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<a href=A toi pour toujours - Extrait roman lesbien" title="A toi pour toujours - Extrait roman lesbien" style="float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px; border: 1px solid black;" />Résumé : Lana Queen revient à Eastern Rock au Texas 15 ans après son départ pour New York... 15 années se sont écoulées et Lana n'est plus la jeune adolescente complexée par son poids dont la plupart des élèves de son lycée se moquaient. Personne ne la reconnait, pas même Kelli Marshall, 29 ans, dont elle était éperdument amoureuse quand elle n'avait que 16 ans. Leurs retrouvailles ravivent des émotions et des sentiments jamais éteints. Mais Lana était-elle prête à révéler à Kelli sa véritable identité et à assumer son ancienne vie ?

 

*  *  *

 

Située en bord de mer au sud du Texas, Eastern Rock accueillait chaque été les festivités des Sables. La petite ville était située entre le désert et la mer. La seule végétation consistait en des forêts de palmiers ou de cocotiers plantés autour de la ville et sur les plages s'étendant à perte de vue.

Quinze ans plus tôt, Lana Queen était partie après la fin du lycée pour tenter de poursuivre ses études à Houston, située à une centaine de kilomètres au Nord-est. Après une année d'Histoire de l'Art, de fêtes, de changements personnels et de rencontres en tout genre, elle avait rejoint New York pour travailler, sur les conseils d'un ami.

Revenir à Eastern Rock après tout ce temps ravivait des souvenirs lointains. La ville n'avait pas beaucoup changé. Les routes, les maisons, la station-service, le supermarché ou encore le Fresh Snack, où autrefois elle s'empiffrait de glaces, étaient toujours à leur place. Tout comme la maison de sa mère restée à Eastern Rock depuis son installation peu de temps avant sa naissance.

Lana arrêta sa Mercedes noire devant les haies parfaitement taillées et quitta sa voiture. L'instant suivant, elle frappait à la porte de son ancien chez elle où sa mère ne tarda pas à lui ouvrir.

— Ma chérie !

Celle-ci s'empressa de la prendre sans ses bras.

— Tu as encore trouvé le moyen de t'embellir depuis la dernière fois que je t'ai vue, ajouta-t-elle.

— Bonjour maman, répondit Lana en se reculant.

Molly ouvrit plus grand et accueillit sa fille dans leur demeure. On savait de qui Lana tenait ses grands yeux bruns et sa chevelure noire quand on les voyait côte à côte. Molly avait 62 ans, mais ne les faisait pas. Elle était de loin l'une des femmes les plus actives dans la petite ville d'Eastern Rock, avait d'ailleurs un don pour vendre ou louer des maisons aux nouveaux arrivants.

Lana parcourut son ancienne maison du regard...

— Tout est à sa place, commenta-t-elle. Rien n'a changé ici non plus.

— Tu sais que je ne suis pas souvent là alors je n'ai pas vraiment le temps de refaire la décoration.

Lana fit quelques pas dans le salon, suivie de sa mère qui reprit d'un sourire enjoué :

— ça me fait tellement plaisir que tu viennes me rendre visite. Alors raconte, comment se passe ton travail à New York ?

Lana se tourna vers sa mère. Bien entendu, sa réponse était toute faite, comme à chaque fois que Molly l'interrogeait sur son travail.

— Tout se passe bien maman, je vais sans doute avoir une promotion quand je rentrerai de vacances.

Car pour Molly, sa fille travaillait dans une agence de pub à New York, un travail respectable et sécurisant où elle pouvait envisager une carrière et un avenir. Elle fit cependant un constat et demanda :

— Et tes affaires ? Tu n'as pas de sac de voyage ?

— Non, je me suis dit que j'achèterais tout sur place, surtout pour la fête des Sables...

Lana ne comptait pas ses dépenses, là était un des nombreux avantages de son travail : l'argent. Elle aimait en avoir, aimait en dépenser et dépensait sans compter ! Et elle ajouta :

— Puis si jamais j'ai besoin, je pourrais t'emprunter une ou deux robes.

C’était un luxe que Lana n'aurait pu s'offrir auparavant, piocher dans la garde-robe de sa mère qui faisait aujourd'hui la même taille qu'elle. Elle se dirigea vers le couloir et demanda :

— Ma chambre est toujours là ?

Molly la suivit et répondit :

— Je n'ai touché à rien !

Le constat fut troublant quand Lana pénétra dans son ancienne chambre. Elle n'avait pas foulé le sol de cette pièce depuis quinze longues années. Le faire aujourd'hui la renvoya longtemps en arrière, à la fin de ses études. Ses livres scolaires étaient encore rangés sur son bureau. De vieux posters décoraient les murs ainsi que plusieurs photos d'elles et de certains de ses amis... Un soupçon de nostalgie la saisit avant que quelqu'un ne sonne à l'entrée et ne l'arrache à ses pensées.

— Je vais ouvrir, ça doit être Ryan...

Lana ouvrit grand les yeux :

— Ryan ? Tu as invité Ryan ? Maman ! Tu n'as pas fait ça !

Elle la suivit à travers le couloir tandis que Molly se dirigeait vers la porte.

— Je t'ai dit que je ne voulais pas le voir, ajouta-t-elle plus bas.

— C'est ton meilleur ami ma chérie. Il était si heureux quand je lui ai dit que tu venais !

Sans rien ajouter de plus, Molly ouvrit la porte, laissant Lana sur le fait accompli. Ryan se trouvait effectivement sur le palier et n'avait plus rien du jeune garçon qu'elle avait connu au lycée. Lui aussi avait changé, mais contrairement à lui, Lana avait eu les détails de ses changements par sa mère.

— Ryan ! fit-elle d'un sourire sincère... Bon sang ! ça fait tellement longtemps !

Le concerné avait levé les sourcils en regardant son ancienne camarade de classe et meilleure amie.

— ça alors ! Tu es devenue...

Il en perdait ses mots...

— Plus mince, termina Lana. Je sais...

— J'allais dire... Waouh, mais oui, en effet, tu n'as pas fait semblant.

— Toi non plus, répondit Lana.

Car tout comme elle, Ryan avait souffert de quelques problèmes de surpoids quand ils étaient au lycée, leur valant à tous les deux de passer de mauvais moments au regard des autres élèves. Ryan vint spontanément l'enlacer et Lana l'imita avant de se reculer :

— Je suis contente de te voir, dit-elle enfin...

— Tu aurais pu me le dire, l'accusa-t-il. Toutes ces fois où on s'est écrit, après tous nos mails, tu aurais pu me dire que tu étais devenue une vraie femme fatale.

Lana pinça un léger sourire et Molly l'invita :

— Entre, ne reste pas sur le palier. Je vais nous servir à boire...

L'instant suivant, tous trois étaient installés sur le canapé, Molly se faisant une joie de répéter à Ryan combien Lana réussissait sa carrière de directrice de rédaction à New York, et Ryan acquiesçant aux informations que Lana lui avait fournies au fil des années. Même s'ils ne s'étaient pas écrit chaque jour, Lana avait su les grandes lignes de sa vie et de ceux qu'ils avaient connus au lycée. Un sujet, un seul n'avait jamais été abordé, par refus de Lana et pourtant, elle ne put s'empêcher quand Molly fut éloignée :

— Comment va Kelli ?

Ryan sourit sur cette question et répondit simplement :

— Elle va bien... Elle a repris le ranch et je suis sûr qu'elle sera contente de te revoir !

Lana se tendit, les sourcils froncés et réagit aussitôt d'un ton vif :

— Elle ne doit pas savoir que je suis là !

— Pourquoi ça ? interrogea Ryan sans comprendre... Tu n'es plus la même, Lana, ça va lui faire un choc quand elle va voir comme tu as changé.

— Je suis la même, se défendit la concernée. La même Lana qu'avant et je t'interdis de lui dire que je suis revenue.

— Elle finira par le savoir.

— Non, pas si tu tiens ta langue et maman tiendra la sienne.

Ryan fronça les sourcils, incertain. Il avait été le meilleur ami de Lana et de ce fait, son confident. Il avait su l'attirance de Lana pour sa sœur quand ils étaient plus jeunes. Une attirance qui n'avait pas été réciproque à l'époque du lycée en raison de leurs âges respectifs et de leurs centres d'intérêt plus que divergents. Lana hésita, faisant mine de ne pas s'intéresser à Kelli, mais demanda :

— Est-ce que... est-ce qu'elle a rencontré quelqu'un?

Cette question fit naître un sourire taquin sur les lèvres de Ryan qui répondit :

— Non...

Et cette réponse ne put que soulager Lana qui, bien sûr, avait prié secrètement au fond d'elle à ce sujet.

— Ce qui te laisse toutes tes chances, surtout dans ce corps de déesse, reprit Ryan... Si je n’étais pas ton meilleur ami, que je ne t'avais pas vue t'enfiler un plat entier d'ailes de poulet à la sauce barbec', je pourrais être attiré...

Lana rit sur ce rappel. Ryan et elle avaient pratiqué des jeux quelque peu douteux ou concours stupides consistant à avaler des plats en un temps record. Elle reprit malgré tout son sérieux :

— Je ne veux pas qu'elle sache, Ryan, je ne plaisante pas. ça serait trop...

Elle chercha ses mots un instant :

— Trop injuste. Pour l'ancienne moi, je veux dire !

— Je ne vois pas d'injustice quand je te regarde. Tu pourras parler d'injustice quand tu verras Rebecca Moore que Pete a plaquée après son accouchement. La pauvre n'a pas perdu les vingt ou trente kilos qu'elle a pris. Elle est devenue dépressive et boulimique...

Rebecca Moore était l'ancienne Reine du lycée et malgré tout, ce genre d'annonce faisait de la peine à Lana. Elle était consciente que Ryan ne lui annonçait pas cette nouvelle pour la réjouir ou pour se moquer de Rebecca. Eux, mieux que personne d'autre, savaient ce qu'étaient les regards moqueurs et méchants. Elle recentra la discussion :

— Ne change pas de sujet. Je t'interdis de lui dire qui je suis.

— Comme tu veux, dit-il finalement. Mais tu te débrouilleras seule avec tes mensonges.

Lana pensa qu'avec le temps, elle avait pris l'habitude de mentir. Grâce au ciel, elle avait également une excellente mémoire et ses mensonges se résumaient toujours aux mêmes depuis plusieurs années déjà. Elle n'aurait donc pas à beaucoup mentir, si ce n'était peut-être pour s'inventer une nouvelle identité et une vie qui irait avec...

 

*  *  *

 

Toutes les villes, tous les villages avaient leurs habitudes, leurs coutumes et leurs célébrations. Eastern Rock attendait le festival des Sables d'une année à une autre. Après douze mois de dur labeur, les habitants pouvaient enfin se relâcher, apprécier les divertissements pittoresques et chaleureux de ces cinq jours. En plein été, le temps était idéal et les touristes de la région en profitaient autant que les locaux. Malgré son bord de mer, les particularités de son environnement, Eastern Rock demeurait une petite ville typique du Texas où tout le monde se connaissait, partageait les rumeurs, les dernières nouvelles. Peu de choses changeaient au fil des ans et même le vieux Bob défiait le temps, demeurait assis dans son fauteuil devant le barbier, la pipe aux lèvres...

Quelques façades avaient été rénovées, les rues améliorées, sécurisées, certains magasins agrandis, d'autres, installés. Pour la fête des Sables, des banderoles décoraient les avenues, de petits stands bordaient les trottoirs et proposaient nourritures, jeux, souvenirs et bibelots en tout genre. Le cœur de la fête se situait dans le large parc non loin du lycée. Toutes les générations se regroupaient à cet endroit, autour des manèges, des petits chapiteaux où des groupes de musique jouaient.

Quinze ans plus tard, rien n'avait changé ou presque, aux yeux de Lana. Elle reconnut Thomas White qui, contrairement à Ryan, n'avait pas perdu ses kilos ni ses cheveux roux. Il semblait pourtant heureux, souriait, assis près d'une femme qui tenait un bébé auquel il donnait à manger à l'aide d'une petite cuillère. Plus loin, d'autres jeunes lycéens et lycéennes s'étaient réunis au pied de la grande roue. Les garçons entre eux débattaient certainement du moment le plus opportun pour s'approcher des filles.

Puis des sifflements grossiers résonnèrent. Lana tourna la tête pour identifier leurs émetteurs. Près du grand enclos se trouvaient cinq garçons qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître. William, Tod, Pete, Fincher et Brody avaient fait partie de l'équipe de foot de son lycée quinze ans plus tôt. De toute évidence, ils n'avaient plus leurs groupies autour d'eux et leur QI d'huître n'avait semble-t-il pas beaucoup évolué malgré les années.

Elle continua d'avancer, préférant ignorer leurs "appels" avant de voir Ryan, ponctuel, à leur point de rendez-vous assis à une table du Rancho Texan, le meilleur restaurant de la ville. Elle s'apprêta à avancer, mais un bras la retint :

— Hey, excuse-moi.

Lana se dégagea et se tourna en reconnaissant aussitôt Brody qui lui sourit :

— Tu n'es pas d'ici toi, pas vrai ? Tu voudrais pas venir avec moi et mes amis, on a de quoi t'offrir de bonnes bières, les meilleures du Texas.

— Non, ça va, merci...

— Allez ma jolie, tu vas pas passer ta soirée toute seule...

— Elle est avec moi, intervint Ryan qui n'avait pas quitté la scène des yeux.

Brody se tendit sur l'arrivée de Ryan Marshall, mais n'hésita pas à lui répondre :

— Avec toi ?

Lana s'empressa de confirmer pour que la situation ne dégénère pas :

— Je suis avec lui et vous feriez mieux de retourner d'où vous venez...

Mais Brody n'en crut pas un mot et quand Ryan s'approcha pour tenter de l'éloigner, il le repoussa brusquement.

— Dégage, Marshall !

Désormais, Ryan savait se défendre et, bien plus musclé que gras, il ne se fit pas prier pour répondre à l'attaque de Brody. Il le prit par le col de sa chemise et le recula sans ménagement.

— Tu me touches pas, ok ?!

Brody se débattit rageusement, mais une troisième personne se mêla à l'affrontement.  Kelli Marshall, la sœur de Ryan, s'interposa entre eux et les repoussa loin l'un de l'autre. Du haut de son mètre soixante-douze, aidée par une carrure imposante, elle n'eut aucun mal à intervenir.

— Hey ! fit-elle en levant le ton.

Elle tourna les yeux vers Brody qui s'écria sans attendre :

— Tu vas me le payer !

Il voulut repartir à la charge, mais Kelli lui barra le passage et le repoussa, les deux mains sur son torse.

— Tu te calmes, ok !

Autour d'eux, les passants, les personnes présentes s'étaient arrêtés pour regarder, curieux.

— Dis à ton putain de frère de pas me chercher ! rétorqua Brody d'un ton agressif.

Kelli n'avait jamais craint les garçons. Élevée par leur père, elle avait davantage grandi dans un environnement masculin que féminin. Et ici, tout le monde la connaissait, savait bien qu'elle n'avait pas peur des intimidations et qu'elle savait se battre.

— Et toi, tu ferais mieux de la fermer, répondit-elle sèchement, va plutôt voir ailleurs.

Vexé et blessé dans sa fierté, Brody rajusta sa chemise, jeta un regard noir à Ryan et se résigna à faire demi-tour.

Lana avait senti ses joues brûler sur l'intervention de  Kelli et, Dieu merci, l'obscurité dissimulait ses rougeurs. Comment pouvait-elle ne pas se faire remarquer si, dès le deuxième jour de son arrivée, une bagarre éclatait par sa faute ? Elle croisa alors le regard de Kelli, perçut malgré elle une sensation chaude, familière remonter du bas de son ventre jusqu'à sa poitrine. Venait-elle de la reconnaître, fut alors sa première question. Mais elle entendit :

— ça va ?

Ses sourcils se levèrent un instant, car elle ne sut quoi répondre les premières secondes.

— Oui...

Ryan intervint à son tour :

— J'aurais pu m'en occuper, je te signale !

Kelli leva les sourcils devant l'accusation de son petit frère. Ryan avait maigri, s'était musclé, mais restait son petit frère...

— Un merci serait sympa...

— Merci quoi ? D'avoir anéanti ma virilité en une fraction de seconde ? Je maîtrisais la situation !

— Tu maîtrisais rien du tout ! Brody aurait ameuté ses potes et tu te serais fait massacrer...

Elle secoua la tête, exaspérée par l'ego masculin que son frère avait travaillé avec ses muscles ces dernières années. Elle tourna les yeux vers la jeune femme en sa compagnie et prit le temps de la détailler. Elle comprenait les raisons pour lesquelles une bagarre avait démarré entre son frère et Brody... Elle reporta les yeux sur Ryan et demanda :

— C'est ta nouvelle copine ?

Ryan leva d'abord les sourcils et sa voix ne fit qu'une avec celle de Lana :

— Non...

— Nous ne sommes pas ensemble, renchérit Lana.

— C'est une amie...

Mais Ryan se souvenait de la demande de Lana de ne pas révéler qui elle était et se perdit alors en voulant la présenter...

— C'est...

— Regina, l'interrompit Lana... Je m'appelle Regina... Et Ryan est un ami... Un vieil ami de... De Lana... Qui est ma sœur.

Que venait-elle de dire, se demanda Lana tandis que Ryan la regardait d'un air lui signifiant "tu n'as jamais eu de sœur."

—  Demi-sœur, précisa-t-elle... Lana et moi avons la même mère.

Kelli fronça les sourcils dans ses réflexions. Elle se rappelait de Lana, la meilleure amie de son frère avec qui elle passait tout son temps. Parfois, elle venait dormir chez eux. Une fois de plus, elle détailla Regina dont la beauté ne passait pas inaperçue, surtout dans cette petite ville. En effet, elle lui trouvait un petit air de ressemblance avec Molly, sa maman.

— Salut, Regina, moi c'est  Kelli, se présenta-t-elle, je ne savais pas que Lana avait une sœur...

Et pour cause, Lana avait improvisé, prise sur le fait. Ryan la surprit en train de regarder  Kelli avec beaucoup trop d'insistance et intervint :

— Lana est une petite cachotière que veux-tu ! On doit te laisser, nous allions manger.

Kelli acquiesça d'un signe de tête. L'amie de Ryan attirait tous les regards. Celui de  Kelli s'attarda un instant sur elle avant qu'elle ne réponde :

— Ok, je vous laisse, alors, fit-elle simplement, bonne soirée.

Elle s'éloigna sans un mot de plus. Son frère avait sûrement l'intention de tenter sa chance avec Regina et il avait raison. Cette femme avait tout pour elle et bien plus que cela encore. Elle n'en revenait pas de songer au fait qu'elle était la demi-sœur de Lana. Malgré leurs différences de caractère, de points de vue sur certaines choses, Ryan et elle étaient restés proches l'un de l'autre. Mais Ryan avait toujours eu son jardin secret, nourrissant d'ailleurs quelques railleries de la part de Kelli. Regina devait faire partie de ce côté dissimulé chez son frère. Après tout, il n'avait pas tort de vouloir protéger son amie. À peine arrivée, celle-ci éveillait toutes les convoitises et les esprits s'échauffaient.

A suivre dans la version intégrale

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Quelques avis des lecteurs :

Atoi

 

Sentiments troublants - roman <span class=lesbien" border="0" />Résumé : Lana Queen et Emma Nollan sont collègues et amies depuis l'intégration d'Emma à la section criminelle de New York. Un soir, tandis qu'Emma décide d'oublier ses contrariétés à une table de poker, tout bascule et c'est le drame. Lana reçoit un appel des services d'urgences. Emma est hospitalisée, grièvement blessée par balle. Quand Lana interroge Emma sur les raisons de son agression, Emma refuse d'abord de se confier mais finit par avouer que l'agresseur est une femme, une ancienne petite amie avec qui elle est sortie des années auparavant. Troublée par ces aveux, Lana est prête à tout pour la sortir de ce mauvais pas... jusqu'à ce que l'enquête finisse par les rapprocher. Lana comprend dès lors que les sentiments d'Emma à son égard vont bien au-delà de l'amitié.

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Format Ebook pour les membres premium.

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Chapitre 1 

Certaines personnes faisaient parfois le choix de passer de l'autre côté. Sexuellement parlant. Un père ou une mère violents, des compagnes ou compagnons trop envahissants, amenaient certains à détester les gens du sexe opposé pour se convertir au plaisir de la chair avec des partenaires du même sexe. Certains trouvaient des explications à leur sexualité, d'autres n'en trouvaient pas. Il arrivait que les hétéros virent homos pour X ou Y raison. Par volonté, curiosité ou simplement de façon naturelle. Certains ne se posaient pas de questions et goûtaient aux deux côtés.

Emma Nollan avait pris le contrepied de ces généralités. Aucun de ses amis et collègues à la police criminelle de New York n'aurait pu deviner ses antécédents privés, car Emma ne se confiait jamais, à personne. Elle se consacrait corps et âme à son travail, car sa vie en dehors du commissariat était un désastre.

Tout avait basculé l'avant-veille de Noël après son travail à Atlantic City. On l'avait appelé pour une urgence, elle était sortie en laissant son fils de sept ans seul chez elle et à son retour tôt le matin, un coup de feu avait retenti tandis qu'elle se trouvait sur le seuil de la porte. Jamais Emma n'oublierait ce matin-là. Jamais elle n'oublierait le temps qu'il faisait, les odeurs du couloir de son appartement et la détonation de son arme résonnant chaque nuit dans son sommeil. Elle était entrée chez elle, tremblante, avait marché jusqu'à sa chambre et avait trouvé Timmy allongé sur le sol, baignant dans une mare de sang. Après sa compagne, on lui avait arraché son fils et jamais elle ne se pardonnerait de ne pas avoir été plus vigilante. Son refuge avait d'abord été son travail en tant qu'inspecteur au commissariat d'Atlantic City. Et en dehors du bureau, elle avait découvert l'adrénaline des jeux clandestins. Quoi de plus normal dans la seconde ville d'Amérique réputée pour ses Casinos et club de strip-tease. Malgré ses écarts, malgré ses drames, Emma s'était relevée. Au fil des semaines, des mois, elle avait tout fait pour que sa vie se stabilise. Elle avait même rencontré une fille sympa du nom de Karen. Une fille qui ne posait pas de questions, qui ne rejetait pas ses allures garçonnes. Seul soutien de son entourage en dehors de la section, Karen était devenue sa marraine puis son amante, mais ce soir, avant même qu'elle ne quitte le commissariat, Karen l'avait appelé pour lui dire qu'elle ne serait pas là quand elle rentrerait... Alors Emma non plus ne rentrerait pas chez elle, pas plus qu'elle n'irait dans un bar pour oublier cet énième fiasco dans sa vie privée. Son refuge en cet instant n'était autre que le grand Casino de New York sur la Cinquième. Machines à sous, tables de poker, blackjack, roulettes, seule l'ambiance de ces lieux baignés par le vice et la luxure apaisait ses tourments. Dans son esprit résolu à ne plus songer à l'avenir, chacun était libre de se détruire comme il l'entendait. Pour Emma, ce n'était ni l'alcool ni la drogue, mais l'adrénaline du jeu, la dépendance absolue à un plaisir éphémère, consistant à regarder des cartes se retourner sur un tapis. Le poker était une addiction destructrice à d'infimes secondes qui la sortaient de son néant avant qu'elle n'y sombre à nouveau une fois ce laps de temps écoulé...

 

*  *  *

 

"Je n'ai pas besoin de te parler, j'ai besoin de prendre l'air !"

Tels avaient été les derniers mots d'Emma ce soir avant que Lana Queen ne quitte les bureaux à son tour. Elle n'avait jamais vu Emma dans un tel état. Jamais sa collègue n'avait été aussi froide, distante, agressive et vindicative à son égard. Ses collègues et partenaires de terrain, Connor Morran ou Somers Harris, lui avaient souvent répété qu'Emma la considérait comme un exemple à suivre au sein de la section, et pourtant, sa réaction envers elle avait été pleine de rancœur, comme si Emma la rendait responsable de l'échec de leur dernière enquête. Pete Alexander, soupçonné de meurtre, avait été reconnu non coupable par les jurés, une affaire dans laquelle Emma s'était investie.

— Tu viens au lit ? lança Sean qui revenait de la salle de bains une serviette autour de la taille.

Lana sortit de ses songes, assise sur le canapé, les jambes repliées sous ses fesses. Depuis quelques mois, Sean Lockley, son ancien collègue, vivait avec elle. Ils avaient été amants par le passé, l'étaient à nouveau depuis qu'une enquête commune les avait rapprochés. Lana s'était laissé charmer par les avances de son ancien équipier qui lui apportait tendresse et sécurité.

— J'arrive dans un instant, répondit-elle.

Sean se pencha par-dessus le canapé et posa un baiser sur son front.

— Ok, à tout à l'heure alors.

Il s'éloigna et Lana récupéra son téléphone portable sur la table basse. Elle avait envoyé plusieurs messages à Emma, sans réponse. Elle était inquiète, tendue, tiraillée par un mauvais pressentiment. Elle connaissait le background d'Emma, savait à quel point certains flics pouvaient basculer quand tout allait mal. Et pour Emma, ce qu’il s'était passé aujourd'hui au tribunal était certainement la goutte d'eau. Elle soupira en silence et se leva finalement. Peut-être angoissait-elle pour rien... Peut-être Emma était-elle déjà profondément endormie dans son lit et serait de meilleure humeur demain matin au bureau...

Elle s'apprêta à partir vers le couloir quand son téléphone sonna. Elle vérifia le numéro inconnu et décrocha :

— Oui ?

# Inspecteur Queen ?

— Oui c'est moi, qui est à l'appareil ? demanda-t-elle d'un ton inquiet.

# Je suis l'infirmière Holden, je vous appelle de l'hôpital Mercy. Nous devons signaler à la police les blessures par balles et Emma Nollan a demandé à ce que nous vous prévenions avant d'être emmenée en salle d'opération.

Le sang de Lana se glaça d'effroi. Une agression par balles ? Emma était emmenée en salle d'opération ?

— Je... J'arrive tout de suite, dit-elle sans attendre.

Elle raccrocha, se précipita vers la chambre tout en ôtant son pantalon de satin et son débardeur en coton.

— Emma est à l'hôpital, annonça-t-elle à Sean.

Ce dernier se redressa aussitôt, vêtu d'un simple short en tissu.

— Quoi ? Emma ? Tu parles de Nollan ? Qu'est-ce qui se passe ?

— J'en sais rien, répondit Lana en enfilant rapidement un pantalon... Quelqu'un lui a tiré dessus.

Sean se leva.

— Attends, je t'accompagne.

— Non, fit Lana. Je dois y aller, je t'appelle plus tard.

Sean la vit quitter la chambre tout en boutonnant son chemisier. Si Lana préférait y aller seule, alors il se résignerait à l'attendre jusqu'à son coup de fil...

 

*  *  *

 

Le jour se levait sur la ville de New York et Lana avait patienté jusqu'alors dans une salle d'attente du bloc opératoire. On lui avait dit qu'Emma était arrivée seule à l'hôpital, couverte de sang, avant de s'effondrer par terre et de donner son nom et son numéro de téléphone. Lana n'avait pu obtenir aucun autre détail de la part du personnel.

Un médecin approcha et Lana demanda :

— Comment va-t-elle docteur ?

— Elle est hors de danger, répondit-il. La balle s'était logée non loin des poumons et l'extraction a été plus longue que prévu.

— Est-ce qu'elle vous a dit quelque chose, est-ce qu'elle vous a parlé ?

— Non, elle a juste eu le temps de nous dire de vous prévenir avant de perdre connaissance. Nous avons constaté plusieurs fractures aux côtes en plus des blessures multiples au visage et aux poings. Elle avait bu. Ses analyses de sang ont révélé un taux d'alcoolémie à un gramme dix et de toute évidence, elle s'est battue avant qu'on ne lui tire dessus.

— J'aimerais la voir si elle est réveillée...

— Vous allez devoir attendre quelques minutes, le temps de la conduire en chambre, mais elle est encore très faible alors je vous demanderai de ne pas rester trop longtemps.

— Entendu, répondit Lana.

Quelques minutes plus tard, Lana entrait dans la chambre d'Emma. Sa collègue n'était pas la première jeune femme qu'elle venait voir à l'hôpital et qu'elle constatait blessée après une agression violente. Mais connaître une victime rendait la tâche bien plus difficile psychologiquement, contrairement à ses enquêtes pour la section. Elle s'approcha du lit d'Emma et constata aussitôt les blessures sur son visage. Ecchymoses, griffures, rougeurs témoignaient effectivement d'un affrontement musclé.

— Hey, fit-elle d'une voix basse.

Emma cligna doucement des paupières en tournant la tête vers l'agréable voix qui venait de l'appeler. C'était la deuxième fois cette année qu'elle se réveillait à l'hôpital après une opération. C'était également la deuxième fois qu'elle se faisait tirer dessus en trois ans de service.

— Hey, fit-elle d'une voix presque imperceptible.

Lana s'arrêta à sa hauteur et, d'un geste naturel et rassurant, prit doucement sa main qu'elle serra dans la sienne. En quinze ans à la section criminelle, Lana avait développé ce don naturel d'empathie mêlée de douceur avec les gens qu'elle appréciait et parfois même avec les victimes.

— Comment tu te sens ? demanda Lana.

Malgré la morphine, Emma souffrait. Peut-être étaient-ce des douleurs plus mentales que physiques d'ailleurs, car son orgueil en avait pris un coup cette nuit, et pas qu'un seul...

— Merci... D'être venue... dit-elle difficilement.

Lana tenta un sourire qui révéla malgré elle toute son inquiétude. Voir Emma perfusée, de fins tuyaux sortant de ses narines, des blessures sur le visage, la bouleversait.

— Je vais avoir besoin que tu me dises ce qu’il s'est passé cette nuit. Est-ce que tu sais qui t'a tiré dessus ?

Emma ferma les yeux un bref instant avant de les rouvrir sur Lana.

— Personne ne doit savoir... S'il te plaît...

Lana fronça les sourcils sur ces mots, cette requête qu'elle n'avait pas attendue et qu'elle ne pouvait pas non plus accepter en voyant l'état de sa collègue. Sa tête légèrement penchée sur le côté, elle tenta de la raisonner :

— Tu sais que je dois en référer à Becker. Tu as été agressée, tes blessures sont graves, on doit ouvrir une enquête et retrouver le salaud qui a fait ça.

Une nouvelle fois, Emma ferma les yeux en signe de dénégation puis reprit avec difficulté :

— Je t'en prie... Lana... Pas Becker...

Lana voyait la blonde bien trop affaiblie pour pouvoir parler et avant qu'elle ne puisse lui répondre, elle vit Emma fermer les yeux et s'endormir sous l'effet des calmants. Elle relâcha sa main et se recula en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Elle finit par quitter la chambre et rejoignit un comptoir où se trouvaient plusieurs infirmières :

— Bonjour, je suis l'inspecteur Queen. Savez-vous qui m'a appelée cette nuit pour me prévenir de l'arrivée de l'inspecteur Nollan ?

— Un instant, répondit l'une d'elles, je vais vérifier.

Lana la vit pianoter sur le clavier de son ordinateur et reprit :

— C'est Helena Carusco, elle était de garde jusqu'à cinq heures. Elle a fini son service il y a deux heures.

— A-t-elle prévenu quelqu'un d'autre ? interrogea Lana.

— Non, ce serait noté sur la fiche de la patiente.

Par chance, l'hôpital n'avait donc pas prévenu directement le commissariat ou le 911, habitué à la voir intervenir avec d'autres de ses collègues. Lana réfléchit rapidement et reprit :

— Je dois m'absenter quelques heures, pouvez-vous me prévenir dès qu'Emma Nollan sera réveillée ? Il me faudra l'interroger.

— Bien sûr, nous vous appellerons inspecteur Queen.

— Merci.

Sans rien ajouter, Lana s'éloigna en numérotant. Elle devait prévenir Sean que la blonde était saine et sauve, mais elle devrait aussi se décider à parler de cette agression à son capitaine et aux autres membres de l'équipe, malgré la demande d'Emma.

 

*  *  *

 

Une heure plus tard, Lana passait les portes d'ascenseur des bureaux de la section. Elle était rentrée chez elle prendre une douche et un café avant de rejoindre le commissariat. Comme souvent, elle arrivait avant les autres inspecteurs de la section.

Elle posa sa veste sur le dossier d'une chaise, ainsi que son sac à main, avant de se tourner vers la porte du capitaine. Lui aussi arrivait de bonne heure et Lana avait finalement décidé de lui parler. Elle avait confiance en lui quoiqu'en dise Emma. Elle s'approcha de la porte et n'eut pas le temps de frapper que celle-ci s'ouvrit sur Becker.

— Bonjour Lana. Entre, je t'attendais.

Lana s'exécuta, comprenant que le capitaine avait également quelque chose à lui dire.

— Que se passe-t-il ? interrogea-t-elle aussitôt.

Becker passa derrière son bureau, récupéra un insigne doré qu'il lui tendit.

— Puisque tu as officiellement réussi le concours, voici ta nouvelle plaque, Sergent Queen.

Lana eut un léger sourire, son regard humble sur son nouvel insigne. Elle avait longuement réfléchi avant d'accepter de passer le concours de Sergent, mais cette promotion était dans l'ordre des choses après treize années de bons et loyaux services au sein de la section. Le temps était venu de prendre un peu de recul sur le terrain et d'encadrer les nouveaux inspecteurs comme Nollan ou Morran.

— Merci.

— Tu le mérites, dit Becker en retournant derrière son bureau.

Lana se reprit, rangea l'insigne dans la poche de son pantalon tailleur avant d'approcher du bureau du capitaine. Plusieurs dossiers étaient ouverts, sa tasse de café fumante près du clavier de son ordinateur.

— Je dois vous parler moi aussi, tenta-t-elle. C'est au sujet d'Emma. Elle a été agressée cette nuit et quelqu'un lui a tiré dessus...

Becker fronça aussitôt les sourcils sur ces paroles, ses mains sur le bord de son bureau.

— Comment ça ? Où est-elle ?

— À l'hôpital, dit Lana... Je l'ai vue ce matin après son opération. Elle était dans un sale état. Elle m'a dit de ne rien dire à personne, surtout pas à vous, et pourtant elle est parvenue à demander à quelqu'un de m'appeler avant qu'on ne l'opère.

Becker resta un instant silencieux, les sourcils froncés. Que se passait-il avec Emma Nollan ?

— On ne peut pas ignorer son agression, dit-il aussitôt.

— Alors on ouvre une enquête ? renvoya Lana.

— Tâche d'abord de voir ce qui s'est passé et tiens-moi au courant.

— Et pour les autres ? Est-ce qu'on doit les prévenir ?

— On en reparlera quand il sera temps.

— Très bien, répondit Lana. L'hôpital doit me rappeler dès qu'elle se réveille, j'irai lui parler.

Elle quitta le bureau et rejoignit le sien tandis que Morran arrivait à son tour, suivi de Somers qu'elle salua. Elle expliqua brièvement qu'Emma serait absente aujourd'hui, pour des raisons personnelles, puisqu'une autre affaire exigerait toute leur concentration.

 

*  *  *

 

Emma ne se réveilla qu'en fin de journée, plus consciente que jamais en réalisant qu'elle était encore en vie, mais clouée à ce lit d'hôpital. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge collée au mur qui indiquait six heures et demie. Mais elle n'avait aucune idée du jour précis. Son abdomen la faisait souffrir à de multiples endroits malgré les antidouleurs injectés à travers les perfusions. Sans même attendre qu'on vienne la voir, elle appuya sur un bouton d'assistance pour appeler quelqu'un. Une infirmière entra après un court instant et approcha :

— Vous avez besoin de quelque chose ?

— Quel jour on est ? demanda-t-elle aussitôt.

— Mardi. Vous êtes arrivée hier.

Emma se rassurait au moins un peu. Cela signifiait qu'elle ne s'était absentée qu'une journée à la section. Mais c'était une journée de trop, songeait-elle aussi.

— J'aimerais sortir, reprit-elle. Et pas dans trois jours si vous voyez ce que je veux dire.

— Je ne pense pas que le docteur Shill ait prévu votre sortie aujourd'hui, mais je vais voir s'il est disponible pour qu'il vienne vous voir.

Emma ne passerait pas une nuit de plus ici, se disait-elle en regardant l'infirmière quitter la chambre. Même si elle l'avait échappé belle, même si elle se souvenait de la douleur insoutenable perçue quand elle avait rejoint l'hôpital Mercy par la force de sa seule volonté, il était temps de partir. Elle devait rentrer chez elle, faire le point, réfléchir. Car son agresseur avait certainement attendu devant son écran de télé que les médias annoncent le meurtre d'un inspecteur de police. Et sans cette annonce, il se rendrait compte qu'elle était encore en vie et il chercherait à la retrouver. Du coin de l'œil, elle aperçut une silhouette entrer dans la chambre. Ce ne fut pas celle du médecin, mais de Lana. Elle se souvenait de sa venue avant que l'inconscience ne l'emporte. Une pointe d'anxiété la saisit en se demandant si Lana avait prévenu les autres.

— Salut, fit-elle.

À sa voix éraillée, Lana comprit qu'Emma était encore faible et fatiguée.

— Salut, répondit-elle en approchant du lit. Alors ? Comment tu te sens depuis ce matin ?

— Mieux, répondit Emma sans grande certitude. J'ai demandé à voir le doc pour sortir.

À l'état d'Emma, Lana doutait que l'hôpital la libère dans la soirée, surtout après son opération.

— Tu es prête à discuter de ce qu’il s'est passé ?

Emma soupira doucement. Bien sûr qu'elle devrait parler à Lana. À qui d'autre pourrait-elle se confier autrement ? Lana était une sorte de matriarche au sein de l'équipe, un exemple à suivre d'un point de vue carrière et empathie avec les victimes. Elle releva finalement son regard bleu dans le sien.

— Je suis désolée d'avoir été sèche avec toi hier... Au bureau... J'étais pas tout à fait moi-même.

— C'est pas grave, fit Lana. Tu avais de très bonnes raisons d'être de mauvaise humeur. Mais j'aimerais savoir ce qui s'est passé quand tu es partie et qui t'a mis dans cet état ?

Emma hésita, mais demanda :

— Tu en as parlé aux autres ?

Lana constatait qu'Emma ne répondait pas, éludait ses questions.

— J'ai dit à Becker que tu ne viendrais pas, expliqua-t-elle... Qu'on t'avait tiré dessus et que tu étais hospitalisée.

Emma se tendit. Elle avait redouté cette annonce et détourna son regard vers l'unique fenêtre de la chambre où la ville commençait à s'assombrir sous un ciel orageux. Lana la détailla et reprit :

— On n'a pas encore ouvert d'enquête, il m'a laissé le champ libre pour qu'on en parle, alors explique-moi ce qu’il s'est passé.

Emma redoutait ses propres aveux autant que de décevoir Lana. Quel genre de flic était-elle pour avoir replongé dans les jeux ?

— Hier, commença-t-elle... Je ne suis pas retournée voir mon groupe de discussion... J'ai pas tenu, je...

Elle baissa son regard sur ses mains, ses doigts nerveux qui se tordaient, marqués de griffures, de blessures diverses, témoins eux aussi d'un affrontement violent.

— J'étais à une table de jeu au Casino, termina-t-elle.

Lana avait redouté ces paroles et se tendit davantage, inquiète. Elle comprenait maintenant pourquoi Emma l'avait suppliée de ne pas en parler à Becker, pourquoi elle l'avait fait appeler en priorité. Ses antécédents de joueuse compulsive avaient été ajoutés à son dossier. Même si jouer au Casino était légal, les conséquences de cette soirée demeuraient encore obscures et Emma savait pertinemment que cette nuit lui coûterait sa plaque même si Lana n'en connaissait pas les détails.

— Que s'est-il passé ? enchaîna-t-elle.

— J'ai joué de malchance, justifia Emma d'un sourire plein d'ironie. J'ai revu une personne que je pensais ne jamais revoir et qui n'aurait jamais dû se trouver là !

— Qui ?

Emma secoua la tête en signe de dénégation. Elle s'était refusée à parler de son passé, mais ce dernier l'avait rattrapé et avait manqué de la tuer.

— Une femme... Avec qui je... J'ai eu une aventure y'a longtemps.

Lana leva les sourcils sur cette annonce qu'elle n'avait pas attendue aussi directe. Non pas qu'elle n'était pas confrontée à l'homosexualité dans son travail, bien au contraire, mais qu'Emma lui révèle avoir fréquenté une femme dans son intimité la troubla certainement plus qu'elle ne l'aurait dû.

Fin de l'extrait

 

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Créé le 18 mars 2015

Sisters SiteSynopsis Lana Queen, substitut du procureur à Los Angeles est une femme à qui tout sourit. Belle, élégante, intelligente et ambitieuse, il ne lui manque qu'une seule chose : l'Amour. Après des relations infructueuses toutes vouées à l'échec, elle finit par se résigner. Mais c'est sans compter ses deux plus proches amies qui, tour à tour, vont lui présenter deux jeunes femmes... A circonstances exceptionnelles, rencontres exceptionnelles. Sans le savoir, celles que Lana va rencontrer sont soeurs, Emma et Kelli, fausses jumelles. Elle devra pourtant faire son choix entre les deux... 

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En tant que substitut du procureur, Lana Queen venait de terminer son réquisitoire dans le cadre d'une enquête sur le viol aggravé d’un jeune garçon de onze ans. Deux prévenus avaient été amenés devant le tribunal, un couple suspecté d'avoir kidnappé le jeune Matthew Collins. Cloîtré dans une cave pendant quatre années, le jeune garçon aujourd'hui âgé de onze ans avait vécu l'enfer, subi des sévices, avait été filmé, pris en photo, forcé à l'esclavage. Son père biologique, Joey Collins avait fini par retrouver des clichés sur Internet avant de les signaler à la police. Après quinze jours d'audience, le jury avait tranché, jugeant coupables Andrea et Don Hanson, les condamnant à soixante-cinq ans de prison pour divers chefs d'accusation : enlèvement, viol en réunion, diffusion de photos pédopornographiques et séquestration.

Comme chaque fin de procès, la condamnation sévère des accusés arrivait comme une libération pour Lana Queen. Saluée par les parents, félicitée par son assistant, elle rangea le dossier dans son attaché-case qui rejoindrait les affaires classées dans les archives des sous-sols du bureau du procureur.

La salle d'audience se vidait peu à peu. Le juge repartait, ainsi que le jury, les spectateurs et autres journalistes venus prendre note du verdict final. Angela Benson approcha enfin :

— C'était bien joué.

— Merci, répondit Lana. J'espère que le petit Matthew  bénéficiera d'un bon suivi psychologique.

— Nous avons donné à ses parents quelques adresses. Je pense qu'il s'en sortira.

Lana récupéra sa veste noire qu'elle ajusta par-dessus son chemisier blanc. Elle arborait toujours une tenue élégante et soignée. Son sac à main sur l'épaule, sa sacoche dans l'autre main, elle suivit Angela entre les bancs, ses talons résonnant dans la salle vide. Son amie était aussi une collègue de travail, pour ne pas dire une subordonnée. En tant que substitut du procureur, Lana travaillait et suivait les procédures en collaboration avec la brigade de police de Los Angeles où Angela Benson travaillait comme inspecteur.

— Tu viendrais prendre un verre avec nous pour fêter ça ? lança Angela en marchant à ses côtés dans le couloir du tribunal.

— Non je dois voir une amie.

Angela plissa les yeux :

— Tu as un rendez-vous ?

— Je dois retrouver Gabrielle en ville.

Une fois dehors, Angela s'arrêta devant elle, au sommet des grandes marches.

— Tu te souviens quand tu me disais que je manquais d'un peu de compagnie pour pallier aux angoisses et au stress dus à mes enquêtes ?

Lana leva les sourcils :

— Tu étais devenue dépressive.

— Et tu vas finir par le devenir si tu ne prends pas un peu de bon temps et assez de recul sur tes dossiers. Un peu de compagnie te ferait du bien à toi aussi.

— Je n'ai pas besoin de compagnie, avoir quelques amies me suffit.

— Amies ne signifie pas "petite amie", rappela Angela.

— Ca me convient, se défendit Lana. Maintenant laisse-moi passer, je vais être en retard.

Angela se poussa malgré la mauvaise foi de son amie et toutes les deux descendirent les marches :

— J'aimerais te présenter quelqu'un, reprit-elle d'un air très sérieux. Le Sergent du SWAT. Je t'en ai déjà parlé.

Lana roula des yeux :

— Je suis assez grande pour faire des rencontres. Je n'ai pas besoin d'un chaperon.

— Elle est pourtant très charmante, je suis sûre qu'elle te plairait. Elle est jeune, dynamique, drôle... Un brin masculine.

Cette fois, ce fut au tour de Lana de s'arrêter à hauteur de sa Mercedes noire garée le long de Pearl Street.

— Angela, stop... Je ne suis pas intéressée. Ma vie telle que je la mène me convient.

— Cette fille est une perle, la trentaine, elle aimerait même avoir des enfants.

Angela usait d'un argument de poids, songeait Lana qui s'était résolue depuis de nombreuses années à ne plus avoir d'aventures, toujours déçues par les amantes avec qui elle sortait.

— Je dois y aller. Tu enverras le bonsoir aux autres.

— Comme tu veux... Mais réfléchis à ma proposition.

— Je n'ai pas besoin de réfléchir... A plus tard !

Elle ouvrit la portière de sa voiture et s'installa derrière le volant tandis qu'Angela repartait de son côté. Elle vérifia sa montre, mesurant qu'elle était quelque peu en retard. Elle récupéra son téléphone et numérota avant d'entendre la voix de son amie :

# Oui ?

— C'est moi Gaby, je sors du tribunal, j'arrive tout de suite.

# Pas de problème, je t'attends de toute façon, à tout de suite.

— Merci...

Elle raccrocha et démarra afin de se mettre en route. Il était bientôt sept heures et la circulation en direction du centre de Los Angeles serait dense. Elle roula donc jusqu'au parking situé non loin de Park Avenue et prit le métro jusqu'à la station sur la 86ième. Gabrielle, une consœur et amie, était avocate spécialisée dans les divorces et l'attendait dans l'excellent restaurant "le Burlington" situé au croisement de Columbus et de la 86ième. Elle entra et se fit accueillir par un serveur.

— Madame Queen, votre amie vous attend à votre table habituelle.

— Je vous remercie, Steven...

Son sac sur l'épaule, Lana le suivit à travers la salle. D'autres clients étaient installés, discutaient, dînaient. Mais ce fut arrivée à sa dite table que Lana fronça les sourcils.

— Il doit y avoir une erreur, dit-elle en voyant la blonde installée qui n'avait rien à voir avec Gabrielle.

— Tenez, Madame Waters m'a remis cette enveloppe pour vous, dit Steven.

Lana demeura confuse et récupéra l'enveloppe en voyant que la jeune femme blonde la regardait d'un léger sourire. Elle lut les quelques mots inscrits sur la carte :

"Elle s'appelle Kelli, c'est la fille dont je te parlais, passe une bonne soirée,

Gaby".

L'espace d'un instant, Lana se demanda s'il n'était pas question d'un complot entre Angela et Gabrielle, bien que ses deux amies ne se connaissaient pas.

— Ca ira, madame Queen ? demanda le serveur.

Le malaise soudain qui venait de la saisir répondait à cette question mais elle força un sourire.

— Oui, merci Steven...

Ce dernier s'éloigna et Lana reporta son regard sur la jeune femme.

— Je...

— Vous n'étiez pas au courant, c'est ça ?

Celle-ci était perspicace en plus d'être tout à fait charmante, songea Lana malgré elle.

— Vous l'étiez ? tenta la concernée d'un air plus incertain.

Son interlocutrice, Kelli Nollan, se leva sans quitter son sourire et tira la chaise devant Lana Queen. Le descriptif et les superlatifs employés par Gabrielle, la femme d'un de ses amis, avaient été plutôt justes. Cette femme dégageait une beauté sensuelle à toute épreuve. Très féminine, un soupçon autoritaire au premier abord, Lana répondait à ses critères de "sélection", du moins pour l'instant.   

— J'avais compris qu'il s'agissait d'un rendez-vous arrangé... Mais asseyez-vous. Maintenant que vous êtes là, on peut au moins faire connaissance.

Elle tendit la main en direction de Lana et ajouta :

— Je m'appelle Kelli. Ravie de vous rencontrer.

Lana la lui serra, incapable de dire sur l'instant si elle souhaitait étrangler sa meilleure amie ou la remercier. Sa nervosité prenait le dessus sur le fait accompli de ce rendez-vous arrangé. Elle s'installa, incapable de faire demi-tour. Cette jeune femme s'était déplacée pour la rencontrer, autant manipulée par Gabrielle qu'elle l'était, Lana ne pouvait décemment pas la renvoyer d'où elle venait. Elle s'installa, quelque peu troublée.

— Ecoutez, je suis désolée mais je ne savais pas que... Qu'il était question de ça... Ce n'est pas dans mes habitudes de demander à mes amis de m'aider à rencontrer d'autres personnes.

Kelli ne cessait d'observer cette femme devant elle. Heureusement, Gabrielle lui avait donné son prénom parce que Lana avait omis de le lui dire. Un léger sourire aux lèvres, elle appréciait ce que son regard détaillait sur ses traits.

— Moi non plus, mais Gabrielle est une femme persuasive et je constate qu'en plus, elle n'a pas menti...

Lana n'osa pas demander sur quel sujet Gabrielle n'avait pas menti en constatant le regard bleu et éloquent que la jeune femme blonde lui portait. Celle-ci ne devait pas avoir loin de la trentaine. Plus que charmante, habillée de façon décontractée et garçonne, ses cheveux longs et blonds tombaient sur ses épaules dénudées qui dénotaient une carrure athlétique. Lana se souvenait parfaitement de ce que Gabrielle lui avait dit sur Kelli Nollan dont elle avait dû lui parler une dizaine de fois ces dernières semaines. Elle rentrait dans ses "critères" avec sa petite gueule d'ange, ses yeux bleus, ses cheveux dorés et sa voix rauque. Son amie la piégeait en beauté sans que Lana ne soit capable de lui en vouloir. Elle eut un sourire plus incertain, assurément plus embarrassé qu'elle ne l'aurait voulu.

— Bien... Puisqu'on est là, tenta-t-elle... Autant commander quelque chose à boire.

Elle fit signe à Steven d'approcher et ce dernier arriva :

— Oui, madame Queen ? Vous êtes prêtes à commander ?

— Je prendrai un verre de blanc, s'il vous plait.

— Et un whisky glace, merci, suivit Kelli.

Le serveur s'éloigna avec les commandes et Kelli reposa ses yeux sur Lana assise face à elle. Comment ne pas la regarder ? Finalement, Chris, le mari de Gabrielle, son meilleur ami avait raison d'affirmer que toutes les amies de sa femme étaient des bombes. Il l'avait d'ailleurs convaincue de suivre les conseils de Gabrielle pour ce rendez-vous... Elle se réjouissait de constater que malgré le faux-plan de Gabrielle, Lana prenait le temps de la discussion.

— Puisqu'on vient de commander, j'ai au moins vingt minutes devant moi pour apprendre à vous connaître... Gabrielle m'a dit que vous étiez une femme très occupée...

Lana ne pouvait s'empêcher de la détailler. De sa façon de parler à sa posture, Kelli Nollan dégageait une assurance agréable et avait dû séduire bien des jeunes femmes avant elle. Elle était assise de côté, son coude sur le dossier de la chaise, très décontractée tandis que Lana se tenait droite, accoudée à la table et les mains jointes devant elle.

— Je suis substitut du procureur, annonça-t-elle. Et j'aime particulièrement mon travail qui occupe effectivement une grande partie de mon temps.

Car nombre de ses anciennes amantes fuyaient quand elle annonçait ses principales occupations. Elle reprit aussitôt.

— Et vous ? Que faites-vous dans la vie ?

Kelli se redressa, ayant remarqué le retour rapide de sa question posée. Lana ne semblait pas s'étendre sur son travail qui n'avait pourtant rien d'ordinaire. Lana lui apparaissait comme une femme, une vraie jusqu'au bout des ongles qu'elle avait peints de rouge. Elégante, polie, ses cheveux d'un noir d'encre faisaient ressortir ses yeux sombres et hypnotiques.

— Non, non, vous n'allez pas vous en sortir comme ca, répondit-elle, amusée. Puisque vous aimez votre travail, vous pouvez m'en dire un peu plus... Quelle est la différence entre substitut du procureur et procureur ? Vous le remplacez quand il est malade ou un truc comme ca ?

Le serveur s'approcha et déposa les deux verres commandés. Elles le remercièrent et il ne tarda à pas à s'éloigner pour les laisser reprendre leur discussion.

— Le procureur est mon patron, c'est lui qui donne les ordres et décide de la mise en place des poursuites. Je représente son autorité au tribunal et auprès des agents en charge des arrestations.

Kelli prit un bref instant pour assimiler ces explications et but une gorgée de whisky avant de demander encore :

— Et j'imagine que tous les criminels de la ville vous en veulent... Vous êtes celle qui décide de leurs peines, c'est ca ?

Lana s'accouda, ses doigts repliés contre sa joue. Elle ne pouvait s'empêcher de détailler Kelli Nollan en songeant à la possibilité que celle-ci puisse réellement s'intéresser à elle.

— Non, d'une façon générale, je propose les peines et je suis en mesure de les négocier avec l'avocat de la partie adverse, répondit-elle. Le juge est seul à prendre la décision finale après délibération du jury.

Elle eut un léger sourire et demanda :

— Et j'aimerais aussi que vous me répondiez car contrairement à vous, Gaby ne m'a pas donné les détails de vos activités.

— Ca, c'est parce qu'elle veut pas comprendre ce que je fais, répondit Kelli avec un léger sourire. Elle et moi, on n'est pas de grandes amies...

Autant se montrer honnête avec son interlocutrice plus que charmante si elle voulait une suite à ce tête-à-tête, songea Kelli. Elle remua ses glaçons dans le whisky qui tintèrent contre le verre.

— En fait, je la connais parce que son mari, Chris, est mon meilleur ami... On travaille ensemble. Je suis Marine comme lui. Vous voyez ? Rien à voir avec les tribunaux et les beaux tailleurs...

Ce qui expliquait les côtés "garçon manqué" et la carrure de Miss Nollan, songeait Lana. Elle appréciait sa franchise et savait d'expérience que Gabrielle ne se faisait pas beaucoup d'amis en raison de son mauvais caractère.

— Alors, nous avons ça en commun, répondit Lana d'un léger sourire. Nous défendons toutes les deux des valeurs auxquelles nous croyons.

Kelli esquissa un sourire et fit tinter son verre contre le sien.

— Ca fait déjà une bonne raison de poursuivre la conversation...

Kelli n'aurait jamais cru si bien dire. Leur discussion continua sur d'autres questions, certaines plus sérieuses, d'autres moins. Le serveur revint, nota les plats qu'elles avaient commandés et le repas se poursuivit sur fond d'échanges de points de vue ou de plaisanteries. Elles apprirent l'une et l'autre leurs goûts en matière de nourriture, leurs plaisirs en dehors du travail, leurs projets éventuels. Le temps s'écoula, les gens présents dans le restaurant partirent les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elles. Kelli confia sa carte au serveur pour payer l'addition et reposa les yeux sur Lana Queen assise devant elle. Après plus de trois heures à discuter, elle ne regrettait pas de s'être laissée embarquer dans ce rendez-vous prévu par Gabrielle. Sous ses airs autoritaires de grande dame, Lana recélait des charmes redoutables. Son rire, sa façon de rester élégante en toutes circonstances la séduisaient. Pourtant, Kelli savait que l'alcool avait un peu débridé ses manières, effacer quelques-unes de ses retenues. Le serveur lui ramena la carte et Kelli se leva en le remerciant. Elle récupéra la veste de Lana sur sa chaise et la lui déposa sur les épaules.

— Est-ce que vous avez un couvre-feu ou vous voulez poursuivre la soirée ? lui demanda-t-elle sans hésiter.  

Lana mesurait parfaitement les implications de la demande de Kelli. Il était bientôt minuit et poursuivre la soirée impliquait bien des choses. Elles passèrent la porte du restaurant et la brise plus fraîche de l'extérieur eut le mérite de lui rappeler qu'elle travaillait le lendemain. Se laisser aller à diverses envies n'était plus de son âge même si le regard azur de Kelli dans le sien la faisait réfléchir à deux fois à sa proposition.

— Je dois rentrer, dit-elle, mais...

Que pouvait-elle dire sans trop en dire justement? Kelli lui plaisait, elle devinait cette attirance réciproque et devait pourtant réfréner ce qui lui passait par la tête afin de prendre le temps de la connaître. Elle sortit une carte de visite de son sac à main et la lui tendit :

— Appelez-moi en fin de semaine.

Kelli se retrouvait déçue mais pas désespérée pour autant. Le simple fait que Lana lui confie sa carte prouvait que celle-ci avait envie de la revoir. Après tout, elles venaient à peine de se rencontrer et n'en étaient qu'à leur premier rendez-vous. Alors Kelli devrait se montrer patiente...

— Ca fait trois jours à attendre, ça, répondit-elle. Ai-je au moins le droit de vous accompagner jusqu'à votre voiture ?

Le regard de Lana dut trahir ses déductions sur cette autre demande. Kelli Nollan se montrait galante et protectrice et après leurs discussions variées, notamment sur les déplacements de Kelli en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan, Lana devinait que la jeune femme était au moins officier chez les Marines.

— Vous pouvez, répondit-elle.

Elles se mirent en marche vers la rue où Lana s'était garée. En réalité, celle-ci se surprenait à vouloir faire durer cette rencontre qui lui avait rappelé ce que pouvaient être certaines émotions lors d'un premier rendez-vous. Une question lui vint à l'esprit et elle demanda :

— Combien de temps restez-vous à Los Angeles?

Kelli ne quittait pas son sourire, satisfaite de ce rendez-vous arrangé. Lana répondait à ses exigences en matière de femme. Non seulement, elle était belle et sensuelle, mais elle avait un cerveau et savait s'en servir.

— Je suis instructeur alors je ne suis plus la première à être envoyée en mission... Ca me laisse le temps de faire de nouvelles rencontres et de prolonger mes soirées quand elles valent le coup.

Arrivées devant un coupé Mercedes noir, Lana s'arrêta, les clefs en main et Kelli leva les sourcils, impressionnée.

— Jolie voiture, commenta-t-elle.

Elle jeta un œil intéressé sur le véhicule avant de regarder la belle brune avec qui elle venait de passer sa soirée.

— Vous savez, reprit-elle. On a bu de l'alcool, Maître, et la loi est claire à ce sujet...

Lana eut un sourire charmé en surprenant le petit air insolent que prenait Kelli tout en l'appelant par la dénomination de son poste. Elle appuya cependant sur le bouton de sa télécommande qui déverrouilla les portières avant qu'elle n'ouvre celle à l'arrière pour y poser son sac à main. Elle referma, se calant dos à la paroi, son regard brun sur les traits de Miss Nollan.

— Ce qui m'obligerait à vous ramener puisque vous avez bu plus que moi.

Le regard de Kelli se teinta d'une étincelle de convoitise. Ainsi appuyée contre sa voiture, Lana semblait lui donner l'autorisation de s'approcher. Ses yeux confirmaient la réciprocité d'une attirance certaine. Si Maître Queen voulait rentrer chez elle pour ne pas s'abandonner à la suite de leur soirée, Kelli pouvait au moins gagner du temps...

— Je suis sage, je rentrerai en taxi, répondit-elle en effaçant la distance entre elles.

Elle fit un pas de plus et glissa une main sur sa joue. Sa sagesse avait cependant quelques limites. Ses lèvres se posèrent sur les siennes dans un doux baiser, léger, furtif. Un long frisson courut le long de son dos, l'électrisa tout entière. Les parfums de Lana l'étourdissaient. Mais elle se recula bien malgré elle, le regard brillant dans le sien. Après ce contact brûlant, elle ne rêvait que de poursuivre leur soirée ailleurs, loin des regards inconnus, dans l'intimité d'une chambre par exemple...

— Je vous appelle, ajouta-t-elle à voix basse, avant de se reculer.

Lana avait frissonné et son regard pétillant trahissait les effets de ce baiser. Non seulement Kelli Nollan embrassait bien, mais ses parfums avaient fait naître bien d'autres envies oubliées. Elle se pinça les lèvres et d'un geste furtif de son pouce, rajusta son rouge qui avait dû certainement déborder après ce contact délicieux. Mais elle ne devait rien précipiter alors que ce rendez-vous prenait déjà une tournure qu'elle n'avait pas soupçonnée. D'ordinaire, se laisser embrasser le premier soir ne faisait pas partie des choses qu'elle autorisait. D'autant que Kelli Nollan était peut-être ce genre de femme habituée à obtenir tout ce qu'elle souhaitait de la plupart de ses rendez-vous. Elle se redressa, tentée de réitérer ce baiser, mais se contint, remontant simplement son regard de ses lèvres audacieuses à ses prunelles bleues captivantes.

— Merci pour cette soirée Miss Nollan. Rentrez bien.

Elle ouvrit la portière conducteur et s'installa derrière le volant avant que Kelli ne la referme. Elle démarra, lui lança un dernier regard et prit enfin la route. Lana mesurait parfaitement qu'il lui en aurait fallu peu pour autoriser cette magnifique jeune femme à l'accompagner ailleurs. Mais sa raison avait vaincu et ses envies restaient inassouvies.

 

*  *  *

 

En tant que substitut du procureur, Lana Queen venait de terminer son réquisitoire dans le cadre d'une enquête sur le viol aggravé d’un jeune garçon de onze ans. Deux prévenus avaient été amenés devant le tribunal, un couple suspecté d'avoir kidnappé le jeune Matthew Collins. Cloîtré dans une cave pendant quatre années, le jeune garçon aujourd'hui âgé de onze ans avait vécu l'enfer, subi des sévices, avait été filmé, pris en photo, forcé à l'esclavage. Son père biologique, Joey Collins avait fini par retrouver des clichés sur Internet avant de les signaler à la police. Après quinze jours d'audience, le jury avait tranché, jugeant coupables Andrea et Don Hanson, les condamnant à soixante-cinq ans de prison pour divers chefs d'accusation : enlèvement, viol en réunion, diffusion de photos pédopornographiques et séquestration.

Comme chaque fin de procès, la condamnation sévère des accusés arrivait comme une libération pour Lana Queen. Saluée par les parents, félicitée par son assistant, elle rangea le dossier dans son attaché-case qui rejoindrait les affaires classées dans les archives des sous-sols du bureau du procureur.

La salle d'audience se vidait peu à peu. Le juge repartait, ainsi que le jury, les spectateurs et autres journalistes venus prendre note du verdict final. Angela Benson approcha enfin :

— C'était bien joué.

— Merci, répondit Lana. J'espère que le petit Matthew  bénéficiera d'un bon suivi psychologique.

— Nous avons donné à ses parents quelques adresses. Je pense qu'il s'en sortira.

Lana récupéra sa veste noire qu'elle ajusta par-dessus son chemisier blanc. Elle arborait toujours une tenue élégante et soignée. Son sac à main sur l'épaule, sa sacoche dans l'autre main, elle suivit Angela entre les bancs, ses talons résonnant dans la salle vide. Son amie était aussi une collègue de travail, pour ne pas dire une subordonnée. En tant que substitut du procureur, Lana travaillait et suivait les procédures en collaboration avec la brigade de police de Los Angeles où Angela Benson travaillait comme inspecteur.

— Tu viendrais prendre un verre avec nous pour fêter ça ? lança Angela en marchant à ses côtés dans le couloir du tribunal.

— Non je dois voir une amie.

Angela plissa les yeux :

— Tu as un rendez-vous ?

— Je dois retrouver Gabrielle en ville.

Une fois dehors, Angela s'arrêta devant elle, au sommet des grandes marches.

— Tu te souviens quand tu me disais que je manquais d'un peu de compagnie pour pallier aux angoisses et au stress dus à mes enquêtes ?

Lana leva les sourcils :

— Tu étais devenue dépressive.

— Et tu vas finir par le devenir si tu ne prends pas un peu de bon temps et assez de recul sur tes dossiers. Un peu de compagnie te ferait du bien à toi aussi.

— Je n'ai pas besoin de compagnie, avoir quelques amies me suffit.

— Amies ne signifie pas "petite amie", rappela Angela.

— Ca me convient, se défendit Lana. Maintenant laisse-moi passer, je vais être en retard.

Angela se poussa malgré la mauvaise foi de son amie et toutes les deux descendirent les marches :

— J'aimerais te présenter quelqu'un, reprit-elle d'un air très sérieux. Le Sergent du SWAT. Je t'en ai déjà parlé.

Lana roula des yeux :

— Je suis assez grande pour faire des rencontres. Je n'ai pas besoin d'un chaperon.

— Elle est pourtant très charmante, je suis sûre qu'elle te plairait. Elle est jeune, dynamique, drôle... Un brin masculine.

Cette fois, ce fut au tour de Lana de s'arrêter à hauteur de sa Mercedes noire garée le long de Pearl Street.

— Angela, stop... Je ne suis pas intéressée. Ma vie telle que je la mène me convient.

— Cette fille est une perle, la trentaine, elle aimerait même avoir des enfants.

Angela usait d'un argument de poids, songeait Lana qui s'était résolue depuis de nombreuses années à ne plus avoir d'aventures, toujours déçues par les amantes avec qui elle sortait.

— Je dois y aller. Tu enverras le bonsoir aux autres.

— Comme tu veux... Mais réfléchis à ma proposition.

— Je n'ai pas besoin de réfléchir... A plus tard !

Elle ouvrit la portière de sa voiture et s'installa derrière le volant tandis qu'Angela repartait de son côté. Elle vérifia sa montre, mesurant qu'elle était quelque peu en retard. Elle récupéra son téléphone et numérota avant d'entendre la voix de son amie :

# Oui ?

— C'est moi Gaby, je sors du tribunal, j'arrive tout de suite.

# Pas de problème, je t'attends de toute façon, à tout de suite.

— Merci...

Elle raccrocha et démarra afin de se mettre en route. Il était bientôt sept heures et la circulation en direction du centre de Los Angeles serait dense. Elle roula donc jusqu'au parking situé non loin de Park Avenue et prit le métro jusqu'à la station sur la 86ième. Gabrielle, une consœur et amie, était avocate spécialisée dans les divorces et l'attendait dans l'excellent restaurant "le Burlington" situé au croisement de Columbus et de la 86ième. Elle entra et se fit accueillir par un serveur.

— Madame Queen, votre amie vous attend à votre table habituelle.

— Je vous remercie, Steven...

Son sac sur l'épaule, Lana le suivit à travers la salle. D'autres clients étaient installés, discutaient, dînaient. Mais ce fut arrivée à sa dite table que Lana fronça les sourcils.

— Il doit y avoir une erreur, dit-elle en voyant la blonde installée qui n'avait rien à voir avec Gabrielle.

— Tenez, Madame Waters m'a remis cette enveloppe pour vous, dit Steven.

Lana demeura confuse et récupéra l'enveloppe en voyant que la jeune femme blonde la regardait d'un léger sourire. Elle lut les quelques mots inscrits sur la carte :

"Elle s'appelle Kelli, c'est la fille dont je te parlais, passe une bonne soirée,

Gaby".

L'espace d'un instant, Lana se demanda s'il n'était pas question d'un complot entre Angela et Gabrielle, bien que ses deux amies ne se connaissaient pas.

— Ca ira, madame Queen ? demanda le serveur.

Le malaise soudain qui venait de la saisir répondait à cette question mais elle força un sourire.

— Oui, merci Steven...

Ce dernier s'éloigna et Lana reporta son regard sur la jeune femme.

— Je...

— Vous n'étiez pas au courant, c'est ça ?

Celle-ci était perspicace en plus d'être tout à fait charmante, songea Lana malgré elle.

— Vous l'étiez ? tenta la concernée d'un air plus incertain.

Son interlocutrice, Kelli Nollan, se leva sans quitter son sourire et tira la chaise devant Lana Queen. Le descriptif et les superlatifs employés par Gabrielle, la femme d'un de ses amis, avaient été plutôt justes. Cette femme dégageait une beauté sensuelle à toute épreuve. Très féminine, un soupçon autoritaire au premier abord, Lana répondait à ses critères de "sélection", du moins pour l'instant.  

— J'avais compris qu'il s'agissait d'un rendez-vous arrangé... Mais asseyez-vous. Maintenant que vous êtes là, on peut au moins faire connaissance.

Elle tendit la main en direction de Lana et ajouta :

— Je m'appelle Kelli. Ravie de vous rencontrer.

Lana la lui serra, incapable de dire sur l'instant si elle souhaitait étrangler sa meilleure amie ou la remercier. Sa nervosité prenait le dessus sur le fait accompli de ce rendez-vous arrangé. Elle s'installa, incapable de faire demi-tour. Cette jeune femme s'était déplacée pour la rencontrer, autant manipulée par Gabrielle qu'elle l'était, Lana ne pouvait décemment pas la renvoyer d'où elle venait. Elle s'installa, quelque peu troublée.

— Ecoutez, je suis désolée mais je ne savais pas que... Qu'il était question de ça... Ce n'est pas dans mes habitudes de demander à mes amis de m'aider à rencontrer d'autres personnes.

Kelli ne cessait d'observer cette femme devant elle. Heureusement, Gabrielle lui avait donné son prénom parce que Lana avait omis de le lui dire. Un léger sourire aux lèvres, elle appréciait ce que son regard détaillait sur ses traits.

— Moi non plus, mais Gabrielle est une femme persuasive et je constate qu'en plus, elle n'a pas menti...

Lana n'osa pas demander sur quel sujet Gabrielle n'avait pas menti en constatant le regard bleu et éloquent que la jeune femme blonde lui portait. Celle-ci ne devait pas avoir loin de la trentaine. Plus que charmante, habillée de façon décontractée et garçonne, ses cheveux longs et blonds tombaient sur ses épaules dénudées qui dénotaient une carrure athlétique. Lana se souvenait parfaitement de ce que Gabrielle lui avait dit sur Kelli Nollan dont elle avait dû lui parler une dizaine de fois ces dernières semaines. Elle rentrait dans ses "critères" avec sa petite gueule d'ange, ses yeux bleus, ses cheveux dorés et sa voix rauque. Son amie la piégeait en beauté sans que Lana ne soit capable de lui en vouloir. Elle eut un sourire plus incertain, assurément plus embarrassé qu'elle ne l'aurait voulu.

— Bien... Puisqu'on est là, tenta-t-elle... Autant commander quelque chose à boire.

Elle fit signe à Steven d'approcher et ce dernier arriva :

— Oui, madame Queen ? Vous êtes prêtes à commander ?

— Je prendrai un verre de blanc, s'il vous plait.

— Et un whisky glace, merci, suivit Kelli.

Le serveur s'éloigna avec les commandes et Kelli reposa ses yeux sur Lana assise face à elle. Comment ne pas la regarder ? Finalement, Chris, le mari de Gabrielle, son meilleur ami avait raison d'affirmer que toutes les amies de sa femme étaient des bombes. Il l'avait d'ailleurs convaincue de suivre les conseils de Gabrielle pour ce rendez-vous... Elle se réjouissait de constater que malgré le faux-plan de Gabrielle, Lana prenait le temps de la discussion.

— Puisqu'on vient de commander, j'ai au moins vingt minutes devant moi pour apprendre à vous connaître... Gabrielle m'a dit que vous étiez une femme très occupée...

Lana ne pouvait s'empêcher de la détailler. De sa façon de parler à sa posture, Kelli Nollan dégageait une assurance agréable et avait dû séduire bien des jeunes femmes avant elle. Elle était assise de côté, son coude sur le dossier de la chaise, très décontractée tandis que Lana se tenait droite, accoudée à la table et les mains jointes devant elle.

— Je suis substitut du procureur, annonça-t-elle. Et j'aime particulièrement mon travail qui occupe effectivement une grande partie de mon temps.

Car nombre de ses anciennes amantes fuyaient quand elle annonçait ses principales occupations. Elle reprit aussitôt.

— Et vous ? Que faites-vous dans la vie ?

Kelli se redressa, ayant remarqué le retour rapide de sa question posée. Lana ne semblait pas s'étendre sur son travail qui n'avait pourtant rien d'ordinaire. Lana lui apparaissait comme une femme, une vraie jusqu'au bout des ongles qu'elle avait peints de rouge. Elégante, polie, ses cheveux d'un noir d'encre faisaient ressortir ses yeux sombres et hypnotiques.

— Non, non, vous n'allez pas vous en sortir comme ca, répondit-elle, amusée. Puisque vous aimez votre travail, vous pouvez m'en dire un peu plus... Quelle est la différence entre substitut du procureur et procureur ? Vous le remplacez quand il est malade ou un truc comme ca ?

Le serveur s'approcha et déposa les deux verres commandés. Elles le remercièrent et il ne tarda à pas à s'éloigner pour les laisser reprendre leur discussion.

— Le procureur est mon patron, c'est lui qui donne les ordres et décide de la mise en place des poursuites. Je représente son autorité au tribunal et auprès des agents en charge des arrestations.

Kelli prit un bref instant pour assimiler ces explications et but une gorgée de whisky avant de demander encore :

— Et j'imagine que tous les criminels de la ville vous en veulent... Vous êtes celle qui décide de leurs peines, c'est ca ?

Lana s'accouda, ses doigts repliés contre sa joue. Elle ne pouvait s'empêcher de détailler Kelli Nollan en songeant à la possibilité que celle-ci puisse réellement s'intéresser à elle.

— Non, d'une façon générale, je propose les peines et je suis en mesure de les négocier avec l'avocat de la partie adverse, répondit-elle. Le juge est seul à prendre la décision finale après délibération du jury.

Elle eut un léger sourire et demanda :

— Et j'aimerais aussi que vous me répondiez car contrairement à vous, Gaby ne m'a pas donné les détails de vos activités.

— Ca, c'est parce qu'elle veut pas comprendre ce que je fais, répondit Kelli avec un léger sourire. Elle et moi, on n'est pas de grandes amies...

Autant se montrer honnête avec son interlocutrice plus que charmante si elle voulait une suite à ce tête-à-tête, songea Kelli. Elle remua ses glaçons dans le whisky qui tintèrent contre le verre.

— En fait, je la connais parce que son mari, Chris, est mon meilleur ami... On travaille ensemble. Je suis Marine comme lui. Vous voyez ? Rien à voir avec les tribunaux et les beaux tailleurs...

Ce qui expliquait les côtés "garçon manqué" et la carrure de Miss Nollan, songeait Lana. Elle appréciait sa franchise et savait d'expérience que Gabrielle ne se faisait pas beaucoup d'amis en raison de son mauvais caractère.

— Alors, nous avons ça en commun, répondit Lana d'un léger sourire. Nous défendons toutes les deux des valeurs auxquelles nous croyons.

Kelli esquissa un sourire et fit tinter son verre contre le sien.

— Ca fait déjà une bonne raison de poursuivre la conversation...

Kelli n'aurait jamais cru si bien dire. Leur discussion continua sur d'autres questions, certaines plus sérieuses, d'autres moins. Le serveur revint, nota les plats qu'elles avaient commandés et le repas se poursuivit sur fond d'échanges de points de vue ou de plaisanteries. Elles apprirent l'une et l'autre leurs goûts en matière de nourriture, leurs plaisirs en dehors du travail, leurs projets éventuels. Le temps s'écoula, les gens présents dans le restaurant partirent les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elles. Kelli confia sa carte au serveur pour payer l'addition et reposa les yeux sur Lana Queen assise devant elle. Après plus de trois heures à discuter, elle ne regrettait pas de s'être laissée embarquer dans ce rendez-vous prévu par Gabrielle. Sous ses airs autoritaires de grande dame, Lana recélait des charmes redoutables. Son rire, sa façon de rester élégante en toutes circonstances la séduisaient. Pourtant, Kelli savait que l'alcool avait un peu débridé ses manières, effacer quelques-unes de ses retenues. Le serveur lui ramena la carte et Kelli se leva en le remerciant. Elle récupéra la veste de Lana sur sa chaise et la lui déposa sur les épaules.

— Est-ce que vous avez un couvre-feu ou vous voulez poursuivre la soirée ? lui demanda-t-elle sans hésiter. 

Lana mesurait parfaitement les implications de la demande de Kelli. Il était bientôt minuit et poursuivre la soirée impliquait bien des choses. Elles passèrent la porte du restaurant et la brise plus fraîche de l'extérieur eut le mérite de lui rappeler qu'elle travaillait le lendemain. Se laisser aller à diverses envies n'était plus de son âge même si le regard azur de Kelli dans le sien la faisait réfléchir à deux fois à sa proposition.

— Je dois rentrer, dit-elle, mais...

Que pouvait-elle dire sans trop en dire justement? Kelli lui plaisait, elle devinait cette attirance réciproque et devait pourtant réfréner ce qui lui passait par la tête afin de prendre le temps de la connaître. Elle sortit une carte de visite de son sac à main et la lui tendit :

— Appelez-moi en fin de semaine.

Kelli se retrouvait déçue mais pas désespérée pour autant. Le simple fait que Lana lui confie sa carte prouvait que celle-ci avait envie de la revoir. Après tout, elles venaient à peine de se rencontrer et n'en étaient qu'à leur premier rendez-vous. Alors Kelli devrait se montrer patiente...

— Ca fait trois jours à attendre, ça, répondit-elle. Ai-je au moins le droit de vous accompagner jusqu'à votre voiture ?

Le regard de Lana dut trahir ses déductions sur cette autre demande. Kelli Nollan se montrait galante et protectrice et après leurs discussions variées, notamment sur les déplacements de Kelli en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan, Lana devinait que la jeune femme était au moins officier chez les Marines.

— Vous pouvez, répondit-elle.

Elles se mirent en marche vers la rue où Lana s'était garée. En réalité, celle-ci se surprenait à vouloir faire durer cette rencontre qui lui avait rappelé ce que pouvaient être certaines émotions lors d'un premier rendez-vous. Une question lui vint à l'esprit et elle demanda :

— Combien de temps restez-vous à Los Angeles?

Kelli ne quittait pas son sourire, satisfaite de ce rendez-vous arrangé. Lana répondait à ses exigences en matière de femme. Non seulement, elle était belle et sensuelle, mais elle avait un cerveau et savait s'en servir.

— Je suis instructeur alors je ne suis plus la première à être envoyée en mission... Ca me laisse le temps de faire de nouvelles rencontres et de prolonger mes soirées quand elles valent le coup.

Arrivées devant un coupé Mercedes noir, Lana s'arrêta, les clefs en main et Kelli leva les sourcils, impressionnée.

— Jolie voiture, commenta-t-elle.

Elle jeta un œil intéressé sur le véhicule avant de regarder la belle brune avec qui elle venait de passer sa soirée.

— Vous savez, reprit-elle. On a bu de l'alcool, Maître, et la loi est claire à ce sujet...

Lana eut un sourire charmé en surprenant le petit air insolent que prenait Kelli tout en l'appelant par la dénomination de son poste. Elle appuya cependant sur le bouton de sa télécommande qui déverrouilla les portières avant qu'elle n'ouvre celle à l'arrière pour y poser son sac à main. Elle referma, se calant dos à la paroi, son regard brun sur les traits de Miss Nollan.

— Ce qui m'obligerait à vous ramener puisque vous avez bu plus que moi.

Le regard de Kelli se teinta d'une étincelle de convoitise. Ainsi appuyée contre sa voiture, Lana semblait lui donner l'autorisation de s'approcher. Ses yeux confirmaient la réciprocité d'une attirance certaine. Si Maître Queen voulait rentrer chez elle pour ne pas s'abandonner à la suite de leur soirée, Kelli pouvait au moins gagner du temps...

— Je suis sage, je rentrerai en taxi, répondit-elle en effaçant la distance entre elles.

Elle fit un pas de plus et glissa une main sur sa joue. Sa sagesse avait cependant quelques limites. Ses lèvres se posèrent sur les siennes dans un doux baiser, léger, furtif. Un long frisson courut le long de son dos, l'électrisa tout entière. Les parfums de Lana l'étourdissaient. Mais elle se recula bien malgré elle, le regard brillant dans le sien. Après ce contact brûlant, elle ne rêvait que de poursuivre leur soirée ailleurs, loin des regards inconnus, dans l'intimité d'une chambre par exemple...

— Je vous appelle, ajouta-t-elle à voix basse, avant de se reculer.

Lana avait frissonné et son regard pétillant trahissait les effets de ce baiser. Non seulement Kelli Nollan embrassait bien, mais ses parfums avaient fait naître bien d'autres envies oubliées. Elle se pinça les lèvres et d'un geste furtif de son pouce, rajusta son rouge qui avait dû certainement déborder après ce contact délicieux. Mais elle ne devait rien précipiter alors que ce rendez-vous prenait déjà une tournure qu'elle n'avait pas soupçonnée. D'ordinaire, se laisser embrasser le premier soir ne faisait pas partie des choses qu'elle autorisait. D'autant que Kelli Nollan était peut-être ce genre de femme habituée à obtenir tout ce qu'elle souhaitait de la plupart de ses rendez-vous. Elle se redressa, tentée de réitérer ce baiser, mais se contint, remontant simplement son regard de ses lèvres audacieuses à ses prunelles bleues captivantes.

— Merci pour cette soirée Miss Nollan. Rentrez bien.

Elle ouvrit la portière conducteur et s'installa derrière le volant avant que Kelli ne la referme. Elle démarra, lui lança un dernier regard et prit enfin la route. Lana mesurait parfaitement qu'il lui en aurait fallu peu pour autoriser cette magnifique jeune femme à l'accompagner ailleurs. Mais sa raison avait vaincu et ses envies restaient inassouvies. 

A suivre dans la version intégrale.

 

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