conclusions hâtives que je dus chasser au plus vite. Je répondis d’un air coquin en la gardant bien contre moi :

— D’un gros câlin agrémenté de framboises et de chantilly ?

Le regard de Sarah brillait. Elle arborait une expression à la fois taquine et aguicheuse :

— Non… De chocolat.

— Tu sais qu’on sort de table ?

— Tu sais que je suis très enceinte de toi ?

Comment pouvais-je résister à pareil argument ? Je lui souris et me reculai afin d’ouvrir sa portière.

— Je vois… On trouvera bien un truc ouvert sur la route pour t’en acheter.

— T’es un ange.

Sarah s’installa en affichant une expression à laquelle je ne pouvais résister même si mon petit sous-entendu n’avait pas eu l’effet escompté. Depuis quelques semaines, je devais refouler mes envies incessantes, mon obsession de lui faire l’amour. Son corps et ses tendres soupirs me manquaient, mais j’attendrais. Si Sarah rencontrait quelques désagréments dus à sa grossesse, je devais aussi gérer les miens. Quand les premières nausées s’étaient fait sentir, Sarah m’avait maudit de l’avoir encouragée à porter notre enfant (quand elle ne m’accusait pas d’avoir refusé d’être enceinte). Ses sautes d’humeur cyclothymiques étaient aussi difficiles à gérer. Elle voulait, ne voulait plus, riait, pleurait, et ce, en moins d’une heure.  Sa prise de poids, que je trouvais adorable, la rendait dépressive et déprimée. Mais je m’étais préparée à tout cela, la soutenais et parvenais à la rassurer.

Je refermai la portière côté passager et contournai notre voiture vers la place conducteur. Cependant, je n’eus pas le temps d’ouvrir le véhicule : un homme me saisit le bras et me plaqua dos contre la voiture. Mon cœur s’affola aussitôt. Je rivai mes yeux sur mon agresseur, mais une cagoule dissimulant son visage m’empêcha de le voir. Son regard ! Je ne l’oublierai jamais… Noir, agressif, empli de haine… Mon cœur s’emballa quand je sentis le métal froid de son arme se poser sur mon front.

— Tu vas me filer ton fric et les clefs de ta caisse.

Sarah était dans la voiture et je redoutai qu’elle sorte. Ma femme enceinte était derrière moi, portait notre enfant. Cette évidence se répétait dans mon esprit malgré le canon posé sur mon front. Je répondis sans réfléchir :

— Ok… Attends.

Mes mains tremblaient, mes jambes flageolaient. L’homme pressa le métal du canon sur ma peau et haussa le ton :

— Grouille ou je te descends !

Je n’eus pas le temps de fouiller dans ma poche pour sortir mon portefeuille et entendis ce que je redoutais. Derrière moi, Sarah ouvrit la portière et implora :

— Je vous en prie, baissez votre arme, on vous donnera tout ce que vous voulez…

Notre agresseur porta aussitôt le canon de son revolver dans sa direction :

— Bouge-pas toi ! Laisse ton sac dans la caisse !

Mon sang se glaça et tout se passa très vite. La panique s’empara de moi. Dans un mouvement, je détournai son arme, en maintenant le canon vers le bas. Peu m’importait que cet homme soit plus fort que moi ou qu’il me tire dessus, du moment qu’il  ne blessait pas Sarah. Dans la lutte, un coup de feu retentit et l’homme s’enfuit en courant. Je restai figée en le regardant s’éloigner puis disparaître au carrefour d’une rue. La peur ne me quitta pas, je ne cessais de trembler sous le coup de mes émotions. Je me tournai aussitôt vers Sarah et m’assurai qu’elle n’était pas blessée :

— Ça va… Il est parti, c’est fini ma puce.

Je devais me calmer pour ne pas l’inquiéter. Elle s’approcha de moi sans me regarder et je suivis son regard tourné vers le sol. Un corps  gisait sur le trottoir, mon corps... Le temps sembla s’arrêter à cette seconde précise.

Mon cadavre gisait aux pieds de Sarah, le sang s’écoulait de ma chemise blanche et se répandait sur le bitume. Je niais l’évidence et relevai vivement mes yeux sur Sarah :

— Non… Non…

J’étais en plein cauchemar, devais me réveiller.

— Je suis là, ma puce !

Sarah s’agenouilla, tremblante, près de ce corps qui était pourtant le mien. Elle ramena sa main sur ma blessure tout en appelant le 911 :

— Allô…

Le ton cassé de sa voix m’anéantit plus que je ne l’étais déjà.

— J’ai besoin d’une ambulance. Ma… Ma petite amie… On lui a tiré dessus. Je suis... Je suis sur Grafton Street.

Mon sang s’écoulait entre les doigts fins de Sarah. Cela ne pouvait être qu’un cauchemar. J’allais me réveiller ! Je refusais la réalité, relevais mon regard vers celui imbibé de larmes de Sarah. J’étais figée, incapable de parler tant ce qui se passait relevait de l’impossible. Sa voix anéantie résonna :

— Je suis là… Tiens bon bébé ! Je t’en supplie, me laisse pas toute seule.

Comment cela était-il possible ? Elle regarda  autour de nous. Je l’imitai. Que faisaient les secours ? Ils devaient me sauver, mais aucune sirène ne résonnait.

— À l’aide, criai-je… AIDEZ-NOUS !

Je m’accroupis près de Sarah, voulus poser ma main sur la sienne dans un réflexe, mais passai au travers. Je paniquai, mesurai que Sarah ne me voyait pas, ne m’entendait pas…

J’étais morte.

Les choses se précipitèrent alors autour de moi, comme un film visionné en accéléré, mais où chaque seconde, aussi courte fût-elle, avait un impact dévastateur : je me vis sur un brancard, sous une lumière vive et aveuglante, des hommes autour de moi tentaient vainement de me ramener à la vie, la couleur rouge de mon sang maculait leurs gants et un drap blanc recouvrit mon visage.

Je vis Sarah à l’hôpital, entourée de ses parents, de nos amis et j’assistai à l’annonce de ma mort. Le décor s’effaça, laissa place à un autre, à notre chez nous. Sarah était effondrée, en larmes, déchirée par sa peine. Ses cris de désespoir perçaient le silence. J’étais impuissante. Je souffrais, ressentais sa douleur au plus profond de moi. Si je n’avais plus de corps, mon tourment était bien présent, bien réel et palpable. 

A suivre dans la version intégrale. 

Format numérique :

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Edition de Poche - 311 pages : 16.17€

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Quelques avis de lecteurs : 

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Créé le 4 décembre 2010

 

Résumé : Quand une de ses tantes lui lègue sa maison dans la petite ville paisible de Northfolk, Faith Ryan n'en comprend pas la raison. Étudiante dans une école d'architecture, la jeune femme décide de rénover la demeure et de la vendre, son stage achevé. Mais lorsqu'à peine installée, sa voisine Sarah Leary, la quarantaine séduisante, vient frapper à sa porte, Faith ne se doute pas encore que sa vie en sera bouleversée - 171 pages

 

 

Une vieille tante était morte. C’était ce que sa mère lui avait dit quelques jours plus tôt.

A présent, Faith se tenait devant cette demeure que la défunte lui avait léguée. Elle n’en connaissait pas les raisons. Elle n’avait pas connu cette personne, ne se souvenait pas de l’avoir même déjà croisée. Néanmoins, elle pouvait affirmer que cette maison n’avait rien d’une ruine ou d’une cabane. Au contraire, sa taille permettait autant d’espace intérieur que de discrétion extérieure; une moitié de façade étant dissimulée derrière quelques arbres posés sur un parterre de fleurs. Après quelques pas dans l’entrée, puis dans le salon et la salle à manger, elle comprit néanmoins rapidement que des travaux seraient nécessaires.

A l’évidence, cette tante se consacrait davantage à son jardin qu’à la décoration et l’aménagement intérieur de sa demeure. L’ambiance reflétait d'ailleurs l’âge avancé de l’ancienne propriétaire. La brune ramena une main dans ses cheveux et se gratta la tête, la vente de cette maison ne serait pas aisée dans cet état et elle devrait consacrer tout son temps libre aux travaux. Par chance, le cabinet d’architecte qui allait l'employer pour son stage ne se trouvait qu’à quelques kilomètres. Elle n’aurait donc pas à venir dans cette petite ville de Northfolk tous les week-ends et repartir sur Los Angeles toutes les semaines. Une fois qu’elle eut fait le tour de la propriété, elle rejoignit sa voiture garée devant le garage, mais poursuivit son chemin jusqu’au trottoir.

Son regard parcourut le quartier qui lui semblait plutôt calme et surtout bien entretenu. Elle devrait vivre les prochains mois en ces lieux et devrait s’habituer à cette différence flagrante entre Northfolk et Los Angeles. Au moins, les demeures du voisinage semblaient dégager de bonnes ondes, peut-être était-ce dû à leurs façades ou  architecture. Un silencieux soupir s’évada de sa gorge, songeur et peu certain. Son esprit tentait de se concentrer sur les points positifs qui découlaient d’un long séjour dans cette petite ville. Non seulement, elle serait tranquille pour se consacrer à son stage, mais les révisions pourraient s’avérer plus fructueuses dans ce calme. Elle ne serait pas tentée de sortir, de rejoindre ses amis dans un des bars de la cité des anges. Puis, elle devrait rentrer sur Los Angeles une semaine par mois pour ses cours. Dans un élan d’enthousiasme, elle repartit vers son véhicule et en sortit ses deux sacs et une sacoche. Après tout, si son moral faisait des siennes, Los Angeles n’était qu’à deux heures de route. Elle posa ses affaires à l’entrée, saisit son portable et se dirigea vers la cuisine. Elle composa un numéro et détailla la pièce.

Personne n’avait dû  passer dans cette maison pour faire un peu de rangement après la mort de cette vieille tante. Des boîtes de médicaments de toutes sortes couvraient presque la moitié du comptoir, non loin d'ordonnances qui traînaient sur le plan de travail, près des épices. La brune finit par trouver les sacs poubelles dans un placard sous l’évier et coinça son téléphone entre son oreille et son épaule pour débuter son grand ménage. Si elle devait réaménager cette demeure, elle devrait tout refaire de A à Z. Elle répondit à son ami à l’autre bout de la ligne.

Faith : Demain si tu peux, ce serait bien… Parce que je vais avoir du mal à bouger le canapé ou le buffet toute seule.

# Ouais, c’est là que tu vois que t’as besoin d’un mâle, Faith.

La brune secoua la tête sur cette plaisanterie et sourit.

Faith : J’ai besoin d’aide pour le déménagement, pas dans mon lit… T’arrives demain, alors ?

# Ouais, t’en fais pas, on sera là vers dix heures, j’appelle les autres! Et y’a un supermarché dans ton bled ou on doit ramener la bouffe et les bières ?

La brune rit un peu sur ces mots pour le moins exagérés. D’un geste du bras, elle poussa toutes les boîtes de médicaments dans le sac poubelle.

Faith : C’est bon, ils ont un supermarché, en fait, ils ont même un centre commercial!

# On arrête pas le progrès! On se voit demain, Faith… Oh et Tayler me fait dire qu’elle t’appellera tout à l’heure, mais ça, tu devais déjà le savoir…

La brune le savait effectivement. Tayler, la petite amie de son interlocuteur, était aussi sa meilleure amie depuis qu’elles s’étaient rencontrées au début de leurs études à l’école d’architecture.

Faith : Ok… A plus, Sean.

Elle raccrocha et poursuivit sa tâche fastidieuse qui consistait à faire un tri dans la nourriture entreposée dans les placards, le réfrigérateur et certainement dans le congélateur qui se trouvait à la cave. Elle entendit frapper à la porte et fronça les sourcils, surprise. Elle s’y dirigea et ouvrit. Devant elle, se tenait une femme blonde, habillée d’une longue veste de laine et d’un bonnet qui couvrait ses longs cheveux. Celle-ci lui sourit.

– Bonjour, je suis la voisine d’en face.

L’inconnue désigna la maison d’un signe de main et poursuivit.

– Vous êtes sans doute la fille d’Abigaël Winters ?

Faith avait détaillé cette femme devant elle. Au moins, les voisins semblaient accueillants et sympathiques. Elle lui sourit poliment.

Faith : Non, je suis une petite nièce, elle m’a légué sa maison.

La jeune femme lui tendit sa main.

– Sarah Leary… Et toutes mes condoléances pour votre tante.

Faith saisit cette main pour la saluer, non sans trouver sa voisine plutôt séduisante pour une femme d’une quarantaine d’années.

Faith : Merci, mais en fait, je la connaissais pas.

Sarah garda son léger sourire et glissa ses mains dans les poches de sa longue veste.

Sarah : Vous comptez emménager ou vous êtes là pour vendre la maison ?

Faith : Les deux. Je vais la réaménager avant de la vendre, elle est plus vraiment au goût du jour si vous voyez ce que je veux dire…

La blonde acquiesça et jeta un coup d’œil sur les sacs qui traînaient sur le palier. Elle releva son regard émeraude sur cette jeune femme qu’elle détailla un instant.

Sarah : Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous venez frapper, je suis chez moi toute la journée, et la nuit accessoirement… pour dormir… enfin... bref, vous m’avez comprise!

 

Ebook supprimé du site sur demande des auteurs en raison des changements de ligne éditoriale visant à proposer les titres de meilleure qualité.

Si vous souhaitez malgré tout le commander, merci de nous contacter.

 

Créé le 4 décembre 2010

Résumés : Deux jeunes femmes en couple ont un fantasme : S'offrir les services d'une professionnelle pour une soirée torride dans leur maison de Malibu. Elles ont l'argent pour se payer les faveurs de Faith Ryan, vingt-huit ans, qui accepte de les suivre et de se soumettre à tous leurs désirs. Seulement, quand les désirs consommés laissent place aux discussions et aux sentiments, le prix à payer peut s'avérer conséquent.

 


 

La discothèque était bondée ce samedi soir et les deux blondes, au bar, regardaient les gens aller et venir. Ici, ils ne laissaient pas rentrer n’importe qui. La plupart des soirées étaient privées, et le staff connaissait chacun de ses clients et habitués. Une coupe de champagne à la main, Danielle regardait aux alentours, comme à son habitude. Dos au comptoir, sa main gauche restait sur la cuisse de sa compagne et elle ramenait son verre à ses lèvres en fouillant la salle des yeux. Ces derniers s’arrêtèrent sur une jeune femme brune. Elle aussi était une habituée, elle devait avoir entre vingt-cinq et trente ans. Son « travail », tout le monde le connaissait, hommes et femmes. Elle offrait ses services à des célibataires, des couples, pour une soirée ou plus si la somme d’argent était conséquente. La lèvre de la blonde venait doucement frotter entre ses dents sans la quitter des yeux. Sa tête à peine penchée, son regard parcourait ses formes, sa silhouette fine. La brune était une belle jeune femme au charisme et au charme déroutant.

–  Sarah ?

L’autre blonde, assise à sa gauche, jambes croisées, la fixa pour détailler son profil. Elle plissa les yeux en comprenant que sa compagne avait dans son champ de vision un point précis. Elle suivit son regard et le sien se posa sur cette brune. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, l’expression taquine.

–  Tu sais qu’elle prend au moins cinq mille dollars la soirée ?

Danielle le savait et cela n’avait pas la moindre importance.

–  Allez, on va rire… Tu veux pas qu’on la ramène à la maison ?

Sarah demeurait plus incertaine. Elle se pinça les lèvres, ses yeux émeraude sur cette jeune femme brune. Elle connaissait les goûts de Danielle et devait admettre que cette fille était charmante.

–  Juste pour ce soir.

Sarah  aimait faire plaisir à son amante et cédait pratiquement à tous ses caprices. Même si ce genre de choses ne faisait pas partie de leurs habitudes, la blonde et elle en avaient déjà discuté et ce  fantasme de la « troisième fille » ne lui déplaisait pas. Elle sourit tendrement à Danielle.

–  Va la chercher et dis-lui de venir prendre un verre avec nous.

Danielle ne pouvait que sourire. Elle fixa son amante de ses yeux bleus étincelants, sa lèvre entre ses dents, et se pencha sur elle pour poser un doux baiser sur les siennes.

–  Je t’aime, toi.

Sarah frissonna et lui répondit spontanément.

–  Moi aussi.

Danielle posa son verre et rajusta son haut, enthousiaste.

–  J’y vais.

Sarah la regarda s’éloigner vers la brune et en profita pour la contempler dans son petit jeans moulant bleu clair et déchiré sur le dessous de sa fesse droite. Sa blonde était jeune, avait toujours cette allure décontractée qui ne laissait rien transparaître de leurs moyens financiers.

 

*********

 

La brune était vêtue d’un cuir noir et d’un haut moulant en latex, attaché dans son dos par de simples lacets. Il dévoilait et serrait sa poitrine dans un décolleté généreux et aguicheur. Un verre à la main, elle souriait à un couple d’hommes qu’elle connaissait par habitude. Elle sentit des doigts tapoter son épaule et se tourna vers la jeune femme blonde. Instinctivement, elle la détailla, la jaugea au premier regard. Celle-ci devait être âgée de vingt-cinq ans environ. Elle lui fit son sourire commercial autant que charmeur.

–  Je peux t’aider ?

Danielle l’avait davantage détaillée dans cette approche et son air s’était fait, malgré elle, plus incertain. Elle repoussa du bout de ses doigts sa frange dorée qui tombait sur son front et révéla cette étincelle claire et bleue.

–  Salut.

Elle lui montra Sarah plus loin.

–  J’ai ma petite amie là-bas et… on se demandait si tu pouvais… enfin…

Sa voix se baissa, plus discrète.

–  Si tu pouvais venir boire un verre avec nous… elle et moi, toutes les trois… tu vois ?

Faith avait plissé les yeux sur l’autre blonde plus loin. Elle avait légèrement souri, amusée par le comportement intimidé de cette jeune femme. Elle devinait qu’elle n’était pas habituée à demander de quelconques services à des personnes comme elle. Elle but quelques gorgées de son verre et la détailla pour mieux la cerner. Elle avait déjà vu ces deux jeunes femmes blondes et savait qu’elles étaient en couple, peut-être depuis trois ou quatre ans.

–  Pourquoi pas.

Elle prit un air plus charmeur et rajouta.

–  Je te suis.

 

A suivre...

 

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Faith se réveilla avant Sarah. Son corps collé au sien lui tournait le dos. Ses narines s’approchèrent de ses cheveux dorés, voulant se gorger de ses fragrances vanillées. A peine avait-elle ouvert les yeux que son désir était remonté au creux de son ventre. Cette envie de réitérer son forfait, de lécher Sarah, de s’approprier son essence intime et de la déguster faisait toujours rage en elle.

Pour Faith, il n’existait pas meilleure emprise sur l’autre, meilleur moyen de posséder une personne. Elle en frissonnait et percevait cette excitation familière naître entre ses cuisses. Les flashs de leur étreinte la berçaient avec ravissement. Elle s’accouda, pencha son visage au creux de son cou, trouva le berceau de ses parfums et y glissa ses lèvres. Sa main ne tarda pas à se glisser sous le drap et ses doigts trouvèrent alors la douceur de la peau de Sarah sur son ventre plat. Il faisait nuit, ce qui lui laissait le temps de la caresser, de profiter de son corps et de la réveiller comme Sarah le méritait. Elle la vit revenir à elle et perçut ses doigts fins se faufiler dans ses cheveux.

Pouvait-elle être plus audacieuse ? Ses doigts descendirent avec lenteur jusqu’au tissu de son short et tracèrent leur chemin sous ce dernier. Sarah la laissait faire et Faith n’y voyait qu’une autorisation silencieuse à poursuivre sa fabuleuse conquête. Ses doigts se faufilèrent sous le tissu et son désir s’accrut en constatant l’absence d’un quelconque sous-vêtement. Ils atteignirent la fine toison du pubis de Sarah et ses yeux se fermèrent afin d’imaginer ce qu’elle touchait. Le sexe entretenu de la blonde était sous ses doigts… Elle capta le doux soupir de sa blonde, se redressa et rouvrit les yeux en la voyant se tourner sur le dos. Elle se perdit un instant dans son regard émeraude qui brillait pour elle, lui insufflant de poursuivre sa torture.

Dieu que Faith aimait la voir se soumettre à elle, quémander ses attentions, la savoir attendre sa décision de la faire jouir. Sa jambe se glissa entre les siennes et les écarta. Ses doigts descendirent davantage, s’immiscèrent dans cette fente jusqu’à trouver ce petit bourgeon humide. Elle mouillait aussi désormais… Dans de doux assauts, son index et son majeur entreprirent de sensuels mouvements circulaires sur son clitoris. Elle retrouvait cette ivresse des sens, calmait cette frustration de la veille. Sarah se donnait de nouveau à elle, repliait ses jambes et les écartait pour lui laisser tout l’accès nécessaire à son trésor.

Faith voulait la faire mouiller, la savoir suppliante de plaisir. Son regard se posa sur ses lèvres entrouvertes d’où s’évadait un souffle chaud, irrégulier. Elle y posa les siennes, captura son soupir, se l’appropria parce qu’il lui appartenait. Ses doigts descendirent et trouvèrent ce lait chaud à l’entrée de ce petit trou qu’elle avait conquis l’avant-veille de sa langue triomphante. Ils s’en imbibèrent et remontèrent sur son bourgeon découvert afin de lui donner une attention toute particulière. Les doigts de Sarah restaient sur sa nuque, s’ouvrant et se fermant sur le rythme lent de ses attentions.

Oui, la blonde aimait sentir Faith la prendre parce que personne à part elle ne savait le faire avec tant de passion et de dévotion. Son index et son majeur repartirent à l’entrée de son sexe vorace et s’y laissèrent happer sans la moindre contrainte. Elle les enfonça, la pénétra profondément et capta dans le baiser ce qui n’était autre qu’un merveilleux gémissement. Faith était douée et le savait… Elle les ressortit, les infiltra de nouveau et entreprit de lents et profonds va-et-vient dans cette cavité chaude et sécurisante.

Elle rompit finalement le baiser et scruta de ses prunelles brillantes l’effet de ses assauts sur Sarah. Sa blonde était haletante, son front suintait et Faith jubilait face à pareil spectacle. Ses assauts redoublaient de sensualité, se faisaient à peine plus rapides. Faith amena son pouce sur le clitoris de Sarah qui se cambra avant de fondre son visage dans son cou. Quand elle perçut les dents de Sarah se fermer sur sa chair, étouffer un gémissement, elle faillit jouir malgré elle, surprise. Ses muscles se contractèrent et ses doigts accentuèrent leurs pénétrations. Elle sentit Sarah en proie à son orgasme incontrôlable, la perçut trembler contre elle, et jouir sur ses doigts. Elle cessa tout mouvement et vit son visage retomber en arrière.

Sarah se retrouvait de nouveau sonnée par ce fabuleux réveil. Elle détaillait Faith… Son regard dans le sien était comme capturé, emprisonné par l’intensité des émotions qui se dégageaient de ce moment. Elle s’était laissée aller à cette étreinte, n’avait pu arrêter les assauts délicieux de Faith. Elle n’était pas du matin, mais jouir en début de journée était très agréable. Faith repoussa quelques unes de ses mèches dorées, encore surprise par cette légère morsure qui avait manqué de faire naître son propre orgasme. L’essentiel était que sa blonde avait joui sur ses doigts. Elle l’avait faite venir deux fois et était très tentée de recommencer dans les minutes qui suivraient.

 

 

 

Créé le 5 septembre 2010

 Le FAN-trailer

De guerre, d'Amour et de Sang - Tome 1 Réédition 2012 - 2013

PROLOGUE

 

J’allais mourir.

Parmi les trois ou quatre cent personnes qui allaient et venaient autour de moi, je serais celle qui mourrait dans quelques minutes. Pourquoi, comment, je n’en savais strictement rien et je ne savais pas non plus pourquoi elle m’avait choisie. J’avais toujours eu des doutes sur ma sexualité, mes attirances envers les filles et n’avais expérimenté que les garçons. Pourtant, ce frisson qui m’avait parcourue en la voyant n’était comparable à aucun autre et avait réveillé ce petit quelque chose en moi que je n’expliquais pas.

Il y avait d’abord eu l’instant où je m’étais arrêtée, l’avait regardée comme pour m’assurer qu’elle était bien là, puis ce moment où nos regards s’étaient fixés l’un dans l’autre, celui où j’avais senti mon cœur s’affoler dans ma poitrine. Une réaction physique qui ne trouvait d’explication nulle part mais dont je me rappellerais jusqu’à la fin de mes jours qui ne tarderait pas.

Nous nous étions observées à bonne distance, moi, trop timide, m’arrangeant pour la suivre des yeux, elle, charismatique, attendant peut-être un signe de ma part. Du moins, je voulais le croire…

Elle avait peut-être cinq ou six ans de plus que moi et du haut de mes dix-neuf ans, je n’en menais pas large face aux émotions trop exaltantes qui me bousculaient. Elle avait déjà un pouvoir insoupçonnable : celui de capturer toute mon attention, de se dissocier avec aisance et grâce de la foule dans laquelle nous baignions.

J’avais hésité les premières minutes mais la réalité m’avait frappée : parmi les trois ou quatre cent personnes autour de nous, elle m’avait regardée moi, pas Tommy ou d’autres qui nous entouraient, mais moi seule… Je n’avais pourtant rien de plus que toutes ces filles splendides qui allaient et venaient dans ce bar branché de Portland, ce genre de filles que tous les garçons convoitaient pour passer une bonne soirée pleine de luxure. Ni robe tape à l’œil, ni coiffure sophistiquée, ni talons hauts instables, ni maquillage dégoulinant à la moindre intempérie. J’étais ce que tous appelaient « une fille du comté », une campagnarde de Livermore Falls, petite ville inconnue du Maine à vingt minutes de Lewiston et à deux heures de Portland.

Si j’étais dans ce bar ce soir, ce n’était ni pour passer du bon temps, ni pour boire à me rendre ivre comme la plupart des gens de mon âge. J’avais simplement accompagné Tommy et avais trouvé à travers cette inconnue la plus fascinante des distractions.

Elle se tenait au bout du bar, debout, en retrait de la foule dans un coin plus sombre mais assez éclairé pour que je puisse la contempler. Habillée d’un jeans, un col roulé noir moulait son buste. Son teint pâle faisait ressortir ses sourcils fins et noirs autant que ses yeux que je devinais noisette.

Quand je la vis se redresser, enfiler sa veste et se reculer du comptoir, je ne sus ce qui me prit et trouvai l’audace de la suivre. Le regard qu’elle m’avait lancé m’était parvenu comme une silencieuse invitation. Sans dire un mot à Tommy que je pensais revoir après, je m’éloignai, me frayai un chemin entre les clients jusqu’à atteindre la porte où elle venait de disparaître.

Je me retrouvai dehors et le vent froid me claqua. Je relevai ma capuche sur ma tête et enfonçai mes mains dans les poches de ma veste. Je restai un instant à la chercher des yeux sans la voir. Des gens sortaient, d’autres entraient, des voitures passaient au ralenti devant l’immeuble, mais elle n’était plus là. Il n’était pas pensable de me résigner, de laisser passer la possibilité de lui parler, même pour obtenir simplement son prénom et peu importait de me couvrir de ridicule.

Je contournai la façade du bar jusqu’au parking sans la voir. Il me semblait arriver trop tard… Je me retrouvai seule au milieu des voitures et mesurai mon audace vaine. Jamais je n’avais perçu pareil sentiment de frustration et de dépit en cette seconde.

Je sursautai en entendant un bruit derrière moi et me tournai. Sa silhouette divine se dressa devant moi, à moins d’un mètre. Son visage sembla plus pâle sous la lumière blanche des lampadaires de la rue. Je fronçai les sourcils de façon instinctive, me demandant ce que je faisais planter là. Elle devait certainement se poser la même question en y songeant (ou peut-être pas). Sa main approcha de ma joue et j’eus une seconde d’hésitation spontanée où mon souffle se coupa. Devais-je reculer, parler, arrêter son geste ? Je sentis la fraîcheur de sa peau sur la mienne et sus qu’il était trop tard pour prendre une décision. Sa paume de marbre englobait ma joue. Ses yeux couleur noisette s’assombrissaient sous la pénombre de la nuit. Ils me dévisageaient, hypnotiques et pénétrants. J’en devenais muette et paralysée. Mon cœur battait la chamade, affolé, me provoquant de légers vertiges inhabituels. Le temps sembla suspendu à un fil où le moindre mouvement de ma part aurait pu le rompre et briser cet instant. Immobile, les pieds englués au bitume, je suivis son autre main des yeux avant qu’elle ne m’écarte quelques mèches du visage. Le silence entre nous deux se répandait aux alentours. Je n’entendais plus un seul son malgré la proximité d’une avenue. Même le froid qui nous entourait ne paraissait plus avoir d’effet sur moi. Elle n’avait toujours pas dit un seul mot et ne faisait que me fixer sans relâche. Elle combla le peu d’espace qui demeurait entre nous et brisa enfin le silence.

— Tu me cherchais ?

Sa voix rocailleuse venait de caresser mes tympans. Mes sourcils levés, je me mis à réfléchir à toutes les réponses possibles que je pouvais lui donner. Pourtant, une seule était suffisante et tellement évidente : « Oui » je la cherchais. Pourquoi serais-je sortie sur ce parking, seule, à cette heure tardive s’il en avait été autrement ? Le fait était que je ne parvenais plus à organiser le cours de mes pensées, ne mesurais pas combien la froideur de sa peau était anormale. Mon regard ne se détournait pas du sien comme si sa présence faisait d’elle un mirage. J’osai enfin émettre un son :

— C’est vrai que ça pourrait sembler stupide.

Je me maudis de me perdre dans ma réponse mais m’étais obligée de me justifier. Je n’étais pas de nature timide en général. Cette soirée était l’exception. Je repris dans un air se voulant plus convaincu :

— Je veux dire, ça l’est, je sais, mais tu me regardais et…

On se regardait et je ne m’en sortais pas dans mes tentatives d’explications. Le pire était sûrement de la constater impassible face à mes justifications, face à mes balbutiements idiots. Pourquoi diable ne me faisait-elle pas un signe, ne disait-elle pas un mot qui aurait pu conclure ce malentendu ridicule ? Au contraire, elle demeurait immobile, sa main sur ma joue, l’autre occupée dans mes cheveux. Je demeurai paralysée, les semelles de mes baskets scotchées à l’asphalte, affligée de longs frissons nés de ces contacts. J’entendis sa voix, espérant que ses mots me libéreraient de mon malaise.

— Et quoi ?

Au contraire, cette question m’enfonça dans mon trouble. Et quoi ? Que devais-je répondre ? Quels avaient été mes derniers mots prononcés avant qu’elle ne formule l’idée d’avoir une suite à mes paroles ? Comment pourrais-je me sortir de cet état de confusion dans lequel j’avais sombré ? Cette fille se tenait devant moi, je sentais ses doigts parcourir mes cheveux, sa main glisser jusqu’à ma mâchoire et je demeurais aussi muette qu’une carpe. Je tentai pourtant :

— Je ne suis pas d’ici… J’habite à Falls.

Je ne vis toujours aucune réaction de sa part. Pourtant, elle me semblait attentive au moindre de mes mots et son regard ne me quittait pas, intimidant. Sans une parole de plus, je vis son visage approcher du mien. A cette seconde, mon cœur perdit son rythme et ses battements devinrent anarchiques. Le contact de ses lèvres sur les miennes me figea, me délesta de toute la tension des dernières secondes et me fit sombrer dans un état fiévreux inimaginable. D’un instant à l’autre, je restai paralysée puis répondis à son baiser, à ce premier contact qu’une autre fille m’offrait et auquel je ne pus résister. Ce moment ne trouvait de sens nulle part. Je ne la connaissais pas, ignorais son prénom mais mes lèvres se refermaient sur les siennes, douces et délicieuses à souhait. Mon souffle s’en faisait plus chaud, irrégulier et je la sentis rompre ce contact enivrant tout en me poussant contre la portière d’une voiture. Mes vertiges devenaient incontrôlables, délirants et autant que ses lèvres descendaient sur ma joue, mes doigts se faufilaient dans sa crinière brune et soyeuse. Tommy ne me croirait jamais, pensai-je l’espace d’un instant… Mais Tommy n’avait pas sa place en cette seconde et je le mesurais en respirant les parfums féminins et envoûtants de cette inconnue qui se serrait à moi et me faisait oublier jusqu’à mon prénom.

Je tremblai sous les émotions folles qui me parcoururent, haletai et ignorai le froid ambiant qui ne  calma en rien la chaleur rougissant mes joues. Mon visage tourné vers le sien, je sentis ses lèvres se fermer sur ma peau à l’orée de mon cou. Je la respirai, retins quelques soupirs timides tant je suffoquais de sentir son corps entier se presser au mien. Peut-être étais-je en train de rêver et je refusais de me réveiller. Mes doigts trouvèrent sa nuque, s’y refermèrent en mesurant la douceur de sa peau de glace et je demandai d’une voix plus chaude et bouleversée :

— Tu as froid…

Ce qui ne sembla en rien la perturber alors que d’innombrables bouffées de chaleur me parcouraient.

— Dis-moi au moins… Comment tu t’appelles, lui soufflai-je dans un soupir.

Je n’eus aucune réponse mais un pincement bien localisé sous ses lèvres m’arracha à cet état second dans lequel je sombrais. Je sentis ses dents s’enfoncer dans ma chair et mon souffle se coupa. Elle me mordait, me mordait jusqu’au sang et la douleur qui me saisit, vint entacher les émotions d’ivresse qui s’étaient emparées de moi. Ma main se ferma dans ses cheveux, mes paupières se baissèrent et j’étouffai un râle sans être capable de lui demander ce qu’il se passait. Elle ne bougeait pas, gardait son emprise sur mon corps, sur mon cou. Je sentis son bras m’envelopper alors que mes vertiges de plaisir se transformaient peu à peu en étourdissements. Mes jambes semblaient telles du coton et perdaient de leur force au fil des secondes. Buvait-elle mon sang ? Cette idée incroyable me foudroya, sembla si invraisemblable que je ne pus la croire. Pourtant, je sentais mes forces me quitter. Au bord de l’inconscience, tenue par ses bras puissants, je la vis se redresser. Son regard plus clair sembla transpercer mon âme. Je ne sus si je perdais l’esprit, si j’hallucinais, si la jeune femme qui se dressait devant moi était une chimère sortie tout droit d’un conte pour enfant. Le reflet de ses yeux était clair, ses pupilles dilatées laissaient entrevoir des iris d’un bleu azur mais ses lèvres… Ses lèvres étaient devenues pourpres, aussi rouges que mon sang et révélaient deux canines acérées. Elle m’avait mordue et la vie me quittait. Je la sentais s’évaporer de moi à chacun de mes souffles mais étrangement, je n’en percevais aucune frayeur. Après tout qu’avais-je à perdre ici bas de si cher et si précieux ? Je regardai mon bourreau et ne cessai malgré tout de voir en elle une beauté à la fois féroce et funeste. Si Dieu existait, il m’apparaissait sous sa forme la plus charmante et cruelle à la fois…

Les yeux mi-clos, le froid me saisissait. Mon bourreau m’allongea de moitié sur le bitume en me gardant contre lui. Malgré l’état second dans lequel je me trouvais, je pus la voir se mordre l’intérieur du poignet. Elle le présenta devant mes lèvres et le goût métallique, cuivré et répugnant de son sang s’écoula dans ma gorge. Je voulus détourner mon visage malgré mon manque de force, mais elle le ramena à sa position initiale avant de presser son poignet contre mes lèvres. Plus ce liquide s’écoulait en moi, plus une douleur saisissante me tordait les entrailles. Ce doux rêve devenait un horrible cauchemar. Mon corps épuisé se réveillait, trouvait la force de trembler. Des spasmes m’enserraient l’estomac, pressaient mes poumons. Ma respiration devenait difficile. Chaque inspiration semblait brûler ma trachée et m’exténuait davantage. Je paniquai, et ce qui devait être un semblant d’instinct de survie se réveilla dans l’espoir vain de me libérer de mes souffrances. Elle me tenait fermement contre elle, m’empêchant de me débattre jusqu’à ce que mes membres s’arrêtent de trembler. A cette seconde précise, j’aurais pu le jurer : les battements de mon cœur ralentissaient dans ma poitrine. Mon corps trop faible cessa de réagir et cette douleur vive s’évapora peu à peu. Mes paupières devenues lourdes tombèrent sur mes yeux, me laissant comme seule image le regard pénétrant de mon assassin.

 

A suivre....

 


Livermore Falls, petite ville du Maine d'environ 1700 habitants. Kristen Adams, adolescente de 19 ans va bientôt mourir des mains de Faith Ryan, belle jeune femme aux traits insolents et à l'allure charismatique qui capture son attention au premier regard. Ce que Kristen ignore : Faith est née en l'an 936 dans le comté de  Northumbrie en Angleterre. Ce qu'elle va devenir : Elle ne le sait pas encore, mais elle a été choisie et son dernier soupir rendu dans le Maine la conduira à New York où elle découvrira qui elle est, ou plutôt, qui elle a toujours été.

Le premier roman fantasy écrit par Kyrian et Jamie entre Dublin, Boston, Livermore Falls et Paris. Un livre qui revisite le mythe du vampire de ses origines jusqu'à nos jours.

 

Créé le 26 juillet 2010

Résumé Quand on a besoin d’argent, on prend ce qui nous tombe sous la main et ce, quel que soit le job. Si on est novice en la matière, il faut savoir se vendre pour le décrocher. C'est dans cette optique que Sarah s'arrête sur la petite annonce placardée sur la devanture d'un bar. C’est non sans une certaine détermination, qu'elle en pousse la porte. "Je viens pour le poste…" Serveuse dans un bar, ça ne doit pas être si compliqué ! Mais Sarah ignore une chose : ce bar n'est pas tout à fait comme les autres…

 


 

Sarah devait repérer les pancartes « Staff wanted ». Elle traversa un passage clouté et s’arrêta à l’angle du trottoir. Devant elle, se dressait un bâtiment New-yorkais dont les normes de sécurité laissaient à désirer. Cela n’avait pas d’importance puisqu’il était urgent qu’elle trouve un job. Elle pénétra dans le bar et balaya le décor des yeux. Les lieux étaient sobres en pleine journée mais la décoration révélait les goûts du propriétaire. Il n’y avait ni musique, ni client… Une personne se redressa derrière le comptoir, des bouteilles de bière à la main.

– Salut… Y’a personne là, je te conseille de revenir vers dix heures…

Sarah s’était faite surprendre par cette jeune femme qui venait d’apparaître, mais au moins, quelqu’un s’occupait des lieux. Elle approcha en glissant doucement ses mains sur son jeans.

Sarah : En fait… Je viens pour le poste…

Elle rajouta dans un signe de pouce vers la porte.

Sarah : J’ai vu la pancarte à l’entrée.

La jeune femme derrière le bar acquiesça et poursuivit sa tâche en remplissant un réfrigérateur de bouteilles de bière.

– Ouais… la pancarte… Et t’as un CV ?

Sarah avança jusqu’au comptoir et croisa les bras en détaillant l’installation, les bouteilles, les machines à pression. Elle hésita.

Sarah : En fait, non… J’ai jamais fait de service, mais si le patron en veut un, je peux revenir et faire quelques arrangements.

Toujours derrière le long bar fait de métal et de bois, la jeune femme se redressa de nouveau et jeta le carton vide plus loin avant d’en prendre un autre et de le poser sur le comptoir.

– T’as quel âge ?

Pendant le courts laps de temps où cette brune la jaugeait, Sarah l’avait scrutée dans ses gestes, son allure décontractée et quelque peu masculine même si sa féminité était flagrante. Elle garda un air naturel et répondit.

Sarah : Vingt-trois ans…

– Tu fais des études ?

Sarah : Non… mais je suis disponible tout de suite et j’ai vraiment besoin d’argent.

La brune acquiesça légèrement sans la quitter des yeux et jeta un autre carton vide vers le premier.

– Des projets ? Tu veux faire barmaid toute ta vie ?

Sur cette question inattendue, Sarah leva les sourcils et esquissa un léger sourire.

Sarah : C’est un pré-entretien avant d’avoir à faire au grand patron ?

– C’est moi le grand patron ici… Et là, c’est un entretien…

Elle contourna le bar pour rejoindre Sarah et ramena ses mains sur ses hanches en la scrutant de la tête aux pieds.

– C’est quoi ton nom ?

Sur l’annonce de son interlocutrice, Sarah s’était tendue. Une nouvelle fois, sa perspicacité l’avait abandonnée. Elle se reprit.

Sarah : Sarah Leary, et… oubliez le passage du CV.

La brune demeura bras croisés sans la quitter du regard. Elle fixait cette petite blonde avec insistance et pouvait aisément deviner que celle-ci n’avait pas dû travailler derrière un bar. Elle s’approcha, tourna lentement autour d’elle et revint sur ses pas :

– T’as jamais travaillé derrière un bar, pas vrai ?

Sarah l’avait suivie des yeux, ses pouces coincés dans les poches de son jeans et intriguée par cette façon dont la brune venait de lui tourner autour. Il était trop tard pour mentir sur ses capacités professionnelles. Elle prit un air convaincant :

Sarah : Non, mais j’apprends vite.

– Tant mieux, tu commences ce soir à dix heures pour un essai… Si tu marches, je te prendrai…

Sarah : Je sais marcher. Ramasser des verres ça doit pas être compliqué et…

Elle s’arrêta dans son élan et demanda d’un petit air interrogateur :

Sarah : Je serai payée combien ?

La brune retourna derrière le comptoir pour continuer de remplir les grands réfrigérateurs.

– Douze dollars de l’heure au début. Passe déjà le premier soir, après on verra…

Douze dollars ? Cela étonnait la blonde qui ne s’était pas attendue à plus de six ou sept. Son sourire était largement revenu sur ses lèvres. Elle se recula, l’air enjoué.

Sarah : Je le passerai. Merci, et à tout à l’heure…

La brune l’interpella, une bouteille de bière vide à la main.

– Sarah, attends…

Elle attendit que la blonde se tourne et rajouta en lui lançant la bouteille.

– Attrape ça…

Sarah avait attrapé la bouteille dans un réflexe, mais restait plus dubitative.

Sarah : Et j’en fais quoi ?

La brune afficha un léger sourire.

– Tu la ramènes chez toi comme souvenir…

Elle reprit sa tâche, marqua une pause, et rajouta.

– Sois à l’heure.

Sarah demeura plus perplexe mais sortit finalement avec sa bouteille vide à la main.

 

*********

 

Sarah arriva à l’entrée du G-Lounge le soir venu. Une foule de clients entrait et sortait des lieux et elle se fraya un chemin afin de rejoindre la salle. L’ambiance était euphorique, les gens dansaient, discutaient, et la musique résonnait à travers les enceintes. Un groupe de rock était installé dans un coin du bar. Elle arriva jusqu’au comptoir, plus incertaine, et une des serveuses se posta devant elle en lançant son torchon sur l’épaule.

– Salut, je te sers quoi ?

La blonde était nerveuse de voir tous ces clients, de voir également ces filles courir derrière le bar. Elle se pencha et dut forcer sur sa voix pour se faire entendre.

Sarah : En fait, je viens pour travailler… Je suis Sarah.

L’autre blonde la détailla même si cette nouvelle fille semblait un peu jeune. Elle lui fit un signe de tête.

– Ok… Suis-moi.

Sarah s’exécuta donc, son regard sur les autres serveuses dont le rythme de travail semblait soutenu.

– Moi, c’est Rita.

Elle désigna une autre fille qui servait des shooters.

Rita : Elle, c’est Rachel.

Une autre la contourna en lui souriant.

– Salut…

Rita : Elle, c’est Tyler et Faith doit être dans la réserve.

Elle lui montra les réfrigérateurs derrière le comptoir.

Rita : Toutes les bières sont ici et Faith t’expliquera pour les cocktails.

Elle la fixa.

Rita : Vu que c’est ton premier soir, tu t’occupes de la salle, tu ramasses les verres, tu prends les commandes, tu souris, et tu t’assures que les frigos soient pleins.

Elle la tira vers une porte.

Rita : Quand ils sont vides, tu viens chercher les cartons ici.

Quand elles furent entrer dans l’office, Faith se redressa, une feuille dans les mains et Rita la désigna à Sarah.

Rita : La nouvelle est là, je l’ai briefée…

Elle fixa la nouvelle.

Rita : J’y retourne, si t’as des questions, tu viens me voir. Ok ?

Sarah : Ok…

Elle s’éloigna, laissant Sarah plus perdue que jamais après toutes ces explications rapides. Cette dernière ne s’était pas attendue à voir le bar aussi bondé de clients, ni même de constater cette ambiance enflammée. Elle resta devant l’entrebâillement de la porte, troublée par le regard que lui portait la brune dont elle connaissait enfin le prénom.

Sarah : Salut…

Faith s’approcha de Sarah et défit les derniers boutons de son chemisier qu’elle noua. Elle ajusta les pans et prit enfin la parole.

Faith : Les clients et clientes sont là pour voir de belles nanas, alors sois-en une…

Sarah s’était laissée faire, bien que perturbée par cette annonce. Elle releva ses yeux de son vêtement noué à ceux de sa patronne.

Sarah : Ça n’implique rien d’autre que de faire ce que Rita m’a dit, n’est-ce pas ?

Faith : Je suis pas un mac, mais un patron de bar, Sarah…

Elle s’éloigna vers des piles de caisses.

Faith : Les pourboires sont pour toi, ta pause est dans deux heures et au moindre problème, t’appelles Bob, le gros balaise à l’entrée. Tu peux y aller… 

A suivre...

 

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FORMAT EBOOK : romans-ebooks-lesbiens/romance-lesbienne/girl-wanted.html">COMMANDER

 

 

Créé le 26 juillet 2010

Résumé Tomber amoureuse est une chose, mais tomber amoureuse de sa productrice, de seize ans votre ainée, est un tout autre problème... surtout lorsque l’on se nomme Sarah Leary,   jeune actrice montante du cinéma, déjà adulée et à l’avenir très prometteur. Qui l’aurait cru ? Certainement pas Sarah Leary... Pourtant, quand votre livre de chevet met en avant l’idylle de deux jeunes femmes et que vous ne restez pas insensible au charme de votre productrice Faith Ryan, il y a peut-être matière à se poser des questions et certains indices ne trompent jamais... Mais le monde du show business est un univers impitoyable, principalement quand on veut préserver son intimité et ses secrets…

 


 

Sarah avait refusé de signer ses prochains contrats. La raison était simple : toutes les rumeurs ayant attrait à une relation avec son partenaire de tournage, Matt Peterson, l’avaient usée. Chaque interview donnée avait amené la même question : Etait-elle avec « lui » ? Elle avait passé le plus clair de son temps à se justifier, à démentir chaque "qu’en-dira-t-on" auprès des journalistes. Voyager et partir en tournée pour promouvoir la sortie d’un film faisait partie intégrante du boulot d’acteur, mais voir constamment sa vie privée mise en avant et se faire épier en permanence par les journalistes l’avait agacée.

Sarah était consciente de ne pouvoir empêcher les médias d’extrapoler, mais avait décidé de ne pas tourner la suite de ces films et de ne plus collaborer avec son partenaire afin d’étouffer ces rumeurs. Son agent n’avait pas tardé à l’appeler pour lui faire part d’un autre projet : la productrice renommée Faith Ryan souhaitait la rencontrer. Cet appel avait soulagé ses inquiétudes. Si elle avait démissionné du rôle phare du personnage de Jill Sullivan dans la saga écrite par Robert Hatfield, sa carrière d’actrice ne s’arrêterait pas et sa vie privée se détacherait de ce dernier grand rôle.

Après s’être garée sur le parking privé des bureaux de la Riverside – Maison de production Hollywoodienne – elle entra dans un bâtiment et se présenta à l’accueil tout en ôtant sa capuche :

— Salut, j’ai rendez-vous avec Faith Ryan.

Elle lança un regard sur sa montre et arqua les sourcils.

— Depuis cinq minutes en fait.

L’assistante lui sourit, appuya sur la touche d’un téléphone et entendit :

# Oui ?

— Mademoiselle Leary est arrivée madame.

# J’arrive.

L’assistante raccrocha et la fixa de nouveau.

— Elle arrive…

Sarah n’eut pas besoin d’attendre plus de quelques secondes avant de voir arriver Faith Ryan. L’allure de cette dernière était plutôt décontractée : jeans, chemise cintrée, baskets, ce qui différait de certains directeurs de maison de production en costume. Elle la vit s’approcher, lui sourire et serra la main qu’elle lui tendait.

— Bonjour Sarah.

Faith ajouta en indiquant une porte un peu plus loin.

— Suis-moi, on va pas discuter dans le hall…

Sarah la suivit et pénétra dans un petit salon aux murs décorés de quelques grandes affiches de films tournés dans ces studios. Faith prit deux petites bouteilles d’eau dans un petit frigo posé près des canapés et les amena sur la table basse.

— Assieds-toi.

Sarah s’exécuta en ayant suivi Faith des yeux. Dans son métier, elle était amenée à rencontrer beaucoup de personnes, à se faire une idée de leur personnalité dès les premiers regards et dès les premiers mots échangés. Elle se disait que cette productrice avait davantage l’allure d’une actrice. Faith Ryan était non seulement d’une beauté redoutable à en rendre jalouse plus d’une, mais son charisme s’imposait et l’impressionnait. Sarah pinça un léger sourire :

— Je peux mettre un visage sur votre nom maintenant… Je vous avais imaginée moins amicale en fait.

Faith afficha un sourire amusé sur cette réplique qu’elle n’avait pas attendue. Sarah Leary faisait partie des actrices du moment. Elle était encore jeune mais sa carrière ne faisait que commencer. Certes, ses derniers longs-métrages l’avaient propulsées au rang  de star médiatique duquel beaucoup retombaient lourdement. Elle prit la bouteille, but quelques gorgées et la détailla un instant.

— Je le suis peut-être pas, qui sait…

Elle se redressa en reprenant son sérieux.

— J’ai un projet à te proposer… Je sais pas si ton agent t’a expliqué, je crois que c’est un rôle qui te plaira si je t’ai bien cernée… Il faut d’abord que je sache si tu t’es déjà engagée ailleurs. Je me suis laissée dire que tu ne prolongeais pas ton contrat pour la saga d’Hatfield.

— J’ai rien pour l’instant.

Sarah saisit sa bouteille, se cala dos au canapé et la garda posée sur le bas de son ventre.

— Et mon agent, Glenn, a organisé une conférence de presse pour rendre ma démission officielle.

Elle rajouta d’un signe de son pouce vers la porte :

— Et tant que j’y suis, y’a des journalistes à l’entrée qui m’ont suivie, je vous le dis si vous avez dans l’idée de sortir du bureau avec un ami et de le tenir par la main…

Faith ne quittait pas son léger sourire sur cette référence aux dernières rumeurs qui concernaient la jeune actrice et son ancien collègue. Elle connaissait le fonctionnement des journalistes, savait les inconvénients des métiers du show-business, même si elle n’était pas elle-même une actrice. Elle se ravissait de comprendre que Sarah avait favorisé son entrevue avec elle plutôt qu’avec d’autres maisons.

— Je prépare le tournage d’un prochain film où tu seras en tête d’affiche, du moins, si tu signes… Le rôle que tu auras n’a rien à voir avec ce que t’as fait dans la saga… Le personnage est bi et certaines scènes sont plus ou moins explicites avec une autre femme. Avant que tu répondes, j’aimerais d’abord que tu puisses lire le scénar’, t’en imprégner et ensuite tu pourras me dire si t’acceptes ou pas.

Sarah leva les sourcils et saisit un dossier de feuilles reliées que lui tendait Faith.

— J’ai aucun préjugé…

Sarah vérifia la taille du script qu’elle devrait apprendre et demanda :

— Vous me résumez mon rôle, hormis le côté bi ? Le film parle de quoi ?

Faith jeta un regard sur sa montre et se leva.

— Tu vas jouer la fille d’un flic qui craque pour une femme peu fréquentable…

Faith fixa l’actrice devant elle et poursuivit.

— Il est midi passé, je te propose d’en discuter en mangeant…

Sarah acquiesça d’un signe de tête et se leva en gardant le script en main.

— Vous savez que j’ai tourné un film où j’avais un rôle à peu près similaire côté tendance sexuelle ?

Faith acquiesça et saisit sa veste qu’elle enfila.

— Je sais, j’ai vu ce film… C’est juste que mon scénario comporte des scènes sans retenue, sans le côté tabou du coming-out.

— Sans retenue, ça implique de tourner nue ?

Faith lui ouvrit la porte en la détaillant. Elle espérait sincèrement que Sarah serait d’accord pour tourner ce film parce que son allure correspondait à celle exacte du personnage imaginé.

— Disons que ce serait préférable, mais ça peut s’arranger.

— Et qui sera l’autre actrice ?

Faith entraîna l’actrice jusqu’à un quatre-quatre et répondit.

— Kate Mitchell.

Sur cette réponse Sarah s’arrêta devant la voiture et ses yeux restèrent sur la productrice pour s’assurer qu’elle avait bien entendu.

— C’est vrai ?

Faith releva son regard sur la jeune actrice et répondit.

— Elle a déjà signé et elle connaît le scénario. Elle sait déjà que tu es celle à qui je propose le rôle.

Elle entra dans la voiture, attendit que Sarah se soit installée et démarra.

— Kate est sympa, si tu signes, tu devrais pas avoir de problème d’entente avec elle, d’autant qu’elle est très professionnelle.

Sarah connaissait l’autre actrice britannique qui avait aux alentours de trente-cinq ans. Une belle femme mariée d’ailleurs à un producteur, très talentueuse et reconnue à Hollywood. Sarah avait vu la plupart de ses films et si Kate Mitchell n’était pas médiatisée comme elle-même l’était actuellement, celle-ci n’en était pas moins l’une des meilleures actrices en vogue depuis quelques années. Elle reconnaissait son talent sans aucune hésitation, sans parler de sa beauté. Sarah se sentit plus nerveuse… D’avoir joué avec les plus grands quand elle était jeune n’était pas comparable à ce qu’on lui demanderait de faire cette fois. Elle frotta ses mains sur son jeans en voyant les journalistes postés devant l’entrée des studios depuis des heures. Elle se redressa un peu et sortit son paquet de cigarettes de la poche de son jeans :

— Je peux fumer ?

Faith ouvrit la vitre de Sarah et répondit.

— C’est pas interdit.

Elle détailla la jeune actrice près d’elle qui gardait une allure aussi décontractée que celle qu’elle avait remarquée sur quelques clichés de paparazzi. Un léger sourire étira ses lèvres en songeant à toute cette fureur médiatique autour de Sarah.

— Alors ? A quand le mariage avec le vampire de ces demoiselles ?

Sarah se mit à rire sur cette question qui avait le mérite d’être plus directe que celles posées habituellement. Elle  alluma sa cigarette, aspira une bouffée libératrice et répondit :

— Seigneur, m’en parlez pas.

Faith ricana un peu sur cette réplique spontanée, lâchée par Sarah. Elle en était amusée même si ce genre de poids médiatique finissait par peser. A l’écart de la ville, non loin de ses studios, elle se gara sur le parking d’un restaurant. Sur le même ton de la plaisanterie, elle répondit.

— Le pauvre…

Sarah descendit du quatre-quatre, sa cigarette à la main, et rejoignit Faith devant le capot. Elle lança un rapide coup d’œil sur la devanture du restaurant et reporta son regard sur Faith en poursuivant.

— Je crois pas qu’il soit trop à plaindre.

Elle lui tendit son paquet :

— Vous en voulez une au fait ?

Faith se dirigea vers l’entrée du restaurant.

— Non, merci.

Elle attendit que Sarah jette son mégot et lança un regard sur les alentours. Au moins, elle n’y voyait aucun objectif de photographes cachés. Elle lui ouvrit la porte et la suivit à l’intérieur. Elle connaissait cet établissement pour sa discrétion. D’ailleurs, quelques acteurs ou collègues du métier y venaient manger. La baie vitrée donnait sur un parc et laissait entrer la lumière du soleil qui éclairait les lieux. Un homme s’approcha et les salua.

— Une table pour deux en terrasse ou à l’intérieur ?

Faith lui répondit.

— En terrasse.

Elle tourna les yeux sur Sarah et expliqua.

— Il y a aucun moyen pour les photographes de s’approcher de la terrasse si ça peut te rassurer.

Sarah acquiesça, sa main fermée autour de son bras. Elle était souvent gênée d’être en public et voyait quelques regards se tourner vers elle. L’un de ses défauts étaient de se ronger les ongles et elle se fichait bien de ceux voulant l’en dissuader. Elle suivit Faith jusqu’à l’extérieur et s’assit à la table présentée par le serveur.

— Vous désirez prendre un apéritif ?

— Un coca pour moi...

— Un Perrier s’il vous plaît.

Le serveur repartit sans attendre et Faith s’installa à la table après avoir pendu sa veste sur le dossier de sa chaise. Elle détailla Sarah et reprit :

— Comme je te disais, si tu veux pas tourner de scène de nu, je ferai appel à une doublure, mais pour ce qui est des scènes entre les deux personnages principaux, j’aurai besoin que tu sois à cent pour cent.

Sarah se demandait si elle serait capable de jouer ce rôle même sans connaître les détails du script. Elle réfléchissait et se sentait nerveuse à l’idée de relever ce défi. Pour toute autre actrice il en aurait été autrement, mais elle connaissait les raisons de son angoisse. Elle demanda :

— Et… Quand vous dites que certaines scènes sont sans retenues, je peux avoir un exemple pour me faire une idée ?

Le serveur leur posa leur commande et repartit. Faith but une gorgée d’eau gazeuse et répondit.

— Je veux faire un film qui intègre entièrement une relation entre femme dans l’intrigue sans pour autant passer par tous les clichés des films homos. J’aurais très bien pu y mettre un couple hétéro, mais je n’ai aucun intérêt à le faire. Ton personnage est bi et l’autre aussi. Toutes les deux sont passionnées par ce que la vie leur apporte. Il y aura des scènes de baisers, de relations charnelles sans pour autant que ça devienne lourd.

Sarah avait bien compris ce point qu’elle jugeait intéressant et qui lui était familier pour d’autres raisons personnelles. Seulement, ces dites scènes l’intriguaient.

— Relation charnelle, ça veut dire qu’on couchera ensemble c’est ça ?

Avec un air évident, Faith répondit.

— Bien sûr, plusieurs fois. Le personnage de Kate est une femme d’expérience qui n’a pas que de bons côtés. Les gens vont au cinéma pour voir des choses qu’ils ne peuvent pas faire en temps réel. Ils veulent de l’action,  des scènes d’amours, ils veulent être surpris et le sexe n’est pas négligeable, surtout lors du montage des trailers.

Sarah pinça un léger sourire sur cette vérité déconcertante. Ce rôle la changerait du tout au tout et jouer avec Kate Mitchell serait un atout majeur pour sa carrière. Cependant, elle réalisa une chose importante en songeant que ce type de scénario lui était familier et pour cause… Elle demanda :

— Vous connaissez Hailey Newman ?

Sur cette question, Faith plissa les yeux, plus intriguée que jamais.

— Pourquoi ?

Sarah prit une courte pause et expliqua dans un signe de main.

— Ben votre scénario me fait penser à ses romans…

Faith se mit à rire légèrement sur cette remarque. Elle but un peu d’eau gazeuse et reprit.

— J’imagine, oui… Tu lis ses romans ?

Sarah dodelina de la tête.

— Je lis un tas de trucs et ce côté histoire homo noyée dans une vraie intrigue, c’est son style… Ca m’y fait penser.

Cette fois, Faith semblait amusée et toujours aussi intriguée par l’intérêt que Sarah portait à cet auteur qui n’écrivait que des histoires entre femmes. Elle croisa les bras sur la table.

— Et t’as lu combien de ses bouquins ?

Sarah arqua les sourcils sans pouvoir répondre instantanément. Elle avait sans doute lu toutes ses œuvres.

— Quelques uns, je sais pas.

Faith avait compris que Sarah appréciait donc les histoires entre femmes.

— Je connais cet auteur… Je la connais même très bien.

Sarah plissa les yeux, à son tour intriguée.

— Ah ouais ?

Elle pensa comprendre :

— C’est elle qui a écrit ce scénar, c’est ça ?

Faith afficha un air convaincu sur sa réponse.

— Non, le scénario est de moi… Disons qu’on a un peu la même vision des choses en terme d’imagination.

Sarah prit une courte pause et se retrouva plus impatiente de lire le script. Cependant, une question la travaillait et elle ne put s’empêcher de demander :

— Vous êtes gay ?

— C’est pas évident ?

Sarah détourna son regard, un léger sourire sur ses lèvres.

— Non, c’est pas évident.

Elle la regarda de nouveau.

— Quand on vous regarde vous avez pas la touche gay. Et vous avez du cran de me le dire comme ça.

Faith était amusée par la réaction spontanée de Sarah. Pourtant, elle ne se sentait nullement dérangée avec sa sexualité même si elle ne l’affichait pas dans tous les journaux.

— Je vois pas de raison de te le cacher.

Sarah se mordit le coin de sa lèvre sur cette réponse évidente formulée par la productrice. Elle leva un peu les épaules et prit son verre de soda.

— Ouais… Mais tout le monde doit pas penser comme vous.

Faith ne quittait pas son léger sourire en observant Sarah devant elle. Celle-ci semblait cacher d’innombrables choses, telle une adolescente qui se cherchait. En son sens, la jeune actrice l’était du haut de ses dix-neuf ans.

A suivre...


 

 

Format Ebook 

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Format Livre

 

 

Créé le 13 juillet 2010

Résumé : Jeune inspectrice à la criminelle depuis quatre ans, Sarah Leary porte en elle les stigmates du meurtre jamais résolu de sa jeune soeur Danielle, assassinée il y a dix ans. Affaire classée faute de preuve et de coupable, jusqu'à ce que Samuel Lewis, ex petit-ami de la victime, pousse un jour la porte du bureau et fasse ressurgir le passé. Nouveaux indices, nouveaux témoins, nouveaux suspects, rien ne sera épargné à Sarah qui peu à peu, au fil de ses investigations, verra se profiler une vérité aussi surprenante que terrifiante, qu'elle aurait été très loin d'imaginer.

 


 

18 Juin 1998

La nuit était tombée quand Danielle pénétra dans sa chambre et s’enferma à clef. Elle posa son sac sur le bureau, sur les quelques livres de cours qu’elle n’avait pas rangés et déboutonna son gilet. Un silencieux soupir s’évada de ses lèvres. Elle était nerveuse, tendue. Son angoisse lui restait chevillée au corps. D’un pas pressé, elle se dirigea vers les rideaux et les ferma d’un geste sec. Elle ne voulait pas être vue et se sentait observée depuis des semaines. Elle ôta son vêtement et pénétra dans salle de bains. On frappa à la porte et elle dû revenir sur ses pas pour ouvrir à sa grande sœur.

« Dan’, j’aimerais qu’on parle… »

Danielle ne lui laissa pas l’occasion d’entrer et tenta d’abréger.

« Plus tard… Je viens de rentrer et je suis crevée… J’aimerais prendre un bain et me  détendre un peu… »

Sa sœur affichait une mine inquiète et préoccupée. Elle lança un coup d’œil dans la chambre avant de fixer sa cadette.

« Maman se fait du souci et moi aussi… Tu sais que tu peux tout me  dire… »

Le téléphone sonna au même instant et Danielle conclut aussitôt.

« Je peux pas te parler pour l’instant, mais je te promets de le faire… Je dois répondre, excuse-moi… »

Elle referma la porte sans attendre et la verrouilla. Elle décrocha, mais son répondeur se mit en route. Elle ramena le combiné à son oreille.

« Oui ? »

A l’autre bout, une voix féminine se fit entendre.

# Salut, toi… Ca va ?

Danielle se sentit soulagée en entendant son interlocutrice qui semblait atténuer son angoisse. Elle s’assit sur son lit et esquissa un tendre sourire.

« Hey toi… On fait aller… J’arrête pas de penser à toi… Tu me manques. »

Un léger soupir résonna à l’autre bout.

# Toi aussi tu me manques… On se voit toujours ce soir ?

Danielle l’espérait. Cependant, elle expliqua.

« J’ai beaucoup réfléchi, tu sais… Je vais tout leur raconter… Je vais leur dire pour nous et tout sera plus simple. J’ai plus envie de me cacher et leur mentir… »

# Tu sais que j’attends que ça, moi. Si t’es sûre de vouloir le faire, tu me dis juste quand et je serai là.

Danielle se leva et frotta son front du bout de ses doigts, nerveuse.

« Tu vas leur dire toi ? »

# Si tu leur dis, je leur dirai évidemment, mais je peux pas le faire sans que tu le fasses avant… Tu sais pourquoi, ma puce…

Elle le comprenait. Elle réfléchit rapidement.

« Alors je leur dirai ce soir, après le match de ton frère… Rejoins-moi à la maison à onze heures… »

# Ok… J’y serai… Et t’angoisses pas pour ce soir, ok ?

Danielle esquissa un léger sourire et s’assit sur son lit, les yeux dans le vide.

« Je sais exactement ce que je vais leur dire et comment je vais leur dire… Je changerai pas d’avis… Tu me connais ! »

Elle entendit un petit rire à l’autre bout du fil.

# Ouais, je te connais… Alors, à tout à l’heure, à onze heures… Et appelle-moi s’il y a quoi que ce soit…

« T’en fais pas pour moi… Je suis une dure chérie… Toi, fais attention à toi et embrasse Sean de ma part… Je t’aime mon ange. »

# Je t’aime aussi, ma puce… A tout à l’heure.

Danielle raccrocha et repartit vers la salle de bains. Elle se répétait mentalement le discours qu’elle tiendrait à ses parents ce soir au sujet de sa relation amoureuse avec Faith Ryan. Elle tourna les robinets d’eau mais le téléphone sonna de nouveau. Le temps qu’elle parte décrocher, le répondeur s’enclencha de nouveau, mal réglé après les deux sonneries habituelles. Elle entendit avant même de prendre le combiné :

# Dan ! Réponds, je sais que t’es là !

Un vent de colère souffla sur Danielle tant elle était épuisée de se faire harceler par son ancien petit ami. Elle saisit le combiné et décrocha, hors d’elle.

« Arrête, Sam ! Arrête de m’appeler, de me suivre, sors de ma vie ! »

# Qu’est-ce que tu faisais chez Sean ? Il te baise, c’est ça ? T’as pas le droit de me faire ça ! Tu m’entends ?! T’es à moi Dan ! A MOI !

Elle se retrouva ahurie d’entendre une telle rage dans la voix de son ancien amant.

« Tu es fou…  Je suis plus à toi depuis deux ans, Sam ! Tu arrêtes ou je préviens les flics, c’est clair !? »

# Si tu sors avec lui, je le tuerai ! Tu comprends ? Je le tuerai et je te tuerai toi après !

Elle entendit la communication s’interrompre, tremblante. Des larmes lui montèrent aux yeux avec toute cette pression, cette peur nourrie par ces dernières menaces. Elle n’en revenait pas que le jeune quarterback puisse tenir de tels propos. Elle craqua, s’effondra en larmes sur son lit, perdue et déboussolée.

 

 

*********

 

Onze ans plus tard.

Dans le bâtiment de la police de Philadelphie, assis derrière son bureau, l'un des inspecteurs rédigeait le rapport de sa dernière enquête. Une femme s’approcha et l’interrompit.

« Inspecteur Aden… Un homme souhaite vous voir. »

Elle se recula et désigna la personne concernée qui attendait à l’accueil.

« Monsieur Lewis. Il dit vous connaître. »

L’inspecteur plissa les yeux et finit par sourire en reconnaissant la silhouette de son ami. Il se leva.

« Merci, Jillian… Je m’en occupe. »

Il contourna la jeune femme et marcha jusqu’au comptoir. Il poussa la porte et l’invita à le suivre.

« Tu peux venir Sam… Comment vas-tu ? »

L’homme d’une trentaine d’années, habillé d’un costume chic et une mallette à la main, força un sourire et le salua à son tour.

« Ça pourrait aller mieux. »

L’inspecteur le guida jusqu’à son bureau et lui montra une chaise.

« Tu peux t’asseoir… Qu’est-ce qui t’amène ? »

L’ami de l’inspecteur s’exécuta et frotta sa main sur sa nuque, nerveux. Il sortit un document de son attaché-case et lui tendit en expliquant.

« J’ai reçu un courrier vraiment bizarre, Jake… C’est des menaces... »

L’inspecteur fronça les sourcils et saisit la feuille qui n’était autre qu’un email imprimé. Il le parcourut rapidement des yeux et confirma les propos de son ami dans un signe de tête. Il le fixa, les sourcils levés.

« Et que s’est-il passé en juin 1998 ? »

L’autre homme fixa un point invisible devant lui, plus pâle que jamais.

« C’est l’année où Danielle Leary est morte… »

L’expression de l’inspecteur se fit plus concernée sur ce nom familier. Il lança un coup d’œil vers le fond de la grande salle où une baie vitrée en plexiglas séparait sa section d’une autre. Il fixa son ami et se leva.

« Attends-moi ici, je reviens. »

Son ami l’arrêta.

« Jake, attends… Tu vas où ? »

L’inspecteur eut une expression plus désolée.

« Je ne m’occupe pas des affaires classées. »

« Ouais, mais je pensais que tu pourrais juste retrouver qui me l’a envoyé et l’arrêter… »

« C’est plus compliqué que ça, Sam… Mais t’en fais pas, je reviens. Reste là… »

Il s’éloigna sans attendre de réponse et longea l’allée entre les bureaux. Ces mêmes bruits de conversations, d’interrogatoires, de sonneries téléphoniques ou de clavier résonnaient. Il arriva au bout de l’allée, ouvrit la porte qui menait aux bureaux de l'autre section criminelle et y pénétra en refermant. Il approcha d’une de ses collègues et posa la copie de l'email sous les yeux.

« Inspecteur Leary, je crois que ce document va vous intéresser. »

Sa collègue, Sarah Leary, se redressa les sourcils à peine froncés et fixa d’abord son collègue avant de prendre le document. Elle demanda évidemment.

Sarah : Qu’est-ce que c’est ?

L’inspecteur afficha un air plus grave, plus hésitant aussi devant sa collègue.

« Un ami à moi est ici et m’a apporté ça… Vu la date, j’ai supposé que ça vous intéresserait. »

Sarah prit quelques secondes pour parcourir le courriel. Ce dernier stipulait simplement qu’une personne avait connaissance de faits sur un évènement s’étant déroulé le 18 juin 1998. Son regard se riva aussitôt sur cette date qui ramenait avec elle le visage de sa petite sœur, Danielle. Cette dernière aurait eu trente ans aujourd’hui. Sa gorge se serra, ses traits se crispèrent avant qu’elle ne se lève.

Sarah : Où est cet ami ?

D’autres inspecteurs autour d’elle vinrent examiner le papier. Certains furent perplexes et interrogateurs, mais deux d’entre eux, les plus anciens, affichèrent une mine beaucoup plus préoccupée. L’un des deux, âgé d’une cinquantaine d’années, le crâne dégarni, prit la parole.

« Tu ne te mêles pas de cette enquête, Sarah. »

Il tendit le courriel imprimé à un de ses subordonnés. La victime était liée personnellement à l’inspecteur Leary et théoriquement, l’autre inspecteur n’aurait pas dû prendre la peine de lui amener ce document. Seulement, par ces mots, il comprit aussi que cette affaire n’était pas classée. Sarah se tendit davantage, les yeux sur son supérieur et tenta d’un air convaincu.

Sarah : Danielle est morte il y a dix ans, chef… Laissez-moi m’en occuper…

« C’est non… »

Le lieutenant fixa un autre de ses inspecteurs.

« Logan et Bennet s’en occuperont. »

Sarah se pinça les lèvres et regarda alentour pour tenter de calmer ce sentiment de nervosité et de colère soudaine qui l’envahissait. Elle connaissait les règles mais ne pouvait pas se faire à l’idée d’être mise à l’écart. Elle prit ses clefs et s’éloigna en lançant :

Sarah : Je sors !

Le lieutenant comprenait cette tension soudaine mais n’avait pas d’autre choix pour préserver sa subordonnée et le cours de l’enquête. Les deux inspecteurs en charge de cette affaire la suivirent des yeux, compatissants. Cette enquête serait plus difficile que toutes les autres. L’autre inspecteur leur montra son ami.

« Le témoin est dans mon bureau si vous souhaitez l’interroger. »

 

*********

 

Sarah s’arrêta devant le comptoir et ramena le registre sous ses yeux pour voir le nom du destinataire du courriel : Samuel Lewis. Ce nom ressurgissait du passé et ramenait autant de souvenirs, de flashs, que d’interrogations. Elle lança un coup d’œil sur le concerné. Samuel Lewis avait été l’ancien petit ami de sa sœur. Elle repartit, tendue et inquiète. Après toutes ces années, après avoir espéré qu’un témoin vienne apporter de nouveaux éléments sur le meurtre de sa sœur, elle se retrouvait sur la touche. C'était inenvisageable pour elle. Cela faisait un peu plus de dix ans que Danielle était morte et il ne s’était pas passé une seule journée sans qu’elle ne pense à elle, sans qu’elle n’envisage toutes les probabilités sur son meurtre. Déjà, des questions basiques fusaient dans son esprit : qui avait envoyé ce mail ? En quoi Samuel Lewis était-il impliqué dans la mort de sa sœur ? Elle devait l’admettre, tous ses soupçons avaient été tournés vers lui mais les rapports de l’enquête dix ans plus tôt n'avaient pas abouti. Si Lewis était ici, cela impliquait qu’il avait été témoin de quelque chose et redoutait une vengeance. Allait-il parler enfin et amener de nouveaux éléments déterminants ? L’émetteur de ce mail connaissait sa sœur, semblait même plus que proche pour revenir sur sa mort dix ans après. Etait-ce un ancien petit ami ? Un ou une ancienne amie ? Après tout, Sarah n’avait pas besoin d’examiner ce mail pour enquêter. Elle devait uniquement fouiller dans ses souvenirs, se rappeler des liens qu'entretenaient Samuel Lewis et sa sœur ainsi que tout l’entourage de cette dernière. Le soir de sa mort, Sarah était allée voir Danielle dans sa chambre pour lui parler, pour tenter de savoir ce qui n’allait pas. Elle se souvenait de l’état dans lequel était sa cadette ce soir là : fuyante, troublée. Elle craignait quelque chose mais Sarah n’avait pas eu le temps de discuter. Elle l’avait vue quitter sa chambre, s’excuser auprès de sa mère…

 

*********

 

18 juin 1998

Sarah l’avait suivie devant la maison pour la voir monter dans la voiture de Sean. Elle s’approcha.

Sarah : Où tu vas ?

« Juste une course à faire, je reviens vite… »

Sarah n’était pas rassurée et voyait les yeux bleus de Danielle embrumés de larmes.

Sarah : Dan’… C’est cette histoire de cheerleader qui te met dans cet état ?

Danielle rit nerveusement sur ces mots et démarra.

« Non… Et je dois y aller, Sarah… Je t’expliquerai tout, je t’assure, mais je dois vraiment filer… »

 

*********

 

Sarah ne l’avait plus jamais revue et n’avait jamais su ce que sa petite sœur devait lui avouer. Elle avait bien tenté de parler aux amis de Danielle, mais n’avait obtenu aucune information. Elle avait laissé la police faire son travail en toute confiance mais rien n’avait abouti. Son suspect numéro un, l’ancien petit ami de Danielle, avait eu un alibi qui n’était autre que son père, lui-même ami avec le lieutenant de l’époque chargé de l’enquête. Celui-ci venait jusqu’à eux pour se faire protéger. Mais de qui ? De l’assassin ? Y’avait-il une histoire de chantage ? Après tout, le fils Lewis était directeur de Sidecorp depuis peu.

 

*********

 

Dans un bureau fermé de l’étage de la section criminelle, un des inspecteurs chargés de l’enquête se retrouvait avec le destinataire du mail. Son collègue était parti en salle des archives afin de rouvrir le dossier sur la mort de la sœur de Sarah. Debout devant Samuel, il le fixa.

« Est-ce la première fois que vous recevez ce genre de courrier ? »

Samuel acquiesça.

« Oui… J’ai même demandé à un ami de retrouver l’émetteur mais il a pas réussi… Il m’a dit que les informations avaient été bloquées. »

L’autre inspecteur, un afro-américain assez costaud d’une quarantaine d’années resta appuyé contre le mur, ses mains dans son dos.

« Et vous connaissez des gens dans votre entourage qui pourraient vous en vouloir ? »

Le témoin sourit, nerveux.

« Je suis à la tête d’une grande entreprise, inspecteur Bennet, alors vous pouvez lister tous mes concurrents.»

Scott Logan reprit.

« Et des gens que vous fréquentiez quand vous aviez dix-neuf ans ? »

Samuel Lewis glissa sa main sur sa nuque.

« J’avais des amis comme tout le monde. J’étais quarterback dans l’équipe de mon université et à la fin de l’année je me suis disputé avec deux d’entre eux… Kevin Williams et Sean Ryan… »

Un autre inspecteur pénétra dans la pièce, le dossier de Danielle Leary en main. Il l’avait rapidement parcouru pour situer l’enquête de l’époque. Il le posa sur la table. Son collègue, l’agent Bennet poursuivit l’entretien.

« Pour quelle raison, vous êtes-vous disputés avec eux ? »

Samuel : Ils étaient très amis et faisaient aussi partie de l’équipe…

Sa nervosité augmenta et il détourna son visage sur le côté.

Samuel : Sean visait ma place de capitaine et à cette époque-là, il me menaçait de dire à l’entraîneur que je prenais des stéroïdes…

Les trois inspecteurs se regardèrent et le lieutenant reprit.

« A en croire l’enquête menée il y a dix ans, vous étiez sorti avec Danielle qui vous avait quitté. »

Samuel se pinça les lèvres et avala difficilement. Il semblait de plus en plus troublé.

Samuel : J’étais fou d’elle… Je l’aimais…

Scott : Assez fou pour la tuer ?

Samuel le fixa et se défendit vivement.

Samuel : J’aurais jamais levé la main sur elle… Quand elle est morte, j’ai mal tourné, j’étais même à deux doigts de me suicider…

L’inspecteur croisa les bras.

Charles : Est-ce que vous aviez dit à l’époque pourquoi elle vous quittait ? Est-ce qu’elle avait un autre petit ami ?

Samuel : Tout ce que je sais, c’est que Sean tournait autour d’elle… Sans arrêt… Lui et ses copains n’arrêtaient pas de la taquiner…

Le lieutenant plissa les yeux. Il était intrigué par une question.

« Celui qui vous a envoyé l’email vous dit qu’il sait ce qui s’est passé… Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là, monsieur Lewis ? »

Samuel prit une inspiration. Cette histoire, ce mail lui faisait craindre des représailles, des retours du passé et de ces rivalités avec ces autres garçons.

Samuel : Danielle m’a dit qu’elle voulait me parler mais ce jour-là, j’avais promis à mon père de venir le voir à la Sidecorp pour signer mon contrat d’apprentissage.

Le lieutenant constatait que le témoignage de 1998 était similaire. Il reprit pourtant.

« Vous étiez fou amoureux de votre ancienne petite amie qui voulait vous voir, mais vous êtes allé à ce rendez-vous avec votre père… »

Samuel : Mon père était dur avec moi… Je n’avais pas intérêt à lui désobéir, même quand j’avais vingt ans…

 

*********

 

Sarah arriva sous le porche de la maison et frappa. Un jeune homme d’une trentaine d’années lui ouvrit, un bébé dans les bras. Il sembla prendre une pause face à cette femme blonde et la détailla avant d’esquisser un léger sourire.

« Bonjour Sarah… »

Cette dernière se pinça les lèvres. Elle reconnaissait ce visage qui n’avait pas beaucoup changé. Un visage et un regard noisette qui lui rappelaient un bon nombre de souvenirs. Sean Ryan était devenu un bel homme et avait gardé une carrure de footballeur et son charme  envoûtant.

Sarah : Salut Sean… Je te dérange pas ?

Sean paraissait ravi de revoir son ancienne amie. Cette dernière avait changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. La présence de Sarah le ramena à des souvenirs aussi bons que désagréables, notamment sur la mort de Danielle. Il se recula.

Sean : Non…

Il secoua un peu le bambin dans ses bras.

Sean : Ce petit ange-là fait pas toutes ses nuits alors je dois la faire dormir au moins pendant la journée…

Il lui indiqua de le suivre jusqu’au salon et demanda.

Sean : Ca fait longtemps… Qu’est-ce qui t’amène jusqu’ici ?

Sarah pénétra dans la demeure après avoir légèrement souri. Elle jeta un œil aux alentours. Elle n’était jamais venue chez Sean mais avait appris par une amie que ce dernier s’était marié avec une institutrice avec qui il avait eu deux enfants. Elle garda ses mains dans les poches de son manteau noir et le fixa.

Sarah : Je suis inspecteur de police. J’enquête officieusement sur la mort de Dan’ et j’ai des questions à te poser auxquelles tu n’es pas tenu de répondre… Je te le dis puisqu’après moi, d’autres inspecteurs viendront sûrement te voir…

Sean se tendit sur cette réponse. La mort de Danielle l’avait secoué, autant lui que tous ceux de son entourage. Il contourna le comptoir, sa petite fille dans ses bras qui dormait à moitié sur son épaule.

Sean : Tu veux un café, quelque chose à boire ?

Il vit Sarah acquiescer d’un signe de tête et prépara deux tasses.

Sean : Alors, l’enquête a été rouverte ?

Il la fixa, intéressé.

Sean : Vous avez une piste cette fois ?

Sarah dut prendre une pause. Elle n’avait jamais eu l’habitude de voir Sean dans de telles circonstances. Ce dernier avait fini quarterback l’année qui avait suivi la mort de Danielle et avait une réputation de dur. Elle le savait gentil, calme et le voir ainsi avec cette petite fille était touchant. Elle s’assit sur un tabouret et l’observa. Elle devait prendre du recul afin d’être objective. Sean aurait très bien pu être l’assassin de sa sœur même s’il était son ancien amant. Elle resta évasive.

Sarah : Je ne suis pas chargée de l’enquête. Je sais qu’elle a été rouverte et c’est ce qui m’amène…

Sean posa les deux tasses sur la table et s’assit face à Sarah en calant son bébé contre son torse.

Sean : La mort de Dan’ nous a tous remués, tu sais Sarah… Qu’est-ce que tu veux savoir ?

Sarah enveloppa la tasse dans ses mains et le détailla.

Sarah : Le soir de sa mort, avant que Dan’ ne quitte la maison, elle m’a dit qu’elle aurait quelque chose à me dire en revenant, mais je n’ai jamais su quoi…

Elle prit une pause et but quelques gorgées de café sans le quitter des yeux.

Sarah : Je sais qu’elle venait souvent ici voir ta sœur et je vais pas te cacher que je pensais que vous sortiez ensemble… Tu veux pas m’en dire un peu plus, Sean ?

Attentif, Sean berçait doucement sa petite fille dans ses bras en écoutant les remarques de son ancienne amante. Il fronça un peu les sourcils dans une analogie.

Sean : T’es en train de me suspecter, là ?

Sarah s’était attendue à cette question légitime et répondit simplement.

Sarah : Tout comme je suis suspecte moi aussi puisque j’étais sa sœur et que nous nous sommes disputées deux jours avant sa mort…

Sean acquiesça d’un léger signe de tête et prit sa tasse pour boire un peu de son café. Il laissa le liquide noir humidifier son palais. Il repartit dans ses souvenirs d’étudiant, dans les évènements qui s’étaient déroulés autour de la mort de Danielle. Il la fixa d’un air plus sérieux.

Sean : Même si on n'a pas trouvé l’enfoiré qui a fait ça à ta sœur, je pense pas que ce soit bon de remuer ce passé… Surtout pour toi, Sarah… Ce serait reparler de choses qui ne sont pas forcément agréables…

Sarah le savait mais elle devait le faire, devait venir à bout de cette enquête, pour sa sœur. Elle devait trouver le coupable, retrouver son corps pour lui donner une sépulture et enfin faire son deuil. Sa gorge se serra en songeant à ce seul cercueil vide qu’elle et sa famille avaient mis en terre. Elle se reprit, néanmoins en fixant le brun.

Sarah : Je le fais tous les jours et cette fois, c’est pour Dan’...

Elle marqua une pause et rajouta.

Sarah : Dix ans sont passés, Sean… On a tous grandi et fait notre vie, quoi que tu saches ou que tu aies fait avec ma sœur, je ne vous jugerai pas…

Sean eut un sourire nerveux et secoua la tête sur cette réplique. Sarah croyait que sa sœur et lui étaient ensemble. Il répondit.

Sean : Il ne s’est jamais rien passé avec ta sœur… Je l’aimais beaucoup, mais je ne l’aimais pas dans ce sens là… Ce jour-là, je lui ai prêté la voiture, mais je n’étais pas avec elle, d’ailleurs j’ai déjà dit à tes collègues où j’étais à cette époque...

Sarah se pinça les lèvres et reprit.

Sarah : Tu aimais bien ma sœur… D’accord… Mais ça n’explique pas pourquoi elle était chez toi du soir au matin et du matin au soir, Sean. Tu lui prêtais ta voiture et même de l’argent.

Elle écarta les mains de sa tasse et rajouta dans l’espoir de le faire parler.

Sarah : Samuel Lewis était au poste ce matin et tous les soupçons vont se tourner vers toi, je tiens à te prévenir.

Sean rit un peu, mal à l’aise sur cette annonce et répondit spontanément :

Sean : Quel enfoiré, ce fils de pute !

Il était consterné de savoir que Samuel Lewis était allé voir les policiers pour les informer d’un détail qu’il ne connaissait pas sur l’enquête.

Sean : J’en reviens pas… Dix ans après, il rumine encore sa place de quarterback qu’il ne méritait pas ! Ce gars-là a jamais rien fait par lui-même… C’est un looser…

Sarah constata l’animosité évidente entre ces anciens meilleurs amis. Amis devenus rivaux pour une place de quarterback mais peut-être aussi pour sa sœur. Sean ne voulait sans doute pas l’avouer pour ne pas faire partie de la liste des principaux suspects. Elle le détailla avec sa petite fille.

Sarah : Parle-moi de lui, Sean…

Sean devinait que Sarah voulait en savoir plus, toujours plus. Il se pinça les lèvres en réfléchissant rapidement au milieu de tous ses souvenirs.

Sean : Ta sœur a fait une erreur quand elle est sortie avec ce minable et heureusement, elle a vite compris qu’il était pas pour elle, qu’il la méritait pas… Ce gars était prêt à tout pour se faire connaître, pour être dans le haut du panier… Sa place dans l’équipe, il l’avait eu grâce à son père et grâce à toutes ces merdes qu’il prenait pour être plus rapide, plus costaud… J’ai même pas eu besoin de le balancer, l’entraîneur a découvert ses pilules dans son casier, un soir…

 

*********

 

17 juin 1998

Samuel fut saisi de panique et fixa le coach dont la mine exprimait toute sa déception. Il tenta en seule échappatoire.

Samuel : C’est pas ce que vous croyez Coach… Je peux vous expliquer.

L’entraîneur secoua doucement la tête, désappointé par ce qu’il avait trouvé dans le casier de son capitaine et quarterback.

« T’as plutôt intérêt à me l’expliquer si tu veux pas être viré de l’équipe, Sam ! »

Samuel angoissait de voir ses amis autour de lui le fixer et attendre une réponse. Tous restaient devant leur casier, leur regard braqué sur lui. Il se sentait pris au piège. Son regard se posa sur Sean qui le fixait sans rien dire et sa colère l’envahit. Il en était certain : son meilleur ami l’avait balancé. Fou de rage, il se rua sur lui et son poing s’écrasa violemment dans sa mâchoire. Aussitôt, les joueurs près de Sean se précipitèrent sur Samuel pour l’écarter de leur coéquipier. Ahuri par ce comportement violent, le coach saisit Samuel par l’épaule pour l’arrêter.

« T’es devenu fou ou quoi ? Dehors… Je veux plus te voir. »

Le regard méprisant de Samuel se posa sur l’homme d’une quarantaine d’année.

Samuel : Vous avez pas le droit de me virer ! Tout ce que vous avez, vous le devez à mon père !

Il prit son sac et pointa le coach du doigt, menaçant.

Samuel : Vous savez pas à qui vous avez à faire… Je vais pas vous laisser bousiller ma vie et demain soir, je serai sur le terrain !

 

*********

 

De nos jours.

Sarah plissa les yeux en imaginant aisément la scène. Elle demanda, perplexe.

Sarah : Donc le lendemain avait lieu le grand match contre New York… Etait-il sur le terrain ou non ?

Le bébé se mit à geindre un peu et Sean le berça doucement afin de le calmer.

Sean : Non… Le lendemain, j’étais capitaine, quarterback et je marquais trente points…

Sarah sourit légèrement. A l’époque, elle n’avait jamais douté que Sean percerait dans l’équipe de foot même si le sport ne faisait pas partie de ses priorités. Elle se pinça les lèvres en le détaillant et poursuivit.

Sarah : Et tu l’es resté l’année d’après… Tu as revu Sam suite à cet incident ?

Sean leva les sourcils sur cette question, plongé dans ses souvenirs.

Sean : Non… Enfin, je le croisais de loin, mais c’était un peu électrique, tu vois ? Il valait mieux rester à distance l’un de l’autre…

Sarah : Est-ce que tu as entendu parler de lui par d’autres ? Est-ce qu’il a eu un comportement violent avec d’autres personnes avant ou après cela ?

Sean marqua une pause et but une gorgée de café. Il semblait un peu embarrassé de devoir reparler de ces histoires, de ces souvenirs autour de la mort de Danielle.

Sean : Je te l’ai dit, c’est un looser, Sarah… Ceux qui réussissent pas avec leurs muscles ou leur cerveau, le font par les poings ou leur grande gueule.

Il se cala dans son fauteuil en détaillant Sarah devant lui.

Sean : Si tu veux savoir qui sortait avec ta sœur, tu te trompes de Ryan, Sarah…

La première pensée de l’inspecteur fut de se dire qu’elle n’avait pas connaissance que Sean ait un frère. Seulement quand elle comprit qu’il parlait de sa sœur, Faith, une expression de perplexité et de surprise apparut sur son visage. Elle finit par froncer les sourcils, incertaine. Cette annonce était pourtant claire. Elle sourit nerveusement.

Sarah : T’es en train de me dire que ma sœur sortait avec la tienne ?

 

 


 

 

Format livre - COMMANDER

Format Ebook  - romans-ebooks-lesbiens/thriller-policier-lesbien/remember-me.html">COMMANDER 

 

 

Créé le 9 juillet 2010

 DRAMA QUEEN

- Tome 1 -

Qui a dit que la mort était une fatalité ?

ET REVUE PAR LES AUTEURS

 

Cette histoire a été écrite en avril 2008

 


 

Assise, son stylo à la main, Sarah tapait doucement son bouchon sur sa feuille de contrôle sur laquelle quelques cases étaient cochées. Elle regarda autour et vit les autres élèves concentrés sur leurs copies. Elle savait d’avance que la sienne resterait quasiment vierge. Elle hésita, ses lèvres pincées et fixa une autre élève devant elle qui lui tournait le dos. Elle lança un rapide coup d’œil sur le professeur plus loin et se redressa très prudemment. Elle se pencha et tenta de voir quelques réponses. Elle sursauta quand une boulette de papier la percuta et se rassit subitement sur sa chaise pour voir son « agresseur ». Ce dernier n’était autre que sa meilleure amie assise une table plus loin. Dans un signe des lèvres elle mima un « quoi ? » accompagnée  d’une expression accusatrice.

« Mademoiselle Leary. Vous voulez des jumelles ? »

Sarah se mordit le coin de sa lèvre inférieure et baissa ses yeux sur sa copie. Elle ragea intérieurement des rires de ses camarades de classe. Elle enroula quelques mèches dorées autour de son index et répondit.

Sarah : Non.

Le professeur garda ses yeux accusateurs sur l’étudiante et le silence tomba pour laisser place à la concentration des élèves. La jeune blonde patienta quelques minutes et releva ses yeux alentour. Elle remarqua alors cette étudiante brune à la table de gauche qui la fixait. Elle les plissa un peu, marqua une courte pause et saisit une feuille blanche afin d’y noter quelques mots. Elle la lui montra pour révéler.

« DIX BILLETS CONTRE TES REPONSES. »

La brune afficha un très léger sourire et secoua la tête. Elle garda ses yeux noisette sur Sarah, prit un air plus moqueur et griffonna quelques mots sur un papier. Elle le releva et lui montra sa réponse dans un signe de sourcils.

«J’ai l’air si désespéré que ça? »

Sarah se retrouva plus agacée. Son expression accusatrice et dédaigneuse répondit à tout ce qu’elle ne prit pas la peine d’écrire. Elle se redressa pour regarder encore sa copie, mais la sonnerie de fin de cours retentit. Les chaises grincèrent sur le sol pour qu’elle se lève et marche entre les rangées de tables. Elle posa sa copie sur le bureau du professeur avant de sortir dans le grand couloir du lycée. Elle rejoignit sa meilleure amie et la suivit vers les casiers.

Sarah : Elle est vraiment pas aimable…

La grande brune se tourna sur elle en levant un sourcil.

Sydney : Qui ?

Sarah : Ryan…

Sydney : Je vois pas vraiment ce qu’elle fait ici. Y’a des écoles spécialisées pour les gens comme elle.

Sarah s’arrêta devant son casier et l’ouvrit dans un soupir d’agacement.

Sarah : C’est pas la question… c’est une garce... je lui demande jamais rien. Je suis quand même sympa de pas faire comme tout le monde en me fichant d’elle, la moindre des choses serait au moins qu’elle m’aide ! J’étais même prête à la payer !

Une étudiante arriva à leur hauteur et demanda.

« Payer qui ? »

La grande brune prit un air dégoûté et fixa l'arrivante.

Sydney : Sarah est en train de me dire qu’elle a osé demander quelque chose au pestiféré numéro un.

Danielle leva les sourcils et fixa sa meilleure amie qui tenait ses livres contre sa poitrine.

Danielle : T’as parlé à Ryan ?

Sarah roula des yeux sur cette question accusatrice et se remit en route.

Sarah : Si je n’ai pas au moins un C au prochain devoir d’histoire, mes parents m’envoient chez mon oncle Grant au Texas... Adieu la plage et le soleil cet été…

Sydney : Et de toute façon, comment tu veux parler à une fille qui est muette et sourde ?!

Sarah : Elle lit sur les lèvres, Syd’…

Danielle : Mais elle entend pas ce qu’on dit.

La blonde fut moins certaine de cette conclusion. Sydney tourna ses yeux sur Sarah et leva un sourcil dans une expression interrogative et perplexe.

Sydney : C’est pas le moment de faire dans le social, Sarah !

Sarah : C’est pas du social, c’est de l’empathie ou… de la compassion… Au choix.

Sydney : Tu vas trop à l’église ma vieille.

Danielle : En tout cas, ça doit être ultra frustrant de pas pouvoir…

Elle prit un instant et afficha un sourire malicieux avant de finir.

Danielle : gémir quand tu te fais sauter…

Sydney : Et toi, Dan’, t’y vas pas assez…

Sarah rit doucement sur cette réplique et pénétra dans l’autre salle de cours.

Sydney : En tout cas, j’en connais un qui voudrait bien t’entendre et je peux te garantir qu’il ne s’agit pas du tout puissant !

Danielle posa son sac de cours sur la table et s’installa dos à la fenêtre en croisant les jambes. Elle fixa les deux autres filles qui s’asseyaient et se repoussa quelques mèches dans un geste féminin.

Danielle : Brian couvre mes soupirs… C’est pas le truc excitant, vous voyez ? Non pas que je sois narcissique au point de prendre mon pied à m’entendre gémir moi-même, mais quand ton mec arrive à couvrir tes bruits…

La brune la coupa.

Sydney : C’est qu’il est en train de prendre son pied, Dan’...

Danielle : Il oublie le mien… Parce que pour relancer la machine une fois qu’il a fait la vidange, je passe trois heures à le…

L’autre blonde la coupa en affichant une expression de dégoût.

Sarah : Dan’... Stop…

Danielle sourit et fixa son amie dans un petit air provocant. Cette dernière ne changeait pas, demeurait toujours aussi gênée quand elle parlait de sexe. Elle s’en amusait ! Sarah s’assit correctement et rajusta sa mini jupe sur ses cuisses. Elle remonta son bas dans un geste discret et vit la « fameuse » brune, sujet de leur conversation, pénétrer dans la salle. Sydney la suivit des yeux puis les baissa sur ses ongles qu’elle limait tout en s’asseyant sur sa table.

Sydney : En plus de ça, je suis sûre qu’elle est lesbienne…

Danielle fixa la jeune fille qui s’installait plus loin et se cala contre la fenêtre, en la détaillant sans la moindre gêne.

Danielle : C’est pas sûr, c’est certain… Les bruits de couloir, ça trompe pas.

Sydney : Et si elle l’est... Même une fille n’en voudrait pas.

Assise devant Danielle, Sarah détourna ses yeux sur la brune qui s'était calée dos au mur opposé.

Sarah : Elle est quand même mieux que les trois quarts des filles du lycée… Elle est bien foutue…

Elle fixa Danielle qui détaillait Faith et rajouta.

Sarah : T’étais la première à le dire à la piscine l’autre jour…

L’autre blonde sourit pour extrapoler dans une plaisanterie.

Danielle : C’est vrai… Tu crois qu’elle accepterait de s’envoyer en l’air avec moi ?

Sur cette question, Sydney se mit à rire et Sarah roula des yeux, exaspérée.

Sarah : Tu penses jamais à autre chose qu’au sexe ?

Danielle : Si… A faire les boutiques…

La grande brune les regarda à tour de rôle et rajouta.

Sydney : N’oubliez pas le samedi Shopping. Ils ont reçu des nouveautés tout droit sorties de la côte Est et d’Europe…

Le professeur pénétra dans la salle de cours et posa sa mallette sur le bureau en rajustant le haut de son pantalon. Les trois filles grimacèrent simultanément et Danielle commenta d’une voix secrète.

Danielle : Non mais, regardez-moi ce porc... Il a dû déjà boire sa bouteille de Whisky… Je déteste l’avoir en fin de journée…

Sydney : J’en ai la nausée…

Sarah : Ils devraient le virer...

« Vous allez ranger vos livres. Je ne veux pas entendre un mot jusqu’à la fin de l’heure… »

Sarah se tendit en voyant la feuille posée devant elle alors que personne n’avait été prévenu du contrôle. Elle lança un regard sur Danielle et Sydney qui affichaient la même expression dépitée et fixa rapidement les autres élèves qui ne disaient rien,  en commençant à remplir leurs copies.

 

*********

 

De l'autre côté de la salle, jambes croisées, le dos toujours calé contre le mur, Faith tenait son stylo sur sa feuille de contrôle mais ses yeux parcouraient les courbes de la blonde qu’elle avait « provoquée » quelques minutes plus tôt. Elle s’était attendue à une telle réaction de sa part. De toute façon, cette fille et ses amies étaient ce qu'elle appelait les « Reines » du lycée. Tout en esquissant quelques traits rapides sur un cahier posé près de sa copie, elle jeta des coups d’œil dans sa direction et la vit en pleine remise en question. Ce qui l'amusait était que Sarah avait maintes et maintes expressions sur son visage. Elle n’avait pas besoin d’avoir le son pour deviner l’état d’esprit de cette dernière. Un petit sourire moqueur et amusé dessina le coin de ses lèvres en gardant, malgré tout, le visage baissé pour rester discrète. Durant les longues minutes qui suivirent et comme souvent, son regard parcourut le reste de la salle, les autres élèves, puis le professeur : monsieur Tipple. Il était répugnant et le seul fait de poser ses yeux sur lui, lui rappelait encore cette vision de ce dernier en train de se masturber sous le bureau pendant un contrôle comme celui-ci. L’expression de la brune s’était faite aussitôt plus dure, plus fermée et rebutée. Elle avait compris qu’il n’était pas nécessaire de discuter avec les gens pour les connaître, ou du moins, savoir les traits fondamentaux de leur caractère. Monsieur Tipple était un pervers alcoolique qui devait certainement s’adonner aux joies du visionnage de films pornographiques. Pourquoi savait-elle tout cela ? Tout simplement parce qu’elle avait ce sens aiguisé qui percevait les vapeurs d’alcool, qu’il était certain qu’aucune femme, digne de ce nom, ne pouvait vivre avec un homme comme lui.

 

*********

(Suite non disponible sur l'aperçu du livre)

L’heure passa lentement pour Sarah qui n’avait pas pu écrire plus d’une seule page de ce devoir de littérature. Quand la sonnerie retentit, elle se leva avec les autres élèves pour aller poser sa copie sur le bureau, mais le professeur, assis sur sa chaise, l’interpella.

« Leary… Restez, j’ai à vous parler… »

La blonde se tendit et lança un coup d’œil sur Danielle et Sydney qui l’attendaient.

Sarah : Je vous rejoins sur le parking...

Les deux filles acquiescèrent d’un signe de tête sans être rassurées quant au « sort » de leur amie. Elles sortirent aussi de la classe jusqu’à ce que cette dernière soit vide d’élèves. Sarah fixa le professeur, rajusta son sac sur son épaule droite et ramena son manuel devant elle. Elle était perplexe, inquiète et ne put retenir une réplique agressive.

Sarah : Si c’est pour me dire que vous voulez voir mes parents, ils sont déjà au courant qu’ils doivent venir, monsieur Tipple…

Le professeur se redressa et remit vulgairement sa chemise qu’il coinça dans à l’arrière de son pantalon. Sarah pouvait voir ses auréoles de transpiration au niveau de ses aisselles et s’en dégoûta davantage. Il mit ses mains dans ses poches, marqua un silence et détailla son élève un instant puis, prit les copies pour chercher celle de la blonde et un sourire malsain dessina ses lèvres.

« Je vois que vous avez étayé, mademoiselle Leary. Comme toujours… »

La blonde roula des yeux dans un soupir silencieux qui révélait son agacement.

Sarah : J’ai jamais été douée pour les cours… Chacun son truc…

Le professeur la dévisagea et marcha d’un pas lent vers la porte pour la fermer.

« J’ai quelque chose à vous proposer... »

Sarah le suivit des yeux sans bouger et fronça les sourcils sur sa réaction qu’elle ne comprit pas.

Sarah : J’ai pas besoin de cours particuliers si c’est là où vous voulez en venir…

L’homme la fixa et revint vers le bureau pour reposer la feuille. Il releva ses yeux imbibés de sang sur elle et ses doigts frottèrent son menton mal rasé.

« J’ai connu une élève comme toi il y a longtemps... »

Il marcha vers elle d’un pas lent mais Sarah recula d’instinct, l’air incertain et perturbé. Il sourit dans une expression vindicative.

« Ce genre de filles comme toi, tu sais ? Qui se prend pour une petite princesse, qui s’habille comme une garce pour exciter tous les mecs aux alentours... »

Cette fois, Sarah se tendit. Ses doigts se fermèrent autour de son manuel contre sa poitrine sans qu’elle ne le quitte des yeux. Elle se repoussa instinctivement ses mèches de son visage dans un mouvement de tête.

Sarah : Vous êtes ivre monsieur Tipple... Je sais pas si vous êtes conscient de ce que vous êtes en train de me dire…

Le professeur arbora un sourire ironique et secoua la tête en s’approchant encore.

« Oh non… Non, non. Je sais très bien ce que je dis. Je sais comment faire avec les élèves comme toi…»

Sarah le fixa encore et dans une réaction de défense, se redressa pour marcher d’un pas pressé vers la porte.

Sarah : Désolée, mais je dois partir, on m’attend…

Le professeur la retint par le bras et le serra brutalement de sa main.

« Tu vas nulle part tant que je l’ai pas dit... »

La blonde voulut se dégager prise par une légère douleur que ce contact inattendu venait de provoquer.

Sarah : Lâchez-moi ! Vous me faites mal…

Elle tenta de nouveau de se reculer mais l’homme lui envoya un revers de sa main gauche en plein visage.

« La ferme… »

Sarah trébucha en arrière en se retenant à une table pour ne pas tomber, ahurie de la tournure de cet « entretien ». Une des chaises tomba dans un léger bruit de fracas.

Sarah : Vous êtes malade !

L’homme se rapprocha, alors que la blonde se tenait à l’écritoire. Il afficha de nouveau un sourire pervers. Il la saisit par les bras, faisant tomber son manuel et la redressa en la plaquant contre le mur.

« Tu vas la boucler... »

Une gifle résonna dans la pièce, assommant quelque peu Sarah qui tentait de se défaire de son emprise.

« Espèce de petite allumeuse… »

La panique de la jeune fille venait de monter d’un cran en raison de ce coup, de ce goût métallique qu’elle sentait couler au coin de sa lèvre. Elle tenta encore de se défaire et sa voix se craqua.

Sarah : Je vous en prie… Arrêtez… Laissez-moi partir…

Le professeur tenait Sarah fermement contre le mur et ne se trouvait plus qu’à quelques centimètres d’elle. L’expression toujours aussi perverse et malintentionnée, il la fixa pendant que sa main droite glissait sur l’extérieur de la cuisse de son élève.

« Alors, maintenant, tu fais ta gamine, hein ? Alors que tu te pavanes comme une pute… »

Il la brutalisa, la poussa violemment sur le sol et sa main défit la ceinture de son pantalon en la fixant.

« Je vais t’apprendre à allumer les hommes, moi... »

Il se jeta sur elle pour l’immobiliser, la bloqua de son avant-bras sur le haut de sa poitrine en lui coupant la respiration. A genoux devant elle, transpirant comme une « bête », sa main droite lui asséna une autre gifle avant de descendre directement sous sa jupe, qu’il releva. Il tira violemment sur son sous-vêtement pour le descendre sur ses cuisses.

« Espèce de salope… »

Sarah émit un hurlement sous cet assaut brutal. Elle était parfaitement consciente des intentions du professeur et sentit la panique la saisir, la faire trembler, sans qu’elle n’ait la force de se libérer de son emprise.

 

*********

 

Dans le couloir, non loin de la classe de cours, Faith fronça les sourcils et tourna ses yeux en direction de la porte. Elle entendit.

« ARRÊTEZ… »

Sans réfléchir, sans se poser la moindre question, elle marcha d’un pas rapide vers ce cri. Elle se figea quand son regard découvrit la scène à travers la petite vitre de la porte. Tipple  était sur Sarah qui se débattait comme elle le pouvait. Son cœur sembla s’affoler devant ce spectacle ahurissant et elle voulut ouvrir, en vain. Elle tourna ses yeux sur le couloir, passa sa main dans ses cheveux et se dirigea vers un extincteur à deux mètres. Elle le saisit sans attendre et fracassa la porte avec. Tipple tourna le visage vers ce bruit, les sourcils froncés alors qu’il maintenait toujours son emprise sur la blonde. Sarah n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il en était, qu’elle sentit subitement le corps de l’homme tomber, immobile sur elle. Son cœur affolé, la respiration courte, elle perçut une source de chaleur étrange s’écouler. A bout de force, mais dans un mouvement instinctif, elle repoussa le corps inerte et se recula en rampant en arrière sur ses coudes, sa chemise recouverte de sang. Ses yeux se posèrent  alors sur l’hémoglobine épaisse qui recouvrait peu à peu le sol. Elle cligna doucement des paupières, comme pour tenter de comprendre, de se resituer et son regard remonta sur la brune qui tenait encore l’extincteur. Dans ce silence soudain qui venait de tomber, son cœur, lui, continuait de cogner violemment dans sa poitrine. Tout venait subitement se bousculer. Monsieur Tipple était inconscient. Elle était recouverte de son sang. Il avait essayé de la violer et Faith était arrivée pour faire cesser ses assauts.

Faith restait là sans bouger depuis que ce silence était revenu. Les traits tirés, elle tenait l’extincteur dans sa main droite et ses yeux, à la fois perdus, bouleversés et interrogateurs, passaient de la blonde à l’homme. Elle n’avait pas eu le temps de penser, de se poser de question. Elle avait réagi dans un réflexe instinctif de défense, de peur, d’angoisse et de colère en même temps. Seulement, à en juger par tout ce sang qui s’écoulait de la tête du professeur, elle réalisait que ce dernier était sûrement mort.

Sarah pivota pour se mettre à genoux et avança vers le corps immobile. Elle osa ramener ses doigts sur son cou, chercher un signe de vie, mais constata qu’il n’y en avait plus. Elle rompit ce contact significatif dans un mouvement vif de recul et releva ses yeux affolés sur la brune. Cette panique resta présente et ce silence semblait soudainement trop pesant. Ses sourcils restèrent froncés, ses traits tirés. Elle se releva, tremblante de peur. Une question résonnait : qu’avaient-elles fait ? Ses yeux descendirent sur l’homme inerte, sur ce sang qui était autant sur elle que sur le sol. Tout venait se bousculer dans son esprit. Ses larmes séchées laissaient sur ses joues des traces noires de son maquillage. Elle fixa la brune et sa voix se brisa.

Sarah : Il... Il faut nettoyer…

 


Drama Queen - Tome I - Édition de Luxe

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Résumé : Sarah, Danielle et Sydney sont les trois "reines" du lycée de Northfolk. Elles sont le cliché parfait des filles populaires, jolies et riches qui savent organiser des soirées inoubliables. Quand Sarah se retrouve - par accident - sous le corps mort de son professeur, qu'elle croise le regard de Faith Ryan qui tient encore l'arme du crime entre ses mains, elle prend conscience que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Faith Ryan, jeune sourde et muette, invisible aux yeux de tous, va se voir entraîner malgré elle par la petite blonde et ses amies.

Prix Edition de Poche (700 pages) : 32.17€ - Commander

 

 

 

 

Créé le 9 juillet 2010

Serial'Killer

Ne faites pas l’erreur de croire ce que vous voyez à la télévision. Le métier de profiler a été dénaturé par les médias, journalistes, auteurs de romans à succès ou encore scénaristes de série tv. Dans la réalitéun profiler américain ne se déplace pas sur le terrain et on ne confie pas non plus à une stagiaire du FBI comme Clarice Starlight – interprétée par Jodie Foster – un dossier aussi important que celui du célèbre serial killer Hannibal Lecter dans le « Silence des Agneaux ». Non, dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, la logique veut qu’un profiler américain travaille dans un bureau, enfermé, avec comme seuls supports à ses recherches des rapports détaillés, des photos, et toutes les pièces nécessaires qui lui permettront d’élaborer le profil psychologique du meurtrier.


Je m’appelle Sarah Leary, j’ai trente-trois ans. Rien ne laissait supposer que je travaillerais un jour dans la police. A vrai dire, j’étais journaliste au San Francisco Chronicle entre 2000 et 2005. En parallèle, je poursuivais mes études de psychologie à l’université de Stanford. A la fin de mon année, j’ai rédigé une thèse sur les Serial Killer. Celle-ci a été envoyée au directeur de la police de Los Angeles et j’ai été appelée pour les aider à résoudre une première série de meurtres. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je suis lieutenant et travaille officiellement avec eux. J’ai ainsi aidé à l’arrestation de neuf tueurs en série (Ronald Willams, Samuel Mooney, Quentin Shiffer, Vince Logan, Nick Neilly, Martha Dostoïevskaïa, Joseph Springs, John Abigail et Scott Tremblay). Je ne suis pas à considérer comme une intervenante ni comme un psychologue privé. J’ai été assermentée, ai un bureau au sein du commissariat central de Los Angeles et mon travail est d’assister les inspecteurs qui décideront, ou non, de suivre mes conseils afin de traquer et d’arrêter ces assassins.

207 pages

Prix imprimé : 23.70€ - COMMANDER

Prix téléchargé : 10.00€ - romans-ebooks-lesbiens/thriller-policier-lesbien/serial-killer-tome-1.html" style="text-decoration: none; color: #7e8407;">COMMANDER

 


 

 

PROLOGUE

 

Ne faites pas l’erreur de croire ce que vous voyez à la télévision. Le métier de profiler a été dénaturé par les médias, journalistes, auteurs de romans à succès ou encore scénaristes de série tv. Dans la réalité et en règle générale, un profiler américain ne se déplace pas sur le terrain et on ne confie pas non plus à une stagiaire du FBI comme Clarice Starlight – interprétée par Jodie Foster – un dossier aussi important que celui du célèbre serial killer Hannibal Lecter dans le « Silence des Agneaux ». Non, dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, la logique veut qu’un profiler américain travaille dans un bureau, enfermé, avec comme seuls supports à ses recherches des rapports détaillés, des photos, et toutes les pièces nécessaires qui lui permettront d’élaborer le profil psychologique du meurtrier.

Je n’assimile pas qu’on puisse établir le profil d’un tueur en série sans être allé sur le lieu de son forfait. Qu’il s’agisse du toit d’un immeuble, d’un appartement, d’un champ, le cadre physique de chaque meurtre a son importance, son atmosphère précise sa charge d’émotions qui permet de voir plus loin que des photos du lieu du crime. Les photos n’ont pas d’âme mais un environnement saura vous parler s’il a des choses à dire et si vous êtes attentifs.

Je m’appelle Sarah Leary, j’ai trente-trois ans. Rien ne laissait supposer que je travaillerais un jour dans la police. A vrai dire, j’étais journaliste au San Francisco Chronicle entre 2000 et 2005. En parallèle, je poursuivais mes études de psychologie à l’université de Stanford. A la fin de mon année, j’ai rédigé une thèse sur les Serial Killer. Celle-ci a été envoyée au directeur de la police de Los Angeles et j’ai été appelée pour les aider à résoudre une première série de meurtres. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, je suis lieutenant et travaille officiellement avec eux. J’ai ainsi aidé à l’arrestation de neuf tueurs en série (Ronald Willams, Samuel Mooney, Quentin Shiffer, Vince Logan, Nick Neilly, Martha Dostoïevskaïa, Joseph Springs, John Abigail et Scott Tremblay). Je ne suis pas à considérer comme une intervenante ni comme un psychologue privé. J’ai été assermentée, ai un bureau au sein du commissariat central de Los Angeles et mon travail est d’assister les inspecteurs qui décideront, ou non, de suivre mes conseils afin de traquer et d’arrêter ces assassins.

Voici mon histoire.

 

*********

 

— Post-mortem… Il l’a d’abord étranglée.

Sarah observa le cadavre : une femme de taille moyenne, blonde, svelte, de race blanche. La présence de coups portés au visage indiquait l’évidence d’un combat, d’un court affrontement. Pourtant, les lieux étaient en ordre : la victime connaissait son agresseur et avait été surprise au dernier moment.

— Elle s’appelle Jennifer Davis.

Sarah prit le portefeuille que lui tendait l’inspecteur et scruta la photo d’identité ; Jennifer Davis était une jeune femme de trente ans, plutôt jolie.

Depuis qu’elles étaient entrées dans l’appartement, Faith Ryan n’était pas étonnée du silence de sa collègue. Elle avait pris l’habitude de la voir ainsi, impliquée, attentive à chaque détail. Quand Sarah Leary étudiait la scène d’un crime, elle pouvait rester près de deux heures sur les lieux, sans un mot. Qu’elle soit profiler, qu’ils soient inspecteurs ou simples flics, découvrir pareille scène ne laissait personne indifférent.

Elle fixa le corps. Jennifer Davis avait été dénudée, allongée sur le dos, la tête tournée sur la gauche et les lèvres entrouvertes. Son regard vide présentait les stigmates de sa peur lors de sa mort, ses cuisses étaient écartées. Elle regarda aux alentours. Quelle arme l’assassin avait-il utilisée pour étrangler Jennifer Davis ? Le premier meurtre accusait le fil du combiné téléphonique soigneusement remis en place une fois le forfait accompli. Les yeux de Sarah se plissèrent sur une porte ouverte en face d’elle. Elle fit quelques pas vers la chambre et trouva une ceinture sur le lit. Le meurtrier avait pris soin, cette fois, de bien laisser en évidence l’arme du crime qui appartenait à la victime. Elle fit signe à Faith d’approcher et cette dernière récupéra l’objet qu’elle glissa dans un sachet en plastique.

Faith : J’imagine que c’est l’arme du crime… Je l’envoie au labo.

Sarah : S’il te plaît.

Faith lui sourit mais vit Sarah concentrée, imperturbable. Cette dernière retourna dans le salon, près de la table où le corps gisait inerte sur un tapis. Les lieux paraissaient chaleureux dans l'ensemble, comme chez la première victime, Lisa Hailey.

Sarah restait intriguée. Au cours des trois dernières années, ses études, son travail et les profils psychologiques dressés, avaient permis l’arrestation de plusieurs meurtriers, tous Serial Killers. L’important dans ce genre d’enquête était de lier chaque information trouvée. Les inspecteurs devaient interroger les voisins de l’immeuble, réunir les emplois du temps, celui de la victime et élaborer le degré de criminalité du quartier. Il y aurait d’autres pièces dont Sarah aurait besoin : le rapport d’autopsie, les analyses toxicologiques et sérologiques du laboratoire, la liste des suspects, l’enquête sur la victime, sa famille, ses amis... Autant de paperasse longue à établir dans les détails, mais importante au plus haut point. Sarah resta debout devant le cadavre et examina la pièce pour la énième fois. Elle devait s’imprégner de l’ambiance des lieux, se mettre à la place de l’assassin. Le trouver impliquait plusieurs choses : elle devait le comprendre, faire preuve d’empathie et découvrir ce qu’il cherchait à assouvir…

A chaque meurtre en série correspondait un fantasme, un besoin d’assouvir des pulsions. Comprendre ce fantasme permettrait à Sarah d’établir la genèse exacte de l’enfance du responsable. Ses antécédents sociaux étaient la clef.

 

*********

 

Une semaine plus tard.

Faith frappa à la porte du bureau de Sarah et entra en silence. Elle devinait que Sarah avait passé son week-end à travailler sur les deux crimes. En théorie, un serial killer était nommé comme tel à partir de trois forfaits, trois meurtres commis avec un certain intervalle de temps et dans des lieux différents. La presse et les journalistes s’étaient empressés de trouver un surnom à l’assassin : L’Étrangleur.

Sarah rageait de constater les fuites de certains services à l’intérieur même du commissariat ? Elle savait que les policiers étaient mal payés, mais le fait d’accepter des pots-de-vin dans ce genre d’affaire l’agaçait au plus haut point. Ce type d’appellation et médiatisation ne faisaient qu’encourager leur meurtrier à renouveler ses crimes et affirmer sa toute puissance.

En théorie, ce genre de meurtrier ciblait un type unique de victimes selon le sexe, l’âge ou encore la profession. Les médias pouvaient être utiles dans certains cas, mais leur aide s’avérait parfois être une arme à double tranchant. Sarah leva les yeux sur l’inspecteur et ôta ses lunettes.

Faith : Je voulais savoir si on pouvait discuter, savoir où t’en étais...

Ce qui indiquait à Sarah que l’enquête stagnait pour l’inspecteur Ryan. Les raisons en étaient simples : manque de lien entre les victimes, quantité importante d’informations, absence de témoin. Quand Faith n’avait pas de piste précise, Sarah intervenait et pouvait ainsi l’aiguiller à l’aide des siennes. Etablir un profil avec si peu d’éléments était complexe et elle avait besoin d’au moins quinze jours pour laisser mûrir son étude. Elle avait relié quelques comportements au vu des éléments psychologiques trouvés, mais ceux-ci en étaient déconcertants de similitudes.

Sarah : Tu peux t’asseoir, je vais te dire ce que j’ai, mais ce n’est qu’une ébauche.

Faith s’exécuta sans quitter Sarah des yeux. Elle appréciait particulièrement ce genre de moments, même anodins, pendant lequel elles se retrouvaient toutes les deux, seules dans les bureaux. Il était tard et comme tout bon fonctionnaire d’Etat, la plupart des agents étaient rentrés chez eux. Ceux qui restaient étaient  considérés comme impliqués dans leur travail et leur grade, proportionnel à leur dévotion.

Sarah ramena les documents devant elle et reprit depuis le début, comme si répéter chaque information lui permettait d’approfondir son étude.

Sarah : Pour les victimes... Âge similaire, la trentaine, dates de naissance différentes, jeunes femmes blanches, blondes, entre un mètre cinquante-cinq et un mètre soixante, hétérosexuelles. Jugées charmantes par leur entourage, célibataires, professions libérales ; l’une est médecin, l’autre avocate. Femmes carriéristes, indépendantes, peu d’amis, amants de passage, peu de loisirs.

Elle fixa l’inspecteur.

Sarah : Tout laisse supposer que le meurtrier est un homme de race blanche entre trente et trente-cinq ans. Il a longuement étudié ses victimes, les a approchées et mises en confiance puisque les appartements ne présentent aucun signe d’effraction. Il a un quotient intellectuel normal ou supérieur à la moyenne et a pu susciter l’intérêt de ces jeunes femmes…

Elle glissa le rapport des analyses d’autopsie devant Faith.

Sarah : L’étude A.D.N. des prélèvements de sperme ne correspond à aucun homme déjà enregistré dans nos bases de données. L’analyse des corps précise qu’aucune trace de peau, de cheveux ou de poil pubien n’a été retrouvée sur le corps des victimes. L’agresseur s’est caressé avant d’éjaculer dans la bouche de chacune des deux jeunes femmes.

Son regard se porta de nouveau sur Faith

Sarah : Il fréquente peut-être le corps médical voire la police. Il est informé des procédures destinées à le retrouver. Il est d’apparence arrogante, charmeuse, bel homme et discret, il semble sûr de lui, calme et ne craint pas l’autorité…

Jusque là, Faith comprenait les déductions de Sarah qui restaient pour l’instant assez basiques. La victimologie – l’étude des victimes – était tout aussi importante que la criminologie – l’étude de l’acte du meurtrier.

A travers les traits de personnalité des deux jeunes femmes, leurs trains de vie, leurs habitudes et professions, Sarah parvenait à juger des caractéristiques physiques et intellectuelles de l’assassin. Faith admettait ne pas toujours saisir les conclusions parfois tirées par les cheveux de Sarah, mais elle n’était pas la diplômée en psychologie et Sarah n’avait jamais fait d’erreur jusqu’à maintenant. Elle gardait son léger sourire continuant de l’écouter et prenait quelques notes, attentive.

Sarah : Les rapports d’autopsie présentent les mêmes marques de strangulation. Ceux de toxicologie prouvent qu’elles ne buvaient pas, ne fumaient pas et ne se droguaient pas. Leur hygiène de vie était normale. Elles sont mortes un samedi matin entre huit et neuf heures. Le meurtrier travaille la semaine, ce qui explique l’acte matinal du forfait. Il est très organisé, ponctuel et tout laisse à croire que ces deux meurtres ne sont pas les premiers. Aucun des voisins n’a remarqué de visites chez les concernées durant les trente derniers jours. L’assassin venait chez ses victimes pour la première fois. Pour seul kit, il a une paire de gants, ce qui explique l’absence d’empreinte sur le corps des victimes, les armes et lieux des crimes.

Elle se servit un verre d'eau et but quelques gorgées. Faith la vit prendre une pause, son regard sur les feuilles.

Faith : Sarah ? Ça va pas ?

Sarah hésita, se sentait troublée. Elle se pinça les lèvres et fixa Faith.

Sarah : Il y a une incohérence dans les rapports. L’autopsie déclare que les marques de strangulation sont légères, peu appuyées, comme si l’assassin n’avait pas de force.

La brune arqua les sourcils.

Faith : Il a peut-être pris son temps pour les tuer. Ils le font tous en général.

Mais Sarah rajouta.

Sarah : 6% des hommes tuent par strangulation, contre 47% chez les femmes.

La brune resta perplexe.

Faith : Tu crois que c’est une femme ?

Sarah : La présence de sperme prouve le contraire…

Faith : Alors ça pourrait être un couple ?

Sarah : Non… Il n’y a pas deux meurtriers et celui qu’on cherche n’est pas non plus un jeune homme ou un adolescent.

Faith ne la quitta pas des yeux et croisa les bras.

Faith : T’en déduis quoi ?

Sarah arqua les sourcils et se frotta le front du bout des doigts. Même si son étude se basait sur des faits, des preuves, des rapports scientifiques, son instinct lui criait que son profil comportait un défaut. Seulement, elle ne le voyait pas, semblait ne pas avoir assez de recul.

Sarah : Soit j’ai manqué un détail, soit c’est une femme. Conclusion illogique puisqu’il y a le sperme. Ou alors c’est un jeune homme dont la morphologie n’est pas développée ! Vous avez pourtant interrogé leurs anciens amants et tous ont une carrure sportive et une certaine musculature.

Faith : Il les a peut-être assassinées parce qu’elles ne voulaient pas de lui…

Sarah plissa les yeux ; elle avait songé à cela mais poursuivit.

Sarah : Non, les voisins n’ont pas entendu de dispute… Jennifer Davis et Lisa Hailey étaient des femmes de caractère, elles savaient ce qu’elles voulaient et il n’était apparemment pas question de négocier, que ce soit dans leur vie professionnelle ou vie privée. Le Tueur n’avait pas de relation intime avec elles et n’en voulait pas. Leurs relations étaient davantage basées sur de la confiance…

Sarah s’agaça et se cala dans son fauteuil avant de croiser les bras.

Sarah : En clair, tout ce que j’ai fait pendant une semaine ne nous avance pas plus. Je ne parviens pas à définir le mobile et je ne suis même pas sûre que ma genèse soit exacte.

Faith resta bras croisés, son regard posé sur les traits fins de Sarah.

Faith : Dis toujours…

Sarah : C’est assez contradictoire… En somme, tout laisse supposer que le meurtrier a été délaissé par sa mère pendant son enfance. Une mère carriériste, sadique, qui détestait les hommes et son fils par la même occasion. Il n’avait pas de figure paternelle et voyait certainement défiler les amants de sa mère. Les deux filles sont mortes asphyxiées, réduites au silence, du sperme dans la bouche… Il était témoin forcé des ébats de sa mère et la voyait se soumettre au désir des hommes. Elle exerçait une domination sur son fils et ses amants en même temps. Maintenant, il prend le rôle de ces hommes et à chaque victime, il tue sa mère, lui faisant payer d’avoir nourri sa propre excitation.

Elle remplit son verre d’eau en poursuivant.

Sarah : En tout cas, je suis certaine d’une chose, qu’il souffre d’un complexe d’Oedipe exacerbé et à travers chacune de ces femmes, il voit sa propre mère qui ne lui a jamais donné l’amour qu’il attendait. La violence et le sexe ont été ses repères en grandissant et ses fantasmes se sont développés. Il n’a jamais pu être un de ses amants, la morale ou la religion l’en empêchant et sa mère est morte quand il était jeune, le laissant abandonné et frustré.

Et Faith confirmait, suite à ce genre de déductions, qu’elle ne saisissait pas les analogies ou développements de Sarah.

Faith : S’ils sont deux ?

Chose peu probable songeait Sarah, mais elle répondit.

Sarah : S’ils sont deux, la compagne du meurtrier regarde. Elle regarde le crime tel que le tueur le faisait quand il était enfant. Elle prend la place de l’enfant soumis et il serait alors question de transfert sur chaque protagoniste.

Elle secoua la tête et baissa son regard sur ses notes.

Sarah : Mais ils ne sont pas deux, crois-moi ! Notre homme est célibataire, il vit seul, j’en suis sûre… Il agit seul… J’ai bien trop d’éléments alors que nous ne disposons que de deux cadavres. Il a laissé des traces volontaires, son schéma est parfait, pensé à la lettre… Je n’ai jamais vu deux crimes aussi similaires dans les détails. Un meurtrier laisse habituellement sa signature mais ne répète pas un crime de façon aussi calculée.

Elle fixa Faith qui ne la quittait pas des yeux, comme à son habitude et celle-ci changea complètement de sujet.

Faith : Ça te dit que j’aille chercher deux salades à côté et qu’on fasse une pause dîner ?

Sarah afficha un léger sourire. Peut-être était-il temps de prendre du recul, de libérer son esprit de ce dossier. Elle lança un coup d’œil sur sa montre ; il était neuf heures passé.

Sarah : Oui, tu as raison, il est tard.

Faith se leva.

Faith : J’en ai pour dix minutes.

Sarah la suivit des yeux et se cala dans son fauteuil. Elle soupira en silence et bascula sa tête en arrière. Ses mains sur son visage, les yeux fermés, elle ne contrôlait pas les flashs suggestifs des scènes de crimes qui se bousculaient dans son esprit, tentant de lui faire comprendre quelque chose. Elle ne pouvait l’empêcher. Consciente ou non qu’elle devait faire une pause, son esprit se perdait dans des réflexions incessantes.

Qu’avait-elle manqué exactement ? Ce crime n’était pas qu’une simple répétition comme elle avait déjà pu en voir. Les similitudes ou signatures semblaient si flagrantes, si nombreuses, que Sarah se demandait si le tueur ne se jouait pas d’elle. Elle savait d’expérience que chaque serial killer se répétait lors d’un forfait. Qu’il s’agisse du procédé, de l’arme du crime, du rituel pre ou post-mortem, chaque serial killer laissait une marque personnelle derrière lui. Et Sarah était là pour la trouver, la trouver afin de confirmer à ses collègues s’ils avaient à faire, ou non, au même meurtrier.

Elle considérait que le serial killer était un humain comme les autres. Telle une jeune femme s’exerçant à la cuisine, le meurtrier en série tentait souvent de nouvelles recettes, de nouvelles méthodes et n’oubliait jamais sa touche personnelle et indélébile de façon consciente ou inconsciente. Deux scènes de crime ne pouvaient donc porter deux fois les mêmes indices, sauf si l’auteur du forfait suivait à la lettre une recette déjà écrite par ses soins… ou par ceux d’un autre ? Sur cette dernière analogie, Sarah se redressa et pianota sur son clavier. Si son travail était de faire preuve d’une grande logique, son intuition la guidait souvent vers des pistes intéressantes.

Elle accéda à un programme, entra son mot de passe et une fenêtre officielle s’afficha. Le V.I.C.A.P. (Programme d'appréhension des criminels violents) lui permettrait d’identifier tous les meurtres similaires perpétrés depuis 1979. Qu’il s’agisse d’agressions sexuelles, de personnes disparues, de tentatives d’homicide ou d’homicides, chaque dossier important, résolu ou non, était archivé dans ce programme. Elle pianota sur son clavier, entra quelques mots dans les critères de recherche et la lança. Après quelques secondes, une fiche apparut sur son écran.

Ses lèvres se pincèrent, ses yeux sur la photo d’un meurtrier arrêté le 3 juin 1989. Elle avait vu juste : Dixon Anszczak, homme de trente et un ans, d’origine polonaise et résidant à New York, avait assassiné dix-huit jeunes femmes blondes par strangulation entre 1981 et 1989. Il  avait écopé de quatre cent dix-neuf ans de prison.

Elle accéda au profil, vérifia ses antécédents familiaux et sa genèse qui se rapprochait de celle dressée à Faith quelques minutes plus tôt. Elle se rassit dos à son fauteuil, son regard dans le vide. Elle était agacée, agacée de ne pas avoir fait ces vérifications plus tôt et d’avoir perdu deux semaines à réaliser ses études.

L’erreur venait d’elle cette fois ! Ces deux forfaits étaient une imitation, une « recette » appliquée et suivie à la lettre, une « copycat ». Pourtant, l’assassin avait obligatoirement commis une erreur. Imiter était déjà une erreur en soi. Peu importait la recette,

Sarah savait qu’il y avait sur ces clichés ou sur les lieux du crime, une trace, une marque propre au meurtrier. Elle devait se concentrer sur le fantasme de ce nouveau tueur. Hormis les provoquer, quel était son but ? Pourquoi reprenait-il le coup de pinceau d’un autre ? Continuerait-il son imitation en tuant seize femmes de plus ? Pourquoi avait-il choisi d’imiter Anszczak ? Souffrait-il des mêmes fantasmes ? L’auteur de ces forfaits était une personne passionnée pour en venir à reprendre le procédé d’un autre serial killer. Il n’avait pas choisi Anszczak par hasard.

Par son égo démesuré, il ne doutait pas un seul instant pouvoir leur faire face. Il était renseigné, éduqué, organisé et avait peut-être même accès au V.I.CA.P. Sarah ne devait rien laisser au hasard, devait être neutre et lister toutes les possibilités. Le but du Tueur était d’être découvert et de les provoquer. L’arrestation de cet Anszczak remontait à trente ans. Celui qui lui rendait hommage semblait bien informé. Etait-ce alors un mobile ? Sarah en doutait…

Si l’agresseur et la victime avaient un lien qu’elle devait découvrir, en existait-il un entre Anszczak  et le meurtrier ? L’homme qui imitait ce polonais n’était pas le premier imitateur dans l’histoire des serial killers, ce qui pouvait amener Sarah à se tromper dans toutes ses conclusions. En clair, elle repartait à zéro et la difficulté résidait désormais dans sa capacité à distinguer les deux tueurs.

La porte s’ouvrit sur Faith qui revint s’asseoir en face d’elle et sortit les deux salades d’un sac.

Faith : Je t’ai pris celle que t’adore, aux quatre fromages.

Sarah lui adressa un sourire amusé et récupéra sa salade.

Sarah : C’est la pizza aux quatre fromages, pas la salade, mais t’as de la chance, j’aime le fromage.

Faith plissa les yeux sur cette remarque et se reprit.

Faith : Ouais, en fait y’avait plus que ces deux-là…

Sarah saisit la fourchette en plastique et tourna l’écran vers Faith.

Sarah : Regarde ce que j’ai trouvé.

Faith s’exécuta, mais quand elle comprit que l'homme sur l'écran était un ancien serial killer emprisonné depuis trente ans, son expression refléta toute sa perplexité. Sarah expliqua…

Sarah : C’est un imitateur.

Faith la fixa, incertaine face à ses propres analogies et ce qui pouvait en découler. Devant sa mine plus perdue, Sarah sourit et commença à manger.

Sarah : Oui, je sais ce que tu penses, qu’on est dans une merde noire parce que ce gars a très bien fait son boulot…

Elle mâcha, appréciant le goût juteux des tomates de sa salade et reprit son explication en agitant sa fourchette.

Sarah : Le pourcentage de probabilités qu’il soit flic n’est pas négligeable… A cela, tu rajoutes les bibliothèques qui renferment les archives intégrales des différentes presses, sans oublier évidemment Internet qui te donne en quelques secondes une liste détaillée des sites énonçant tous les crimes commis par Etat, bien avant la création du V.I.C.A.P…

L’inspecteur Ryan dégustait son dîner, attentive aux explications de Sarah.

Faith : Un flic, ça collerait…

Sarah : Et je prie pour qu’il ne le soit pas.

Sarah était consciente qu’un homme de leur bureau aurait accès à toutes les informations, ce qui ralentirait l’enquête de façon considérable. Elle continua de manger, pensive comme à son habitude ; cette pause repas n’impliquait pas celle de son esprit.

Faith l’observait, appréciant de se retrouver seule avec Sarah. Certes, elle n’oubliait pas cette enquête ni les autres qu’elle avait en charge, mais pouvoir profiter d’un moment seule avec Sarah Leary était chose rare. Celle-ci termina son repas et jeta son récipient en plastique dans la poubelle. Elle imprima le profil de Dixon Anszczak, prit son sac à main sur ses cuisses et y rangea un premier dossier. Elle récupéra les feuilles et se leva.

Sarah : Je vais terminer de regarder ça chez moi… Il est tard et j’imagine qu’on est encore les dernières...

Faith se leva afin de suivre Sarah hors de son bureau. Elle glissa ses mains dans les poches de son pantalon tailleur et en sortit les clefs de sa voiture. Elle jouait d’instinct avec le trousseau et faisant tourner l’anneau métallique autour de son index. La plate-forme principale laissait apercevoir quelques inspecteurs qui travaillaient, penchés sur leurs dossiers. Elle aimait ce moment de la journée où un calme rare régnait dans le bâtiment. Suivant Sarah dans l’ascenseur, elle se cala contre la paroi et ne la quitta pas de ses prunelles noisette.

Faith : Tu sais que tu nous dis de faire des trucs que toi-même tu n’appliques pas ?

Sarah sourit sur cette question gentiment accusatrice. En théorie, Ce qu’elle demandait aux inspecteurs était simple : une fois hors des bureaux, il ne devait plus y avoir d’enquête, de meurtre, de victime ou de parents de victimes. Pour leur bien-être psychologique, ils devaient mettre un voile entre leur vie privée et le commissariat.

Sarah : C’est la notion du « faites ce que je dis mais pas ce que je fais ».

Les portes s’ouvrirent et Sarah sortit, suivie de l’inspecteur. Elle n’appliquait pas ses propres conseils pour deux raisons : la première, elle vivait seule, n’avait ni enfant, ni amant et pouvait se permettre de poursuivre ses études une fois chez elle ; la deuxième, même si elle s’obligeait à prendre du recul, son esprit restait en éveil constant, à l’affût de la moindre idée qui lui permettrait d’approfondir les profils des meurtriers.

Sarah s’arrêta devant sa voiture garée à côté de celle de la brune et ouvrit la portière. Elle ramena sa main sur l’arête métallique du toit et reporta son regard sur Faith.

Sarah : On se voit demain… Merci pour la salade et reposes-toi.

Faith la dévisagea, son regard pétillant comme souvent. Sur les idées qui la traversaient, son cœur s'affolait dans sa poitrine. Aurait-elle l’audace de faire ce qu’elle ne s’autorisait pas depuis des mois ? Le silence qui régnait traduisait son hésitation, la pression qui s’abattait sur elle. Pourtant, avant que Sarah ne se recule, elle ramena sa main sur sa joue et vint goûter à ses lèvres.

Sarah manqua une inspiration mais ne fut pas surprise… Faith avait osé faire ce qu’elle redoutait. Bien que professionnelle et plongée dans son travail, elle demeurait lucide et faisait parfaitement la différence entre un regard amical et amoureux.

A ce contact, Sarah aurait dû se reculer, mais la douceur des lèvres de Faith qui prenaient possession des siennes, la rendait plus faible, tentée de se laisser aller à un instant de tendresse. Cela faisait si longtemps qu’on ne l’avait pas embrassée… Les effluves de la brune étaient agréables, enivrants et Sarah percevait tant de douceur émaner de ce simple baiser.

Elle y répondit, sa main sur celle de l’inspecteur mais se recula lorsqu’un soupçon de raison lui cria de ne pas se laisser aller. Ses paupières se levèrent et ses yeux émeraude se plongèrent dans le regard brillant de Faith. Pourquoi avait-elle répondu ? Pourquoi l’inspecteur la détaillait-elle de façon si intense ? Pourquoi avait-elle failli ce soir alors qu’elle faisait mine d’ignorer l’attirance de Faith depuis des mois ? Elle sentit le pouce de cette dernière esquisser une légère caresse sur sa joue, puis ses doigts lui repousser quelques mèches dorées. Elle devait parler, devait mettre un terme à ce malentendu. Mais était-ce vraiment un malentendu ? Sarah se sentait perdue… De façon paradoxale, sa voix se fit plus basse.

Sarah : On doit pas, Faith…

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